03 juillet 2008
Villa Amalia
Pascal QUIGNARD
Partir et tout recommencer, est-ce la solution ?
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Juliette espionne son mari qui rencontre une autre femme, et tombe par hasard sur un ami d'enfance. Cette rencontre fortuite fait revivre des souvenirs oubliés et elle décide de bouleverser sa vie, de partir, quitter sont compagnon, disparaître, vivre ailleurs, différemment, libre, sans contraintes. Elle déménage comme une voleuse, mais une voleuse organisée qui planifie tout, et se cache délibérément de tous, sauf de cet ami retrouvé qui l'aide à construire sa nouvelle vie.
Elle se réfugie en Italie près de Capri et découvre au détour d'une promenade la Villa Amalia, vieille bâtisse à l'abandon dont elle tombe amoureuse, et qu'elle loue à sa propriétaire. Elle y vivra quelques temps, y fera venir ceux qu'elle aime, ces nouveaux amis rencontrés depuis sa fuite, avant d'en partir à tout jamais et de se perdre à nouveau dans des villes anonymes, se cacher des autres et d'elle-même.
Je suis très mitigée sur ce roman, que j'avais très envie de lire dès sa parution, et qui m'a beaucoup déçue. Je n'ai pas aimé le style de Pascal Quignard : on passe du présent à l'imparfait sans transition d'une phrase à l'autre, et c'est un peu concis pour moi, trop épuré. Quand au personnage principal, autant j'admire cette femme de quitter ainsi tout pour reprendre une vie nouvelle ailleurs et avec d'autres (parfois, ça fait envie !), autant je ne la trouve pas très sympathique. Même si l'on tient compte du fait qu'elle est artiste (pianiste compositeur), et que cela explique (excuse ?) en partie son originalité ou tout du moins son non conformiste, je l'ai trouvée égoïste, voire même méchante, notamment avec son ami retrouvé qui est pourtant vraiment serviable et aimant, et également lâche avec son compagnon qu'elle quitte sans le prévenir, sans explications, ce qui je trouve ne se fait pas, même s'il a des torts !
11 mai 2008
La vérité et ses conséquences
Alison LURIE
Présentation de l'éditeur
Jane est au jardin lorsqu'elle aperçoit un homme se diriger vers elle. Qui est cet inconnu ? Son propre mari qu'elle ne reconnaît plus. Alan, certes, a changé. Brillant, sportif, et séduisant jusqu'alors, il s'est transformé suite à un accident de volley-ball, en époux morose et plaintif. Après des années d'un mariage heureux, la relation tourne à l'animosité feutrée. Jane supporte difficilement d'être devenue une garde-malade. Alan ne supporte pas mieux d'être un malade gardé. Un couple extrêmement différent entre alors en scène. Delia Delay, écrivain, est invitée en résidence par l'université dans laquelle Jane et Alan travaillent. Elle est célèbre à plus d'un titre : pour son œuvre, sa beauté, ses maux de tête et son égotisme avéré. Henry, son soi-disant mari, l'accompagne... Une existence, aussi paisible soit-elle, n'est jamais à l'abri d'un dérèglement soudain et d'une nouvelle chorégraphie du destin. C'est le propos de cette comédie tendre et désopilante, variation subtile sur l'amour et ses disgrâces, les petits désastres, les attirances imprévues et l'infinie contradiction des sentiments.
Déçue par ce livre dont j'attendais quelques heures de bonne détente et une réflexion sur le couple un peu plus poussée que celle que j'ai trouvée. Certes, c'est facile à lire, mais il manque un je-ne-sais-quoi qui fait que le roman aurait pu devenir passionnant... Relations de couple somme toute assez banales (ou tout du moins courante, pardon à ceux qui vivent cela de "banaliser' ces épreuves)... J'ai beaucoup aimé le début et la perplexité de Jane face à ce mari qui devient jours après jours un étranger, mais j'ai trouvé malheureusement les deux personnages un peu mous et veules. Oui, oui, je sais, ce n'est pas avec mon sale caractère et ma façon de rentrer bille en tête dans les problèmes ou les conflits que je résouds tout, mais j'aurais aimé un peu plus de punch ou de poigne... Impression que Jane et Alan se laissent complètement porter par le destin, le hasard et par les autres protagonistes de l'histoire, Delia et Henry, qu'ils ne prennent pas leur vie en main et ne font que la subir, bien qu'ils arrivent malgré tout à saisir les opportunités qui s'offrent à eux.
Je n'ai pas lu Liaisons Etrangères dont j'ai entendu parler en bien, et je vais m'y mettre prochainement pour effacer cette déception...
Extrait : "C'était par une très chaude matinée au beau milieu de l'été : après plus de seize ans de mariage, en voyant son mari à une quinzaine de mètres, Jane Mackenzie ne le reconnut pas.
Elle cueillait des laitues au jardin quand le moteur d'une voiture qui s'arrêtait devant la maison lui fit lever les yeux. Quelqu'un sortait d'un taxi, payait le chauffeur puis se mit lentement à descendre la longue allée : un homme en train de vieillir, bedonnant, les épaules voûtées, la poitrine creusée, il s'appuyait sur une canne. Jane, éblouie par la lumière brumeuse du soleil, ne distinguait pas nettement son visage, mais quelque chose chez cet homme la mit mal à l'aise et lui fit presque peur."
Lire n'est pas de mon avis, mais je me retrouve dans ce qui est écrit dans Critiques Libres...
09 mai 2008
Pas ce soir, je dîne avec mon père
Marion RUGGIERI
Mon papa à moi, c'est le plus beau des papas
4ème de couv : "Mon père appartient à cette génération qui, sous prétexte qu'elle est née après guerre et en plein progrès, a décidé que son combat d'une vie serait de ne pas mourir. De ne pas mourir, donc de ne pas vieillir. D'arrêter le temps. Au début, je croyais qu'il était le seul atteint. Et puis j'ai vu d'autres spécimens, je les ai parfois côtoyés : les faux jeunes. Au début je croyais que le syndrome ne touchait que les hommes de son âge, les éternels " baby-boomers ", puis je me suis aperçue que la génération suivante était pire. Déjà faux jeune à quarante ans. Voilà le problème. Les gens ne veulent plus mourir. Alors ils volent la vie de leurs enfants. Ce sont des ogres "
L’ogre est ici un père si juvénile et séduisant qu’il courtise de préférence des filles plus jeunes que la sienne. Il lui présente des nymphettes renouvelables à talons compensés, quand Marion alias « big » (son surnom !) pratique volontiers l’amant quinquagénaire cabossé par la vie. Au-delà du sujet de société - les pères et leurs filles, l’homme occidental en proie à l’obsession du jeunisme – Marion Ruggieri, tout en se moquant d’elle-même en adolescente à perpétuité, a réussi un roman qui tient du prodige : faire rire de nos travers virils et faire pleurer d’une si attachante liaison avec son géniteur. Comment grandir quand son père reste à jamais l’impossible M. Bébé ? A la fois pudique et réaliste, tendre et cruel, autobiographique mais universel, ce premier roman sur la confusion des âges devrait connaître un grand succès auprès de tous les publics. Car hélas ! nous sommes tous concernés par cette phrase : « Le problème avec les parents d’aujourd’hui, c’est qu’ils ne meurent jamais. Ou qu’on les aime trop. »
Marion Ruggieri, 33 ans, est chef des pages culture à Elle et chroniqueuse sur Paris Première, France Inter et France Info. Elle est l'auteur chez Grasset du Journal de Yalda, écrit avec Yalda Rahimi.
Je n'ai pas vraiment accroché avec ce petit livre, dans lequel pourtant j'ai trouvé au début quelques phrases qui m'ont fait croire que j'aimerais le ton un peu acide et au second degré de la relation vraiment particulière entre ce père et sa fille. Peut-être mon éducation a-t-elle été trop traditionnelle, ou mes relations avec mon bien-aimé papa trop conventionnelles ? Toujours est-il que j'ai rapidement trouvé ce père trop malsain envers sa fille, et les personnages peu attachants, leur coté un peu névrosé et pervers ressortant malheureusement plus que leur originalité et leur personnalité pourtant bien assise.
L'héroïne est mal dans sa peau du fait de sa relation particulière avec son père, mais comme elle n'est pas vraiment sympathique, on ne la plaint pas trop, et j'avais plutôt tendance au fil de ma lecture à m'énerver contre elle, qui ne fait en fait rien pour faire évoluer une situation pesante, mais reproduit au contraire des clichés, et ce, sans panache.
Un peu déçue donc, je ne me suis pas du tout retrouvée (je ne le souhaite à personne, d'ailleurs, tant je trouve cette relation de "copains", ainsi que le fait de dévoiler sa vie privée à ses enfants, malsaine) dans la jeune femme, et n'ai pas retrouvé mon papa dans ce père un peu dévoyé à mon goût...
Une certitude : je vais être très attentive à ne pas faire peser sur mes enfants le poids de ma vie à moi !
16 avril 2008
Hymne à la haine
Dorothy PARKER
Qui m'haine me nuise...
Première édition en français des Hymnes à la haine. Des poèmes sur toutes les personnes, ou catégories de personnes qui insupportent Madame Parker... On se demande s'il en reste qui ont la grâce d'être épargnés par cette hargne vacharde et fielleuse, et on comprend bien que cette femme se soit fait des ennemis un peu partout et ait fini seule, malheureuse et misérable... Je dirais même, bien fait pour elle !
Le style est bien sûr incisif et le trait assez exact, souvent même truculent et terriblement réaliste, mais je crois que le fait de lire ces textes réunis en un livre les tue : on s'amuserait à en lire un de temps à autre, à se moquer un peu de ces gens, à reconnaître même peut-être quelqu'un de notre entourage... mais là, on se demande quel sera le prochain "épinglé" et j'avoue que j'ai assez rapidement saturé... Madame Parker aurait du essayer d'exorciser son mal-être d'une autre façon qui lui aurait sans doute été moins néfaste, et elle aurait également du relire ses classiques : dans ses Caractères, La Bruyère n'épargnait lui non plus pas vraiment ses modèles, mais il le faisait avec plus de finesse et de "rondeur"... Question d'époque, ou de talent ?
Extraits :
"Je hais les Femmes : Elles me portent sur les nerfs.
Il y a les Femmes d’Intérieur…
Ce sont les pires.
Chaque instant est ficelé de Bonheur,
Elles respirent avec méthode
Et pour l’éternité se hâtent à grand pas vers la maison
Où il faut surveiller le dîner…
Il y a aussi les douces
Qui disent avec un tendre sourire « l’argent ne fait pas le bonheur »
Et ne cessent de me faire admirer leur robe
En me confiant : « je l’ai faite moi-même »…
Et vont épluchant les pages féminines des magazines,
Toujours à essayer de nouvelles recettes…
Ah, que je les hais, ces sortes de femmes !
Et puis il y a les Petites Fleurs Sensibles […]
Et puis, il y a celles qui ont toujours des Ennuis […]
Et puis, il y a les Madame-Je-Sais-Tout […]
...
Je hais les Hommes : Ils ont le don de m’irriter.
Il y a d’abord les Penseurs Austères […]
Et puis les Monsieur Muscle […]
...
Je hais la Famille : Elle me donne des crampes d’écriture !
Il y a d’abord les Tantes :
Même les meilleurs d’entre nous en ont […]
Et puis aussi les Belle-Sœurs,
Ces Maux Nécessaires du Mariage… […]
Et encore les Neveux…
Cette basse espèce de la vie animale… […]
Et enfin les Maris…
Cette Croix que porte la Femme Blanche. […]
24 mars 2008
L'amant de la ligne 11
Rina Novi
Ca n'arrive qu'aux autres !!!
"Sans même les regarder, Cécile savait que ses tétons se dressaient sous son corsage, sans qu'elle n'y puisse rien. Dès que la rame se vida un peu, elle s'écarta de la barre et fit glisser sa main le long de la tige de métal. Lorsque celle-ci atteignit la hauteur de ses seins, elle eut la surprise de sentir ses doigts buter sur un doigt qui n'était pas le sien. Le doigt de quelqu'un qui n'était pas elle, dont la dernière phalange avait pris position entre la barre et son sein droit, et dont l'ongle, à intervalles réguliers, répétés et timides, en titillait le téton. Elle n'avait aperçu que le doigt, n'avait pas regardé l'homme à qui il appartenait, et restait paralysée. Pour Cécile, depuis la disparition de son mari, c'est métro-boulot-dodo. Jusqu'au jour où, dans un wagon bondé à l'heure de pointe, un homme mystérieux lui procure une sensation délicieuse, semblable à un effleurement : moment volé au temps qui la fait renaître à la vie. Le roman d'une initiation à l'amour que la jeune femme va parcourir avec la plus grande maîtrise."
Roman vaguement érotique sympathique, mais je n'ai pas vraiment accroché. Un peu tiré par les cheveux tout de même... Je ne sais pas si l'auteur prend souvent le métro à Paris ??? Ou alors c'est carrément vexant pour moi qui y ai vécu plus de 10 ans (à l'époque où j'étais jeune, fraiche, belle et disponible !) : cela ne m'est jamais arrivé !!!!









