Les lectures de Lili... Et un peu de ma vie aussi...

Ce que j'aime, ceux que j'aime... Un peu de tout, en vrac, et suivant mes humeurs...

24 octobre 2009

Corps étranger

Didier van CAUWELAERT

coeur

corps

Quatrième de couverture
Peut-on changer de vie par amour, devenir quelqu'un de neuf sous une autre identité, sans sacrifier pour autant son existence habituelle ? C'est ce que va oser Frédéric. A dix-huit ans, il avait publié sous le nom de Richard Glen un roman passé inaperçu, puis il avait renoncé à l'écriture ; il avait conquis Paris d'une autre manière... Mais, un jour, une jeune étudiante de Bruges envoie une lettre à ce pseudonyme oublié, à cette part de lui-même en sommeil depuis plus de vingt ans. De tentations inconnues en bonheurs d'imposture. il va s'inventer dans les yeux de Karine un autre passé, un autre présent, rendre Richard Glen de plus en plus réel, de plus en plus vivant... Mais combien de temps deux personnalités peuvent-elles se partager un corps ? Avec son humour et sa tendresse implacable, le romancier d'Un aller simple, prix Goncourt 1994, nous entraîne dans un récit poignant qui explore le rêve secret de beaucoup d'entre nous.

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Un coup de coeur pour ce livre dévoré d'une traite, que j'ai trouvé tout à la fois plein d'humour, très poétique, triste et qui m'a beaucoup émue... Rêves, destin, espoirs, désespoir aussi, tout est là, dans une belle écriture fluide que l'on lit avec plaisir... L'amour pour la femme aimée défunte entraîne le narrateur à changer de vie, ou plutôt à reprendre cette part de lui-même qu'il avait au fil des ans laissée s'étioler jusqu'à la faire disparaître, jusqu'à devenir étranger à lui-même. Le hasard d'une lettre d'admiratrice reçue le fait se retourner sur ce qu'il a construit, sur ce qu'il est devenu, sur ce qu'il a fait de ses années passées et comprendre enfin à quel point il a changé et pourquoi il a de ce fait perdu la femme de sa vie avant qu'elle ne meure réellement. Un personnage attachant bien que tourmenté et compliqué, qui essaye de se dissocier de lui-même pour mieux se retrouver et arrivera ainsi à renouer avec son âme et retrouver l'amour.

C'est une bien jolie histoire, avec une bien horrible fin, que je ne vous raconte pas, évidemment ! J'ai été fâchée contre l'auteur aux dernières pages... Tout de même, Monsieur Van Cauwelaert, vous êtes dur avec vos personnages et Frédéric ne me semble pas mériter ce que vous lui faites subir ! Mais peut-être en est-il ainsi de la vie et cela devrait nous pousser tous à savourer chaque moment de notre existence de notre mieux, en restant fidèle à nous-mêmes, à nos idéaux, à nos aspirations de jeunesse...

Une belle lecture !

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26 juin 2009

La rencontre

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Elle avait vu les tubes, les machines, les tuyaux qui le reliaient à la vie. Elle avait vu le lit blanc avec le crucifix accroché au dessus, la chambre blanche, l'enfant livide. Elle avait croisé le regard de l'enfant ; elle y avait lu l'espoir, un espoir immense, et l'amour, un amour démesuré pour la vie, pour les hommes. Elle n'avait pas compris, elle ne pouvait pas imaginer un seul instant que l'être couché en face d'elle, cet enfant qui n'en n'était presque plus un tant il était malade, mutilé puisse rire, et aimer, et rêver encore. A sa place, elle aurait plutôt voulu mourir pour ne pas souffrir, ne pas connaître cette dépendance à autrui, cette vie végétative, cette déchéance et dégradation lente et inéluctable du corps. Elle était révoltée. Contre la vie si cruelle, contre les médecins impuissants, contre le destin, contre le monde entier ; elle bouillait de haine et d'envie de vengeance, elle aurait voulu tout casser pour effacer les traces de ce malheur, pour repartir à zéro, pour retrouver une vie normale, un enfant normal. Détruire le lit, la chambre, la croix, comme si cela pouvait effacer l'horreur, annuler le malheur...

Elle avait de nouveau regardé l'enfant. Ce regard clair, si limpide, presque insoutenable tant il était pur, et serein. Et, elle ne savait pas pourquoi, non, depuis toutes ces années, elle n'avait pas encore compris pourquoi, elle avait été remplie d'amour. D'un amour pur, inconditionnel, total et absolu pour cet enfant, pour tous les hommes et pour Dieu. Elle avait passé et repassé un millier de fois la scène dans sa tête, revu chaque détail, mais non, jamais elle n'avait trouvé ce qui avait déclenché ce jour-là sa vocation, sa rencontre avec Dieu. Elle si terre à terre, si matérielle, tellement de son époque, profitant pleinement avec ses 20 ans de la société de consommation dans laquelle elle vivait... A travers les yeux de cet enfant elle avait entendu la voix du Seigneur, et perçu son appel. Elle n'avait pas réalisé comment cela avait pu se passer, ni pourquoi elle avait été choisie, mais, après toutes ces années, Soeur Marie-Agnès était heureuse d'avoir su écouter son coeur.

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24 juin 2009

Le sumo qui ne pouvait pas grossir

Eric-Emmanuel SCHMIDT

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sumo

Quatrième de couverture
Dans une ville du Japon, de nos jours, un garçon de 10 ans grandit dans un orphelinat. Son père est mort de surmenage professionnel et sa mère est atteinte de cyclothymie aiguë. Comme tous les enfants de son âge, il est passionné de technologies et de jeux vidéo. Étrangement, il a attiré l’attention d’un lutteur de sumo, de passage. Ce dernier, grand maître de force et de sagesse, a repéré le »  gros »  qui se cache en lui. Il entreprend donc, alors que ce gosse garde sa corpulence normale, de lui expliquer les éléments fondamentaux et les pratiques d’un sport ancestral et d’un art martial qui touche à la plus profonde philosophie zen…

J'ai dévoré ce dernier ouvrage de EE Schmidt avec passion. J'ai eu l'impression de retrouver l'ancien Schmidt, celui de Oscar, de L'Evangile selon Pilate ou de L'enfant de Noé, celui qui à partir d'un récit simple et léger nous permet de réfléchir, de continuer à y penser une fois le livre refermé...

Au contraire de Madame Charlotte qui l'a lu et a été déçue (une lecture qu'elle qualifie d' "agréable mais superficielle" alors que l'auteur est son "chouchou"), j'ai trouvé à ce récit une vraie profondeur, cachée comme l'auteur sait si bien le faire derrière les mots et les phrases anodines. C'est un petit conte initiatique qui m'a ravie, parce que j'ai reconnu en moi la grosse qui se cache (enfin, me dit mon jean fétiche, la grosse ne se cache pas tant que ça en ce moment !), parce qu'au delà de l'histoire de ce jeune homme qui veut grossir pour devenir un vrai sumo, j'ai retrouvé une part de moi-même, toujours à la recherche d'un idéal quasi inaccessible... La question est de savoir si cet idéal forgé est vraiment bon pour moi et le but ultime de mes actions, de mes paroles et de toute ma vie...

Je vous engage donc à lire ce joli petit livre et à vous laisser rêver et réfléchir sur le sens de votre vie, sur vos buts, vos envies...

Le site de l'auteur.

10 avril 2009

Fame

comédie musicale de David DE SILVA

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Qui ne se souvient de Fame et du film qui a été adapté de la comédie musicale qui fut un grand succès à Broadway dans les années 80 ?

C'est une adaptation française que nous avons pu admirer ce dimanche, qui m'a transportée dans ma jeunesse, et donner envie de danser sur place pendant tout le spectacle.

Un petit rappel de l'histoire :  dans une école spécialisée dans les arts du spectacle (danse, musique et théâtre), seize jeunes apprennent à chanter, danser et jouer la comédie, portés par leurs rêves de gloire et de succès. Tout au long des quatre années d'étude, nous suivons leurs progrès, leurs amours, leurs angoisses, leurs émotions, leurs période d'enthousiasme ou de découragement et découvrons avec eux que ces années d'étude sont autant un apprentissage des métiers du spectacle que celui de la vie elle-même. Les professeurs sont là pour les aider, tantôt durs et sévères, tantôt plus doux, mais toujours attentifs à la personnalité de ces jeunes en devenir.

Une star académie avant l'heure ? (avec le talent en plus !).

Plus de trente artistes (musiciens, danseurs et chanteurs) sur scène donnent vie aux élèves de cette école, tous jeunes et extrèmement talentueux : musiciens, danseurs, comédiens, chanteurs et un peu tout cela à la fois, la troupe distille avec art un souffle de jeunesse et d'espoir, d'amitié, d'entraide, d'humour aussi et les spectateurs ont pu se régaler pendant deux heures et demi sur la musique entraînante, dont plusieurs airs nous sont restés en tête. La chorégraphie mêle avec brio danse classique, hip hop, rock, les changements de scène très bien menés, le décor sobre est agrémenté par les accessoires utilisés pour danser, les interprètes transmettent leurs émotions et je me suis régalée du début à la fin ! Cela m'a donné envie de revoir au plus vite le film, vu il y a plus de 15 ans... 

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Générique V.F. série Fame
Souvenirs, souvenirs...

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07 mars 2009

Vocation ?

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"Quand je serai une adulte,

je veux être théatrice !"

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dixit Miss Charlotte, effectivement souvent très théâtrale !

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Et voici pour vous chers lecteurs un extrait - en avant première ! - de la superbe représentation théatrale à laquelle nous avons eu l'honneur et le grand plaisir d'assister pendant les vacances : Le corbeau et le renard.

Dans le rôle du corbeau, Paul ; Charlotte en narratrice enjouée, et Antoine en renard filou (ça lui va comme un gant !) sur une mise en scène et des costumes de leur grand-père et un maquillage de leur grand-mère (que je remercie et félicite d'être des grands-parents aussi sympas, présents, inventifs, attentionnés, drôles... chers papa et maman, vous pouvez les reprendre quand vous voulez pour les prochaines vacances !)


le corbeau et le renard

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03 janvier 2009

La chambre d'Albert Camus

William REJAULT  (RON L'INFIRMIER)

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Présentation de l'éditeur
Vous êtes en train de lire une quatrième de couverture. Ça s'appelle comme ça. Mes éditeurs, qui s'y connaissent un peu en marketing du livre m'ont dit que, dans l'idéal, ça devait être un texte accrocheur un peu putassier, genre aguicheur mais pas vulgaire, un texte qui vous donne envie de lire le livre. Alors je m'y suis collé. Zéro idée. Je pourrais vous dire : " Salut, je suis Ron, je suis infirmier, je parle de mes patients, voilà. Oh, le truc qui s'annonce soporifique ! " Jamais vous n'achèteriez ça, non ? Je pourrais vous dire : " Bonjour, je suis Ron, je suis infirmier et j'écris pour survivre car, mon métier, c'est la souffrance et la plume de mon angoisse, elle frémit sur la page de mon livre cathartique. " Quelle rigolade ! Jamais vous ne liriez ça, non ? Remarque, le mec qui se la joue " auteur maudit "... Il a toujours un public pour ça. C'est un créneau. A creuser. J'aurais aussi pu vous dire : " Bonjour, je suis Ron, j'ai des histoires incroyables à vous raconter. Du sexe, du vrai sexe, avec des vrais gens. Des morts, de l'adrénaline, des rapports humains, une incroyable aventure. " Oui, je pourrais dire ça. Mais bon, ça a déjà été fait mille fois, non ? Et puis, là, vous voulez un bon livre, pas un roman de gare... Vous allez voir, on a plein de choses à se dire, vous et moi. Plein.

Effectivement, l'éditeur (j'allais ajouter "pour une fois", mais c'est faire montre de mauvais esprit...) ne nous raconte pas de carabistouilles, et j'ai pris un plaisir immense à lire ces fameuses nouvelles de Ron l'infirmier, que je connaissais déjà un peu à travers son blog. Sans jamais tomber dans le sordide ou le voyeurisme avec, toujours, une touche d'humour, une vraie franchise et une immense humanité, Ron l'infirmier nous promène au gré des hôpitaux, maisons de repos, asiles ou hospices dans lesquels il a travaillé, et nous présente ses patients. Quel que soit leur problème de santé, quel que soit leur état de moral, ou leur état psychique, qu'ils soient jeunes, vieux, valides ou au seuil de la mort, qu'ils soient doux et calmes ou violents et révoltés, Ron aime les gens qu'il soigne. Il aime son métier, qu'il regarde pourtant avec un oeil réaliste, et même critique. Il est parfois au bord du découragement face à la bureaucratie, à la bêtise des procédures ou des gens, à leur méchanceté ou à leur paresse. Mais il aime les ambiances feutrées des couloirs d'hôpitaux, il aime le stress des accueils d'urgence, il aime les hommes et les femmes qu'il tente de soigner tant bien que mal, même contre leur volonté. Il les aime mais garde son franc-parler, sa liberté d'expression, son indépendance et sa fierté. Bref, il les traite comme tous devraient être traités, comme des personnes à part entière, même si elles sont diminuées par la maladie.

Ce petit livre est donc autant un témoignage d'une véritable vocation dans le milieu hospitalier qu'un condensé d'humour et de dérision, condition sine qua non pour supporter, j'imagine, ce dur métier et la confrontation quotidienne avec la maladie et la mort. A lire, autant pour rire que pour s'informer, pour se détendre que pour entrer par la petite porte, auprès des petites gens dans cet univers médical assez méconnu (et tant mieux pour nous tous, je pense !). Une belle leçon de vie et d'optimisme pour commencer l'année !

Le site de l’auteur , allez y faire un tour, on y trouve ses posts, des réflexions, des vidéos, très complet et intéressant, d'autant plus qu'il a l'air diablement sympathique.

Florinette et Daniel Fattore ont beaucoup aimé. Joli article de Miss Alfie, découverte pour l'occasion !

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18 septembre 2008

92 jours

Larry BROWN

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Leon Barlow a des fins de mois difficiles. Sa femme l'a quitté, lui réclame une pension alimentaire qu'il n'arrive pas à payer et l'empêche de voir ses enfants. Ses manuscrits lui reviennent tous, refusés par les éditeurs new-yorkais, et accompagnés de lettres stupides ou décourageantes. Il n'a pas de vrai emploi, mais travaille sporadiquement comme peintre en bâtiment, puis stoppe ses missions dès qu'il a mis un peut d'argent d'avance et peut remplir son frigo et tenir quelques temps sans sortir de chez lui. Il a quelques amis, mais qui sont aussi paumés que lui...

Et malgré tout cela, et à cause de tout cela, Leon Barlow occille entre confiance, plénitude ou désespoir. Il y a la bière glacée, bue en abondance, souvent jusqu'à épuisement et engourdissement, seul ou en compagnie des copains. Il y a la solitude, cette claustration volontaire. Il y a la nature et les couchers de soleil qui lui redonnent de l'énergie. Et surtout sa certitude malgré tout qu'il a du talent et que son rôle, sa mission, sa vie est de continuer, envers tout et tous, à faire ce qu'il aime plus que tout au monde, ce qui lui est aussi vital que de respirer : écrire.

Magnifique portrait que cet homme abandonné de tous ou presque, au bout du rouleau, mais continuant avec ténacité à vouloir écrire et faire publier ses textes. Nous vivons avec lui les affres de l'angoisse à l'arrivée d'un courrier (nouveau refus d'un éditeur), nous souffrons avec lui, mais en même temps espérons, croyons en lui comme il croit en son talent. Tout cela sur fond d'Amérique rurale, rude et belle. Un petit délice !

Larry Brown est né à Oxford (Mississippi) en 1951. Il a servi dans les corps de Marines de 1970 à 1972 et, en 1973, au département des pompiers d'Oxford où il est capitaine jusqu'en 1990. Il est l'auteur de romans et de recueils de nouvelles, tous publiés par les Éditions Gallimard. Larry Brown est mort en novembre 2004.

L'avis de Papillon (en 2006, je ne suis pas très en avance !) et celui plus récent de Daniel Fattore, qui avait beaucoup aimé.

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05 mai 2008

Le divan

Parfois, elle ferme les yeux et se met à rêver... La chambre est dans la pénombre, la lumière est reposante, douce... Elle est à demi allongée sur le sofa, alanguie, comme après l'amour...Elle est nue, avec juste un diamant autour du cou, accroché par un noeud et un bracelet d'or qu'elle ne quitte jamais. Elle sent sur son corps l'air tiède, ainsi que la caresse des draps de soie et du brocart. L'azalée qu'elle a accroché à sa chevelure embaume l'air...  Elle voit la servante noire s'approcher d'elle et lui tendre un bouquet de fleurs et elle joue avec sa mule, qu'elle balance du bout du pied...

"Arrête de bouger !" La voix la ramène brusquement à la réalité. Elle ouvre les yeux et la confrontation de sa situation actuelle avec celle de sa rêverie la ferait presque rire, si elle en avait le droit... Mais non, elle ne doit pas bouger, même pas frémir, juste rester là, et attendre. Elle regarde la pièce, une petite pièce sombre, sale, emplie de vieux meubles disparates. Cela sent le renfermé, ainsi que le solvant, ça pique un peu les yeux... Et puis elle a froid, et elle commence à avoir des courbatures, elle voudrait se lever, se dégourdir les jambes, et rentrer chez elle. Elle a mal au dos sur ce divan miteux et tout défoncé sur lequel elle prend la pose depuis maintenant plus d'une heure. Elle en a marre.

Mais il n'a pas terminé. Elle voit ses mains effectuer de grands gestes, et le pinceau courir sur la toile. Il prend des airs, regarde la toile, recule, fronce les sourcils, se rapproche et rajoute une touche de couleur dans un coin... Mon Dieu, se prendrait-il pour Manet peignant Olympia ?

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25 mars 2008

Chagrin d'école

Daniel PENNAC

Cancre, ça mène à tout !

_coleDaniel Pennac est un ancien cancre, et il nous livre dans cet ouvrage ses souvenirs d'école.

En nous restituant ses angoisses de mauvais élève, ses chagrins de dernier de classe, les injustices et les critiques auxquelles il était habitué (mais s'habitue-t-on jamais à l'injustice ?), mais aussi les victoires durement gagnées : apprentissages enfin mémorisés, début de compréhension, intérêt enfin éveillé, le Pennac devenu prof (cela rassure, cancre, ça mène finalement à des métiers intelligents !) nous transmet ses réflexions sur la pédagogie, l'ancienne ou la nouvelle et sur les dysfonctionnements de l'institution scolaire.

Rôle de la télévision, de la société de consommation à outrance, du laxisme des parents et de l'éclattement du noyau familial traditionnel, tout concourre à faire de l'école ce qu'elle est : un prolongement de la vie à l'extérieur des murs scolaires... La réflexion est intéressante, bien que parfois un peu stéréotypée, l'écriture fluide et le ton plein d'humour. Se lit donc "comme un roman" (cf son ouvrage précédent), mais je suis cependant restée un peu frustrée qu’encore une fois, il ne nous livre pas un de ses merveilleux "vrais" romans... (Malaussène...)

Extrait : "Donc, j'étais un mauvais élève. Chaque soir de mon enfance, je rentrais à la maison poursuivi par l'école. Mes carnets disaient la réprobation de mes maîtres. Quand je n'étais pas le dernier de ma classe, c'est que j'en étais l'avant-dernier. (Champagne!) Fermé à l'arithmétique d'abord, aux mathématiques ensuite, profondément dysorthographique, rétif à la mémorisation des dates et à la localisation des lieux géographiques, inapte à l'apprentissage des langues étrangères, réputé paresseux (leçons non apprises, travail non fait), je rapportais à la maison des résultats pitoyables que ne rachetaient ni la musique ni le sport ni d'ailleurs aucune activité parascolaire."

"J'étais un objet de stupeur, et de stupeur constante car les années passaient sans apporter la moindre amélioration à mon état d'hébétude scolaire. «Les bras m'en tombent», «Je n'en reviens pas», me sont des exclamations familières, associées à deux yeux d'adulte où je vois bien que mon incapacité à assimiler quoi que ce soit creuse un abîme d'incrédulité."

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23 mars 2008

La passion selon Juette

Clara DUPONT-MONOD

Fatale passion

juetteJuette naît au milieu du XIIème siècle dans une petite ville de l'actuelle Belgique, au moment des premières hérésies cathares. C'est une enfant solitaire et rêveuse, qui se sent incomprise, mal aimée par sa mère, et qu'on marie à treize ans suivant la tradition de l'époque. Elle ne peut pas exprimer ses sentiments, mais s'évade en se remémorant les récit sur la chevalerie d'un prêtre ami, Hugues de Floreffe, une oreille attentive, et bientôt plus même : un ami et un confident.

Ce mariage, le sexe, la grossesse, l'accouchement et la maternité sont vécus par Juette comme des agressions permanentes à son être, une violence faite à sa chair, à son coeur. Cinq ans plus tard, elle est veuve. Ses parents veulent la remarier. Mais Juette cette fois-ci ne se laisse plus faire et se libère des conventions. Elle dit non. Non au mariage, à son hypocrisie, à son joug. Non aux hommes avides et lubriques. Non au clergé corrompu, voleur, menteur et forniqueur. Elle se voue alors aux lépreux, et n'a d'autre souhait que de rester auprès d'eux pour soulager leurs peines. Mais elle a des visions mystiques, elle acquiers un auditoire, et très vite sa notoriété de presque sainte du début fait place à la haine grandissante des puissants qu'elle dérange, des hommes qu'elle choque.

Féministe avant l'heure, Juette est lucide sur la société de son temps, sa violence et la place insignifiante réservée aux femmes. Elle défend la liberté de vivre à sa guise, et aussi de croire à sa façon, à l'écart du dogme écrasant imposé par l'Eglise. Mais, et cela de tous temps, ni les hommes ni l'Eglise n'aiment les âmes fortes et contestatrices...

Extraits : "Juette l'ignore mais elle me montre l'essentiel de la religion : cette part d'enfance qu'il faut porter en soi pour se montrer confiant et s'en remettre à une puissance supérieure."

"Ces rêveries ne sont pas bonnes. Je le sais. Chaque jour on me répète ce que ma tête doit contenir mais ma tête ne parle pas le latin."

"J'apprends à connaître mes pensées impudiques. Je les ai nommées : ce sont des "histoires". Un jour je pourrai dire "j'ai mes histoires" comme on dit "j'ai mes douleurs". Pour l'instant, je guette leur venue avec une angoisse heureuse. Elles viennent par-delà les murailles de la ville. Aucune église, ni cour, ni place, ne porte leurs noms. Personne ne connaît leurs sources. Elles glissent en moi. Ce sont des portes que j'ouvre en caressant."

"Je ne sais pas ce qu'elle deviendra. On ne peut être aussi poreux vis à vis du monde sans y laisser un peu de soi. Le chaos et la raison ne font pas bon ménage. A un moment, il faut choisir."

"Je découvre, stupéfait, cette cruauté. Une cruauté d'homme. Son regard est dur, très brillant. Pourtant, il me suffit de m'isoler pour me souvenir d'elle. Il me suffit d'un arbre planté dans une cour pour voir passer des chevaliers. Alors je sais quelle tristesse se cache sous la hargne. La tristesse d'une âme noble qui a deviné que la noblesse a abandonné les hommes. La hargne des êtres généreux qui ont vu leurs rêves couverts de boue ; En mémoire de ces rêves, ils abattent des murs. Ils chassent, ils pillent, ils exigent, avec la même force malade. Le désespoir les met hors d'attente. Il les rend visionnaire."

"C'est ainsi : toute entreprise, aussi grande et sacrée soit-elle, repose sur des nécessités personnelles. L'altruisme n'existe pas. Mais la bonté de Dieu, c'est justement de prendre l'homme ainsi, avec son égoïsme. Sa grandeur est là : il n'exige pas la  perfection mais uniquement les efforts déployés pour l'atteindre. Peu importent les règles et les armes, tant qu'elles obligent à faire mieux chaque jour pour se rapprocher de Dieu. C'est cela que l'Eglise ne comprend pas. C'est en cela que je la combattrai, jusqu'à la fin."

Est-ce à cause du combat dérisoire de Juette contre l'injustice d'être née femme, à cause de sa vision parallèle de la religion, de sa clairvoyance qui la mène à la folie ? Ce livre, même s'il m'a énormément plu, m'a en tout cas beaucoup remuée et troublée.

Posté par liliba à 17:52 - J'ai lu, j'ai aaaadoré ! - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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