Dolce Agonia - Nancy HUSTON
Humains, jouets de Dieu...
Douze convives se réunissent dans la maison de Sean Farrell pour la soirée de Thanksgiving, et vont devoir dormir sur place du fait de la neige tombée en abondance. Ils se connaissent tous, mais ne sont pas tous forcément amis, et semblent peu assortis ; en fait, Sean a invité tous ceux de ses proches qui étaient susceptibles d'être seuls ce soir-là. Deux des femmes présentes sont d'anciennes maîtresses du maître des lieux, les autres sont soit des amis de longue date, soit des relations professionnelles qui se sont transformées en amitié.
Chaque chapitre nous emmène dans la vie des différents convives, son passé, ses pensées, ses souvenirs, ses peurs... On découvre les petites mesquineries cachées des caractères, les désirs inassouvis, les liens que chacun entretient avec l'hôte. Chacun à sa façon souffre, qui de sa santé, qui de mal d''amour, qui de son passé et on sent le poids sur leurs épaules de la vie, et de ce que cette vie leur a apporté comme peines et souffrances.
Dieu, lui, le narrateur, manipule ses marionnettes à sa guise, et joue sans état d’âme (avec plaisir et perversité, même) avec les personnages comme un enfant cruel avec ses poupées. Selon son bon gré, il envoie épreuve ou réconfort, ou bien rappelle à lui par une mort inattendue celui dont il s'est lassé... Dolce Agonia... douce agonie d'une vie sur laquelle nous n'avons pas d'emprise...
J'ai beaucoup aimé ce livre, qui m'a pourtant semblé pesant. Impression d'être une pièce d'un jeu que l'on ballade de droite et de gauche, et que ma vie ne m'appartient plus... Prédominance d'un Dieu méchant et cynique... Brrrr, cela m'a donné des frissons dans le dos... mais aussi l'envie d'entreprendre plein de choses (dont ce blog !) pour me prouver à moi-même que je suis maître de mon destin...
Extrait : "Quelle espèce ! Souvent, à regarder les êtres humains accomplir leur destinée sur Terre, je me laisse emporter presque au point de croire en eux. Ils me donnent l'impression singulière d'être dotés de libre arbitre, d'autonomie, d'une volonté propre... Je sais bien que c'est une illusion, une notion saugrenue. Moi seul suis libre ! Chaque tour et détour de leur destin a été planifié d'avance par mes soins."
