04 janvier 2010
Contretemps
Charles MARIE
« Assis par terre dans sa chambre devant le thé au goût de vieille terre moite qu’il affectionnait, il méditait sur la meilleure façon de retrouver le disparu. Ce qu’il lui fallait, c’était une méthode. Une méthode de recherche. Comme il n’avait jamais cherché à retrouver personne auparavant, il prit pour point de départ l’agonie familière que lui infligeait la disparition quotidienne de ses clés, évaporées. Il retournait alors chaque objet de son appartement, soupçonnant des pires conspirations des recoins où il n’était pourtant jamais allé, en découvrant ainsi beaucoup de nouveaux, les retrouvant finalement, le plus souvent dans sa poche, parfois sur la porte, du coté extérieur. Il décidait alors, épuisé, de remettre ses projets à plus tard et de demeurer à l’intérieur pour le moment. Il était le genre d’homme à qui l’expérience n’apprend jamais rien. Ce qu’il savait, il le savait d’instinct ou du fait de ses lectures, mais ce que le monde tentait de lui enseigner par les événements, il l’oubliait toujours. »
Melvin Epineuse est un homme solitaire, un peu étrange, vivant dans ses souvenirs et on ne sait pas trop bien de quoi. Il reçoit un jour un appel téléphonique lui proposant une forte somme pour se mettre à la recherche d'un homme. Il part donc, sans but, en sachant que c'est en ne cherchant pas qu'on trouve le mieux et fera au hasard de ses pérégrinations moultes rencontres improbables. Des soirées dans les catacombles, des méchants armés de mitraillettes, d'une femme qui le séduit, d'une autre qu'il ne peut oublier, d'un mari jaloux, d'un homme à abattre... il est question de tout cela dans ce petit livre vraiment original. Je ne peux pas dire que j'ai vraiment aimé cette lecture, car c'est un peu trop fouilli et l'intrigue part à mon goût dans tous les sens, tout est trop hallucinant, et totalement dingue. Mais l'écriture est superbe, poétique, très fluide et mon avis reste donc mitigé. Un livre à découvrir par vous-même...
Papillon a abandonné en cours de route, trouvant l'intrigue trop complexe, pour Levraoueg, "c’est un roman original et léger", Bluegrey a un avis assez mitigé, de même que Bouh ; Un coin de blog est "dubitative", pour Keisha, c'est un "roman fort original et déroutant", A girl from earth a bien aimé sa lecture, Praline a tout d'abord été septique, puis intriguée et a finalement bien aimé et Pascale expose dans un très beau billet les raisons qui font qu'elle a beaucoup aimé et d'autres lectrices chez BOB.
Un grand merci à Levraoueg pour le prêt de ce livre. Une découverte, assurément ! ![]()
Le site de l'auteur.
26 août 2009
Les aventures coquines de Lord Edward
Noelle MACK
Cadre de rêve, soleil et repos... les conditions étaient idéales pour me lancer dans le fameux Challenge Harlequinades 2009 dont je vous avais parlé avant mon départ...
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Dés le début des vacances, je me réjouissais déjà de me plonger dans les aventures de ce Lord Edward qui me faisait presque rêver. En effet, je ne vous en ai pas encore parlé ici, mais j'ai passé 10 jours frénétiques avec le bel Edward le vampire en juillet, dévorant nuits et jours cette fameuse série Twilight dont je lisais chez vous tous (euh, vous toutes, plutôt !) les éloges, et juste avant d'entamer ma lecture Harlequinesque, je me suis enfin plongée (avec délices) dans Raison et Sentiments (oui, oui, je sais, mes lacunes sont impardonnables, parfois !) où j'ai pu découvrir le fameux Edward Ferrars...
Donc, me voici, au bord de la piscine, heureuse de me pâmer bientôt moi aussi dans les bras musclés et bronzés (et très probablement épilés) de ce cher Edward dont j'attends... hum... beaucoup de plaisir...
Les amis qui partagent nos vacances me charrient un peu, et même carrément lorsqu'ils ouvrent le livre et en lisent certains passages. Pauvre de moi, il semblerait que je me sois fait avoir ! Ce n'est pas un Harlequin que j'ai choisi, mais un livre très très osé, coquin tendance cochon, et d'un goût plus que douteux. Il parait que j'aurais dû m'en douter au vu du titre, mais moi, innocente comme une jeune vierge de 15 ans (sauf que dans ce roman, à 15 ans, les demoiselles ne sont plus vierges depuis longtemps), je ne me suis douté de rien, m'attendant juste à une historiette un peu coquine, gentillette, qui éventuellement aurait pu pimenter mes ébats conjugaux et donner un souffle de jeunesse à notre couple ranplanplan au bout de 12 ans de mariage... (ben, oui, quoi, ça peut servir à ça aussi, les lectures harlequines !).
Bref, j'ouvre le livre, sous l'oeil goguenard des amis, qui scrutent ma mine, et se marrent...
Nous sommes en 1817 et Lord Edward, vieillissant, revient en pensée sur sa jeunesse et sur ses amours ou aventures. Il trie des papiers dans le but de les jeter, mais ne peut s'y résoudre pour l'instant et relit certaines lettres d'anciennes maîtresses aimées, des nouvelles écrites par lui ou elles, des notes... Les souvenirs affluent, les émotions remontent à la surface, le passé revient au galop le hanter et il nous fait partager ses aventures passées en analysant, recul aidant, ce qui lui est arrivé.
La belle Xaviera ("Elle était d'une beauté rare, presque orientale, et son corps, même enveloppé dans sa robe, révélait beaucoup de grâce") dont il a été très amoureux a pimenté pendant plusieurs mois ses jours et ses nuits, par leurs rencontres mais également par ses écrits. Un petit meuble en acajou, dans un hôtel particulier mis à la disposition de Lord Edward par un ami pour leurs ébats, servait de réceptacle à leurs lettres et aux textes érotiques qu'ils s'écrivaient ("Xaviera avait toujours aimé les contes et les fabliaux érotiques. Elle adora ceux que j'écrivis à sa demande. Elle en lisait en m'attendant, aussi était-elle échauffée et impatiente d'être caressée quand je la rejoignais enfin."), augmentant ainsi le désir de chacun entre leurs rendez-vous qui devaient rester discrets, la belle étant par malheur mariée à une vieil espagnol jaloux...
La non moins belle Anne ("Ses yeux avaient la couleur du ciel le plus pur et ses cheveux brillaient comme l'or. ... On eut dit une apparition, un rayon de lumière irisé." ... "Ses yeux bleus étaient si clairs qu'ils auraient pu être ceux d'une pucelle.") soeur d'un ami d'enfance, revient également hanter les souvenirs de notre Lord décidément bien nostalgique de sa vie passée. Cette femme au parcours plutôt hallucinant n'a jamais quitté son coeur, peut-être parce qu'elle fût sa première amante, son initiatrice ("Elle commença mon éducation au premier coup de minuit, et j'en appris davantage avec elle en six heures de temps qu'en six ans au bordel."), peut-être aussi parce qu'il la retrouva des années plus tard dans des circonstances tout à fait inattendues et particulières.
Il y eut également de nombreuses soubrettes, jeunes filles peu farouches ou intéressées. Si ces demoiselles n'ont pas su faire battre le coeur d'Edward, leur souvenir reste néanmoins agréable, en ses vieux jours où il est devenu plus "raisonnable".
La première partie du roman m'a parue plutôt fastidieuse, tant les ébats amoureux des amants sont décrits de façon explicite, avec un langage cru et direct digne d'un bon vieux SAS (mais sans l'intrigue). Tant qu'à lire de la littérature érotique, mieux vaut se plonger dans Les exploits d'un jeune Dom Juan ou Les onze mille verges de Guillaume Appolinaire ! L'écriture y est au moins talentueuse et l'humour affleure malgré la crudité langagière, mais n'est pas Appolinaire qui veut !
La seconde partie des aventures d'Edward m'a cependant paru plus intéressante (ou bien me suis-je habituée au style de l'auteur et y ai-je pris goût ?). En effet, le destin de ces deux femmes aimées est pour le moins original ("Dans la vie de Xaviera, le mélodrame avait tout à coup cédé la place au roman d'aventures et ça n'était pas moins intéressant.") et on se prend à vouloir connaître la fin de l'histoire... Presque du suspense, donc... en tout cas un dénouement auquel on ne s'attend pas le moins du monde. Edward ne retire malheureusement pas de leçon ni de morale de sa vie trépidante de jeune homme, ce qui est extrêmement dommage, à croire qu'il ne s'est pas rendu compte de la chance qui lui a été donnée de plaire ainsi à des femmes aussi exceptionnelles par leur don en amour et par leur liberté de penser et d'agir. Ce sont donc les femmes qui nous font la leçon dans ce roman, femmes qui, bien qu'Edward ne veuille parfois les réduire qu'à des outils de plaisir, mènent leur vie avec bien plus de rigueur et de caractère que cet homme un peu falot, veule et prétentieux qui lui, se laisse mener par le bout de sa q***. (j'utilise volontairement des astérisques, de peur de voir tout un lectorat non souhaité débouler sur ces pages, attiré par cet article...) - (vous remarquerez à quel point j'ai pu être frustrée par cette lecture, malgré les passages "croustillants" qui ont raffermi mon éducation sur les choses de la vie : mon Edward n'était ni grand, ni beau, ni brun, ni ténébreux... si ce n'est la description succinte en 3 mots ci-dessous. Je n'ai pas vu son torse puissant, ses muscles saillants, sa pilosité époustouflante, ses jambes galbées... que nenni, rien de tout cela ! Tout ce que je sais de son anatomie tourne autour de son ... engin...).
Je vous livre quelques extraits choisis avec soin, afin d'illustrer les grands thèmes éternels que l'on pourrait à loisir retrouver dans de nombreuses lectures, et pas seulement dans nos choix harlequinesques de cet été 2009 (qui restera pour moi mémorable, à plus d'un titre).
De la duplicité féminine (et de la crédulité masculine).
"Elle avait un air sage et réservé que j'attribuai à son jeune âge et à la stricte discipline du couvent dans lequel elle avait sans doute été éduquée, selon la coutume de son pays. Promptement mariée, elle n'avait pas eu le temps de s'habituer aux hommages des hommes." Si vous lisez la suite du roman et découvrez sous son vrai jour la belle Xaviera, vous constaterez que cette description est plutôt aux antipodes du personnage !
De la vantardise masculine.
"Dans le domaine de l'amour, je me considère comme favorisé par la chance, même s'il s'est trouvé des femmes pour me dire - je répète leurs propres termes et, s'ils sont excessifs, ce n'est pas de mon fait - que j'étais si grand, si beau, si bien fait, etc..., qu'il y avait de quoi se pâmer. De viles flatteries, rien de plus. Certaines femmes ont besoin de prétextes pour céder, et si ma mine ne leur déplaît pas, tant mieux."
"Ma chère Xaviera avait toutes les qualités à mes yeux : effrontée, impudique, insatiable... Elle demandait bien plus que ne pouvait fournir un homme ordinaire. Est-ce de la vantardise si je dis que je ne la déçus jamais ?"
De la profondeur des relations.
"Quand à moi, je n'accorde pas tant de valeur que ça à l'apparence. L'intelligence m'attire autant que la beauté. je trouve qu'un esprit vif vaut bien un beau sein."
De l'importance d'une vraie relation, basée sur l'échange, la confiance et la communication.
"Mais je ne passais pas tout mon temps avec mon *** dans son *** ou ma tête entre ses *** ou mon doigt dans son ***. (fill in the blanks). Lorsque nos désirs étaient satisfaits (NB : avec un tel programme, on serait satisfait à moins !!!) et qu'il nous restait du temps, nous allions nous promener et nous parlions de choses et d'autres, comme tous les amants."
De l'importance de la nature. (c'est comme pour les papillons !)
"Pour ma part, je découvris que les choses de l'amour s'apprennent vite, qu'il n'y a qu'à suivre le chemin tracé par la nature."
De la lucidité.
"Je n'avais pas envie de l'épouser, malgré mon amour pour elle. ... je soupçonnais sans doute déjà que les rêves d'amour valent mieux que les froides réalités de la vie conjugale."
"C'est peut-être pour cela que je suis tombé amoureux d'elle, parce que je savais qu'elle ne serait jamais à moi."
De la moralité.
"Après une nuit de folies dans le lit d'Anne, je me sentais moralement obligé de ne plus coucher avec la turbulente Xaviera. Au moins pendant quelques temps."
"Le lendemain matin, je me réveillai avec la gueule de bois et quelques remords. Mais, comme on dit, ce qui est fait est fait. Et puis, une soirée qui commence dans un vide-bouteille et qui s'achève en partie carrée avec deux filles du peuple pas laides et pas farouches - bah, on ne pouvait pas appeler cela de la débauche, pas à Londres, en tout cas !"
De la largesse d'esprit.
"Elle ne voyait pas d'inconvénient à ce que je suive les indications de mon *** lorsqu'il pointait dans la direction d'une autre femme - parfois elle me poussait dans les bras de l'une ou de l'autre pour être un peu tranquille. Mais elle avait besoin de savoir qu'elle était la seule à régner sur mon coeur."
De la tristesse de la fin des amours.
"Voilà : j'ai aimé deux femmes ; ni l'une ni l'autre ne m'a jamais vraiment aimé ; je me retrouve seul. Seul avec mes anciennes amours, dont il ne reste que ces papiers."
Ma fille a adoré la couverture du livre (8 ans 1/2 : "Maman, on dirait un prince et une princesse, je peux lire l'histoire ?"), que j'ai évité de laisser traîner partout afin qu'elle ne tombe pas sur quelques passages scabreux pas tout à fait adaptés à son âge et à ses connaissances pour l'instant restreintes de ces choses-là.
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Vous pouvez remarquer mon air dubitatif et concentré face à cette lecture pour le moins... originale (et Ô combien instructive) !
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Je viens de découvrir sur le site de J'ai lu que la Collection Passion Intense réunissait effectivement des titres assez suggestifs, laissant penser à moins de sentimentalisme et plus de, comment dire, réalisme, passages à l'acte ? que ce à quoi je m'attendais... je me le tiendrai pour dit ! Mais je suis cependant un peu frustrée et je vais de ce pas me procurer un autre roman de midinette, en faisant un choix plus précis cette fois-ci ! Infirmière en goguette hésitant entre le médecin chef et l'interne, assistante de direction amoureuse de son patron, avocate attirée par son client truand, aventurière suivant son Indi au bout du monde, il me faut du moderne, des histoires auxquelles je puisse m'assimiler et rêver (en toute honnêteté !).
Vous vous seriez douté, vous, en lisant la 4ème de couv, que ce livre serait "spécial" ? "Quand l'amour vous plonge dans un monde de sensualité : Les aventures coquines de lord Edward Londres, 1822. Lord Edward Delamar, un soir de nostalgie, en tête à tête avec une carafe de cognac, repense à ses amours passées. Tout se mêle dans sa mémoire. Les petites servantes effrontées, resplendissantes de jeunesse et de santé. Xaviera Innocencia, la belle et fantasque épouse d'un diplomate espagnol. Les grandes coquettes, les gourgandines, les grisettes. Et puis, il y a Anne Leonard, d'une blondeur diaphane, la première amante, la plus précieuse de toutes, l'inoubliable. Qu'est-elle devenue ? L'a-t-il perdue à jamais ? Et si, par le plus grand des hasards, il venait à la revoir..." (Il faut dire que par crainte de tomber sur une amie au Monop et du coup de fiche en l'air toute la haute estime littéraire que j'ai réussi à construire autour de ma petite personne, j'ai lu un peu vite et en diagonale...).
Afin de ne pas retomber dans de mauvais choix, je me suis empressée ce matin d'aller faire le test proposé par les Editions Harlequin pour trouver LE livre qui me ressemble. Résultats ci-après.
Vous êtes plutôt…Aventurière !
Curieuse et intrépide, vous n’êtes pas du genre à avoir froid aux yeux ni à vous laisser faire... surtout quand il s’agit de trouver l’amour ! Prête à tout, ou presque, vous n’hésitez pas à vous lancer dans la grande aventure des sentiments pour trouver votre moitié. Le chemin sera peut-être semé d’embûches et de rebondissements, mais l’héroïne qui sommeille en vous ira jusqu’au bout, c’est sûr.
Vos mots-clés :
déterminée, fougueuse, dynamique, fière, audacieuse, enthousiaste (c'est tout moi, ça)
Les collections qui sont faites pour vous : (au cas où vous voudriez me faire des cadeaux !)
Black Rose : des histoires palpitantes où passion et suspense s'entremêlent. Confrontés au danger, les personnages vont vivre des sensations fortes qui les rapprocheront inévitablement.
Historiques : de grandes histoires d'amour et de passion à travers l'Histoire. Ces héroïnes aventurières et rebelles se retrouvent au cœur d’intrigues palpitantes, où l’amour est également synonyme d’audace et de sensualité.
... Pas de médecins ni d'hommes d'affaire... il semble que je ne me connaisse pas si bien que cela, après tout.
Morale de cette lecture hautement instructive :
J'avoue ne pas m'être régalée à la lecture du roman, mais j'ai vraiment apprécié l'exercice de style de l'écriture de ce billet. J'ai d'ailleurs pris plus du double de temps à rédiger mes commentaires qu'à lire le livre !
Une expérience intéressante et amusante ! Un grand merci aux organisatrices !
***
Ce livre, s'il vous tente, fera avec plaisir le trajet jusqu'à votre boite aux lettres !
12 février 2009
Les lettres de Capri
Mario SOLDATI
Dans la Rome d’après la Seconde Guerre mondiale se retrouvent pas hasard le scénariste Mario - le narrateur - et son ami, Harry, un ancien soldat américain épris d’art italien devenu chargé de mission à l’UNESCO dans le cadre de la reconstruction du pays. Aussitôt, Harry sollicite l'aide financière de Mario, qui ne peut refuser tant son ancien ami semble être désemparé et dans le besoin. Il lui prête donc de l'argent qu'il pense pouvoir se faire rembourser quand Harry aura écrit un scénario pour lui.
Mario rencontre également Dorothéa - aussi appelée Dora, l'amie de Harry, ancienne prostituée, qui l'attire irrésistiblement et qu'il tentera de séduire. Cependant, il découvre toute la vie de Harry lorsque celui-ci lui fait parvenir son manuscrit : le scénario promis n'est pas une fiction, mais un récit fidèle des années passées, années pendant lesquelles Harry, en dépit de son mariage avec Jane, voua une adoration obsessionnelle et maladive à Dora.
Sur cette histoire d’adultère somme toute banale se greffe un mystérieux chantage : des lettres envoyées de Capri réapparaissent et troublent profondément Harry et son entourage... dont je ne vous dirai pas plus pour ne pas dévoiler l'intrigue. De plus, tout au long du roman, nous assistons au débat intérieur de Harry, son attirance mêlée de répulsion pour Dora, son amour raisonné pour son épouse, sa culpabilité tout en même temps que cette force puissante qui le pousse vers le mal, la fange... Les âmes sont dévoyées et dévorées par les tourments de la chair, mais endurent mille souffrances à n'y pas succomber et mille remords quand elles n'ont pas sur résister... En ce sens, le livre a un peu vieilli : l'adultère est devenue monnaie courante, ou plutôt, n'est probablement pas plus fréquent qu'autrefois, mais tout du moins, n'est plus caché et honteux, et nous vivons dans une société qui n'est plus du tout puritaine. Quand à la notion de péché et au repentir, l'effondrement du respect des religions en font des notions obsolètes, ou presque...
Un beau texte, bien que la structure de l'intrigue soit plutôt complexe. L'écriture est limpide, rigoureuse et très "visuelle" comme un scénario de film (Soldati était cinéaste) et l'auteur décrypte avec talent l'esprit et le coeur humain et ses contradictions et tourments. Il brosse avec précision les caractères des personnages, même ceux des personnages secondaires, dont nous ne saisissons toute la profondeur qu'en cours de lecture.
Publié en 1954, Les Lettres de Capri consacre Mario Soldati, qui s'affirme alors comme l'un des plus grands écrivains italiens du siècle. Ce chef-d'œuvre reçut le prestigieux prix Strega (le Goncourt italien).
Je remercie vivement Babelio qui m'a fait parvenir ce livre, et plus particulièrement Guillaume pour sa gentillesse et sa patience à attendre mon commentaire !
Extrait : "Quiconque s'est un jour retrouvé - et qui ne s'est pas retrouvé ? - face à l'infidélité d'une femme qu'il croyait fidèle, même s'il ne l'aimait pas fidèlement, sait qu'aux tortures de la jalousie, plus ou moins douloureuses selon les cas, se mêle une autre peine : la conscience de s'être trompé sur le compte d'une personne avec qui l'on a vécu, nuit et jour, pendant de longues années, la stupeur et l'humiliation de découvrir en un instant qu'elle est complètement différente de ce que l'on pensait, comme si l'on assistait, dans les courts instants de cette révélation, à une métamorphose cruelle qui s'accomplit sous nos yeux. Les traits mêmes de son visage, si familiers jusqu'à la seconde d'avant, son regard, ses mouvements, les formes de son corps, ses mains nerveuses, ses gestes, sa façon de marcher deviennent brusquement étrangers, nouveaux, mystérieux ; nous ne les connaissons pas, ils ne nous appartiennent plus. Nous nous disons : elle a souri à des joies que nous n'avons pas partagées : ses yeux ont contemplé - mais avec quelle expression ? nous l'ignorons - un autre homme ; ses mains ont caressé un autre corps, en vibrant d'une tendresse qui nous est inconnue et qui diffère de celle avec laquelle elles caressaient notre propre corps, car il s'agissait justement d'un autre corps, d'une autre réalité. Et au moment où nous ressentons tout cela, un moment déchirant, nous nous mettons, inconsciemment ou non, à éprouver pour cette femme un tout nouveau désir, tantôt étouffé sous notre vanité et nos préjugés, tantôt libre et irrésistible. Nous voulons aussitôt posséder la mystérieuse compagne de notre vie à travers cette nouvelle nature qui nous semble sa seule véritable nature : nous voulons la connaître sur le champs, jusqu'au bout, ainsi qu'elle nous apparaît, vaincre par un acte sexuel désespéré l'absurdité qui nous blesse."
04 février 2009
Le Montespan
Jean TEULE
Chacun de nous, qui a encore quelques souvenirs de son histoire de France, se souvient de La Montespan, illustre favorite de Louis XIV. Mais personne n'a jamais, avant d'ouvrir ce nouvel ouvrage de Jean Teulé, entendu parler de son mari...
Cet homme tout d'abord comblé par son mariage avec Françoise de Rochechouart est devenu le cocu le plus célèbre de l'histoire, quand son épouse bien aimée, attirée par le pouvoir et le rayonnement du roi soleil, le luxe et la vie facile, lassée de leur vie désargentée, en est devenue la maîtresse en titre, adulée, enviée, jalousée puis détestée par les courtisants.
Un régal que cette lecture ! Monsieur de Montespan, le plus célèbre cocu de France, drapé dans sa fierté d'homme trompé, enhardi par son amour inaltérable pour son épouse infidèle est un personnage haut en couleurs. N'acceptant pas de se soumettre au désir royal, refusant les cadeaux achetant son silence et sa bénédiction à un adultère dont rêvaient pourtant les autres courtisants pour leur propre épouse, il a, sa vie durant, au mépris des conventions de l'époque, risquant sa vie même, perdant sa fortune, tout fait pour ne pas perdre au moins son honneur et croire encore que son épouse lui reviendrait un jour. Il y a du Don Quichotte en cet homme, qui se bat contre le pouvoir et jamais ne renonce. Son sang gascon ne connaît que la révolte, assortie de beaucoup d'humour, de courage, d'opiniâtreté, mais aussi de folie...
Un récit truculent dans lequel le dosage entre la biographie et le roman sont parfaits pour faire passer un excellent moment au lecteur. Ce personnage atypique est vraiment attachant, et les anecdotes de sa vie rocambolesque sont souvent hilarants. La plume de Jean Teulé, comme toujours, est alerte et sert avec talent ce récit. Cela m'a donné envie de lire un jour une biographie de Madame de Montespan pour voir l'envers du décor, la face officielle de cette femme qui a réussi à gagner ainsi le coeur non seulement du monarque suprême, mais surtout à garder celui d'un mari fidèle jusqu'à la mort...
Yspaddaden a bien aimé, mais sans plus. Billet enthousiaste sur Le blog des livres, La liseuse a mis 4 étoiles, de même que Anna Blume et Marie sur Lectures & cie.
Et de 1 ! Ce livre faisait partie de mon Challenge ABC 2009 !
20 décembre 2008
U.V.
Serge JONCOUR
C'est l'été sur la Côte de Granit Rose et Vanessa et Julie se prélassent au bord de la piscine quand apparaît un inconnu, qui se présente comme un ami d'école de Philip, leur frère. Mais Philip n'est pas encore arrivé, même si on l'attend d'un jour à l'autre, et si la famille est sûre qu'il sera là quoi qu'il arrive pour tirer le traditionnel feu d'artifice du 14 juillet. Boris est cependant accueilli par toute la famille et sa présence les charme tous, il s'installe lui aussi dans ce lieu paradisiaque. Le père se prend d'amitié pour lui, les soeurs rivalisent de féminité pour le séduire, inconsciemment ou pas.
Boris est beau, il est bien élevé et charmant, c'est un convive parfait qui égaye les vacances un peu plan-plan de la famille, par ses idées de sorties, de promenade, qui semblent presque des folies tant elles sortent les uns et les autres du rituel familial. Il est irrésistible, il devient indispensable à la bonne réussite des vacances. Mais il est également mystérieux, étrange parfois, et seul André-Pierre, le mari de Vanessa, éprouve vis à vis de cet homme un sentiment de refus, presque de haine. Il ne le retrouve pas sur les photos de classe de Boris et s'interroge : d'où vient cet homme, qui est-il, que veut-il ? André-Pierre est le seul à connaître les secrets de Philip et ne conçoit pas l'amitié des deux hommes.
Une angoisse sourde monte, malgré le lieu paradisiaque, malgré le soleil, la mer. On devine que cet homme n'est pas celui qu'il prétend, on sent en lui une violence prête à exploser, on frissonne malgré la chaleur, comme les animaux sentent arriver l'orage bien avant les hommes. Philip n'arrive toujours pas et l'inquiétude grandit, la tension également, les non-dits deviennent pesants, comme autant de mystères, et cette atmosphère, autant que la chaleur qui sévit cet été-là, influe sur les esprits, échauffe les coeurs et les corps.
J'ai beaucoup aimé l'ambiance, l'atmosphère de ce livre, la différence entre le paradis de l'île, sa beauté, son climat et la lourdeur du secret, le coté sombre du personnage principal, la violence qu'on sent à fleur de peau. On découvre au fil des pages les secrets de chacun, ces secrets de famille dont on ne parle pas devant un inconnu, mais que Boris semble comprendre, presque connaître déjà. L'auteur distille le mystère au fil des pages, avec un style parfait, vif et moderne, mais léger. Rien de pesant en effet dans l'écriture, on oscille entre le drôle et l'inquiétant, l'humour est là, toujours, mais, sur cette petite île de Bretagne, on sent vraiment la peur monter, la violence roder...
Une belle lecture que ce petite livre, et une très intéressante étude de l'âme humaine, des comportements induits par notre éducation, nos habitudes, nos a-prioris... Par contre, j'ai été hyper frustrée de la fin, un peu en queue de poisson, à mon goût !
Un grand merci à Cécile, qui m'a très gentillement offert ce livre, comme récompense d'un petit jeu que j'avais gagné chez elle (Portrait chinois : si Cécile était un vin...)
01 octobre 2008
Vingt-quatre heures d'une femme sensible
Constance de SALM

Au sortir du spectacle, l'héroïne, veuve et amoureuse d'un jeune homme sans ressources, dont elle se sait aimée en retour, entrevoit celui-ci dans la foule, puis quittant les lieux en calèche en compagnie d'une autre femme...
Follement éprise, et également éperdument jalouse (et aussi avec l'imagination galopante que développe la jalousie), elle adresse à son amant qu'elle ne parvient pas à joindre, et qui serait semble-t-il parti à la campagne avec cette femme inconnue, une succession de quarante-trois lettres, témoins de ces heures de fièvres, de doutes et de désespoir.
Tout au long des vingt-quatre heures qui vont suivre - une nuit, une journée puis une autre nuit qui s'étirent en une éternité - nous sommes confrontés à l'exaspération amoureuse de cette femme, et à la violence de ses sentiments, au tourbillon des émotions qui l'étreignent et se succèdent, car on la voit successivement déchirée de jalousie, d'amour et de désespoir. Et nous découvrons avec elle, alors qu'elle est presque au bord du suicide, que toute l'histoire n'est en fait qu'un quiproquo, et que son amant ne l'a trahie en rien, bien au contraire...
J'ai beaucoup aimé ce petit livre et ces lettres enflammées, passionnées, rageuses ou désespérées. J'ai cependant trouvé que cela avait fort vieilli, non pas au niveau du style de cette époque que je lis toujours avec un plaisir extrême, mais sur la façon dont cette femme "gère" (voilà bien un mot de maintenant !) cette situation et laisse courir l'incertitude, et mûrir le quiproquo, par son inquiétude (légitime) et par son aveuglement à voir le mal là où en fait ne sont juste que des concours de circonstances. Je la trouve un peu geigneuse, un peu perdue d'avance, mais peut-être n'est-ce là que le terrible (et heureux !) décalage de nos générations : à sa place, moi, vous, nous aurions pris notre portable, notre voiture, et serions allées affronter de suite le chéri soupçonné, sans qu'aucune situation n'ait le temps de dégénérer si telle était son intention, ou sans se faire des films hallucinants en restant dans le doute et la peur... Nous lui aurions joué la grande scène du 2, tempêté, crié, menacé, peut-être pleuré un peu, mais tout aurait été clair de suite et nous aurions évité ces vingt-quatre heures terribles vécues par cette femme (sensible, eh oui, c'est dans le titre !)... Bien sûr, cela nous est plus facile, naturel même : nous sommes des femmes libres, n'avons pas ou presque plus de contraintes de la société, le quand dira-t-on, bien qu'existant, est devenu plus discret et nous osons (enfin) nous opposer à ces messieurs quand nous le jugeons nécessaire !
La princesse Constance de Salm (1767-1845), née Constance de Théis, se fit connaître dès l'âge de dix-huit ans par des poèmes et connut le succès par ses épîtres et ses pièces de théâtre. La Révolution française, après avoir apporté l'espoir d'un changement dans la condition féminine, se révèle une déception qui l'incite à prendre fait et cause pour le «féminisme», et elle se battit à travers ses textes pour les droits des femmes, notamment à l'éducation. Bien qu'occultée par le rayonnement de George Sand et Germaine de Staël, celle que l'on surnommait "la muse de la Raison" fut une femme de lettres d'un immense talent et tint un brillant salon littéraire, ou se côtoyèrent Alexandre Dumas fils, Paul Louis Courier, Stendhal et Houdon. Cet unique roman de roman Constance de Salm bouleversera tous les amoureux de Stefan Zweig.
Extrait : Lettre IV
"Le soleil éclaire déjà mon cabinet solitaire. J'ai voulu éloigner ces tristes pensées ; j'ai tenté de m'occuper, de me distraire. J'ai pris ma palette, mes pinceaux ; j'ai tout disposé, et je me suis mise à l'ouvrage. Le feu des arts ressemble à celui de l'amour ; il enivre, il absorbe, il isole de l'univers et de soi-même. A mesure que je travaillais, des rayons de lumière semblaient traverser mes esprits. Je reprenais ma raison et mon équilibre ; je sentais seulement mes moyens s'exalter et s'agrandir du reste d'émotions involontaires qui bouillonnaient encore dans mon sein. Tout à coup (qui peut prévoir les effets de l'amour ?), tout à coup ces terribles souvenirs sont revenus m'assaillir : ils se sont emparés de mes facultés avec la rapidité de l'éclair ; ils m'ont comme enlevée de mon siège. J'ai tout jeté là, je marchais avec précipitation, j'étais hors de moi, je croyais respirer du feu ; mais l'agitation du corps semble calmer le trouble de l'âme. Insensiblement j'ai retrouvé quelque tranquillité ; j'ai pu m'asseoir et écrire. Me voilà donc ; me voilà plus raisonnable ; du moins je le crois.
Non, tu ne me trahiras pas, tu ne trahiras pas ces serments tant de fois répétés ; tu ne les profaneras point par des sensations étrangères ; tu ne le pourrais pas. Il v a dans l'amour autre chose que l'amour, une union plus intime encore, des rapports qu'il n'appartient pas aux âmes communes de comprendre ni de sentir, un entraînement d'un être vers l'autre, qui ne tient à rien de ce que la pensée peut définir. C'est par l'accord involontaire de ces sentiments, de ces délices inconnues, que nous sommes unis, chère âme de ma vie ! Que peut une Mme de B *** contre des liens si sacrés ? Ce quelle peut ! ah ! qu'osé-je dire ? L'amant le plus fidèle, le plus intime même, a-t-il jamais su résister aux provocations de la coquetterie ? Eternelle supériorité de mon sexe sur le tien ! Quelle est la femme qui, sans se croire dégradée, a pu même supporter la pensée de s'abandonner à l'être qui lui est inférieur ? Quel est l'homme dont les désirs ont pu être arrêtés par cette seule pensée ? Au nom de tout de qui t'est cher au monde, douce moitié de moi-même, ne m expose plus à ces cruelles tortures ! Veille avec plus de soin sur notre bonheur. Hélas ! qu'est-ce que cette vie qui nous échappe à chaque instant et que nous remplissons si légèrement d'amertumes ? un supplice, si l'on souffre ; un délire, si l'on est heureux ; et toujours de la vie, de la vie que l'on dépense, que l'on prodigue, qui ne reviendra plus, qui emporte tout ; tout, même l'amour ! (...)"
'Vingt-quatre heures d'une femme sensible' fait partie de la première sélection du Prix Bel Ami 2008.
Anna Blum a beaucoup aimé, de même que Lilly, Clarabel, Praline, Hèlène...
Merci, Marie-Anne, pour ce chouette cadeau !
11 mai 2008
La vérité et ses conséquences
Alison LURIE
Présentation de l'éditeur
Jane est au jardin lorsqu'elle aperçoit un homme se diriger vers elle. Qui est cet inconnu ? Son propre mari qu'elle ne reconnaît plus. Alan, certes, a changé. Brillant, sportif, et séduisant jusqu'alors, il s'est transformé suite à un accident de volley-ball, en époux morose et plaintif. Après des années d'un mariage heureux, la relation tourne à l'animosité feutrée. Jane supporte difficilement d'être devenue une garde-malade. Alan ne supporte pas mieux d'être un malade gardé. Un couple extrêmement différent entre alors en scène. Delia Delay, écrivain, est invitée en résidence par l'université dans laquelle Jane et Alan travaillent. Elle est célèbre à plus d'un titre : pour son œuvre, sa beauté, ses maux de tête et son égotisme avéré. Henry, son soi-disant mari, l'accompagne... Une existence, aussi paisible soit-elle, n'est jamais à l'abri d'un dérèglement soudain et d'une nouvelle chorégraphie du destin. C'est le propos de cette comédie tendre et désopilante, variation subtile sur l'amour et ses disgrâces, les petits désastres, les attirances imprévues et l'infinie contradiction des sentiments.
Déçue par ce livre dont j'attendais quelques heures de bonne détente et une réflexion sur le couple un peu plus poussée que celle que j'ai trouvée. Certes, c'est facile à lire, mais il manque un je-ne-sais-quoi qui fait que le roman aurait pu devenir passionnant... Relations de couple somme toute assez banales (ou tout du moins courante, pardon à ceux qui vivent cela de "banaliser' ces épreuves)... J'ai beaucoup aimé le début et la perplexité de Jane face à ce mari qui devient jours après jours un étranger, mais j'ai trouvé malheureusement les deux personnages un peu mous et veules. Oui, oui, je sais, ce n'est pas avec mon sale caractère et ma façon de rentrer bille en tête dans les problèmes ou les conflits que je résouds tout, mais j'aurais aimé un peu plus de punch ou de poigne... Impression que Jane et Alan se laissent complètement porter par le destin, le hasard et par les autres protagonistes de l'histoire, Delia et Henry, qu'ils ne prennent pas leur vie en main et ne font que la subir, bien qu'ils arrivent malgré tout à saisir les opportunités qui s'offrent à eux.
Je n'ai pas lu Liaisons Etrangères dont j'ai entendu parler en bien, et je vais m'y mettre prochainement pour effacer cette déception...
Extrait : "C'était par une très chaude matinée au beau milieu de l'été : après plus de seize ans de mariage, en voyant son mari à une quinzaine de mètres, Jane Mackenzie ne le reconnut pas.
Elle cueillait des laitues au jardin quand le moteur d'une voiture qui s'arrêtait devant la maison lui fit lever les yeux. Quelqu'un sortait d'un taxi, payait le chauffeur puis se mit lentement à descendre la longue allée : un homme en train de vieillir, bedonnant, les épaules voûtées, la poitrine creusée, il s'appuyait sur une canne. Jane, éblouie par la lumière brumeuse du soleil, ne distinguait pas nettement son visage, mais quelque chose chez cet homme la mit mal à l'aise et lui fit presque peur."
Lire n'est pas de mon avis, mais je me retrouve dans ce qui est écrit dans Critiques Libres...
22 avril 2008
Le livre de Joe
Jonathan TROPPER
Quand écrire devient dangereux...
Joe Goffman est devenu célèbre à la parution de son premier roman "Bush Falls", dans lequel il évoque sa jeunesse dans la ville du même nom : sa famille avec laquelle les relations étaient tendues, ses amis, dont il dévoile les secrets, les habitudes et turpitudes des uns et des autres, croqués avec toute la hargne et le mal-être accumulés dans cette petite ville de province étriquée et très conservatrice où il s'est senti étouffer.
Le roman adapté à l'écran a eu un succès retentissant et Joe a maintenant tout pour lui, appartement et voiture luxueux, aventures sentimentales nombreuses, vie sans soucis et invitations en nombre... C'est alors qu'il doit retourner dans sa ville natale, dont il est parti 17 ans plus tôt, au chevet de son père malade. Il est un peu anxieux d'être à nouveau confronté à son passé et à ses anciens condisciples, mais ne s'attend pas du tout à l'hostilité des résidents locaux, bien décidés à lui faire payer ses écarts autobiographiques.
Joe va devoir se remettre en question pour comprendre ce que son livre a pu faire comme dégât ou tout au moins comme remous parmi les habitants qui ont eu "l'honneur" de s'y trouver... Il prend conscience également du vide actuel de sa vie, si confortable soit-elle, et du pourquoi de ce vide. Ce roman se lit vite et bien, et le retour sur son passé du héros est intéressant, car il ne reste pas sur ses positions mais tente de comprendre le mal qu'il a fait autour de lui, et d'y remédier autant que possible, ou au moins de s'excuser. Dommage cependant que la fin soit un peu trop "conte de fée" à mon goût...
19 avril 2008
L'amour est très surestimé
Brigitte GIRAUD
L'amour se conjugue-t-il au futur ?
Onze nouvelles et autant de personnages qui nous racontent la fin de l'amour : Le couple usé, celui qui n'éprouve plus de désir, celui qui se déchire, l'annonce de la séparation aux enfants, le veuvage, la nouvelle vie...
Monologues, pensées profondes qui trahissent la douleur, la lassitude, la peur de l'avenir, l'agacement. Reproches, paroles prononcées, paroles tues. Rêves avortés, déception, compromis et reniement.
Histoires simples, racontées avec des mots simples, mais qui m'ont bouleversée, car si vraies, et si redoutées... La vie ordinaire d'hommes et de femmes qui pourraient être vous ou moi, qui ont essayé d'aimer, y sont arrivés un certain temps, mais n'ont pas "tenu la distance"... Peur de l'avenir rejaillie à travers ces quelques pages, ce petit livre m'a vraiment émue et chamboulée, et rendue toute amoureuse de mon homme, en imaginant toutes ces façons dont je pourrais le perdre si jamais je n'y prenais pas garde...
A garder sur sa table de chevet et relire quand ça va mal, avant que cela n'aille trop mal !
Je vais aussi lire les autres livres de cet auteur, en avez-vous lu ?
Extrait : "Vous n'avez rien vu venir et vous ne l'aimez plus. Vous demandez à vérifier. Il s'agit d'être sûr. Mais vous doutez. En fait, vous l'aimez et ne l'aimez pas à la fois. Il faudrait vous décider, ça devient agaçant. Vous l'aimez pensez-vous, mais ne supportez pas quand il traverse le salon en peignoir. Quand il s'installe devant la télévision dans cette tenue, les cheveux encore mouillés, plaqués en arrière. Lui, sans doute vous l'aimez, mais c'est la même scène répétée chaque jour qui vous indispose.
Il ne s'agit pas de tout mélanger. Ce qui est sûr, c'est que vous éprouvez de la tendresse pour lui. C'est ce que l'on dit, paraît-il, quand on n'aime plus. Plus on éprouve de tendresse et moins on aime, alors ? Mais qui peut dire la différence entre les deux ? La tendresse, c'est quand on n'a pas de désir. On se caresse la joue avant de s'endormir. C'est Pimprenelle et Nicolas. "
« J’ai voulu assurer, encore une fois, être celle qui réussit tout, même son deuil. J’ai eu peur d’être consolée. »
Belle revue de presse chez Passion du livre.
04 avril 2008
En cas de bonheur
David FOENKINOS
Le bonheur, c'est quoi ?
Après Le Potentiel érotique de ma femme (Prix Roger-Nimier 2004), David Foenkinos nous emmène avec humour et ironie sur les chemins de l'adultère et du couple, «ce pays qui a la plus faible espérance de vie».
Claire et Jean-Jacques vivent ensemble depuis huit ans. Cependant, à l'instar de nombreux couples (...) leur amour, leur fidélité et leur tendresse ne sont en fait qu'apparences... Leurs amis, pour lesquels ils sont un vrai exemple de réussite conjugale, ne peuvent pas deviner que l'amour est en fait en train de se déliter pour bientôt ne laisser la place qu'au souvenir de l'amour... et tous ses accessoires négatifs (tromperie, rancoeur, mesquinerie... et tant d'autres !).
Histoire éternelle du couple, et du "chez les autres, ça a l'air bien mieux !", les apparences ne font pas le bonheur, c'est bien connu, et surtout le bonheur avec un grand B ne dure pas longtemps, mais se construit petit à petit, tendresse après gentillesse, effort après concession... Le bonheur ne dure-t-il qu'un temps ? Tous les couples sont-ils confrontés à cette érosion, au cliché du ras-le-bol au bout d'un moment, à la maîtresse, à l'amant ??? David Foenkinos, bien que moins drôle que dans Le potentiel érotique de ma femme (un vrai bonheur, j'avais adoré !), arrive à nous faire sourire souvent grâce à ce couple à la recherche d'un souffle neuf. D'un sujet lourd et universel, il fait une histoire gaie et sympathique, et fort agréable à lire.
Extrait : «Personne ne savait que faire en cas de bonheur. On avait des assurances pour la mort, pour la voiture, et pour la mort en voiture. Mais qui nous protégera du bonheur ? Jean-Jacques venait de comprendre que ce bonheur, en devenant si fort, était la pire chose qui pût lui arriver.»
David Foenkinos a 30 ans. Il a déjà publié trois romans, traduits dans une dizaine de pays. En 2003, il a été le lauréat de la Fondation Hachette. Je l'ai rencontré l'été dernier à un salon du livre au Castellet, et il est de plus extrèmement sympathique, ce qui ne gâte rien !






























