Hymne à la haine - Dorothy PARKER
Qui m'haine me nuise...
Première édition en français des Hymnes à la haine. Des poèmes sur toutes les personnes, ou catégories de personnes qui insupportent Madame Parker... On se demande s'il en reste qui ont la grâce d'être épargnés par cette hargne vacharde et fielleuse, et on comprend bien que cette femme se soit fait des ennemis un peu partout et ait fini seule, malheureuse et misérable... Je dirais même, bien fait pour elle !
Le style est bien sûr incisif et le trait assez exact, souvent même truculent et terriblement réaliste, mais je crois que le fait de lire ces textes réunis en un livre les tue : on s'amuserait à en lire un de temps à autre, à se moquer un peu de ces gens, à reconnaître même peut-être quelqu'un de notre entourage... mais là, on se demande quel sera le prochain "épinglé" et j'avoue que j'ai assez rapidement saturé... Madame Parker aurait du essayer d'exorciser son mal-être d'une autre façon qui lui aurait sans doute été moins néfaste, et elle aurait également du relire ses classiques : dans ses Caractères, La Bruyère n'épargnait lui non plus pas vraiment ses modèles, mais il le faisait avec plus de finesse et de "rondeur"... Question d'époque, ou de talent ?
Extraits :
"Je hais les Femmes : Elles me portent sur les nerfs.
Il y a les Femmes d’Intérieur…
Ce sont les pires.
Chaque instant est ficelé de Bonheur,
Elles respirent avec méthode
Et pour l’éternité se hâtent à grand pas vers la maison
Où il faut surveiller le dîner…
Il y a aussi les douces
Qui disent avec un tendre sourire « l’argent ne fait pas le bonheur »
Et ne cessent de me faire admirer leur robe
En me confiant : « je l’ai faite moi-même »…
Et vont épluchant les pages féminines des magazines,
Toujours à essayer de nouvelles recettes…
Ah, que je les hais, ces sortes de femmes !
Et puis il y a les Petites Fleurs Sensibles […]
Et puis, il y a celles qui ont toujours des Ennuis […]
Et puis, il y a les Madame-Je-Sais-Tout […]
...
Je hais les Hommes : Ils ont le don de m’irriter.
Il y a d’abord les Penseurs Austères […]
Et puis les Monsieur Muscle […]
...
Je hais la Famille : Elle me donne des crampes d’écriture !
Il y a d’abord les Tantes :
Même les meilleurs d’entre nous en ont […]
Et puis aussi les Belle-Sœurs,
Ces Maux Nécessaires du Mariage… […]
Et encore les Neveux…
Cette basse espèce de la vie animale… […]
Et enfin les Maris…
Cette Croix que porte la Femme Blanche. […]
