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«Le bébé est mort.» 

Dès la première page, nous voilà dans l’horreur. Les deux enfants sont morts et il ne reste à la mère qu’à devenir folle de douleur…

Vie de famille sereine...

Et pourtant, bien que le lecteur connaisse dès le départ le dénouement, ce roman est d’un suspense terrifiant. En remontant dans le temps, nous assistons à la genèse du drame. Le mal-être de Myriam, débordée par ses deux jeunes enfants, qui ne supporte plus de ne pas avoir de vie sociale ni de vie professionnelle, de n’être devenue qu’une mère à plein temps, sans n’être plus rien pour elle-même. Et en se sentant également transparente face à son mari. Sa décision de reprendre le boulot, et pas n’importe lequel puisqu’elle intègre un cabinet d’avocats et va bientôt prendre une part très active dans la marche du cabinet. Son mari, pas très chaud au départ pour ce changement de vie, mais qui s’y résout pourtant, séduit par la promesse de deux salaires et par le fait de retrouver une femme active, dynamique, séduisante. Leurs recherches de LA nounou idéale, celle qui s’aura s’occuper de leurs deux trésors, être une mère de substitution, affectueuse et sérieuse, aimante et joueuse, une personne sur qui ils peuvent compter et à qui ils vont confier les êtres qu'ils aiment le plus au monde.

Contre berceuse mortelle

Et la perle arrive. Louise se fait aimer des enfants en un clin d’œil, et se rend vite indispensable dans la maison, prenant une part de plus en plus importante dans la famille, en devenant un rouage majeur, et bientôt le noyau central, celui sans lequel plus rien ne tourne rond. Et lentement, de manière insidieuse, Louise prend sa place, tisse sa trame, s’insinue dans le quotidien de la famille. Louise arrive tôt le matin, repart tard le soir, sait où se rangent les objets, maintient une maison propre et accueillante, anticipe les besoins, et surtout aime les deux enfants autant qu’ils l’aiment. Louise est l’ange de la famille… Mais Louise est une aussi une femme instable, étrange, malade… Et plus nous la découvrons, plus nous voyons dérouler sous nos yeux cet engrenage morbide qui conduira au drame. Impuissant lecteur qui a envie de secouer les parents en leur criant de regarder les détails, de ne pas à ce point laisser Louise entrer dans leur intimité, qui aimerait faire parler les enfants, qui eux, sentent bien que quelque chose ne tourne pas rond chez Louise, qu’un adulte normal n’a pas de tels comportements absurdes… Mais les enfants ont peur, et les parents sont aveugles, aveuglés par leur petit confort quotidien, par cette routine qui tourne rond, par la facilité qui s’est instaurée dans la gestion familiale depuis l’arrivée de Louise. Et au fil des pages, on sent que le dénuement approche, et qu’il n’y a pas d’issue…

Si l’on peut regretter que ce roman ait une connotation très « bobo parisien », et se dire que nous n’aurions jamais laissé quelqu’un entrer à ce point dans l’intimité de notre foyer et de notre famille, il faut cependant reconnaître que nous avons parfois, nous aussi, confié nos enfants à une Louise. Une jeune fille au pair venant de débarquer, une nouvelle baby-sitter dont nous ne savions rien, une nourrice pour laquelle nous avions un petit doute, mais…

J’ai adoré tout autant la plume de Leïla Slimani, un peu sèche, directe, mais qui fait terriblement ressentir le mal-être, que cette histoire qui m’a renvoyée quelques années en arrière, lorsque mes enfants étaient petits. Un coup de cœur pour moi que cette Chanson douce malgré une fin un peu rapide, dont on aurait aimé qu'elle explique, à défaut d'excuser...