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Sous son écharpe, cacher autant sa difformité que son passé. Et se réfugier derrière les chiffres exigés par son métier de comptable pour ne pas avoir à s’ouvrir aux autres, se dévoiler. C’est ce que fait le héros, ou plutôt anti-héros, de ce roman. Jusqu’au soir où, entouré de ses amis dans le café qu’il côtoie quotidiennement, il commence à parler et à offrir des détails de sa vie à un public de plus en plus nombreux.

Lisa est toujours à l’écoute derrière le comptoir de son café, toujours souriante, et toujours seule ; Thomas termine l’écriture d’un roman, œuvre de sa vie qu’il ne veut pas faire lire, et parle de ses enfants imaginaires ; Sam partage les lettres envoyées par sa mère morte. Et le narrateur, comptable insignifiant, se bat avec les poubelles de son immeuble, qui deviennent des personnages à part entière…

Bref, pour accrocher à ce roman, il faut vous éloigner du cadre formaté et du réalisme. Très poétique, fulgurant pour certains passages, Une bouche sans personne est aussi un roman très déstabilisant, insaisissable. Quelques pages sont sublimes, et d’autres m’ont semblé vraiment trop farfelues, et même parfois un peu rasoirs… Et pourtant, j’aime sortir des sentiers battus et l’improbable ne me fait pas peur ! C’est donc avec un sentiment mitigé que j’ai terminé ma lecture de ce premier roman. Que je vous conseille pourtant de lire, pour découvrir la jolie plume et l’originalité de ce jeune auteur.

 

« Quand on écrit, on n'est jamais sûr de soi. J'ai lu tellement de bons livres que je ne pense pas être au niveau... Mais je sais aussi qu'il y a bien plus mauvais. Mais qu'y a t-il de pire que de lire un mauvais livre ? Lire le mauvais livre d'un ami. »

 « La poubelle n'a pas été sortie. La concierge est morte il y a deux jours et personne n'ose la toucher. La poubelle, pas la concierge. »

« À travers eux, mon histoire devient une histoire. C’est peut-être ce dont j’avais besoin pour avancer. Je ne suis plus qu’une bouche, une espèce de lien avec un autre temps qui se dépossède de ce qu’il a sur le cœur. Mon histoire leur appartient et se mêle à leurs propres souvenirs. »

« Pour autant, nous ne nous connaissons pas si bien. Je n’ai jamais mis les pieds chez Thomas et n’ai pas la moindre idée de ce qu’il peut raconter dans son roman. Quant à Sam, c’est à peine si je connais le nom de la femme qui a partagé sa vie durant plus de dix ans, et encore moins celui de l’entreprise où il passe ses journées. Eux ne m’ont jamais entendu parler de mes collègues de travail. Ils n’ont pas jugé utile de me dire : « Comptable ? Et tu comptes quoi ? » Nous n’avons pas eu besoin de savoir ce que nous faisons en dehors du café pour savoir que nous nous aimons. »