Le wagon Philippe Saimbert & Isabelle Muzart Lectures de Liliba 

Le roman commence comme tout bon roman ou film qui va faire peur. Le lecteur fait connaissance avec les différents protagonistes de l'histoire, tous très différents, qui vont se retrouver pour un voyage en train. Chacun a sa personnalité, et surtout ses propres raisons de vouloir voyager dans cet étrange train.

Ainsi le père et ses deux enfants, frère et soeur qui se chamaillent un peu mais sont vifs et curieux, et ravis d'entreprendre ce voyage, surtout le jeune garçon, puisqu'il est persuadé qu'il va à la rencontre d'extra-terrestres. On rencontre également une jeune femme, journaliste qui veut écrire un papier sur le voyage et faire quelques photos, un homme d'affaires qui semble cupide, et bizarrement angoissé, un couple assez chic dont le mari est toujours aux petits soins pour la femme, le chef de train et le narrateur, Henri, dont on ne sait pas trop bien pourquoi il est là, tout du moins au début.

Car bien sûr, ça n'est pas un voyage normal que celui-ci et le wagon qui va emporter nos voyageurs est en effet bien particulier... Les voyageurs sont excités de partir, et à l'affut du moindre évènement. Ce voyage a en effet été initié par l'organisateur après que plusieurs personnes voyageant sur la ligne traditionnelle aient observé des phénomènes étranges quand le train traverse la forêt, immensité sauvage, inhabitée et un peu hostile, perdue en Europe Centrale. Le ciel alors rougeoie, semble s'embraser et des phénomènes étranges, parfois, ont lieu. Petits frissons de peur qui deviennent une manne financière puisque les voyageurs sont nombreux à vouloir découvrir par eux-mêmes ces manifestations étranges.

Sauf que ce voyage-ci ne semble pas tout à fait se dérouler selon le plan établi... L'histoire, d'étrange et légèrement flippante (mais agréablement), devient carrément horrible. Le wagon de nos voyageurs se retrouve seul, séparé par une main invisible du reste du convoi. Une brume étrange plane, empêchant de rien voir, et l'angoisse monte rapidement quand les voyageurs entendent des bruits étranges, des sortes de plaintes, de cris... Les passagers doivent faire face à des évènements totalement bizarres et bientôt à la disparition des membres de leur équipée, assassinés les uns après les autres dans des circonstances de plus en plus atroces au fil de la narration. On dirait que des forces vivantes envahissent la forêt et en veulent à leur vie. Les voyageurs sont bientôt pris au piège dans leur wagon, immobilisé en pleine forêt et même l'organisateur semble totalement dépassé par les évènements.

C'est alors que les survivants décident de marcher le long de la voie et qu'ils découvrent un étrange endroit... Est-ce que ce sont des forces surnaturelles, des "envahisseurs" ou des extra-terrestres comme l'espéraient les enfants, ou bien quelque chose d'encore pire, venu du passé pour les engloutir ?

J'ai beaucoup aimé le début du roman, mais j'avoue avoir eu un peu de mal avec la violence qu'on rencontre au fil du récit, qui va crescendo. Quand à la fin, eh bien, elle est vraiment surprenante, dérangeante même, et je ne l'ai pas du tout aimée sur le moment. Par contre, ce roman m'a longtemps trotté dans la tête et j'aimerais bien pouvoir discuter avec l'auteur pour en savoir plus... ou comprendre ce qu'a été l'idée de base de son histoire.

 

Merci à Philippe Saimbert qui a eu la gentillesse de répondre à mes questions !

Tout d’abord, d’où vous est venue cette idée de faire ainsi ressurgir un passé pour le moins horrible ? Avez-vous voyagé dans ces forêts de l’est, ou bien visité un camp de concentration, ou bien lu un ouvrage qui vous y aurait fait penser ?

Par chance pour moi, je n'ai jamais connu l'abomination de l'holocauste. Par contre, j'ai voyagé en Russie, entre Moscou et Saint Petersbourg et j'ai vraiment été impressionné par les espaces vierges et sauvages rencontrés. Propices à des histoires fantastiques. Les scénaristes sont des éponges qui s'imprègnent de tout ce qu'ils voient, entendent et lisent. De plus, mes projets abordent souvent les thèmes de la Rédemption et les univers métaphysiques.

Ensuite, de ce que j’ai compris, les coupables d’autrefois doivent être punis, mais pourquoi faire revivre l’horreur également aux innocents, par exemple aux enfants ?

Il s'agit effectivement d'une métaphore sur la Rédemption. Et également sur le Purgatoire. Lors d'une scène dans la dernière gare, Lhoman donne (en partie) les clés de cette histoire. Mais il faut savoir les interpréter.

Alors oui, les enfants sont innocents mais ils font partie du "grand tout". La fin justifie-t-elle ici les moyens ?... Ce n'est pas à moi de répondre.

Je n’ai pas compris non plus qui était la femme du rêve de Henri, une allégorie de la mort ?

Il faut que vous retrouviez et relisiez la scène avec Lhoman... vous saurez qui est cette femme. Ou plutôt ce qu'elle est.

Et pourquoi Lhoman, qui semble le plus coupable puisque le chef dans le temps ancien n’est-il pas le premier visé par « la vengeance » ? Il ne lui arrive d’ailleurs rien, si ce n’est qu’il se suicide, mais il le décide…

Oui il se suicide. Mais n'est-ce pas encore plus terrible pour lui que d'être tué par une tierce personne? Il se tue car il est rongé par le remords. Ou plutôt l'horreur de ce qu'il a compris, de ce qui l'attend.

Le roman a plusieurs niveaux de lecture, je le reconnais. J'ai aussi voulu donner mon interprétation de Dieu... qui ne répond pas aux critères des religions monothéistes.

 

Le site de Philippe SAIMBERT, un auteur que j'ai lu récemment dans un tout autre registre, puisque c'est lui qui a écrit le désopilant L'héritage de tata Lucie.

Challenge Petit Bac 2012Challenge Thriller Cynthia