Les lectures de Lili... Et un peu de ma vie aussi...

Ce que j'aime, ceux que j'aime... Un peu de tout, en vrac, et suivant mes humeurs...

10 novembre 2009

La dérisoire effervescence des comprimés

Marie a mal. Marie en a assez. Elle ne supporte plus d'être allongée sur ce lit, liée à tous ces tubes, piquée de toutes parts. Elle ne veut plus voir les médecins qui prennent l'air sérieux et pressé, ni les infirmières, gentilles et douces, mais qui ne peuvent rien faire pour la soulager. Marie voudrait mourir.

Au début, elle y croyait. Elle pensait qu'elle allait s'en sortir, que ce serait une affaire de quelques semaines, et puis au revoir l'hôpital ! Avec les progrès de la médecine, l'évolution des nouvelles technologies médicamenteuses, la Science, avec un grand S, elle n'avait pas de soucis à se faire : ils trouveraient ce qu'elle avait, et la guériraient, c'était certain... On faisait maintenant des miracles !

Et puis le temps avait passé, lentement, tellement lentement. Les jours mornes et blancs s'étaient succédés, étaient devenus des semaines, et les semaines des mois... Tout le monde la rassurait, une petite complication, rien du tout, nous maîtrisons parfaitement l'infection, ne vous inquiétez pas, vous serez bientôt sur pieds, et elle y croyait, oh oui, elle s'accrochait à ces paroles comme à une bouée de sauvetage, et les buvait et s'en repaissait ensuite la nuit, quand la douleur la réveillait, quand elle se retrouvait seule face à ses démons, à ses peurs, seule face à la maladie...

Et puis, imperceptiblement, elle avait changé. Elle n'était plus aussi vaillante, physiquement, bien sûr, mais surtout, dans la tête. Elle n'avait plus de ressort, plus d'énergie, elle était fatiguée, tellement fatiguée. Elle avait mal, tellement mal. Elle n'en pouvait plus de cette douleur qui la broyait, la tenaillait, qui se jouait d'elle comme d'un pantin, et la laissait inerte, vide, presque morte déjà. Et elle s'était mise à détester tout le monde, et tous les objets qui l'entouraient. Elle ne pouvait plus entendre sans frémir les bips continus des appareils de contrôle sur lesquels on l'avait branchée en permanence... Le glouglou des perfusions résonnait dans sa tête, la rendait folle alors qu'autrefois il la calmait, la rassurait. Tous ces médicaments qu'on lui administrait... toutes ces drogues... pour quoi ? Pour rien... Dérisoire effervescence des comprimés qu'elle avalait sans plus croire maintenant à leur efficacité... Elle n'était plus qu'une pauvre chose reliée à des machines...

Marie voudrait mourir. Quelqu'un l'aime-t'il assez pour l'aider ?

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04 novembre 2009

Un peu, beaucoup, pas du tout

Alice MUNRO

alice

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Ce sont des histoires de femmes. Des femmes comme vous et moi, avec leur vie, parfois simple, parfois gaie, parfois compliquée. Des femmes avec des maris et des enfants. Quelques femmes seules aussi. Ce sont des histoires simples, des tranches de vie, des histoires d'amour ou de trahison. Mais dans lesquelles la maladie tient une place prépondérante, dans lesquelles la mort rode...

Alors on est un peu mal à l'aise, en lisant ce livre, que j'ai pourtant bien aimé. Le style d'Alice Munro est très agréable et se lit facilement, mais le destin pèse si lourd sur les épaules de tous ses personnages que cela pèse un peu sur nous aussi.

C'est un livre intéressant, mais à ne pas lire en cas de cafard, car malgré soi, parfois, on s'identifie, on compare, et tout ça n'est pas très gai...

Un grand merci à Antigone pour ce livre voyageur. Bel Gazou  livre_voyageur_anim_ a un "petit avis froissé" et Martine n'a pas accroché non plus.

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28 octobre 2009

Mon père n'est pas mort à Venise

Sophie POIRIER

coeur

venise

Un grand bonheur, quand on est blogueur, est de recevoir des livres dans sa boite aux lettres. Livres voyageurs dont on a entendu parler sur des blog-amis et qui viennent faire un court séjour chez nous, afin de continuer le partage, livres offerts par les éditeurs, livres gagnés au fil de concours ou de jeux, et parfois aussi livres envoyés directement par l'auteur lui-même, avec lequel on a eu quelques contacts et qui veut nous faire plaisir et nous faire découvrir son nouvel ouvrage.

Alors, bien sûr, oui, ça fait plaisir. Mais, dans le même temps, me voilà parfois toute intimidée face au livre. Autant j'arrive à donner un avis pertinent et tout à fait indépendant de diverses pressions quand il s'agit d'un ouvrage prêté ou d'un livre envoyé par un éditeur, je ne me sens pas liée à l'expéditeur par un quelconque lien et reste donc libre de faire une critique négative si je n'ai pas aimé ma lecture, autant, face à un livre envoyé par l'auteur lui-même... c'est plus délicat, j'ai peur de vexer, de faire de la peine, je me dis que c'est facile de critiquer et que moi, pour l'instant, je n'ai toujours rien publié et que je ne serais certainement pas capable de faire aussi bien, bref l'affectif entre en ligne de compte et je repousse ma lecture...

C'est ainsi que cela s'est passé pour le deuxième livre de Sophie Poirier (que vous pouvez retrouver dans la blogosphère sous le nom de Ficelle) qu'elle m'a fait parvenir par l'intermédiaire de son éditeur au début de l'été, que j'avais ouvert, feuilleté un peu, reposé, repris, re-reposé... J'avais beaucoup aimé son premier roman La libraire a aimé, que Sophie avait déjà eu la gentillesse de m'offrir et j'avais peur non seulement de ne pas aimer ce deuxième livre mais peur également, si je ne l'aimais pas, de devoir le dire, puisque que je me suis jurée d'être honnête sur ce blog et de donner réellement mon avis. Je n'avais pas envie d'être dans la position de faire de la peine à Sophie, de la critiquer... Et puis ce fameux deuxième livre, l'auteur qu'on attend au tournant... Je ne voulais pas être celle qui allait dire qu'elle était déçue... Dilemme... Le temps a donc passé... Et puis, honteuse, j'ai enfin ouvert Mon père n'est pas mort à Venise...

Et j'ai aimé ! (ouf !). Merci, donc chère Sophie pour ta confiance et surtout merci pour cette jolie histoire. J'ai beaucoup aimé suivre cette femme qui fouille dans le passé de son père, qui cherche à comprendre, à canaliser l'angoisse, à répondre aux questions non formulées. J'ai également retrouvé avec grand plaisir ton écriture fine et sensible, mais plus maîtrisée, plus construite que dans ton premier ouvrage. On sent que tu as mûri, grandi et je pourrais même dire que par ce livre, on comprend tout de suite qu'on a à faire à un vrai écrivain, et non pas à une jeune femme qui aurait juste eu le coup de bol d'être choisie pour un premier ouvrage, et qu'un seul. J'ai trouvé dans cet ouvrage un humour qui répond tout à fait à ce que j'aime, j'ai souvent souri ; j'ai aimé cette femme et les mouvements et bruits des trains, j'ai adoré le détective, et la fin est si belle...

Bref, un très beau moment de lecture ! Merci encore  Sophie ! Et pour le 3ème livre que tu écriras, je n'attendrai pas 3 mois avant de l'ouvrir, promis !

Le site de l'éditeur ANA Editions. Vous y trouverez le résumé du livre (oui, cette fois-ci, je change la formule, pas de 4ème de couv. ni de résumé, ni de notes de lecture...) et quelques critiques intéressantes. Et si vous voulez rire, allez donc vous régaler de l'interview imaginaire de l'auteur sur son blog, on s'y croirait !

"Ni les barrages, ni les camouflages d'aucune sorte ne peuvent empêcher l'idée de faire son chemin. Telle La Princesse au petit pois, malgré les épaisseurs, elle sentait sur sa peau la marque se faire, à l'endroit du corps où ça gène. Minuscule excroissance qui réveille la nuit, qui envahit les rêves, qui devient une obsession.

Parce que certaines découvertes, certaines expériences, des détails parfois, s'étirent jusqu'à devenir des immensités dans la tête, indéboulonnables.

Parce qu'on ne choisit pas ce qui s'oublie".

" Son père lui avait appris qu'il fallait être libre, ne pas faire de concessions, le moins possible. Que l'égoïsme était la plus belle des qualités, que la passion valait cent fois le quotidien merdique, qu'on aimait à la folie plusieurs fois dans une vie, que la fidélité était un concept judéo-chrétien, que le nihilisme avait le mérite de rendre le présent vif et précieux, à saisir."

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16 octobre 2009

Le malade imaginaire

Molière

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La saison théatrâle a repris, pour mon plus grand bonheur !

Nous avons eu la grande joie de retrouver au Colisée de Roubaix (mon théatre favori !) Michel Bouquet qui est venu cette fois-ci interpréter Le malade imaginaire. Nous l'avions déjà admiré il y a deux ans dans L'avare et déjà j'avais été impressionnée par cet acteur formidable qui a une présence extraordinaire sur scène, et joue à la perfection, malgré ses 83 ans... Un vieux monsieur par l'âge, certes, mais qui pétille et iradie devant son public : on sent qu'il est tout à son affaire, dans son rôle et qu'il y prend un plaisir fou, et donc, nous nous régalons aussi...

Une petite piqure de rappel de l'histoire ?

Le Malade imaginaire est la dernière pièce écrite par Molière (1622 - 1673) et celle qui causa sa mort, puisqu'il tomba évanoui à la quatrième représentation et mourut peu après.

michel2Argan est un vieux bourgeois qui se croit extrèmement malade alors qu'il se porte comme un charme. Il ne peut se passer de ses médecins qui lui font subir tous les remèdes imaginables : saignées, purges et décoctions diverses, qui bien évidemment ne pourront le guérir de ses maux mais le confortent au contraire dans son délire et lui font respecter plus encore le corps médical qui lui apparaît si savant. Il ne se rend pas compte que ces médecins verreux, véritables charlatans, en veulent plus à son argent qu'à sa santé... Il en est de même avec sa jeune épouse Béline, qui bien que lui prodiguant moults soins et force gentillesses, attend avec impatience que la mort du vieil homme lui apporte l'héritage tant convoité...

La servante Toinette n'est pas dupe du jeu des uns et des autres et tente, en se déguisant en médecin, de prodiguer à son maître de plus raisonnables conseils. Elle est aussi la confidente de la fille ainée d'Argan, Angélique, qui s'est éprise du beau Cléante. Mais Argan a décidé d'hors et déjà de l'avenir de sa fille et compte la marier sous quatre jours au jeune Thomas Diafoirus, médecin et fils de médecin. Par cette union, il pourra ainsi disposer à loisir de soins médicaux "en famille" (et donc fort peu honéreux !).

Une ruse de Toinette ouvre les yeux du malade qui comprend enfin que l'amour de sa fille est véritable mais que celui de son épouse n'est que feint, lorsque les deux femmes le croient mort. Tout finira bien pour tout le monde, puisque la jeune Angélique pourra épouser celui qu'elle aime et que Argan devient lui-même médecin pour pouvoir ainsi "s'auto-soigner".

J'adore le théatre de Molière d'une manière générale, mais cette pièce est vraiment une merveille tant elle reste d'actualité plusieurs siècles après avoir été écrite. Certes, ce n'est pas la plus drôle du répertoire de Molière, cependant la finesse de la satire est un vrai bonheur et il suffit d'un peu d'imagination pour transposer les critiques émises par l'auteur sur les médecins et la suprématie pas toujours méritée du corps médical sur quelques figures actuelles pour voir que la pièce n'a pas vieilli, ou si peu...

L'art de Michel Bouquet, un grand du théatre, accentue encore le coté burlesque des scènes, mais sans nuire au texte sur lequel on peut tout de même se concentrer pour en suivre les subtibilités. L'acteur campe avec panache un Argan totalement miné par son hypocondrie, d'une mauvaise foi terrible. Il lui prète maintes grimaces mais sans jamais forcer trop le trait, le rire vient sans devenir raillerie. Il a l'art également de ne pas écraser les autres acteurs de son talent et de son expérience, mais au contraire de faire rejaillir sur eux toute sa verve et son charisme. Toinette, la servante rusée et rebelle, nous a fait rire aux larmes par son jeu haut en couleurs et les autres acteurs ont tous été excellents sans exception (ce qui n'est pas toujours le cas, il arrive parfois qu'un grand acteur occulte totalement ceux qui jouent à ses cotés).

La mise en scène tout à la fois classique et moderne de la pièce m'a beaucoup plu. Un décor chaud dans les tons rouge sombre, de très beaux costumes... bref, vous l'avez compris, tous les ingrédients étaient présents pour nous faire à nouveau passer une excellente soirée !

Avec

Michel Bouquet | Juliette Carré-Bouquet | Sara Llorca | Christian Bouillette | Pierre-Alain Chapuis | Clémence Faure | Pierre Forest | Sylvain Machac | Patrick Payet | Sébastien Rognoni | Vanessa Fonte | Pierre Val

Distribution

Mise en scène : Georges Werler | Bande-son : Jean-Pierre Prévost | Décors : Agostina Pacé | Costumes : Pascale Bordet | Lumières : Jacques Puisais

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Quelques extraits, pour rafraîchir votre mémoire...

Acte III, Scène 10 - Toinette, en médecin ; Argan, Béralde

Toinette : Monsieur, je vous demande pardon de tout mon cœur.
Argan : Cela est admirable !
Toinette : Vous ne trouverez pas mauvais, s’il vous plaît, la curiosité que j’ai eue de voir un illustre malade comme vous êtes ; et votre réputation, qui s’étend partout, peut excuser la liberté que j’ai prise.
Argan : Monsieur, je suis votre serviteur.
Toinette : Je vois, Monsieur, que vous me regardez fixement. Quel âge croyez-vous bien que j’aie ?
Argan : Je crois que tout au plus vous pouvez avoir vingt-six ou vingt-sept ans.
Toinette : Ah, ah, ah, ah, ah ! j’en ai quatre-vingt-dix.
Argan : Quatre-vingt-dix ?
Toinette : Oui. Vous voyez un effet des secrets de mon art, de me conserver ainsi frais et vigoureux.
Argan : Par ma foi ! voilà un beau jeune vieillard pour quatre-vingt-dix ans.
Toinette : Je suis médecin passager, qui vais de ville en ville, de province en province, de royaume en royaume, pour chercher d’illustres matières à ma capacité, pour trouver des malades dignes de m’occuper, capables d’exercer les grands et beaux secrets que j’ai trouvés dans la médecine. Je dédaigne de m’amuser à ce menu fatras de maladies ordinaires, à ces bagatelles de rhumatismes et défluxions, à ces fiévrottes, à ces vapeurs, et à ces migraines. Je veux des maladies d’importance : de bonnes fièvres continues avec des transports au cerveau, de bonnes fièvres pourprées, de bonnes pestes, de bonnes hydropisies formées, de bonnes pleurésies avec des inflammations de poitrine : c’est là que je me plais, c’est là que je triomphe ; et je voudrais, Monsieur, que vous eussiez toutes les maladies que je viens de dire, que vous fussiez abandonné de tous les médecins, désespéré, à l’agonie, pour vous montrer l’excellence de mes remèdes, et l’envie que j’aurais de vous rendre service.
Argan : Je vous suis obligé, Monsieur, des bontés que vous avez pour moi.
Toinette : Donnez-moi votre pouls. Allons donc, que l’on batte comme il faut. Ahy, je vous ferai bien aller comme vous devez. Hoy, ce pouls-là fait l’impertinent : je vois bien que vous ne me connaissez pas encore. Qui est votre médecin ?
Argan : Monsieur Purgon.
Toinette : Cet homme-là n’est point écrit sur mes tablettes entre les grands médecins. De quoi dit-il que vous êtes malade ?
Argan : Il dit que c’est du foie, et d’autres disent que c’est de la rate.
Toinette : Ce sont tous des ignorants : c’est du poumon que vous êtes malade.
Argan : Du poumon ?
Toinette : Oui. Que sentez-vous ?
Argan : Je sens de temps en temps des douleurs de tête.
Toinette : Justement, le poumon.
Argan : Il me semble parfois que j’ai un voile devant les yeux.
Toinette : Le poumon.
Argan : J’ai quelquefois des maux de cœur.
Toinette : Le poumon.
Argan : Je sens parfois des lassitudes par tous les membres.
Toinette : Le poumon.
Argan : Et quelquefois il me prend des douleurs dans le ventre, comme si c’était des coliques.
Toinette : Le poumon. Vous avez appétit à ce que vous mangez ?
Argan : Oui, Monsieur.
Toinette : Le poumon. Vous aimez à boire un peu de vin ?
Argan : Oui, Monsieur.
Toinette : Le poumon. Il vous prend un petit sommeil après le repas et vous êtes bien aise de dormir ?
Argan : Oui, Monsieur.
Toinette : Le poumon, le poumon, vous dis-je. Que vous ordonne votre médecin pour votre nourriture ?
Argan : Il m’ordonne du potage.
Toinette : Ignorant.
Argan : De la volaille.
Toinette : Ignorant.
Argan : Du veau.
Toinette : Ignorant.
Argan : Des bouillons.
Toinette : Ignorant.
Argan : Des œufs frais.
Toinette : Ignorant.
Argan : Et le soir de petits pruneaux pour lâcher le ventre.
Toinette : Ignorant.
Argan : Et surtout de boire mon vin fort trempé.
Toinette : Ignorantus, ignoranta, ignorantum. Il faut boire votre vin pur ; et pour épaissir votre sang qui est trop subtil, il faut manger de bon gros bœuf, de bon gros porc, de bon fromage de Hollande, du gruau et du riz, et des marrons et des oublies, pour coller et conglutiner. Votre médecin est une bête. Je veux vous en envoyer un de ma main, et je viendrai vous voir de temps en temps, tandis que je serai en cette ville.
Argan : Vous m’obligez beaucoup.
Toinette : Que diantre faites-vous de ce bras-là ?
Argan : Comment ?
Toinette : Voilà un bras que je me ferais couper tout à l’heure, si j’étais que de vous.
Argan : Et pourquoi ?
Toinette : Ne voyez-vous pas qu’il tire à soi toute la nourriture, et qu’il empêche ce côté-là de profiter ?
Argan : Oui ; mais j’ai besoin de mon bras.
Toinette : Vous avez là aussi un œil droit que je me ferais crever, si j’étais en votre place.
Argan : Crever un œil ?
Toinette : Ne voyez-vous pas qu’il incommode l’autre, et lui dérobe sa nourriture ? Croyez-moi, faites-vous-le crever au plus tôt, vous en verrez plus clair de l’œil gauche.
Argan : Cela n’est pas pressé.
Toinette : Adieu. Je suis fâché de vous quitter si tôt ; mais il faut que je me trouve à une grande consultation qui se doit faire pour un homme qui mourut hier.
Argan : Pour un homme qui mourut hier ?
Toinette : Oui, pour aviser, et voir ce qu’il aurait fallu lui faire pour le guérir. Jusqu’au revoir.
Argan : Vous savez que les malades ne reconduisent point.
Béralde : Voilà un médecin vraiment qui paraît fort habile.
Argan : Oui, mais il va un peu bien vite.
Béralde : Tous les grands médecins sont comme cela.
Argan : Me couper un bras, et me crever un œil, afin que l’autre se porte mieux ? J'aime bien mieux qu’il ne se porte pas si bien. La belle opération, de me rendre borgne et manchot !

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Acte III Scène III - ARGAN, BÉRALDE.

Nous en sommes au moment ou Béralde discute avec son frère Argan (Le malade) de la médecine et des médecins. Ce texte vieux de plusieurs siècles est encore totalement d'actualité...

BÉRALDE : Non, mon frère ; laissons-la là : c'est une femme qui a les meilleures intentions du monde pour votre famille, et qui est détachée de toute sorte d'intérêt, qui a pour vous une tendresse merveilleuse, et qui montre pour vos enfants une affection et une bonté qui n'est pas concevable : cela est certain. N'en parlons point, et revenons à votre fille. Sur quelle pensée, mon frère, la voulez-vous donner en mariage au fils d'un médecin ?

ARGAN : Sur la pensée, mon frère, de me donner un gendre tel qu'il me faut.

BÉRALDE : Ce n'est point là, mon frère, le fait de votre fille, et il se présente un parti plus sortable pour elle.

ARGAN : Oui, mais celui-ci, mon frère, est plus sortable pour moi.

BÉRALDE : Mais le mari qu'elle doit prendre, doit-il être, mon frère, ou pour elle, ou pour vous ?

ARGAN : Il doit être, mon frère, et pour elle, et pour moi, et je veux mettre dans ma famille les gens dont j'ai besoin.

BÉRALDE : Par cette raison-là, si votre petite était grande, vous lui donneriez en mariage un apothicaire ?

ARGAN : Pourquoi non ?

BÉRALDE : Est-il possible que vous serez toujours embéguiné de vos apothicaires et de vos médecins, et que vous vouliez être malade en dépit des gens et de la nature ?

ARGAN : Comment l'entendez-vous, mon frère ?

BÉRALDE : J'entends, mon frère, que je ne vois point d'homme qui soit moins malade que vous, et que je ne demanderais point une meilleure constitution que la vôtre. Une grande marque que vous vous portez bien, et que vous avez un corps parfaitement bien composé, c'est qu'avec tous les soins que vous avez pris, vous n'avez pu parvenir encore à gâter la bonté de votre tempérament, et que vous n'êtes point crevé de toutes les médecines qu'on vous a fait prendre.

ARGAN : Mais savez-vous, mon frère, que c'est cela qui me conserve, et que Monsieur Purgon dit que je succomberais, s'il était seulement trois jours sans prendre soin de moi ?

BÉRALDE : Si vous n'y prenez garde, il prendra tant de soin de vous, qu'il vous envoiera en l'autre monde.

ARGAN : Mais raisonnons un peu, mon frère. Vous ne croyez donc point à la médecine ?

BÉRALDE : Non, mon frère, et je ne vois pas que, pour son salut, il soit nécessaire d'y croire.

ARGAN : Quoi ? vous ne tenez pas véritable une chose établie par tout le monde, et que tous les siècles ont révérée ?

BÉRALDE : Bien loin de la tenir véritable, je la trouve, entre nous, une des plus grandes folies qui soit parmi les hommes ; et à regarder les choses en philosophe, je ne vois point de plus plaisante momerie, je ne vois rien de plus ridicule qu'un homme qui se veut mêler d'en guérir un autre.

ARGAN : Pourquoi ne voulez-vous pas, mon frère, qu'un homme en puisse guérir un autre ?

BÉRALDE : Par la raison, mon frère, que les ressorts de notre machine sont des mystères, jusques ici, où les hommes ne voient goutte, et que la nature nous a mis au-devant des yeux des voiles trop épais pour y connaître quelque chose.

ARGAN : Les médecins ne savent donc rien, à votre compte ?

BÉRALDE : Si fait, mon frère. Ils savent la plupart de fort belles humanités, savent parler en beau latin, savent nommer en grec toutes les maladies, les définir et les diviser; mais, pour ce qui est de les guérir, c'est ce qu'ils ne savent point du tout.

ARGAN : Mais toujours faut-il demeurer d'accord que, sur cette matière, les médecins en savent plus que les autres.

BÉRALDE : Ils savent, mon frère, ce que je vous ai dit, qui ne guérit pas de grand-chose; et toute l'excellence de leur art consiste en un pompeux galimatias, en un spécieux babil, qui vous donne des mots pour des raisons, et des promesses pour des effets.

ARGAN : Mais enfin, mon frère, il y a des gens aussi sages et aussi habiles que vous; et nous voyons que, dans la maladie, tout le monde a recours aux médecins.

BÉRALDE : C'est une marque de la faiblesse humaine, et non pas de la vérité de leur art.

ARGAN : Mais il faut bien que les médecins croient leur art véritable, puisqu'ils s'en servent pour eux-mêmes.

BÉRALDE : C'est qu'il y en a parmi eux qui sont eux-mêmes dans l'erreur populaire, dont ils profitent, et d'autres qui en profitent sans y être. Votre Monsieur Purgon, par exemple, n'y sait point de finesse : c'est un homme tout médecin, depuis la tête jusqu'aux pieds ; un homme qui croit à ses règles plus qu'à toutes les démonstrations des mathématiques, et qui croirait du crime à les vouloir examiner ; qui ne voit rien d'obscur dans la médecine, rien de douteux, rien de difficile, et qui, avec une impétuosité de prévention, une raideur de confiance, une brutalité de sens commun et de raison, donne au travers des purgations et des saignées, et ne balance aucune chose. Il ne lui faut point vouloir mal de tout ce qu'il pourra vous faire : c'est de la meilleure foi du monde qu'il vous expédiera, et il ne fera, en vous tuant, que ce qu'il a fait à sa femme et à ses enfants, et ce qu'en un besoin il ferait à lui-même.

ARGAN : C'est que vous avez, mon frère, une dent de lait contre lui. Mais enfin venons au fait. Que faire donc quand on est malade ?

BÉRALDE : Rien, mon frère.

ARGAN : Rien ?

BÉRALDE : Rien. Il ne faut que demeurer en repos. La nature, d'elle-même, quand nous la laissons faire, se tire doucement du désordre où elle est tombée. C'est notre inquiétude, c'est notre impatience qui gâte tout, et presque tous les hommes meurent de leurs remèdes, et non pas de leurs maladies.

ARGAN : Mais il faut demeurer d'accord, mon frère, qu'on peut aider cette nature par de certaines choses.

BÉRALDE : Mon Dieu ! mon frère, ce sont pures idées, dont nous aimons à nous repaître ; et, de tout temps, il s'est glissé parmi les hommes de belles imaginations, que nous venons à croire, parce qu'elles nous flattent et qu'il serait à souhaiter qu'elles fussent véritables. Lorsqu'un médecin vous parle d'aider, de secourir, de soulager la nature, de lui ôter ce qui lui nuit et lui donner ce qui lui manque, de la rétablir et de la remettre dans une pleine facilité de ses fonctions ; lorsqu'il vous parle de rectifier le sang, de tempérer les entrailles et le cerveau, de dégonfler la rate, de raccommoder la poitrine, de réparer le foie, de fortifier le cœur, de rétablir et conserver la chaleur naturelle, et d'avoir des secrets pour étendre la vie à de longues années : il vous dit justement le roman de la médecine. Mais quand vous en venez à la vérité et à l'expérience, vous ne trouvez rien de tout cela, et il en est comme de ces beaux songes qui ne vous laissent au réveil que le déplaisir de les avoir crus.

ARGAN : C'est-à-dire que toute la science du monde est renfermée dans votre tête, et vous voulez en savoir plus que tous les grands médecins de notre siècle.

BÉRALDE : Dans les discours et dans les choses, ce sont deux sortes de personnes que vos grands médecins. Entendez-les parler : les plus habiles gens du monde ; voyez-les faire : les plus ignorants de tous les hommes.

ARGAN : Hoy ! Vous êtes un grand docteur, à ce que je vois, et je voudrais bien qu'il y eût ici quelqu'un de ces messieurs pour rembarrer vos raisonnements et rabaisser votre caquet.

BÉRALDE : Moi, mon frère, je ne prends point à tâche de combattre la médecine; et chacun, à ses périls et fortune, peut croire tout ce qu'il lui plaît. Ce que j'en dis n'est qu'entre nous, et j'aurais souhaité de pouvoir un peu vous tirer de l'erreur où vous êtes, et, pour vous divertir, vous mener voir sur ce chapitre quelqu'une des comédies de Molière.

ARGAN : C'est un bon impertinent que votre Molière avec ses comédies, et je le trouve bien plaisant d'aller jouer d'honnêtes gens comme les médecins.

BÉRALDE : Ce ne sont point les médecins qu'il joue, mais le ridicule de la médecine.

ARGAN : C'est bien à lui à faire de se mêler de contrôler la médecine ; voilà un bon nigaud, un bon impertinent, de se moquer des consultations et des ordonnances, de s'attaquer au corps des médecins, et d'aller mettre sur son théâtre des personnes vénérables comme ces Messieurs-là.

BÉRALDE : Que voulez-vous qu'il y mette que les diverses professions des hommes ? On y met bien tous les jours les princes et les rois, qui sont d'aussi bonne maison que les médecins.

ARGAN : Par la mort non de diable! Si j'étais que des médecins, je me vengerais de son impertinence ; et quand il sera malade, je le laisserais mourir sans secours. Il aurait beau faire et beau dire, je ne lui ordonnerais pas la moindre petite saignée, le moindre petit lavement, et je lui dirais: "crève, crève ! cela t'apprendra une autre fois à te jouer à la Faculté".

BÉRALDE : Vous voilà bien en colère contre lui.

ARGAN : Oui, c'est un malavisé, et si les médecins sont sages, ils feront ce que je dis.

BÉRALDE : Il sera encore plus sage que vos médecins, car il ne leur demandera point de secours.

ARGAN : Tant pis pour lui s'il n'a point recours aux remèdes.

BÉRALDE : Il a ses raisons pour n'en point vouloir, et il soutient que cela n'est permis qu'aux gens vigoureux et robustes, et qui ont des forces de reste pour porter les remèdes avec la maladie ; mais que, pour lui, il n'a justement de la force que pour porter son mal.

ARGAN : Les sottes raisons que voilà ! Tenez, mon frère, ne parlons point de cet homme-là davantage, car cela m'échauffe la bile, et vous me donneriez mon mal.

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30 août 2009

Le modèle

Lars Saabye CHISTENSEN

coeur

MOD7LE

Peter Wihl est un peintre norvégien reconnu. Il prépare sa prochaine exposition qui est prévue pour le jour même de ses cinquante ans, mais se sent stressé, harcelé presque par son agent. Il a un mal fou à peindre, ses toiles n'arrivent pas à se concrétiser comme il les voudrait, il passe de l'une à l'autre, mais les douze toiles, sur leur chevalet, restent inachevées, en attente sans qu'il lui soit possible d'y mettre la touche de pinceau finale.

C'est qu'il doit se renouveler, ce peintre, car le public et la critique l'attendent au tournant, ou tout du moins c'est ainsi qu'il le ressent. Il doit faire évoluer sa peinture tout en y laissant sa "patte" et ne peut pas se permettre de faire la même chose que les corps morcelés qui avaient fait le succès de sa première exposition (Amputations), ni bien sûr moins bien.

Dans cet état d'esprit déjà fiévreux, la mini attaque dont il est victime dans son atelier, et qui le laisse inconscient sur le sol, lui fait envisager le pire, concrétisé  bientôt par un diagnostic médical implacable : il va devenir aveugle, sans aucune chance de rémission ou d'arrêt du processus. Ce verdict qui est presque comme un arrêt de mort pour le peintre va réveiller les instincts les plus bas de cet homme déjà fort peu sympathique, égocentrique, mesquin, pas gentil avec ses amis ni avec sa femme... (à tel point qu'on pourrait presque se dire que c'est bien fait pour lui, ce qui lui arrive !).

La rencontre fortuite qu'il fait d'un ancien camarade de classe (détesté à l'époque) devenu ophtalmologue va faire basculer le destin de cet homme. Thomas Hammer est un être malsain et détestable mais peut-être pourrait-il procurer à Peter une solution de rémission, voire de guérison. Les yeux du peintre lui sont vitaux et il ne peut envisager une vie d'aveugle. Étant uniquement tourné vers lui-même, ses propres besoins et désirs, il n'a aucune empathie vers le monde pour imaginer vivre sans voir, pour comprendre qu'on peut aussi ressentir les choses et les gens, les humer, les écouter... Cette terreur de la cécité qui approche à grands pas réveille donc chez cet homme déjà peu attirant des facettes de son caractère plutôt sordides. Jusqu'où ira-t-il pour retarder l'échéance, qu'est-il capable d'envisager, de faire pour changer le cours des choses ? Peter repousse sans s'en rendre vraiment compte les limites morales "normales". On suit avec une curiosité et une angoisse grandissante le destin de cet homme qui va basculer à cause de la maladie, et surtout à cause de la perception qu'il a de cette maladie, de sa lâcheté face à ce mal qu'il n'est pas plus capable d'envisager que de combattre ou d'accepter avec résignation.

Ce roman est absolument passionnant, tant la dérive de l'homme, sa chute lente vers l'horreur est peinte avec précision mais par petites touches qui distillent l'angoisse montante et l'ambiance malsaine. On imagine le dénouement avant la fin, mais ce que l'on devine est tellement énorme, horrible, incroyable, qu'on se dit "non, cela ne peut pas être ça, j'ai du mal lire, mal comprendre", mais finalement on se rend compte que oui, c'est bien ça qui se passe... Ça fait froid dans le dos.

livre_de_pocheJe remercie Le livre de Poche pour ce nouvel envoi, qui m'a beaucoup plu.

Quelques extraits :

"Six mois plus tôt, il perdait la vue.
Peter Wihl, par un après-midi d'octobre, travaillait dans son atelier, aux peintures destinées à son exposition anniversaire, douze grandes toiles. Vêtu de ses habits de travail, il était prêt pour la guerre : des pieds nus dans des sandales élimées, la longue blouse maculée, une écharpe autour du cou. Il venait de terminer la composition, le fond à proprement parler. Il ne lui restait à présent que l'art. Il se trouvait dans cet élan propice, qui surgit parfois et n'est pas sans rappeler une espèce d'effervescence dépassionnée. La main, obéissante, opérait avec des gestes sûrs. Les pensées étaient claires. Il savait où il devait aller. Il s'agissait simplement de trouver la voie. Décontracté, il évoluait de motif en motif qui, lentement mais sûrement, prenaient forme : des coupes anatomiques, des muscles, une omoplate, un tendon, une phalange. Il n'avait guère le souvenir d'avoir jamais ressenti un tel contrôle ; aujourd'hui, il maîtrisait à nouveau ses ustensiles, aujourd'hui il maîtrisait le travail, en cet instant très précis, alors que le travail était censé s'élever vers l'art, que l'ouvrage, le labeur, s'apprêtait à briller - et cela ressemblait à du bonheur, c'était le bonheur. Mais, soudain, il éprouva une violente douleur dans les yeux, comme si en eux quelque chose se brisait, se craquelait, exactement comme si ses yeux étaient remplis de parasites. Les couleurs se diluèrent les unes dans les autres, les lignes s'effacèrent, la perspective s'éclipsa, sa vue se brouilla, il fut littéralement plongé dans le noir et s'effondra sur le plancher. Cela ne dura pas. C'était déjà parti. Seul l'écho de la douleur lui parvenait, les lourds battements de son propre coeur. Peter Wihl, à genoux, garda longtemps la tête posée, reposée, entre ses mains. Il revint à lui. Tout se remit en place, aussi brusquement que tout s'était cassé en mille morceaux. Il se redressa, lentement, et lorsqu'il se tourna vers les grandes fenêtres il aperçut Hélène et Kaia au fond du jardin, enchâssées dans les encadrements et les croisillons des vitres, dans la lumière évanescente d'octobre - et ce qu'il vit le remplit d'une joie, d'un soulagement si profonds, si vastes, qu'il fut sur le point d'éclater en sanglots, lui qui avait failli franchir le seuil des ténèbres. Assise sur le banc blanc sous le pommier, Hélène, ses cheveux coupés court, ses mitaines violettes, son manteau ocre, feuilletait un texte de théâtre, jamais il ne l'avait vue avec une telle clarté, cependant que Kaia ramassait les feuilles mortes à l'aide d'un râteau beaucoup trop grand pour elle - et là, Peter Wihl songea qu'il n'avait jamais peint ces deux personnes, ni son épouse ni sa fille.
Et peut-être la raison en était-elle la suivante : elles lui étaient trop proches et il n'osait pas.
Il prit son coupe-vent et sortit les rejoindre.
Kaia ratissait toujours, le feuillage formait un cercle jaune autour d'elle.
La branche juste au-dessus de Hélène était grande, à son extrémité pendait une pomme rouge, gelée.
- Qu'est-ce que tu lis ?
- Ce que je lis ? Le Canard sauvage, bien sûr.
- Oui, bien sûr. Tout va bien ?
Hélène posa la pièce et leva les yeux sur lui.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Rien.
Elle le toisa un petit moment encore.
- Qu'est-ce qu'il y a ? répéta-t-elle.
- Je suis juste un peu fatigué.
Une rafale de vent fit voler les feuilles mortes et Kaia se retrouva au milieu d'une tempête jaune. Peter s'avança vers elle et, ensemble, ils tentèrent de récupérer les feuilles, certaines tout à fait sèches au point d'être réduites en poussière puis de disparaître quand ils les prenaient entre leurs doigts, d'autres humides, qui leur échappaient pour se poser un peu plus loin dans le jardin; comme il était impossible de toutes les ramasser, il finit par s'agenouiller devant sa fille.
Elle avait les yeux verts.
Les yeux de sa mère."

"Il lui demande : si tu pouvais choisir, tu voudrais être aveugle ou sourd ? Et au même moment, Peter se réveilla, avec la réponse du rêve sur le bout de la langue : Ceci n'est pas un choix. Ceci est une menace. Et, tout aussi brusquement, il se rappela les mots singuliers et effrayants de Kaia : tu ne te ressembles pas."

"Peter fut forcé de recourir à l'adjectif dévorant, puisque c'était dévorant, comme si le qualificatif représentait en soit le fléau dans toute sa réalité, comme s'il faisait corps avec sa signification - et Peter pensa, une pensée qu'il se formulait ces derniers temps à intervalles réguliers, que l'être humain ne s'améliore pas avec les années, l'expérience ne fournit aucune garantie, on n'apprend pas de ses erreurs, on ne monte pas d'un cran, car  n'était-ce pas plutôt le contraire : à savoir que le meilleur se trouvait derrière lui, qu'il avait fait de son mieux, qu'il avait dépassé les sommets, qu'il fêtait ses cinquante ans dans trois mois et que, à partir de là, il entamait lentement une pente descendante, il dégringolait cruellement vers le bas, qu'il ne lui restait plus qu'à se peinturlurer dans la médiocrité et la nébulosité, dans du réchauffé, embarrassant et sentimental, une sauce brune et épaisse ? Ne valait-il pas mieux, dés lors, s' en dispenser, prendre un congé ad vitam aeternam, dire la vérité crue : à savoir que le meilleur se trouvait derrière lui, prenez, je vous en prie, c'est là-bas que ça a lieu, derrière moi, dans le sillage de ce qu'on appelle communément le passé, le dépassé, l'imparfait, le prétérit, le trépassé ? Oui, ça c'était préférable, ça c'était décent, et pourtant il n'y arrivait pas, il ne parvenait pas à s'en dispenser, à  s'empêcher d'essayer de peindre, car chaque fois qu'il plongeait son pinceau dans la couleur et qu'il levait la main, il était un maître, incontestable et souverain, il était un rêveur, branque et concret ; sauf que, voilà, dès que les poils fins et poisseux, extraits du dos d'une martre, s'approchaient de la toile, du croquis représentant Kaia, il redevenait un bouffon, tout disparaissait, tout se désagrégeait entre ses doigts, se volatilisait dans l'air, dans le néant - et c'est là qu'une autre pensée se collait aux précédentes, à ces pensées en cascades, cette réaction en chaîne, cynique, logique et blasphématoire : à savoir que devenir aveugle serait au fond une manière héroïque de ponctuer sa carrière, une telle mort comportait de multiples dimensions, avait un goût de tragédie, et si de surcroît il portait sa destinée en gardant le dos bien droit, avec dignité et style, ces ténèbres pourraient sans nul doute jeter une nouvelle lumière quasi incommensurable sur les toiles qu'il avait eu le temps de peindre et, ce faisant, apporter un contenu à la virtuosité, une humanité à la technique, ses yeux morts posséderaient en quelque sorte une force rétroactive, ils se profileraient dans son oeuvre amputée pour ainsi la magnifier, la parfaire."

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28 août 2009

Jour de fête à l'hospice

John UPDIKE

hospice

C'est l'été et les pensionnaires de cet hospice américain s'affairent depuis le matin pour préparer la fête annuelle et la vente de charité. Mais l'orage qui menace n'est pas la seule ombre au tableau de cette journée qui pourtant devrait être considérée par tous comme un jour de gaieté et de contacts avec les habitants des villages voisins ou des familles.

La tension monte dans les esprits aussi bien que dans le ciel, les inimitiés s'exacerbent, les chicaneries augmentent, les rancoeurs se creusent un peu plus, les esprits s'exaltent...

Le nouveau directeur de l'hospice, peu doué pour les contacts avec ses pensionnaires et donc très mal aimé va faire les frais de cette ambiance électrique. Les personnes âgées, de vénérables vieillards, deviennent des sales gosses mal élevés, dont les blagues dépassent les limites autorisées habituellement. La journée tourne bientôt au cauchemar, non à cause du ciel puisqu'une fois l'averse passée, le beau temps est de nouveau présent, mais parce que tous deviennent comme fous...

Je n'ai pas aimé lire ce livre, mais l'ai cependant trouvé très intéressant. Je m'attendais à une sorte de polar sur fond de gérontologie et j'ai été déstabilisée par les événements qui s'accumulent tout au long du roman, comme par les personnalités des protagonistes, et les extrémités auxquelles elles se livrent au cour de cette journée infernale. Bon, j'avoue, les personnes âgées, j'ai du mal, aussi bien en littérature que dans la vie de tout les jours. La vieillesse m'oppresse, et même si je reconnais qu'on apprend énormément au contact des générations précédentes, que leur expérience, leurs vies peuvent être passionnantes à écouter, j'ai comme l'impression de me retrouver face à moi-même : moi dans 50 ans, et ça, gloups, ça ne passe pas, ça me stresse, ça m'angoisse... Bien sûr que je vais vieillir, comme tous, mais je ne suis pas prête encore à accepter cette décrépitude du corps et de l'esprit (vraiment très présente dans le roman), cette petitesse de l'âme qui va de pair avec un rapetissement de la personne, ces mesquineries, ces méchancetés gratuites, ces bassesses, ces lâchetés... Je serai comme cela, moi, plus tard ? Horreur ! Donc, j'ai eu un mal fou avec cette lecture... mais je dois reconnaître néanmoins la force de ce roman : nous y sommes vraiment, à l'hospice, et tout paraît si réel, si crédible... Je n'ai juste jamais reconnu "l’irrésistible tendresse humaine qui parcourt tout le livre"  lue dans un article. Pour moi, vieillir, c'est moche, physiquement comme moralement et j'ai trouvé les personnages bien plus méchants que tendres.

Cathulu n'a pas du tout accroché à cette lecture, au contraire de Tamara qui a trouvé ce roman intéressant.

hos

Jour de fête à l'hospice TrivulsioTrivulsio à Milan - Huile de Angelo Morbelli - 1892 - Musée d'Orsay

Merci au Blog-o-book et aux éditions Robert Laffont pour l'envoi de ce livre.

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20 juin 2009

Le boulevard périphérique

Henry BAUCHAU

boulevard

  • La présentation de l'éditeur

Paris, 1980.
Alors qu'il " accompagne " sa belle-fille dans sa lutte contre un cancer, le narrateur se souvient de Stéphane, son ami de jeunesse. Au début de la guerre, cet homme l'a initié à l'escalade et au dépassement de la peur, avant d'entrer dans la Résistance puis, capturé par un officier nazi - le colonel Shadow -, de mourir dans des circonstances jamais vraiment élucidées. Mais Shadow, à la fin de la guerre, s'est fait connaître du narrateur.
Son intangible présence demeure en lui, elle laisse affleurer les instants ultimes, la mort courageuse - héroïque, peut-être - de Stéphane. Et la réalité contemporaine (l'hôpital, les soignés et les soignants, les visites, l'anxiété des proches, les minuscules désastres de la vie ordinaire, tout ce que représentent les quotidiens trajets sur le boulevard périphérique) reçoit de ce passé un écho d'incertitude et pourtant d'espérance...
L'ombre portée de la mort en soi, telle est sans doute l'énigme dont Henry Bauchau interroge les manifestations conscientes et inconscientes, dans ce captivant roman qui semble défier les lois de la pesanteur littéraire et affirmer, jusqu'à sa plus ultime mise à nu, l'amour de la vie mystérieusement éveillée à sa condition mortelle.

Sylvie en avait fait un article dithyrambique il y a quelques mois, qui m'avait vraiment donné envie de le lire, mais je n'ai pas vraiment accroché à ce livre. Le style de l'auteur est certes très beau, très pur et agréable à lire, mais j'ai eu du mal avec ce parallèle entre les deux époques et les deux morts, celle de l'ami d'autrefois et de son bourreau et celle de la belle-fille à l'agonie.

J'ai trouvé l'attachement du narrateur un peu morbide (oui, logique, me direz-vous puisque les deux dont on parle vont mourir), j'ai eu l'impression que de penser à la mort, que d'accorder son amitié à sa belle-fille, de lui rendre visite le déculpabilisait en quelque sorte de n'avoir pas bien su aimer son ami, de l'avoir abandonné (même si cet abandon n'était pas volontaire), de l'avoir laissé mourir seul et qui plus est dans des conditions atroces. L'empathie pour la jeune cancéreuse me semble plus être une espèce de dédouanement du passé, inconscient bien sûr, qu'une volonté véritable. Certes, il est très attaché à elle, mais on dirait tant qu'il se force, qu'il prend sur lui, que cela lui pèse, bien sûr car elle va mourir et qu'il le sait mais surtout parce que cela lui remémore sa jeunesse. J'aurais aimé mieux comprendre ce qui pousse le narrateur à venir ainsi tous les jours au chevet de la malade, parfois pour quelques instants seulement alors que le trajet dure plusieurs heures et à faire tout ce long pèlerinage, ce chemin de croix à travers Paris, représenté par le boulevard périphérique et ses portes, car c'est bien ainsi que je me le suis représenté, ce périph, comme un chemin de croix à parcourir pour expier les péchés du passé, les peurs, les renoncements, les lâchetés et les bassesses. Un chemin de croix avec au bout non pas la résurrection, mais la mort...

C'est malgré tout un très beau livre, très bien écrit et fort. Je pense que peut-être je n'étais pas non plus dans une période propice pour en apprécier toute la saveur et la valeur (au vu des critiques lues).

Retrouvez sur BOB les liens de tous ceux qui l'ont lu avant moi.

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22 mars 2009

Où on va, Papa ?

Jean-Louis FOURNIER

papa"Cher Mathieu, cher Thomas,
Quand vous étiez petits, j'ai eu quelquefois la tentation, à Noël, de vous offrir un livre, un Tintin par exemple. On aurait pu en parler ensemble après. Je connais bien Tintin, je les ai lus tous plusieurs fois.
Je ne l'ai jamais fait. Ce n'était pas la peine, vous ne saviez pas lire. Vous ne saurez jamais lire. Jusqu'à la fin, vos cadeaux de Noël seront des cubes ou des petites voitures... "

Jusqu'à ce jour, je n'ai jamais parlé de mes deux garçons. Pourquoi ? J'avais honte ? Peur qu'on me plaigne ?
Tout cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c'était pour échapper à la question terrible : « Qu'est-ce qu'ils font ? »
Aujourd'hui que le temps presse, que la fin du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable, j'ai décidé de leur écrire un livre.
Pour qu'on ne les oublie pas, qu'il ne reste pas d'eux seulement une photo sur une carte d'invalidité. Peut-être pour dire mes remords. Je n'ai pas été un très bon père. Souvent, je ne les supportais pas. Avec eux, il fallait une patience d'ange, et je ne suis pas un ange.
Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler d'eux avec le sourire. Ils m'ont fait rire avec leurs bêtises, et pas toujours involontairement.
Grâce à eux, j'ai eu des avantages sur les parents d enfants normaux. Je n'ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n'avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu'ils feraient plus tard, on a su rapidement ce que ce serait : rien.
Et surtout, pendant de nombreuses années, j'ai bénéficié d'une vignette automobile gratuite. Grâce à eux, j'ai pu rouler dans des grosses voitures américaines."

Jean-Louis Fournier, dans ses précédents livres, ne nous avait pas habitué à pleurer de concert avec lui. On connaissait son humour, son coté caustique. Dans cet ouvrage, qui n'est ni un roman, ni un journal intime, on retrouve bien l'humour de l'auteur, mais noir à extrême. Une manière de supporter l'insupportable, de se gausser du sort qui a donné à ce père deux enfants très lourdement handicapés, physiquement et mentalement. Sans doute la seule façon de faire face au destin et d'arriver tout de même à aimer ces enfants différents, et de continuer à vivre...

La force de l'auteur est d'arriver à nous faire rire entre nos larmes ; jamais il ne tombe dans le pathos, même si tout au long de ma lecture, je me suis dit que j'avais une chance folle d'avoir trois enfants en bonne forme. On comprend sa douleur, mais l'humour nous aide à ne pas y sombrer, et surtout à ne pas le plaindre, ce qu'il ne veut pas. Un petit livre vraiment poignant, et un regard intéressant sur les moyens qu'on peut trouver pour vivre avec ce désespoir de père. Une belle leçon de vie.


Biographie de l'auteur
Jean-Louis Fournier est l auteur de nombreux succès depuis 1992 (Grammaire française et impertinente), Il a jamais tué personne mon papa (1999), Les mots des riches, les mots des pauvres (2004), Mon dernier cheveu noir (2006). Autant de livres où il a pu s'entraîner à exercer son humour noir et tendre.

Calepin   a apprécié sa lecture, Laure a été touchée par ce livre et fait un très joli rappel de la chanson de Linda Lemay "ceux que l'on met au monde". Karine  a un avis en demi-teinte, du fait qu'elle côtoie beaucoup d'enfants également handicapés.


Découvrez Lynda Lemay!

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13 mars 2009

L'étrange histoire de Benjamin Button

Film de David FINCHER

coeur

benja

"Curieux destin que le mien..."

Situé à La Nouvelle-Orléans et adapté d'une nouvelle de F. Scott Fitzgerald, le film suit les tribulations de Benjamin Button de 1918 à nos jours. Brad Pitt, qui incarne Benjamin Button, est également le narrateur de sa propre histoire. Benjamin est né le 11 novembre 1918 - le dernier jour de la Première Guerre Mondiale, à l'instant même où l'horloge de la gare centrale vient d'être mise en marche, mais à l'envers. Son constructeur voudrait en effet par ce geste pouvoir revenir en arrière dans le temps, et ne pas avoir perdu son fils unique à la guerre... La mère de l'enfant meurt en couches, et le médecin présent annonce au père désespéré que l'étrange (et affreuse) petite créature qui vient de voir le jour a toutes les caractéristiques, non pas d'un nouveau né, mais d'un homme de 80 ans prêt à passer de l'autre côté. Le père craignant d'avoir engendré un monstre abandonne alors le bébé sur le seuil d'une maison.

Cependant, Benjamin ne meurt pas, au contraire, il rajeunit. Elevé avec amour par Queenie, l'intendante de la demeure familiale qui l'a recueilli, il grandit, entouré par les personnes âgées auxquelles il ressemble physiquement. A sept ans, il a l'apparence d'un vieil homme dans un fauteuil roulant, percevant le monde au travers des épais carreaux de ses lunettes. Il reste un enfant malgré tout, apprend à jouer du piano et rencontre Daisy, une petite fille venue rendre visite à sa grand-mère, qui sera l'amour de sa vie.

A l'adolescence, alors qu'il a l'apparence d'un homme de 60 ans, il décide de partir travailler sur un bateau et apprend tout sur l'alcool et le sexe. Il vit sa première relation avec une jeune femme, et rajeunit toujours. Quand il revient à la maison, à l'aube de ses 40 ans, il a enfin l'âge de son corps (et il est beau, Brad, sans son maquillage !). Il retrouve Daisy (incarnée par Cate Blanchett, superbe) qu'il n'avait jamais pu oublier. Les deux amants sont heureux pendant quelques temps, mais c'est sans compter l'horloge biologique : celle qui fait vieillir Daisy, pendant que lui continue sa remontée dans le temps inexorable.

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L'amour peut-il tout supporter ? L'emprise du temps est-elle surmontable ? Peut-on lutter contre son âge, celui qu'on a dans la tête et celui qu'on ressent dans son corps ? De ce film superbe, très long, mais jamais ennuyeux découlent plusieurs questions fondamentales sur la fuite du temps, et surtout la manière que nous avons, les uns et les autres, d'appréhender le temps, de le soumettre à notre volonté, ou de nous laisser submerger par lui. Un magnifique moment de cinéma, avec de très bons acteurs, des prouesses de maquillage, de la passion, de l'émotion, de l'amour... Est-il besoin de souligner que j'ai (oui, ne riez pas, une fois de plus !) sangloté à la fin...

benja2

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Un article intéressant de l'Express et le site officiel du film.


L'Étrange histoire de Benjamin Button
envoyé par COMME-AU-CINEMACOMME-AU-CINEMA

14 février 2009

La Traviata

VERDI

coeurcoeurcoeur

traviataLa Traviata est l’opéra le plus populaire de Verdi, et même si vous n'êtes pas très mélomane, vous connaissez tous un ou plusieurs airs de cette pièce magnifique. L'histoire est tirée du roman de Alexandre Dumas, La dame aux Camélias.

A Paris, au XIXe siècle, Alfredo, jeune homme de bonne famille, s'éprend avec passion de la courtisane Violetta. Mais le père d'Alfredo ne voit pas cette liaison d'un bon oeil, qui porte ombrage à l'honneur de sa famille et fait promettre à Violetta de renoncer à son amant. Elle lui envoie une lettre de rupture sans explications qui rend Alfredo fou furieux. De rage et de désespoir, il l'insulte en public, et la jeune femme dont la maladie réapparaît, se meurt seule en compagnie de sa camériste. Alfredo apprend par une lettre de son père qu'elle n'a jamais cessé de l'aimer et se précipite à son chevet, mais trop tard : elle meurt dans ses bras.

L’amour naissant, la passion, la souffrance, la notion du devoir et du sacrifice, tous les ingrédients sont réunis pour faire de cette oeuvre un chef-d'oeuvre. L'opéra alterne avec bonheur les airs envoûtants et joyeux des fêtes heureuses, et la tristesse des moments intimes et du drame que vivent Alfredo et Violetta. Et comme toujours, j'ai pleuré, pleuré...

colys_e

Une merveilleuse soirée passée grâce au Colysée de Roubaix, qui nous offre, à deux pas de la maison, des spectacles de grande qualité. C'est mon petit luxe, et chaque année, je me précipite sur le programme, mais mon choix est de plus en plus difficile à établir, tant les spectacles sont diversifiés et attirants... Je coche, je coche sur mon bulletin d'abonnement, et je n'ose pas dire à mon mari le nombre de spectacles choisis... Je le préviens juste quelques jours avant : "n'oublies pas, nous avons un spectacle cette semaine !" et ainsi il ne se rend pas trop compte de tout ce que j'ai retenu ! (enfin, il n'est pas idiot tout de même, n'allez pas croire ! Il est aussi ravi que moi !).

Photos prises pendant le spectacle.

violetteUne belle version de Violetta que je vous incite à écouter, encore et encore !


Découvrez Anna Netrebko!

Et parce que c'est la Saint Valentin, et que je vous aime tous, vous, mes lecteurs, les fidèles et ceux de passage, voici un petit bouquet pour vous :

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