J'existe à peine Michel Quint Liliba

 

00 coeur00 coeur00 coeur

 

 

Se plonger dans un roman de Michel Quint, ça n’est pas seulement découvrir une histoire. C’est entrer dans un monde. Ce Nooord mythique, l’auteur le connait bien, puisqu’il est d’ici. Il le connait et l’aime, et sait le dépeindre dans toute sa richesse, ses merveilles comme ses défauts ou ses bassesses. Il en a d’ailleurs pris la langue, un style coloré, riche, gouailleur, d’une intensité et d’une richesse incroyable qui à chaque fois me stupéfie. Et dans ce roman plus encore que dans les précédents. À croire que l’auteur est parvenu à une maturité de l’écriture, une maitrise exceptionnelle. Le sommet de son art ? Qu’il n’arrête en tout cas pas d’écrire !

Bref, vous voilà dès les premières pages en immersion totale dans la région. Vous en ferez le tour avec Alexandre Sénéchal, forain un peu paumé de retour au pays, vers ses racines et son enfance plutôt malheureuse à Wattrelos. Il vient de lâcher sa troupe après un accident tragique et ne sait pas encore s’il reprendra le même type de représentation : recréer des faits divers sanglants. Le public adore et comme un illusionniste, Alexandre joue tous les rôles, se travestit, entre dans la peau de tous les personnages, comme s’il ne fallait pas trop qu’il reste dans la sienne…

Julius, le curé qui le protégeait pendant son enfance l’accueille et lui propose derechef de monter un spectacle dans l’usine de la Lainière en passe de fermer puis une crèche vivante pour Noël dans son église. Il lui fait aussi du chantage, puisqu’après les spectacles et seulement après, il lui annoncera le nom de sa vraie mère... En montant ces spectacles, Alexandre va rencontrer des personnages au caractère bien trempés, la belle Marion d’abord, héritière de la filature, jeune, indépendante et fière. Et aussi fiancée. Et Léonore qui comme lui a un passé lourd dont elle n'arrive pas à se défaire. Quelques hommes aussi, mais ce sont surtout les femmes qui font ou défont la vie de cet homme.

Ce retour aux sources lui permettra-t-il de faire remonter les démons du passé, d’effacer les rancœurs, d’oublier les haines ? Et surtout de repartir à zéro, se reconstruire, et vivre enfin pour lui-même sans se cacher derrière des rôles, des jeux de scène ?

J’ai adoré ce roman riche qui fait ressortir toute la diversité du Nord, son âme, sa chaleur (du coeur, hein, parce que dans le roman, il fait froid !). Les gens y sont cabossés, abimés par la vie, mais vrais, ils sont purs ou mauvais, c’est selon, mais entiers. J’ai aimé retrouve des lieux que je connais, en respirer l’odeur tant ils sont bien dépeints. J’ai adoré l’écriture riche, drôle, pleine, si vivante. J’ai aimé enfin l’espoir qui règne malgré le malheur, et cet amour d’un pays que j’ai fait mien depuis de nombreuses années. Et ça se confirme, plus je lis Michel Quint, plus je l’aime !

 

Un grand merci à Babelio et aux Editions Heloïse d'Ormesson pour cette lecture.