En finir avec Eddy Bellegueule-Edouard Louis-Liliba

 

 

Lire ou ne pas lire Eddy Bellegueule, LE roman de ce début d’année, pourtant au départ promis à être édité plutôt confidentiellement. Hésiter, ne pas vouloir tomber dans l’effet mode, ni dans une malsaine curiosité teintée de voyeurisme. Et puis finalement, l’emprunter à une amie pour voir enfin de plus près cet Eddy dont tout le monde parle, sur la blogo ou dans la presse… 

Alors bien sûr, pour moi qui le lis un peu après son lancement, il y a la polémique qui rejaillit. Sa mère, sa famille et les gens de ce petit village perdu de la Somme qui sont offusqués et se sentent trahis et salis par la façon dont Edouard Louis les a décrits. Il y a cet étalage de pauvreté, de vulgarité, de décrépitude. Cette violence omniprésente tant physique que verbale. Ces a priori contre les gens différents, les Arabes, les bourgeois, ces raccourcis faciles faits d’ignorance et de bêtise. Pour ceux qui ne sont pas d’ici, j’entends du Nord de la France, dans laquelle j’inclus ce village de la Somme, cela peut sembler totalement irréaliste, inconcevable, trop… trop tout, en fait. Trop moche, trop triste, trop grave, trop déprimant. Mais pour moi qui vis depuis plus de 12 ans dans la région, pas de grande découverte. Bien sûr, vous vous doutez que je ne côtoie pas au quotidien des gens comme la famille Bellegueule et leurs voisins. Mais leur description ne fut pas une surprise, juste une constatation de plus de ce que je vois parfois autour de moi dans la région. Une paupérisation grandissante d’une partie de la population, un lâcher-prise et un laisser-aller qui font peur. Une façon se salir les choses, notamment le sexe et l’amour. Une accentuation de la violence, de la haine, du racisme, du rejet, que ce soit des autres ou du système. Ces enfants élevés à coup de taloches, de gros mots, ces enfants pas élevés, libres de courir dehors la nuit, de ne pas aller à l’école, de ne pas apprendre, ces enfants confrontés aux choses du sexe dès leur tout jeune âge, à qui on n’apprend pas le bien ni le mal. Ces jeunes qui boivent, qui glandent, qui se battent. Ces parents démissionnaires qui se soûlent tous les soirs, qui ne s’occupent pas de leurs enfants et les collent devant la télé... Ces descriptions, autant de l’environnement que des personnes, ne m’ont pas étonnée, et pas plus choquée que ça, parce que je sais que cela correspond à la réalité, une certaine réalité d’un milieu et de personnes qu’on s’efforce d’oublier, d’occulter. Les Bellegueule et tous leurs congénères existent en vrai. J’en ai rencontré.

Et puis il y a le texte. Dur, beau, brut, avec un regard malgré tout parfois tendre, et une sorte de recul qui fait paraître les choses et les actes à peu près supportables. Est-ce vrai, est-ce faux ? Edouard Louis souligne que c’est un roman, mais ajoute que le petit garçon du roman, c’est bien lui. Et à vrai dire, on s’en fiche ! Enfin, moi, je m’en fiche… Pas fana des autobiographies et des autofictions, je n’ai pas été horrifiée plus que ça par la vie de ce jeune garçon : s’il veut se raconter, se mettre à nu devant le public, c’est son problème. Peut-être que ça lui servira de thérapie, d’aide pour avancer dans la vie. Et si c’est juste un roman, eh bien bravo, c’est fort et bien écrit. Donc je ne tomberai pas dans les « oh quelle horreur, le pauvre, quelle enfance, mais c’est abominable… ». Je n’aime pas m’apitoyer sur le sort d’autrui et j’aime encore moins les gens qui se montrent, s’étalent, se déballent en exposant leurs tripes, pour se faire plaindre ou se faire mousser, qu’importe.

Donc, vrai ou pas, la question ne devrait pas se poser. Nous sommes ici face à un texte fort, intéressant par son côté social, par sa narration de la déchéance, de la bassesse. Mais qui contient aussi une pointe d’espoir également, puisque le narrateur arrivera à se sortir de son milieu, assumer son homosexualité, faire des études, devenir quelqu’un.

Rien de bien nouveau dans le constat. La misère sociale entraine la délinquance, qui accentue la haine raciale et l’homophobie. L’ignorance est voisine de la bêtise et la violence et l’alcool font bon ménage. Un monde qui fait frémir. Mais un roman qui, même si je l’ai trouvé très intéressant, ne m’a pas du tout émue. 

 

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