02 janvier 2010
Un couple ordinaire
Isabelle MINIERE
"Mais quelle emmerdeuse !" Voici la réflexion que je me suis faite tout au long de ma lecture ! Béatrice est vraiment impossible à vivre, castratrice, autoritaire, égocentrique et on se demande comment le pauvre Benjamin, son mari, arrive à la supporter sans lui envoyer une bonne paire de baffes pour la faire taire (ne croyez pas que je sois pour que le mari batte sa femme, non, non, mais là, vraiment, elle dépasse les bornes des limites et ce ne serait que bien mérité s'il la remettait à sa place...). Bien sûr, Béatrice est belle, elle est intelligente, elle sait ce qu'elle veut, elle réussit dans son métier d'auteur de livres pour enfants, elle "gère" tout avec talent... justement, elle gère un peu trop, cette femme-là et aurait tendance à prendre la vie de couple pour un combat, et confond l'amour et le partage avec l'autorité et le pouvoir...
Mais il y a Marion, la jolie petite Marion, fille de ce couple improbable, tant aimée de son papa, le soleil de sa vie... Benjamin peut tout supporter pour ne pas la perdre, et s'il n'y avait la petite fille, aurait quitté depuis longtemps cette femme à coté de laquelle il se sent étranger, vide, creux, comme un meuble, tiens, justement comme la table basse qu'ils viennent d'acheter ensemble et qui trône maintenant au milieu du salon, bien en vue des invités qui viendront l'admirer. Car bien sûr, Béatrice joue de cet amour du père pour la petite fille en agitant la menace d'un départ et d'une séparation si Benjamin "ne se reprend pas" (en gros, s'il n'obéit pas à ses ordres) et s'il ne se décide pas enfin à se prendre en main professionnellement et à acheter une officine (on ne dit pas une pharmacie, ça fait commerce, c'est d'un vulgaire !), le chantage classique des couples qui n'ont plus en commun que leur progéniture, qui focalisera donc toutes les haines et tiendra la place centrale dans le partage des biens.
Benjamin est devenu un objet, la chose de Béatrice, et on se prend à vouloir lui donner quelques coups de pieds dans les fesses pour qu'il se remue, se cabre, refuse de se faire traiter de la sorte. Même au lit, leur relation est un combat et le pauvre homme doit se forcer pour honorer son épouse qui entend l'amour comme une attaque, un assaut, une prise de position, presque d'otage... S'il essaye de résister ou d'émettre ne serait-ce qu'une réserve sur ce que dit ou ordonne sa femme (le scène du refus d'aller acheter la pizza est trop drôle !), il se fait traiter de sale macho... Bref, le couple est mal barré... Et même si cette situation devenue malheureusement assez classique dans notre société est bien triste, on rit malgré tout des mésaventures de ce couple abominable (j'ai même fait une auto-inspection de mes relations avec mon homme pour vérifier que je n'avais pas encore atteint le niveau de Béatrice et comprendre que non, malgré mon caractère bien affirmé qu'on me reproche parfois, je ne suis pas encore devenue aussi chi...te) !
Donc, pour revenir à l'histoire, la méchante Béatrice met finalement sa menace à exécution et quitte son mari, sa fille sous le bras, pour lui faire entendre raison et l'amener à de meilleurs sentiments à son égard. Pas une seconde elle ne doute de son pouvoir sur cet homme, et de la peine qu'elle va lui faire en lui enlevant l'enfant. Mais pas une seconde non plus, elle n'imagine qu'un livre de Plutarque pourra changer son mari, lui apprendre à dire non, le bouleverser et le transformer à tel point qu'il en deviendra presque un autre homme...
Voici un livre que j'ai dévoré en une soirée et qui m'a vraiment fait rire du début à la fin, tout en restant émouvant dès que l'auteur aborde l'amour du père pour sa fille ou la solitude de cet homme qui, bien qu'en couple, se sent complètement isolé et à coté de sa vie. A mon avis, une réussite d'avoir réussi à traiter un sujet universel et bien d'actualité avec autant de légèreté mais sans en faire un livre sans consistance. Cela permet de s'interroger aussi sur nos propres relations de couple, ce que nous serions prêts à sacrifier si jamais cela n'allait plus, la façon dont nous voyons notre conjoint.
Une lecture détendante ET intéressante ! Un grand merci au Livre de Poche pour l'envoi de ce livre que j'ai lu avec grand plaisir ! 
Un livre que l'on pourrait ranger dans la catégorie des Chick Litt, mais alors en Chick Litt haut de gamme !
06 décembre 2009
Robe de marié
Pierre LEMAITRE
Quatrième de couverture
Il n'y a qu'une seule maladie mentale : la famille.
Évidemment, je m'y attendais puisque j'en suis l'auteur mais... à ce point-là ! Quelle vision, c'est à peine croyable...
Son mari n'est plus que l'ombre de lui-même. Les vertèbres ont dû être salement touchées. Il doit maintenant peser dans les quarante-cinq kilos. Il est tassé dans son fauteuil, sa tête est maintenue à peu près droite par une minerve. Son regard est vitreux, son teint jaune comme un coing. Et il est tout à fait conscient. Pour un intellectuel, ça doit être terrible.
Quand on pense que ce type n'a pas trente ans, on est effaré... Quant à elle, elle pousse le fauteuil avec une abnégation admirable. Elle est calme, son regard est droit. Je trouve sa démarche un peu mécanique mais il faut comprendre : cette fille a de gros soucis...
En tout cas, elle ne tombe pas dans la vulgarité : pas d'attitude de bonne soeur ou d'infirmière martyre. Elle serre les dents et pousse le fauteuil, voilà tout. Elle doit pourtant réfléchir et se demander ce qu'elle va faire de ce légume.
Moi aussi d'ailleurs.
Prévoyez un week-end calme pour ouvrir ce livre. Envoyez vos enfants chez votre mère et votre homme à une compèt de rugby avec ses copains. Enfermez-vous chez vous, toute seule. Achetez-vous de la tisane et du chocolat. Gardez éventuellement le chat.
Et lisez ! Et flippez ! Car vous allez stresser, oui, avec ce thriller psychologique qui va vous tenir en haleine du début à la fin... Le titre déjà, pourquoi ce marié sans e, en robe, qu'on ne comprend qu'en cours de lecture et qui m'a donné envie d'ouvrir ce roman ?
Alors voilà, quelques mots, mais pas trop car je ne voudrais pas gâcher votre plaisir de lecture. Sophie est folle. Cest une jeune femme d'un milieu bourgeois, jolie, intelligente. Mais elle est folle. Elle a des absences, des oublis, des crises. Et quand elle se réveille, les cadavres autour d'elle baignent dans leur sang. Elle tue, mais sans en être consciente. Les morts s'accumulent dans son sillage -vous êtes toujours là ?-, sa belle-mère, son mari, l'enfant dont elle avait la garde...
Mais si Sophie est folle, elle a aussi en elle une force de vie incroyable qui va la pousser à se battre, à comprendre ce qu'il lui arrive, à tenter d'endiguer le flot de ces décès qu'elle ne maîtrise pas. Alors elle va fuir, mais aussi se mettre en danger, et avec le peu de lucidité qu'il lui reste, tenter de recoller un par un les morceaux de ses crises d'absence.
Un long chemin l'attend, semé de terreurs et d'embûches, que je vous laisse parcourir avec elle...
Cuné le qualifie de "délicieuse torture que l'on dévore en apnée", Ys termine son billet par ces mots "amateurs de terreur psychologique, ce roman est fait pour vous", pour Stephie, "une grande baffe de lecture", mais Cathulu n'a pas aimé du tout...
Le site de l'auteur.
20 septembre 2009
Les enfants du néant
Olivier DESCOSSE
Présentation de l'éditeur
Dans une autre vie, François Marchand était psychanalyste. Un des meilleurs. Jusqu'au jour où sa femme fut étranglée par un de ses patients. Depuis, il est devenu flic, spécialisé dans l'étude des profils criminels. Aidé par le lieutenant Julia Drouot, jeune enquêtrice au caractère entier et au passé douloureux, il va être confronté à des meurtres barbares, sans logique apparente, commis aux quatre coins de la France sur des adolescents. Ensemble, les deux enquêteurs se lanceront sur la piste d'un tueur dont la folie et l'ingéniosité semblent n'avoir aucune limite. Pour le cerner, ils n'auront qu'un seul choix : percer les codes déroutants et complexes d'une génération sacrifiée.
Voilà un thriller tout à fait adapté aux lectures de vacances, que j'ai dévoré en deux jours au bord de la piscine (pas besoin de se concentrer outre mesure, on peut admirer les plongeons des enfants, boire du rosé bien frais et se tartiner de crème solaire sans que cela pâtisse vraiment à la concentration nécessaire...). Rien de transcendant donc : l'intrigue se tient et l'on a envie de découvrir le fin mot de l'histoire et ce qui est arrivé à ces adolescents (parce que ce ne sont pas des enfants, mais bien des adolescents dont il est question ici). L'histoire d'amour est cousue de fil blanc et on sait dès la rencontre entre François et Julia qu'il va se passer quelque chose. J'ai également trouvé la fin vraiment "trop" ; ce n'est pas qu'on s'y attende, mais j'y avais pensé un moment en cours de lecture, en me disant que non, cela ne serait pas possible, c'était vraiment trop gros pour que cela soit la fin inventée par l'auteur, et puis si, finalement... L'écriture est facile et n'a elle rien d'intéressant. Ca se lit vite et bien, mais ce roman ne me laissera pas un souvenir impérissable, loin de là.
Je remercie cependant les Editions Michel Lafon qui m'ont offert ce livre suite au buzz médiatique sur le web suscité par l'envoi de mails un peu douteux dont vous vous souvenez sans doute. Bref, ce livre m'a plus marquée par le battage qu'on en a fait à l'époque sur le mode de publicité employé, que par son contenu. Contrairement à ce qui avait été annoncé dans les mails reçus par nombre d'entre vous, je n'ai pas du tout trouvé que le roman pouvait se targuer d'être une mise en garde contre les dangers d'internet pour nos chères têtes blondes, il eut fallu pour cela creuser un peu plus le phénomène d'internet et user à mon goût de moins de "psychologie de bazar" que celle dont il est question dans l'histoire... Je suis tout à fait d'accord avec Miss Quoide9 et In cold blog, dont les billets sont beaucoup plus fouillés que le mien si vous voulez en savoir plus : ce n'est pas de la flemme, non, non, juste que je trouve qu'il n'y a pas grand chose à dire sur ce livre que vous n'ayez tous déjà dit !
Miss Quoide9 l'a lu et pense que "l'auteur n’échappe pas au travers du genre et ce qu’il raconte présente à peu près autant de crédibilité que Mimie Matthy en aurait en guide de haute montagne ou moi future présidente du Mozambique (quoique)." In cold blog trouve qu' "Une grande qualité de ce roman est qu’il nous embarque rapidement" mais que le roman "souffre cruellement de certaines invraisemblances dans l’intrigue et d’un style indigent" , Cathulu n'a "pas lâché ce thriller une minute !", Argantel pense que les amateurs du genre ne devraient pas être déçus, Daniel ajoute quant à lui qu' "il faut reconnaître qu'Olivier Descosse, peintre réaliste des cimetières, des squats hostiles et des immeubles glauques, fait fort", Biblioblog qualifie ce roman de "thriller sans grande prétention qui se lit bien " ... et beaucoup d'autres que j'ai du oublier... (mes excuses par avance, et n'hésitez pas à noter le lien de votre billet dans les commentaires, je le rajouterai).
Le site du livre.
28 juin 2009
Le voisin
Tatiana de ROSNAY
Quatrième de couverture
Face à son nouveau voisin, elle a le choix vaincre ou déménager - Un mari souvent absent. Un métier qui ne l'épanouit guère. Un quotidien d'une affligeante banalité. Colombes Barou est une femme sans histoires. Une de ces femmes auxquelles il n'arrive jamais rien. Comment peut-elle imaginer ce qui l'attend dans le nouvel appartement où elle vient d'emménager ? Sans raisons apparentes, à l'étage supérieur, un inconnu lui a déclaré la guerre. Seule l'épaisseur d'un plancher la sépare désormais de son pire ennemi...
Ce roman est agréable à lire mais ne me laissera pas un souvenir impérissable. Je n'ai pas trouvé Colombes très attachante, dont le caractère est sans grande personnalité et qui se cherche toujours sans pour autant se donner les moyens de trouver sa voie. Je l'ai trouvée un peu molle et les aventures qui lui arrivent depuis qu'elle a emménagé dans ce nouvel appartement m'ont semblé parfaitement improbables. Non pas parce que de tels voisins ne peuvent exister, je suis au contraire tout à fait persuadée qu'il existe bon nombre de pervers manipulateurs autour de nous, mais parce qu'avec mon caractère (de cochon, diraient certains... bien trempé, diraient d'autres...), je ne me serais je crois jamais laissée malmener ainsi sans réagir de façon tout à fait exemplaire (voire extrême ou même violente !). Je me suis même dit en cours de lecture "tu l'as bien cherché, ma vieille !", tant j'avais envie de lui secouer les puces pour qu'elle arrête de se plaindre et de se morfondre, de se complaire dans ses angoisses plutôt que d'attaquer le problème de front. Cela dit, je peux également comprendre qu'un être dont la personnalité est vacillante puisse se retrouver ainsi à la merci d'un maître chanteur et ne sache comment se dépêtrer d'une situation devenue invivable...
Une lecture détendante, donc, mais sans plus.
Florinette l'avait lu à sa sortie et avait beaucoup aimé, de même que Cuné.
24 juin 2009
Le sumo qui ne pouvait pas grossir
Eric-Emmanuel SCHMIDT
Quatrième de couverture
Dans une ville du Japon, de nos jours, un garçon de 10 ans grandit dans un orphelinat. Son père est mort de surmenage professionnel et sa mère est atteinte de cyclothymie aiguë. Comme tous les enfants de son âge, il est passionné de technologies et de jeux vidéo. Étrangement, il a attiré l’attention d’un lutteur de sumo, de passage. Ce dernier, grand maître de force et de sagesse, a repéré le » gros » qui se cache en lui. Il entreprend donc, alors que ce gosse garde sa corpulence normale, de lui expliquer les éléments fondamentaux et les pratiques d’un sport ancestral et d’un art martial qui touche à la plus profonde philosophie zen…
J'ai dévoré ce dernier ouvrage de EE Schmidt avec passion. J'ai eu l'impression de retrouver l'ancien Schmidt, celui de Oscar, de L'Evangile selon Pilate ou de L'enfant de Noé, celui qui à partir d'un récit simple et léger nous permet de réfléchir, de continuer à y penser une fois le livre refermé...
Au contraire de Madame Charlotte qui l'a lu et a été déçue (une lecture qu'elle qualifie d' "agréable mais superficielle" alors que l'auteur est son "chouchou"), j'ai trouvé à ce récit une vraie profondeur, cachée comme l'auteur sait si bien le faire derrière les mots et les phrases anodines. C'est un petit conte initiatique qui m'a ravie, parce que j'ai reconnu en moi la grosse qui se cache (enfin, me dit mon jean fétiche, la grosse ne se cache pas tant que ça en ce moment !), parce qu'au delà de l'histoire de ce jeune homme qui veut grossir pour devenir un vrai sumo, j'ai retrouvé une part de moi-même, toujours à la recherche d'un idéal quasi inaccessible... La question est de savoir si cet idéal forgé est vraiment bon pour moi et le but ultime de mes actions, de mes paroles et de toute ma vie...
Je vous engage donc à lire ce joli petit livre et à vous laisser rêver et réfléchir sur le sens de votre vie, sur vos buts, vos envies...
10 juin 2009
Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde
Steven HALL
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4ème de couverture :
"Eric,
Commençons par le commencement : reste calme. Si tu lis ceci, je ne suis plus de ce monde. Prends le téléphone et compose le 1. Dis à la femme qui répondra que tu es Eric Sanderson. La femme est le docteur Randle. Elle comprendra ce qui s'est passé et elle sera en mesure de te recevoir immédiatement. Prends les clefs de la jeep jaune et roule jusque chez elle. [...]
Le docteur Randle pourra répondre à toutes tes questions. Il est important que tu ailles la voir tout de suite. [...]
Les clefs de la maison sont suspendues à un clou sur la rampe au pied de l'escalier. Ne les oublie pas.
Avec regret et espoir aussi, le premier Eric Sanderson. "
Un matin, Éric Sanderson se réveille amnésique. Grâce à une série de lettres, d'indices et de textes codés qu'il s'était adressés à lui-même, il reconstitue son passé, et découvre qu'un requin, qui vit dans les eaux troubles de la pensée, le traque pour dévorer ses souvenirs... Il plonge soudain dans un monde parallèle inquiétant, où l'attend un amour imprévu, échappé du temps. Un jeu de piste brillant qui nous révèle la fragilité de la réalité, et le rêve éternel de l'amour.
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Le ludovicien, requin métaphysique qui traque le héros, est-il une réalité ou seulement une suggestion de l'esprit ? La mémoire des hommes est-elle une entité à part entière, dont on peut les déposséder ? Éric vit-il réellement ces évènements terriblement angoissants, cette fuite en avant à la recherche de son passé oublié et ce voyage pour sauver sa peau, ou bien tout cela ne sort-il que de son cerveau fragilisé ? Est-il fou ou bien ce requin mangeur d'idées et de mots va-t-il réellement le dévorer ? Les pensées peuvent-elles avoir une vie propre et naviguer dans l'espace (ou le non-espace), peuvent-elles être détachées de l'homme qui les a formulées ? L'identité d'un homme est-elle immuable ou bien interchangeable d'un cerveau à un autre, d'un corps à un autre ? Pouvons-nous retrouver par la pensée les êtres perdus ? Notre subconscient peut-il nous enseigner ce que notre conscient ne peut pas comprendre ? Y a-t-il une vie après la mort ?
J'ai dévoré ce roman en deux jours à peine (nuits comprises !), mais me voici devant mon clavier avec un mal fou pour le résumer. En effet, l'histoire est assez compliquée et plus qu'abracadabrante, mais j'ai néanmoins plongé dans ce livre sans pouvoir reprendre haleine jusqu'à ce que je l'aie terminé.
Autant de questions sans vraiment de réponses... mais dont nous suivons le déroulement dans cette histoire qui file à toute vitesse, à la vitesse de la recherche de cet homme sur son identité. L'angoisse d'Eric est palpable tout au long des pages, elle nous interpelle, nous fait réfléchir sur ce que nous sommes de plus que notre enveloppe organique, notre corps mortel rattaché à la terre. J'ai été séduite par ce roman car j'aime imaginer que mes pensées me survivront, qu'il y a, au delà de mon corps, un moi qui vit aussi, et qui pourrait suivant les circonstances devenir indépendant de mon moi d'ici et maintenant. J'ai aimé cette angoisse sourde qui s'est distillée en moi tout au long de ma lecture, ce petit "et si c'était possible ?" qui clignotait dans un coin de mon cerveau au fil des pages, ces élucubrations d'un esprit malade qui deviennent pour lui aussi réelles que le monde qui m'entoure.
Ce roman est absolument déroutant et passionnant tout à la fois. Ce n'est pas un polar, ni un thriller, ni un livre philosophique ou métaphysique, c'est cela tout à la fois, d'une richesse inouïe, sortis de l'imagination fertile de ce jeune auteur talentueux.
Un coup de coeur pour ce livre !
Extrait :
"L'animal qui te chasse est un ludovicien. Il appartient à l'une des nombreuses espèces de poissons purement conceptuels qui nagent dans les flots des interactions humaines et dans les marées de la causalité. Ça peut paraître complètement fou, mais ça ne l'est pas. La vie est tenace et déterminée. Les flux, les courants et les rivières de la connaissance, de l'expérience et de la communication humaine, qui se sont développés au cours de notre brève histoire, constituent désormais un immense environnement, riche et abondant. Pourquoi devrions-nous nous attendre à ce que ces flux soient stériles ?
La vie trouve toujours un chemin. Regarde-nous simplement toi et moi, et vois la vérité.
Je ne sais pas exactement comment le poisson de pensée est venu au monde, mais dans les vastes piscines chauffées de la société et de la culture, des millions de mots, d'idées et de concepts évoluent constamment. Il est plausible, semble-t-il, que l'un d'eux se soit élevé au-dessus de ses cousins à cellule unique, de la même façon que nous l'avons fait. Le Gène Egoïste ?
Le ludovicien est un prédateur, un requin. Il se nourrit de souvenirs humains au sens intrinsèque du moi. Les ludoviciens sont solitaires, férocement territoriaux et méthodiquement chasseurs. Un ludovicien peut sélectionner un individu humain comme sa proie et le poursuivre et s'en nourrir pendant des années, jusqu'à ce que la mémoire et l'identité de cette victime ait été entièrement dévorées. Parfois, le corps de la cible survit à cette épreuve et peut poursuivre une seconde vie crépusculaire après que le moi et les souvenirs originaux ont été emportés."
Cécile a lu ce roman qu'elle a bien aimé et "salue la performance de l'auteur", Roxane quant à elle a été déçue, Stephie n'a pas adhéré à l'histoire et Cuné n'a pas pu le terminer... Yohan n'a pas du tout aimé et ne l'a pas terminé. Et j'ai lu aussi je ne sais plus où (bécasse, je n'ai pas noté tout de suite) une critique absolument mauvaise et cassante.
Je peux tout à fait comprendre cet abandon ou ces déceptions, tant ce roman est étrange et déconcertant. Pour ma part, mon imagination fertile m'a aidé à rentrer dans cette histoire, sans trop chercher à tout comprendre, en me laissant juste porter par les évènements et le suspense que j'ai trouvé vraiment soutenu.
Je remercie les Editions Robert Laffont pour cette belle découverte, ainsi que Babelio.
Dans une terre grasse et pleine d'escargots
Je veux creuser moi-même une fosse profonde,
Où je puisse à loisir étaler mes vieux os
Et dormir dans l'oubli comme une requin dans l'onde.
Je hais les testaments et je hais les tombeaux ;
Plutôt que d'implorer une larme du monde,
Vivant, j'aimerais mieux inviter les corbeaux
À saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.
Ô vers ! Noirs compagnons sans oreille et sans yeux,
Voyez venir à vous un mort libre et joyeux ;
Philosophes viveurs, fils de la pourriture,
À travers ma ruine allez donc sans remords,
Et dites-moidites-moi s'il est encor quelque torture
Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts !
Charles Beaudelaire. Le mort joyeux
06 juin 2009
Le carnaval des monstres
Anne-Sophie BRASME
Marica est une jeune femme d'une vingtaine d'années qui mène une existence ordinaire et paisible. Mais Marica est également une jeune femme torturée par sa laideur, isolée des autres par ce complexe qu'elle a de montrer sa bouche, ses dents, son visage plus qu'ingrat. Alors elle rêve sa vie, elle contemple les couples autour d'elle, admire les hommes jeunes qu'elle désire en secret, s'invente une vie, des amours...
Lorsqu'elle répond à une petite annonce dans laquelle on recherche des "personnes à particularités physiques ", elle ne s'imagine pas ce que sera le regard du photographe sur son corps, sur son visage. Et lui, l'homme habitué à capter dans son objectif les horreurs physiques, les difformités, les dissonances que la nature a pu engendrer sur un corps, un visage, ne peut non plus imaginer la relation complexe qui va se créer entre ces deux âmes perdues.
Amour, attirance, répulsion, tout cela à la fois va conduire ces deux êtres à un terrible huis-clos, à un face-à-face obsessionnel assez effroyable. La laideur est totalement subjective et n'est décelée que par le regard qu'on porte sur les êtres. Elle peut être aussi interne autant que se dévoiler au yeux de tous. Lequel de ces deux personnages est-il le "monstre", finalement ?
Livre dérangeant, s'il en est ! Ce n'est pas vraiment que je n'ai pas aimé la lecture de ce roman, mais il m'a laissé un arrière-goût amer, un malaise, un je ne sais quoi d'assez désagréable. L'écriture cependant est fine, le style agréable et surtout la psychologie des personnages parfaitement brossée : c'est peut-être cela qui m'a gêné, les sentiments sont tellement " à cru", c'est violent, rien qu'en mots et en pensées, c'est un livre terrible parce qu'il fait réfléchir sur le regard que nous portons sur autrui, et sur nous-même. Une lecture intéressante, donc, mais pas beaucoup de plaisir avec ces monstres !
Ce livre faisait partie de ma sélection Challenge ABC 2009. 
18 mai 2009
Expiation
Ian Mc EWAN
Briony est une petite fille anglaise de treize ans qui, en cet été torrible de 1935, a trouvé sa vocation : elle sera romancière. Pour elle, écrire est un moyen de comprendre la vie et ceux qui l'entourent et elle pense être assez mature pour transposer sur le papier sa vision du monde, qu'elle croit lucide et pertinente. Mais Briony reste une enfant malgré tout et lorsqu'elle est confrontée à la vision de sa soeur Cécilia avec Robby, le fils de la domestique, elle est terriblement choquée et va, par son attitude, provoquer une tragédie.
Le charme buccolique de la campagne anglaise est alors teinté de drame. Un viol, des accusations, un innocent comdamné, des yeux qui se ferment, une famille qui se déchire... ainsi le destin de plusieurs êtres est marqué par les affabulations et le mensonge d'une enfant.
La famille s'éparpille et chacun s'adapte comme il peut aux conditions de vie difficiles puisque la guerre sévit en Europe. Mais le destin fera se rencontrer à nouveau Briony et sa soeur, ainsi que Robby dont nous suivons le terrible itinéraire. Briony, en brisant le bonheur de sa soeur a également perdu son innocence et sa joie de vivre. Pourra-t-elle, plus tard, remonter le fil du temps et se faire pardonner ? Est-il possible de réparer les dégats causés sur les êtres par le repentir, même s'il est sincère ? Peut-on expier un mensonge fait dans l'enfance ? L'amour est-il plus fort que tout ?
J'ai dévoré ce roman d'une traite, tant le style m'a plus, de même que l'histoire de cette famille déchirée sur la foi d'un serment d'enfant. Un vrai bonheur de lecture, détendant mais qui fait réfléchir. Je n'ai pas vu le film, mais suis très tentée de le visionner prochainement.
Extrait :
« Les répétitions gênaient aussi son sens de l’ordre. Le monde contenu qu’elle avait défini avec des lignes nettes et parfaites avaient été défiguré par les gribouillis d’autres esprits, d’autres besoins ; et le temps lui-même, si facilement divisé sur papier en actes et en scènes, s’écoulait à présent de facon incontrôlable. Sans doute qu’elle n’aurait plus Jackson jusqu’après le déjeuner. Léon et ses amis devaient arriver tôt dans la soirée, peut-être même plus tôt, et la représentation devait avoir lieu à sept heures. Et il n’y avait pas encore eu de vraie répétition et les jumeaux ne savaient pas jouer, ni même énoncer, et Lola avait volé le role qui revenait de droit à Briony, et rien ne pouvait être organisé, et il faisait chaud, ridiculement chaud. Opprimée, la jeune fille s’agita et se leva. La poussière des planches avait sali ses mains et le dos de sa robe. Perdue dans ses pensées, elle s’essuya les paumes sur le devant de sa robe tout en allant vers la fenêtre. La facon la plus simple d’impressionner Léon aurait été d’écrire pour lui une nouvelle, de la lui remettre elle-même entre les mains, et de l’observer pendant qu’il la lisait. Les lettres du titre, la couvertures illustrées, les pages reliées—dans ce mot même, elle ressentit l’attrait du format net, limité, et contrôlable qu’elle avait abandonné en décidant d’écrire une pièce. Une nouvelle était directe et simple, n’autorisant rien à s’interposer entre elle-même et son lecteur—pas d’intermédiaires avec leurs ambitions personnelles et leur incompétence, pas de pression de temps, pas de limites de ressources. Dans une nouvelle, vous n’aviez qu’à souhaiter, vous n’aviez qu’à mettre sur papier, et vous pouviez posséder le monde ; dans une pièce, vous deviez vous débrouiller avec ce qui se présentait : pas de chevaux, pas de rues de village, pas de bord de mer. Pas de rideau. Cela semblait si évident à présent qu’il était trop tard : une nouvelle était une forme de télépathie. En inscrivant des symboles sur une page, elle pouvait envoyer des pensées et des sentiments depuis son propre esprit jusqu’à celui de son lecteur. C’était un procédé magique, si ordinaire que personne ne s’était penché dessus pour s’en émerveiller. Lire une phrase et la comprendre étaient une seule et même chose; comme en faisant un signe du doigt, il n’y avait rien entre eux. Il n’y avait pas d’intervalle pendant lequel les symboles étaient interprétés. Vous disiez le mot château, et le château surgissait, à une certaine distance, avec des bois de plein été étalés devant, l’air bleuâtre et doux avec de la fumée s’élevant de l’atelier du forgeron; et une route pavée se déroulant dans l’ombre verte. . . »
Keisha a beaucoup aimé, de même que Lilly qui l'a lu deux fois.
18 avril 2009
Valse avec Bachir
Film de Ari FOLMAN
Ce film très original est le récit autobiographique d'une partie de la vie de Ari Folman, un metteur en scène israélien. Ari subit des cauchemars récurrents, dans lesquels il se retrouve pourchassé par une meute de 26 chiens, soit le nombre exact qu'il a dû tuer au cours de la guerre du Liban. Il en parle à un ami, et le lendemain, pour la première fois depuis la fin de la guerre, il retrouve un souvenir de cette sombre période de sa vie, mais une seule image qui ne le laissera pas en paix tant qu'il n'arrivera pas à faire le lien avec ce qu'il s'est réellement passé. Sur le conseil de son ami, il va donc partir à la recherche de son passé, entrer au dedans de lui-même pour y creuser ses souvenirs, et recontrer un à un ses anciens camarades de combat, mener une enquête sur les derniers mois puis les derniers jours et instants qui précèdent le massacre de Sabra et Shatila.
Je ne suis pas fan en général de films sur la guerre, quelle qu'elle soit, et mon avis n'est pas différent pour ce film-ci. Par contre, c'est malgré tout un film à voir absolument pour plusieurs raisons.
Valse avec bachir est tout d'abord un film très intéressant en tant que témoignage d'une époque épouvantable dans l'histoire du Liban et d'Israël. Nous sommes entre le documentaire et la fiction, mais un documentaire vu par ceux qui ont vécu l'évènement, donc avec les peurs, les passions, l'innocence et l'insouciance parfois de ces jeunes soldats qu'on envoyait à la guerre sans qu'ils comprennent grand chose au sens de cette guerre et à ce qu'on leur demandait de faire.
Le fait que ce soit un film d'animation permet de garder une distance avec l'horreur de la guerre, et on aurait tendance à croire que ce film n'est qu'une histoire de plus, inventée et bien racontée avec talent, jusqu'aux dernières images du film où la réalité sordide de la vie et de la mort nous rattrappe de plein fouet...
Les dessins sont assez simples mais les couleurs sont absolument somptueuses, et la musique superbe met en valeur les teintes qui sont de toute beauté.
Vous pourrez également visionner les bonus qui expliquent la genèse du film et cette période de la guerre du Liban.
Témoignage de Ari Folman
"J'ai réalisé Valse avec Bachir du point de vue d'un soldat quelconque, et la conclusion est que la guerre est si incroyablement inutile ! Ca n'a rien à voir avec les films américains. Rien de glamour ou de glorieux. Juste des hommes très jeunes, n'allant nulle part, tirant sur des inconnus, se faisant tirer dessus par des inconnus, qui rentrent chez eux et tentent d'oublier. Parfois ils y arrivent. La plupart du temps, ils n'y arrivent pas."
"Cette histoire est mon histoire personnelle. Le film retrace ce qui s'est passé en moi à partir du jour où j'ai réalisé que certaines parties de ma vie s'étaient complètement effacées de ma mémoire.Les quatre années pendant lesquelles j'ai travaillé sur Valse avec Bachir ont provoqué en moi un violent bouleversement psychologique. J'ai découvert des choses très dures dans mon passé (...)"
Stephie n'a pas aimé le graphisme ni le style documentaire, bien qu'elle ait été touchée par l'histoire. Aifelle a trouvé ce film très intéressant.
Je remercie Chez les Filles pour m'avoir fait découvrir cette oeuvre, qui a récolté nombre de prix, fort mérités. Pour une raison obscure, je n'arrive pas à insérer de photos dans mon billet, je vous invite donc à aller faire un tour sur le Site officiel du film ainsi que sur Allociné où vous trouverez photos et vidéos.
04 avril 2009
Notre petite vie cernée de rêves
Barbara WERSBA
Albert est adolescent. Il vit avec ses parents dans une banlieue triste, est solitaire, sensible, traversé parfois d'idées suicidaires ; il collectionne les citations de grands auteurs et est à la recherche de réponses sur le sens de la vie, réponses que ne peuvent lui donner ses parents. Sa mère rêve d’Hollywood et d’appareils électroménagers, mais ne fait pas grand chose de ses journées à part se maquiller, faire quelques courses et se plaindre de sa vie et de son bon-à-rien de mari ; son père est courtier en assurances, à défaut de piloter des avions comme il le rêvait dans ses jeunes années.
Le temps semble ne pas s'écouler, l'avenir qui s'offre à Albert lui paraît bouché et morne, sans intérêt, jusqu'à ce qu'il fasse la connaissance de Madame Woodfin, vieille voisine excentrique, qui s'avère être fort sympathique et intéressante : ancienne comédienne célèbre, férue de littérature, ayant voyagé, aimé, bref ayant eu une vie riche et passionnante, la vieille dame va tenter de donner à Albert le goût des choses, et surtout l'envie de vivre sa vie plutôt que de la subir.
L'amitié naît entre les deux, et chacun apporte à l'autre, qui sa présence et son attention, qui des leçons de confiance en soi et d'espoir. Ils ont des conversations passionnantes sur l'art, la littérature, l'écriture, la vie... Albert commence à avoir envie de vivre ses rêves, tout devient possible grâce à la force que lui insuffle la vieille comédienne. Il prend conscience que les possessions matérielles ne sont pas le moteur d'une vie réussie, et qu'avec rien, on peut avoir une vie riche et bien remplie. Il va aussi devoir faire la part des choses entre rêves, illusions et réalité.
J'ai trouvé la lecture de ce roman très agréable et intéressante, bien qu'à mon goût on s'attende un peu trop au dénouement. Je trouve de plus que les relations entre cette charmante vieille dame et le jeune garçon ne sont pas assez approfondies, elles restent un peu superficielles. Mais cette amitié improbable est attachante et l'on comprend très bien qu'Albert reprenne goût à la vie grâce à l'énergie de cette vieille femme vibrante de passion. A faire lire aux jeunes qui tournent en rond et ne cessent de regarder dans le jardin d'à coté -où bien sûr l'herbe est bien plus verte et fournie- pour qu'ils prennent conscience que la richesse de leur vie est principalement en eux...
Extraits :
"Si un homme marche à un autre pas que ses camarades, c’est peut-être qu’il entend le son d’un autre tambour. Laissons-le suivre la musique qu’il entend, quelle qu’en soit la cadence."
"Si ta vie quotidienne te semble pauvre, ne l'accuse pas, accuse-toi plutôt ; dis-toi que tu n'es pas assez poète pour en convoquer les richesses..." Rilke
Je remercie Lilly pour se livre voyageur. Beaucoup d'entre vous l'avaient lu avant moi : Leiloona est "restée de glace" et Cathulu n'a pas aimé du tout, mais Gawou a beaucoup aimé et elle reprend plusieurs citations d'Albert, Karine a mis deux coeurs, Gambadou a bien aimé également, de même que Lou et Clarabel. Ceux ou celles que j'ai oublié de citer, n'hésitez pas à vous manifester !





































