Les lectures de Lili... Et un peu de ma vie aussi...

Ce que j'aime, ceux que j'aime... Un peu de tout, en vrac, et suivant mes humeurs...

14 novembre 2009

La muette

Chahdortt DJAVANN

muette

" J'ai quinze ans, je m'appelle Fatemeh mais je n'aime pas mon prénom.
Je vais être pendue bientôt... "

Présentation de l'éditeur
L'amour fusionnel d'une adolescente pour sa tante muette, l'amour passionné de celle-ci pour un homme tournent au carnage dans l'Iran des mollahs. Chahdortt Djavann fait un récit court, incisif et dénué de tout artifice. Écrite dans un cahier, par une adolescente de 15 ans en prison, La Muette est une histoire qu on n'oublie pas.

Voici un petit livre effectivement poignant où l'on est confronté à l'horreur et à la violence et surtout au courage des femmes iraniennes face à la démence de l'intégrisme dans leur pays. A lire comme un témoignage (on peut se demander quelle est la part du roman et du vécu dans l'ouvrage) et à savourer tant l'écriture est délicate malgré la dureté du thème.

"J'ai quinze ans, je m'appelle Fatemeh, et je n'aime pas mon prénom. Dans notre quartier, tout le monde avait un surnom, le mien était «la nièce de la muette». La muette était ma tante paternelle. Je vais être pendue bientôt ; ma mère m'avait nommée Fatemeh parce que j'étais née le jour de la naissance de Mahomet, et comme j'étais une fille, elle m'avait donné le prénom de la fille du Prophète. Elle ne pensait pas qu'un jour je serais pendue ; moi non plus. J'ai supplié le jeune gardien de la prison pour qu'il m'apporte un cahier et un stylo, il a eu pitié de moi et exaucé le dernier souhait d'une condamnée. Je ne sais par où commencer. J'ai lu plusieurs fois le petit dictionnaire abandonné sur la corniche de la chambre où j'ai vécu plus d'un an. J'aimais apprendre ce que les mots signifiaient ; mais ne me rappelle pas tous les mots et leur sens. Je n'ai jamais rien écrit, à part quelques poèmes, une vingtaine, mais personne ne les a jamais lus. J'étais très bonne à l'école, mais j'ai dû la quitter à treize ans ; j'aurais bien aimé continuer et aller à l'université. Personne dans ma famille, ni d'ailleurs dans notre quartier, n'avait jamais mis les pieds dans une université. Où j'ai grandi, il n'y avait que la misère et la drogue, aucun destin n'échappait au malheur ; dans ce monde-là, la pauvreté écrase les hommes et les femmes, les rend misérables, méchants et laids : trop de misère fait que les gens ne sont même plus capables de rêver. Mon oncle, le frère de ma mère, était drôle, drogué et beau, il avait vingt-deux ans et rêvait encore, un peu trop peut-être. La muette aussi était belle, elle avait de grands yeux brillants et un visage rassurant pour une muette. Moi, je ne suis pas belle, mais je ne suis pas laide non plus ; maintenant, dans cette cellule, je dois l'être. Les trois premiers jours de mon interrogatoire furent les plus lents dans l'histoire de l'humanité, soixante-douze heures sans sommeil sous les coups de matraque. Brûlures indescriptibles. J'ai plusieurs dents brisées, le visage tuméfié, des côtes cassées et, lorsque je respire, mon corps me fait mal. Je prends seulement maintenant conscience que je vais être pendue ; attendre jour et nuit la mort dans cette cellule étroite et entièrement vide est au-dessus de mes forces. Penser à la muette, l'imaginer à mes côtés, m'aide à ne pas devenir folle, à supporter la douleur, la peur. J'écris pour que quelqu'un se souvienne de la muette et de moi, parce que mourir comme ça, sans rien, m'effrayait. Peut-être qu'un jour quelqu'un lira ce cahier. Peut-être qu'un jour quelqu'un me comprendra. Je ne demande pas à être approuvée, seulement comprise." 

Amanda a moyennement aimé. Un bel article de Léthée dans Le Magazine des livres, Leiloona se demande "comment rester insensible face à une telle oeuvre", Roudoudou a aimé sa lecture.

objectif_PAL  challenge_abc_2009_logo free_challenge

12 septembre 2009

La lamentation du prépuce

Shalom AUSLANDER

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pr_puce"Je crois en Dieu. Cela a toujours été un problème pour moi."

Présentation de l'éditeur
Iconoclastes et incroyablement touchants, les mémoires d'un jeune juif du New Jersey élevé dans la plus stricte tradition orthodoxe. Entre Chaïm Potok, Woody Allen et Philip Roth, un régal de drôlerie et d'émotion, un vrai morceau de bravoure contre tous les fondamentalismes religieux. Quand il était petit, le jeune Shalom croyait aveuglément la parole des adultes : s'il allumait la télé pendant Shabbat, Dieu ferait perdre les Rangers, et tous ceux qui mangeaient du porc périraient dans d'atroces souffrances. Et puis, Shalom a commencé à douter. De son père qui se saoule au vin casher et fait du Shabbat un véritable enfer. De sa mère qui le force à porter une kippa à la piscine. Et de Dieu Lui-même qui, télé ou pas, s'obstine à faire perdre les Rangers. Alors Shalom s'est rebellé. Il a mangé des hot-dogs, lu en cachette les magazines cochons de son père, convoité de plantureuses shiksées blondes, et attendu, tremblant, l'inéluctable châtiment divin...

Je me suis régalée de ce roman vraiment très original ! Déjà attirée auparavant par le titre, je me suis plongée avec délices dans les angoisses de Shalom et dans son combat quotidien contre le Dieu omniprésent, intimidant et vengeur dont on lui a rabâché les oreilles toute son enfance. Les péripéties de la vie de ce "rebelle" m'ont vraiment beaucoup fait rire, de même que la propension de cet homme à faire manifestement le contraire de ce qui est prescrit par les lois divines, parfois consciemment, parfois sans du tout se rendre compte qu'il déroge à une règle. Les anecdotes se suivent et sont souvent vraiment très drôles et l'on se prend d'amitié pour l'enfant ou l'adolescent qui tente, par ses moyens dérisoires, de tester la mansuétude ou la patience de Dieu.

Mais ce livre est plus qu'une succession d'anecdotes amusantes. En effet, Shalom teste Dieu, le met à l'épreuve pour voir s'il réagira à ses bêtises, mais il continue cependant (ou justement) à croire en ce Dieu. Même au contact de certains membres de sa famille se laissant aller à des pratiques absolument proscrites, et voyant que Dieu ne punit personne, il s'accroche tant bien que mal à sa foi et ressent toujours cette culpabilité, cette peur du jugement et de la punition, et ce même lorsqu'il devient adulte. Et cela le mine.

Présenter la religion de cette façon est certes très amusant, mais fait également réfléchir sur le poids que celle-ci peut avoir sur une vie, et notamment sur l'esprit de jeunes enfants, perméable à ce qu'on veut bien leur raconter. Je ne suis pas du tout assez connaisseuse de la religion en générale, et de la pratique de la religion juive en particulier pour me permettre de porter un jugement, juste quelques questions qui ont émaillé ma lecture : le Dieu enseigné au petit Shalom ne semble pas être un Dieu bien magnanime ni aimant, mais bien un Dieu qui surveille, qui sanctionne, qui punit... Faut-il donc apprendre à nos enfants la religion en leur faisant craindre Dieu, plutôt que de le vénérer ? Les préceptes et lois dictées sont parfois totalement stupides ou risibles, doit-on inciter cependant l'enfant à fermer les yeux et à suivre ces lois aveuglément, sans se poser de questions ? Dieu est-il juste ? Est-il bon ? Comment peut-on d'ailleurs avoir envie de croire en une entité supérieure si celle-ci n'est pas tout amour ? Les lois édictées par les religions (quelles qu'elles soient) ont-elles été écrites pour faire peur aux hommes et les forcer à croire, la peur étant considérée à l'époque comme une motivation suffisante ? Pourquoi suivre ces lois si d'autres ne les suivent pas et s'il ne leur arrive rien de particulier ? ... Bref, le dialogue est ouvert ! (oui, et moi quand on parle religion, je pars vite au créneau...)

Voici donc un livre intéressant et drôle à la fois, ce qui est plutôt rare. Une seule petite remarque, j'ai trouvé le début absolument passionnant, mais il y a ensuite quelques longueurs, et étant moi-même une rebelle dans l'âme depuis ma plus tendre enfance, Shalom a parfois eu une très nette tendance à m'énerver par sa crédulité et sa soumission à ce Dieu qui ne fait pourtant vraiment pas envie...,

"Quand j'étais petit, mes parents et mes maîtres me parlaient d'un homme qui était très fort. Ils disaient qu'il était capable de détruire le monde entier. Ils disaient qu'il pouvait soulever les montagnes. Ils disaient qu'il pouvait ouvrir la mer en deux. Il était très important de ne pas le contrarier. Lorsque nous obéissions à ce qu'il avait édicté, cet homme nous aimait bien. Il nous aimait tellement qu'il tuait tous ceux qui ne nous aimaient pas. Mais si nous n'obéissions pas, alors il ne nous aimait pas. Il nous détestait. Parfois, il nous haïssait tellement qu'il nous tuait ; parfois, il laissait d'autres gens nous tuer. C'est ce que nous appelons les jours de fête : à Pourim, nous nous souvenons de la fois où les Perses ont essayé de nous tuer ; à Pessah, nous nous souvenons de la fois où les Égyptiens ont essayé de nous tuer ; à Hanoukka, nous nous souvenons de la fois où les Grecs ont essayé de nous tuer.
«Béni soit-Il», disions-nous dans nos prières.
Aussi terribles que pouvaient être ces punitions elles n'étaient rien à côté de celles que cet homme pouvait nous infliger lui-même. Et allons-y avec la famine, et allons-y avec les déluges, et allons-y avec la fureur vengeresse. Hitler avait pu exterminer les juifs mais cet homme, lui, avait noyé la planète. Nous avions une ritournelle à son sujet, au jardin d'enfants :

Dieu est ici,
Dieu est là,
Dieu est partout,
Un point c'est tout.

Ensuite, petit goûter et sieste agitée.
J'ai été élevé tel un veau dans la petite ville orthodoxe juive de Monsey, État de New York, où il était interdit de consommer du veau avec des produits lactés. Si on avait mangé du veau, il était interdit de manger des produits lactés pendant les six heures suivantes ; si on avait mangé des produits lactés, il était interdit de manger du veau pendant les trois heures suivantes. Il était interdit de manger du porc à jamais, ou en tout cas jusqu'à l'arrivée du Messie car c'est alors, nous avait appris Rabbi Napier en cours moyen deuxième année, que les méchants seraient punis, que les morts ressusciteraient et que les cochons deviendraient cachère."

Site de l'auteur (en anglais).

Et le billet de Emmyne, pas du tout du tout de mon avis !

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04 septembre 2009

L'Europe de A à Z - Abécédaire illustré

Claire A. POINSIGNON - Frédérique BERTRAND

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Présentation de l'éditeur
Consommer des produits répondant aux normes CE, partir étudier une année à Barcelone grâce au programme Erasmus, voir le film " La Vie des autres " de Florian Henckel von Donnersmarck... autant de situations qui nous ancrent dans l'espace européen. Rédigé par Claire A. Poinsignon, spécialiste et passionnée de l'Europe, et illustré par Frédérique Bertrand, cet abécédaire met en lumière la dimension européenne de notre vie quotidienne. Développement durable, frontières, styles de vie... A travers vingt-six lettres et autant de thèmes, il combine informations concrètes, réflexions contradictoires, rappels historiques, et rend accessibles à tous les diverses facettes de la société européenne et les débats qui l'animent. De l'Europe des géographes à celle des historiens, de l'Union européenne à l'Europe des citoyens, de l'Europe politique à l'Europe culturelle, une formidable invitation à se sentir européen.

Je remercie Babelio babelio_g_n_ral et les Editions du Rouergue et Arte  (où vous pourrez admirer les illustrations de l'ouvrage) pour ce livre fort intéressant et très joli. J'ai beaucoup aimé les illustrations de chaque lettre de cet alphabet européen et appris une foule de choses. J'ai cependant pris conscience au fil de ma lecture que je ne me sens pas spécialement européenne, tout du moins pas de l'Europe actuelle. Mon petit coté chauvin me fait préférer sur plusieurs sujets les spécificité françaises ou l'Europe des 5 du début et j'ai encore parfois du mal à croire à une Europe forte et unie tant les différences entre les pays sont flagrantes et parfois insurmontables. Mais je suis bien consciente que de la diversité provient la richesse des échanges et que cette Europe dans laquelle nous vivons sans y attacher grande importance représente une entité politique, économique et sociale non contournable.

Je suis juste étonnée que ce livre soit paru dans la collection jeunesse et j'imagine mal un ado s'y plonger... Le texte en est pourtant simple et à chaque page, une réflexion sur la lettre et le thème choisis permettent d'en savoir un peu plus. Les encarts "à lire, à voir ou à consulter" proposent au lecteur intéressé d'approfondir le sujet, il n'y a pas de parti-pris ni de critiques sur quoi que ce soit se rapportant à l'Europe, juste des informations présentées de la plus agréable façon.

Une lecture pour une fois un peu plus sérieuse, mais qui m'a beaucoup plu.

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24 juin 2009

Le sumo qui ne pouvait pas grossir

Eric-Emmanuel SCHMIDT

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sumo

Quatrième de couverture
Dans une ville du Japon, de nos jours, un garçon de 10 ans grandit dans un orphelinat. Son père est mort de surmenage professionnel et sa mère est atteinte de cyclothymie aiguë. Comme tous les enfants de son âge, il est passionné de technologies et de jeux vidéo. Étrangement, il a attiré l’attention d’un lutteur de sumo, de passage. Ce dernier, grand maître de force et de sagesse, a repéré le »  gros »  qui se cache en lui. Il entreprend donc, alors que ce gosse garde sa corpulence normale, de lui expliquer les éléments fondamentaux et les pratiques d’un sport ancestral et d’un art martial qui touche à la plus profonde philosophie zen…

J'ai dévoré ce dernier ouvrage de EE Schmidt avec passion. J'ai eu l'impression de retrouver l'ancien Schmidt, celui de Oscar, de L'Evangile selon Pilate ou de L'enfant de Noé, celui qui à partir d'un récit simple et léger nous permet de réfléchir, de continuer à y penser une fois le livre refermé...

Au contraire de Madame Charlotte qui l'a lu et a été déçue (une lecture qu'elle qualifie d' "agréable mais superficielle" alors que l'auteur est son "chouchou"), j'ai trouvé à ce récit une vraie profondeur, cachée comme l'auteur sait si bien le faire derrière les mots et les phrases anodines. C'est un petit conte initiatique qui m'a ravie, parce que j'ai reconnu en moi la grosse qui se cache (enfin, me dit mon jean fétiche, la grosse ne se cache pas tant que ça en ce moment !), parce qu'au delà de l'histoire de ce jeune homme qui veut grossir pour devenir un vrai sumo, j'ai retrouvé une part de moi-même, toujours à la recherche d'un idéal quasi inaccessible... La question est de savoir si cet idéal forgé est vraiment bon pour moi et le but ultime de mes actions, de mes paroles et de toute ma vie...

Je vous engage donc à lire ce joli petit livre et à vous laisser rêver et réfléchir sur le sens de votre vie, sur vos buts, vos envies...

Le site de l'auteur.

28 mai 2009

Persepolis

Marjane SATRAPI

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Beaucoup d'entre vous ont déjà lu cette bande dessinée, ou vu le film du même nom, mon résumé sera donc succinct !

Marjane, l'auteur, puisque cette histoire est totalement autobiographique, est née en Iran en 1970. Elle a grandi sous le régime du Chah, puis connu avec ses parents la révolution islamique, de même que les répressions politiques, culturelles et religieuses. Fort heureusement pour elle, ses parents sont issus d'un milieu aisé et surtout cultivé et ouvert au monde extérieur et, dès son plus jeune âge, Marjane a pu, tout en devant supporter le poids quotidien de la vie dans ce pays ravagé par la guerre et par la stupidité de la loi islamique, grandir en s'ouvrant l'esprit, en gardant une autonomie de pensée, du recul sur les évènements et en ayant la capacité de détourner le drame de chaque jour avec humour (et rébellion tout de même !).

Elle aura la chance d'émigrer en Autriche, y vivra des galères, avant de revenir au pays puis d'en repartir définitivement pour vivre enfin une vie libre.

J'avais absolument adoré le film, de toute beauté à tous les niveaux, drôle, émouvant, poignant, faisant réfléchir... J'ai eu plus de mal avec la BD, non pas sur le fond, qui est le même et reste vraiment passionnant, mais sur le graphisme et l'écriture que j'ai trouvé très fatiguants à lire. Cela reste malgré tout une belle lecture, que je vous conseille si vous ne vous y êtes pas encore plongé.

Quand au film, si vous ne l'avez pas vu, éteignez tout de suite votre ordinateur et courrez vite au vidéo club le plus proche pour le louer, c'est une petite merveille !

persepolis

Voir sur Allociné la page du film.

22 mai 2009

La porte des enfers

Laurent GAUDE

coeur

coeur

coeur

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En 2002, dans un restaurant de Naples, Filippo Scalfaro accomplit enfin sa vengeance : il poignarde un client puis le force à monter dans une voiture et s'enfuit avec lui. Arrivé dans le cimetière de la ville, il le traîne à une tombe dont il lui fait déchiffrer l’inscription, puis lui tranche les doigts et l'abandonne. Qui est cet homme, de qui se venge-t-il, et pourquoi ?

Un matin de 1980, dans les rues encombrées de Naples, Matteo est de mauvaise humeur et tire par la main son fils qui risque d'être en retard à l’école. Soudain, une fusillade éclate à un carrefour, et Matteo se jette à terre en couchant contre lui son petit garçon pour le protéger. Mais quand il se relève, il est couvert de sang, le sang de son enfant, atteint par une balle perdue.

Commence alors l'enfer. L'enfer d'une vie sans plus aucun but, l'enfer de la culpabilité, l'enfer des images qui défilent dans la tête, du film de la fusillade qui passe et repasse nuit et jour en pensée, l'enfer de ne plus arriver à parler à sa femme, de chacun se refermer sur sa douleur sans pouvoir tendre la main à l'autre, de bâtir autour de soi ce mur du silence... Mattéo parcourt la ville de nuit, dans son taxi, sans pourtant prendre de clients. Il sait, il sent ce que son épouse GiulianaGiuliana attend de lui : qu'il retrouve les coupables de la mort de leur fils et se venge. Mais il ne s'en sent pas capable, et cela le mine. C'est alors qu'il fait la connaissance dans un café d'un professeur qui soliloque sur les Enfers, leur réalité et la possibilité d'y descendre...

Mattéo entreprend alors un long et terrible voyage que seul l'amour infini d'un père pour son fils rend possible. On le suit ainsi que ses comparses avec une boule dans le ventre, on ressent sa douleur, sa volonté, sa force de vie, on a mal avec lui, mais on le suit parce que ce livre est puissant et passionnant, parce que, à travers la fiction et l'imagination de l'auteur, on touche à la mort, à l'amour, à l'amitié profonde, on côtoie les mythes anciens, les rêves, les peurs les plus folles, on entre dans le monde des Ténèbres... On s'interroge alors sur la place des morts dans nos vies, de nos morts, parents ou amis qui nous ont quitté trop tôt, et sur la trace que nous laisserons quand ce sera notre tour de partir.

Un livre bouleversant, que je relirai probablement un jour. Du grand Gaudé (qui ne fait que de belles choses, et m'impressionne tant il excelle à donner à chacun de ses romans une atmosphère, un contexte différent, tout en gardant un style parfait, mais qui s'adapte à l'histoire). Curieusement cependant, j'ai lu ce livre en décembre dernier, mais je n'arrivais pas à me résoudre à écrire mon billet, que j'ai repris maintes et maintes fois avant d'en être à peu près satisfaite...

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Amanda Meire a été bouleversée. Biblioblog sous le charme (mais pas impartial, car fou de Gaudé), Bellsashi a abandonné avant la fin, non pas parce qu'elle n'aimait pas, mais parce que c'était trop dur. Papillon a aimé, Mimienco a mis un coeur ; Stephie a beaucoup aimé, Wictoria a trouvé que c'est un livre formidable et Argantel a adoré...

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La porte des enfers de Rodin.

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28 avril 2009

Une simple affaire de famille

Rohinton MISTRY

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Présentation de l'éditeur

À travers le portrait pittoresque de la petite bourgeoisie parsie de Bombay, Mistry aborde, avec un regard tendre et humain, une réalité plus grave : celle du traditionalisme rigide et du fanatisme religieux. Comme dans ses précédents romans, l'auteur de L'Équilibre du monde met au service d'une vision sans complaisance de la société indienne son immense talent de conteur, son sens du cocasse et sa sympathie communicative pour des personnages naïfs, injustement malmenés par la vie.

Nariman a bientôt 80 ans et est atteint de Parkinson. Il vit à Bombay dans son grand appartement  qu'il partage avec son beau-fils et sa belle-fille, et leur cohabitation se passe sans trop de problèmes majeurs si ce n'est le ressentiment qu'ont vis à vis de lui Jal et Coomy. Mais quand il se casse la jambe à la suite d'une chute lors d'une promenade dans la rue, les choses se corsent et bientôt Coomy ne peut plus supporter la charge de la présence de son beau-père et le fait déménager d'office chez Roxana, la fille de Nariman, et Yezad, qui vivent avec leurs deux jeunes garçons dans un deux-pièces minuscule. Les soins à apporter au vieil homme et sa présence même au sein de l'appartement trop exigu vont bouleverser la vie familiale jusqu'alors tranquille et heureuse, de même que les rapports des membres de cette famille.

Au début du roman, je n'ai pas trop accroché à l'histoire et surtout au style de l'auteur, qui ne m'a pas emballé du tout. Puis je me suis laissée porter par cette famille dont le passé recèle nombre de secrets que nous découvrons au fil de la lecture, et dont les relations se compliquent en même temps que se dégrade la santé de Nariman. Chacun tente de supporter à sa façon la promiscuité, le manque cruel de moyens financiers, les mensonges et manoeuvres de Coomy et Jal pour ne pas récupérer dans leur appartement le vieil homme, tous sont face à leur devoir et à leur notion de l'honneur. Mais tout cela ne se fait pas sans heurts et crises et le couple souffre bientôt de la présence imposée, de même que les deux jeunes enfants qui sentent la tension monter entre leurs parents.

Nariman se montre cependant un malade exemplaire, gentil et reconnaissant et bien plus courageux qu'il ne l'a été au cours de sa vie faite de compromissions et d'abandons. Les petitesses des uns et des autres, notamment de Coomy et Jal sont parfois expliquées par le passé familial et les souffrances subies dans leur enfance, mais n'excusent en rien leur attitude dans une société où la place et le respect de la personne âgée tient une place si importante.

En outre, je suis absolument viscéralement et indécrotablement réfractaire à l'intégrisme et l'obscurantisme religieux, quelle que soit la religion, et j'ai suivi avec tristesse la transformation de Yezad, qui, d'un père et mari aimant, ouvert, cultivé et intelligent, devient au fil du temps et à cause de son retour vers la religion, un fanatique stupide et intransigeant (ce qui va ensemble, vous me direz !). Quand au personnage de Mr Kapour, le directeur du magasin dans lequel travaille Yezad, je l'ai trouvé totalement improbable, trop cultivé et rêveur, trop idéaliste pour être vrai, mais peut-être est-ce du à ma méconnaissance de ce pays...

En plus de l'histoire familiale, nous découvrons l'Inde et ses traditions, notamment celles de la caste des parsis à laquelle appartiennent les protagonistes de l'histoire. La ville de Bombay fait partie intégrante de l'histoire et explique nombre de réactions des personnages de ce roman, mais j'ai été cependant déçue car j'ai moins eu l'impression de plonger au coeur des traditions de ce pays passionnant qu'à la lecture du superbe roman de Amitav Gosh Le pays de marées (à lire absolument !) ou que du désormais très connu Les fabuleuses aventures d'un indien malchanceux qui devint milliardaire de Vikas Swarup (dont nombre de vous ont vu au cinéma la très belle adaptation Slumdog Millionnaire).

En conclusion, une lecture intéressante, qui ne m'a pas laissée indifférente du tout, un livre à découvrir !

Antigone l'a lu deux fois (et deux fois bien aimé) et Jules l'avait lu en 2006. 

Je remercie Blog-o-Book ainsi que les Editions du Livre de Poche de m'avoir fait parvenir ce livre.

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18 février 2009

Le visiteur

Eric-Emmanuel SCHMITT

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En 1938, les troupes allemandes défilent dans Vienne, la ville résonne de chants nazis et de coups de feu et la tension monte dans toute l'Europe. Anna, la fille bien-aimée du célèbre docteur Sigmund Freud, l'exhorte à quitter l'Autriche et à accepter le soutien que lui propose la communauté scientifique européenne. Lui, bien que très inquiet de la situation politique, ne peut se résoudre à abandonner sa ville, son passé, ses souvenirs, et repousse sans cesse ce départ. Il est encore protégé par son statut de savant, mais subit quotidiennement le harcèlement des nazis et un chantage en échange de sa relative tranquillité.

C'est alors qu'une nuit, le 22 avril précisément, après qu'Anna vienne d'être emmenée par un officier nazi contre lequel elle s'est révoltée, Freud reçoit une visite étrange...

Un homme habillé en dandy s'introduit mystérieusement chez lui. Il refuse de dévoiler son identité, connaît le passé et l'enfance de Freud, notamment quelques faits très précis survenus quand le vieil homme avait 5 ans, évoque l'avenir proche... Comment cet inconnu pourrait-il être si bien renseigné s'il n'était... Dieu ? Le doute s'immisce dans l'esprit du psychanalyste, terriblement anxieux du sort d'Anna et fatigué par le cancer de la gorge qui le ronge. Cet inconnu pourrait peut-être bien aussi être ce mythomane évadé d'un asile et recherché par la police ? Ou bien un rêve créé par son esprit épuisé ? Mais comment expliquer ses apparitions ou disparitions, et cette connaissance du plus profond de son coeur ou de ses pensées ?

Cette rencontre entre la raison et la religion, qui à première vue semble impossible et complètement irréelle, donne une pièce vive et alerte, intelligente, qui m'a tenue en haleine du début à la fin. L'intrigue est bien menée, on ne s'ennuie jamais et jusqu'au bout le spectateur se demande quelle sera l'issue de cette discussion. Les personnages sont très humains et très justes, et l'humour et l'ironie aident le spectateur à s'immiscer entre Freud et Dieu, et à amorcer quelques axes de réflexion. Freud s'accroche à son athéisme avec force (je dirais, avec désespoir), mais avoue son profond besoin de croire à une entité supérieure. Il tente d'opposer des arguments concrets, précis, oscille entre doutes, mouvements de révolte, déni, mais est intimement tenté de lâcher prise en quelque sorte, et de se laisser porter à croire.

Comment justifier l'existence du mal si Dieu existe vraiment ?

Le visiteur ouvre un abîme de réflexions, mais jamais l'auteur ne cherche à donner de leçons ni à imposer son avis personnel, tout juste à suggérer. Le débat reste donc ouvert...

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Comme toujours, un moment de pur bonheur pour moi que d'aller au théâtre, qui plus est avec cette pièce intelligente. Je me suis autant régalée du texte (d'une rare et extrême finesse) que de la mise en scène et du jeu des acteurs, impressionnants de vérité, sachant traiter ce sujet très sérieux en passant de l'humour à l'ironie, en redevenant sérieux, en virevoltant autant avec les mots que physiquement (Dieu ne cesse de se mouvoir et occupe tout l'espace de la scène, il s'assoit, se lève, s'allonge, s'étire, se redresse : il est partout. Freud, lui, est plus statique, presque raide, campé sur ses convictions).

Cette pièce a trouvé également une forte résonance en moi, soulignant de façon très précise mes interrogations personnelles quand à mon positionnement face à la religion, l'état vacillant de ma foi, et ce que j'apporte -ou pas- à mes enfants en leur donnant un simili d'éducation catholique... sans pouvoir moi-même répondre à mes questionnements intimes. Cela m'a donné envie, d'une part de lire le texte de cette pièce, et de chercher quelques livres qui pourraient approfondir ma réflexion.

Je vous conseille vivement, si vous ne pouvez pas aller au théâtre, de lire cette pièce !

Vu, comme presque tous les spectacles dont je vous parle ici, au Colysée de Roubaix, dont je vous recommande la programmation éclectique et de très grande qualité si vous êtes de la région ! colys_e

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Eric-Emmanuel Schmitt a écrit cette pièce en 1993, désormais jouée sur les scènes du monde entier, bien qu'elle ait mis quelques temps à rencontrer le succès. Le texte est finalement la plus forte vente pour le théâtre contemporain avec plus de 40 000 exemplaires vendus. La pièce a reçu trois prix lors de la Nuit des Molières 1994 : meilleur auteur, révélation théâtrale et meilleur spectacle.

Le site de l'auteur, très intéressant.

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24 septembre 2008

De Niro's Game

Rawi HAGE

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Une fois de plus gâtée par Chez les Filles et les Editions Denoël, j'ai eu la chance de recevoir le livre de Rawi HAGE, De Niro's Game. Lorsque Violaine m'a contactée par mail, je n'ai même pas lu le résumé du livre qu'elle me proposait, et accepté de suite car, vous commencez à me connaître, je suis définitivement livromaniaque et je ne peux jamais dire non si on me suggère de lire un ouvrage dont je n'ai pas encore entendu parler (d'où des PAL et LAL monstrueuses...).

De plus, j'ai la satisfaction de pouvoir me faire (un peu) mousser dans les dîners : "Comment ? Tu n'as pas encore entendu parler de ce livre ? L'éditeur me l'a envoyé, il faut absoooolumentabsoooolument le lire quand il sortira ! Oui... grâce à mon blog, je reçois des livres en avant première, ainsi que quelques autres blogueurs triés sur le volet, et, en contrepartie de ce livre offert, nous devons publier un billet sur nos blogs, même négatif si le livre ne nous a pas plu..." Ainsi qu'on l'entend partout, ÇA LE FAIT !!! et si cette expression est à mon goût parfaitement abominablement plouc, elle est, en l'occurrence, tout à fait appropriée !

Bref, mon égo réconforté par le fait d'avoir été à nouveau une des heureuses élues, j'ai abordé cette lecture d'une humeur guillerette, toute ravie d'échapper aux plâtres et poussières de ma maison en chambardement...

Et je suis tombée sur les gravas et cendres de Beyrouth, soulevés par les bombes écrasant la ville...

Et je suis tombée littéralement sous le charme de ce livre que j'ai dévoré en trois nuits à peine...

de_niroQuatrième de couverture

Liban, début des années 1980. Campé dans un Beyrouth dévasté par les bombes, De Niro's Game est une odyssée chaotique, écorchée et haletante, une plongée vertigineuse au cœur de la guerre civile et de ses folies.
À Beyrouth-OuestBeyrouth-Ouest, Bassam et Georges, deux amis d'enfance, tuent leur ennui et leur mal de vivre à coups de petits boulots minables, de maigres larcins et de soirées trop arrosées. Les jours se suivent et avec eux les alertes, les morts, les immeubles en ruine. Les filles sont inaccessibles, muselées par les traditions et les couvre-feux. Entre deux visites aux copains de lycée engagés dans la milice, les deux jeunes gens s'imaginent coulant des jours meilleurs : Bassam rêve de fuir à l'étranger, et Georges, lui, se sent de plus en plus attiré par les discours belliqueux de la milice chrétienne.
Dans un ultime défi, les deux amis décident de détourner la recette de la salle de jeu où Georges travaille. Mais l'argent seul suffira-t-il à les éloigner de la guerre et à sauver leur amitié ?
Porté par une écriture sans concessions, le premier roman de Rawi Hage annonce, au-delà de la puissance du récit, l'avènement d'une nouvelle voix.

Le style de l'auteur, effectivement, martèle le récit comme les bombes rythment la vie de Beyrouth en cette époque de guerre civile. Les phrases sont incisives, les mots lancés tels des obus, directs, coupants, nets et atteignant leur cible : celle de nous faire vivre par la lecture la terrible période de destruction de cette ville, autrefois pôle de culture et d'ouverture au monde extérieur, celle aussi de nous faire entrer de plein fouet dans le quotidien des gens simples, des gens qui tentent tout simplement de vivre, de survivre au milieu des bombardements, des décombres, de la violence, de la haine et la bêtise humaine, attisés par la peur de mourir ou de tout perdre en une seconde.

Les quelques premières pages, fortes en images et couleurs, odeurs et bruits (on se croirait presque au cinéma) m'ont pourtant un peu destabilisée, tant la force qui s'en dégage est dérangeante, impressionnante. Cependant, l'auteur, avec un art immense, réussit le tour de force de ne pas tomber dans le voyeurisme, ni dans un pathos sentimental tant rebattu dans certaines littératures sur ce pays ou ses voisins. Sur fond de guerre, certes omniprésente dans le récit, le lecteur arrive à s'attacher aux personnages, à Bassam, tenaillé par le désir inextinguible de partir (Rome, la France !) qui a compris que nul avenir ne l'attend plus dans son propre pays, et à son ami Georges, qui lui au contraire est attiré par les discours véhéments de la milice, par la force qu'elle déploie et le pouvoir qu'elle donne à ceux qui adhèrent à sa loi. Bravant l'ennui et la conscience du "non-avenir" qui les attend dans cette ville sinistrée, cherchant dans l'alcool et la drogue une évasion factice, pariant sur leur chance à rester vivants comme on joue à la roulette russe, les jeunes gens vivent au jour le jour, cherchant par tous les moyens et combines à gagner un peu d'argent, à séduire des filles, à s'amuser, bref à avoir malgré tout un semblant de vie normale. Et même quand les deux amis prennent des chemins divergents, qui deviendront opposés, et on les suit avec toute la tendresse qu'on a pour eux, comme une mère pour ses enfants, en les excusant par avance de leurs vilenie, de leur erreurs, en les aimant et en ayant envie de les protéger : surtout qu'il ne leur arrive rien ! Mais nous ne décidons pas de leur sort, nous ne sommes que des lecteurs, et l'auteur nous emmène, ainsi peut-être qu'il a du le faire lors de son propre exode hors de son pays, sur les pas de Bassam qui, peut-être, parviendra à atteindre son rêve...

S'il faut une critique à ce roman, je trouve que la troisième partie n'est pas aussi puissante, moins intéressante que les deux premières parties (haletantes, passionnantes, on est entre le roman d'aventure, le polar et le documentaire) car contenant moins d'action. Mais j'ai lu ce livre avec passion, et ne saurais trop vous le recommander : du bel ouvrage ! Voilà un auteur prometteur et je ne manquerai pas de lire ses prochains écrits.

ra256119Rawi Hage est né à Beyrouth en 1964, et il quitte le Liban après la guerre civile, en 1992. Il vit depuis à Montréal. Conservateur, il partage ses activités entre les arts visuels et l'écriture. De Niro's Game, son premier roman, écrit en anglais (sa troisième langue après l'arabe et le français) a obtenu de nombreuses récompenses au Canada, dont le prix des Libraires de Québec et le Prix Impact ainsi que le prestigieux Impac Dublin Literary Award.

Quelques blogueurs l'ont déjà lu (dont les Canadiens il y a quelques temps déjà), et je n'ai trouvé aucune critique négative. L'avis de Thom, de Kathel, celui de Caro(line), de Tamara , de Brize et celui de Karine. Jules l'a lu il y a quelques mois sous le titre "Parfum de poussière".

J'ai comme toujours sûrement oublié beaucoup d'entre vous... Veuillez m'excuser et me laisser un petit comm, je vous rajouterai à la liste des liens !

Extraits :

"Les bombes tombaient comme la mousson sur l'Inde lointaine. J'étais agité, prêt à tout, j'avais besoin d'argent, d'un meilleur boulot. Je travaillais au port. Opérateur de treuil. On déchargeait des navires remplis d'armes qui portaient des numéros de série hébreux, anglais ou arabes. Des fois, c'était une cargaison de pétrole qu'il fallait transvaser à l'aide de gros tuyaux dans des camions-citernes. Les fruits venaient de Turquie. Les moutons morveux qui poussaient des bêlements inquiets aussi. Nous, on vidait tout. Quand il s'agissait d'une livraison d'armes, toute la zone était cernée par les jeeps de la milice. On déchargeait toujours la nuit. Aucun éclairage n'était permis, même pas la lueur d'une cigarette. Après le quart de nuit, je rentrais chez moi et je dormais toute la journée. Ma mère faisait la cuisine en maugréant. Les rares fois où je travaillais au port ne suffisaient pas pour les cigarettes, pour faire taire ma mère, pour acheter à manger. Où aller, qui voler, escroquer, supplier, séduire, déshabiller, palper ? Assis dans ma chambre, je contemplais le mur couvert d'images étrangères : posters fanés d'idoles prépubères, de blondes aux dents blanches éclatantes, de footballeurs italiens. Je me disais que Rome avait l'air d'un bon endroit où se promener librement. Les pigeons, sur les places, avaient l'air heureux. Bien nourris."

"Dix mille cigarettes avaient roulé entre mes lèvres, un million de gorgées de café truc m'avaient brûlé le gosier. Je pensais à Nabila, aux machines à poker, à Rome. Je pensais à quitter cet endroit. J'ai allumé la dernière bougie, bu au seau d'eau, ouvert et refermé le frigo. Il était vide et ça fondait à l 'intérieur. Pas un bruit dans la cuisine : la radio que ma mère avait descendue avec elle dans l'abri antibombes jouait désormais pour les rats et les familles entassées les unes sur les autres. Quand les bombes pleuvaient, l'abri se faisait maison, palais de sucre, camp de jeu pour les enfants, cuisine et café, lieu saint, lieu sombre, lieu sûr avec un poêle, des matelas de mousse et des jeux de société. Mais ça sentait le renfermé et j'aimais mieux mourir en plein air".

"Debout au milieu de la chaussée, je me suis roulé une cigarette. J'ai inhalé, expiré : la fumée qui sortait de ma bouche s'étalait comme un bouclier. Les bombes tirées vers moi ricochaient dessus et repartaient d'un bond jusqu'au ciel, vers de lointaines planètes."

Un grand Merci

à  chez_les_filles et   _ditions_denoel

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30 juillet 2008

Semences versatiles

Adour ABDELMADJID

Racines et pérégrinations

adour

Bixente Permentadour est né en 1852 dans le pays basque français, au coeur des Pyrénées, mais a des aïeux portugais. Suite à une mésaventure, il  se retrouve enrôlé dans l'armée française en Kabylie, en pleine guerre coloniale. Mais il se prend d'affection pour la population, découvre un pays qu'il aime, tombe amoureux d'une jeune fille du village voisin, et déserte afin de pouvoir l'épouser et s'établir dans la région, se confondant bientôt avec les natifs du pays. A l'occasion d'un recensement, il change son nom en Mentadour, espérant réussi ainsi parfaitement son intégration.

Bien longtemps après, son descendant, Yacine Mentadour, Kabyle à part entière,  épousera une Sierra-Leonnaise, et leur enfant partira en Afrique du Sud :  C'est ainsi que naîtra un "Vandalo-Suèvo-Portugo-Franco-Kabylo-Sud africain" qui, peut-être, ira un jour retrouver son père établi en chine !

Ce voyage a travers les pays et régions ne laisse pas indifférent, ni la plume de l'auteur, toute empreinte de poésie (plume que l'on peut retrouver sur son blog). Les semences versatiles, ce sont ces particules, ou ces êtres qui vont d'un endroit à un autre, et au gré du vent ou des aventures, y déposent leur trace, leur descendance, leurs souvenirs... Adour nous parle ici d'identité, de racines, et de ce besoin récurrent de connaître un ailleurs que l'on imagine toujours plus vert (ou plus bleu) que là où on est. Il nous rappelle également que la richesse des sociétés provient de leurs mixités, des apports qu'elles ont eu, et de l'intégration réussie de ces "semences" nouvelles.

"Le nomadisme est le destin inéluctable de toute forme de vie sur terre. Pour les êtres humains, il est impossible de ne pas bourlinguer à la recherche de quelque chose qui nous échappe toujours et que nous ne rattraperons jamais ! Le nomadisme est quelque part le remède à une situation, une angoisse. Alors nous sommes voués à l'errance et à l'aventure requise et indispensable à notre équilibre ! Qui de nous, même après avoir fait sa vie dans un lieu donné, n'a pas été tenté un jour de changer de décor, de patelin ?"

Une critique dithyrambique sur le blog de Nath !

Je remercie tout d'abord Adour, car il m'a très gentillement offert ce livre, mais je suis assez mitigée, une fois la dernière page refermée. J'ai beaucoup aimé l'idée de ces semences qui disséminent un peu partout, et de ces hommes qui par leurs voyages et leurs découvertes, par leur assimilation d'une nouvelle culture ou religion renforcent justement cette culture. Mais j'ai été un peu gênée par le style. Adour parle un beau français, mais on a parfois l'impression que c'est une langue scolaire : beaucoup de vocabulaire (et du beau !), mais certaines tournures de phrases sont étranges, comme si l'auteur écrivait dans une langue étrangère, certes parfaitement maîtrisée, mais avec quelques petites erreurs malgré tout. Mais cela semble logique, puisque Adour lui-même est complètement biculturel (et quant à moi, qui parle relativement bien allemand, je serais totalement incapable d'écrire quoi que ce soit d'un tel niveau dans cette langue !). De plus, j'ai noté pas mal de fautes de frappes ou d'oubli de relecture, qui certes ne sont pas très importants, mais m'ont chiffonnée... (Depuis que je fais de la relecture de manuscrits, je me prends pour une grande correctrice ! hum, je vais bien relire mon texte avant de le publier...). Par ailleurs, à mon goût, l'usage des points d'exclamation est abusif et nuit à la lecture, à sa fluidité.

Je me suis promis en créant ce blog d'être honnête dans mes critiques, et c'est donc pourquoi, cher Adour, je me permets de dire tout ce que je pense. J'espère que tu ne m'en voudras pas de ma franchise. J'ai malgré tout lu ce livre avec plaisir, et lirai très certainement tes autres ouvrages.

Issu d'une famille de prolétaires kabyles, Adour Abdelmadjid est né en 1952. Imprégné de l'ancienne école qui préconisait la philanthropie et le respect du prochain : études secondaires, technicien sup. en gestion touristique puis cadre commercial en retraite. Il a déjà écrit 4 romans, publiés chez Publibook.

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