04 novembre 2009
Un peu, beaucoup, pas du tout
Alice MUNRO
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Ce sont des histoires de femmes. Des femmes comme vous et moi, avec leur vie, parfois simple, parfois gaie, parfois compliquée. Des femmes avec des maris et des enfants. Quelques femmes seules aussi. Ce sont des histoires simples, des tranches de vie, des histoires d'amour ou de trahison. Mais dans lesquelles la maladie tient une place prépondérante, dans lesquelles la mort rode...
Alors on est un peu mal à l'aise, en lisant ce livre, que j'ai pourtant bien aimé. Le style d'Alice Munro est très agréable et se lit facilement, mais le destin pèse si lourd sur les épaules de tous ses personnages que cela pèse un peu sur nous aussi.
C'est un livre intéressant, mais à ne pas lire en cas de cafard, car malgré soi, parfois, on s'identifie, on compare, et tout ça n'est pas très gai...
Un grand merci à Antigone pour ce livre voyageur. Bel Gazou
a un "petit avis froissé" et Martine n'a pas accroché non plus.
28 octobre 2009
Mon père n'est pas mort à Venise
Sophie POIRIER
Un grand bonheur, quand on est blogueur, est de recevoir des livres dans sa boite aux lettres. Livres voyageurs dont on a entendu parler sur des blog-amis et qui viennent faire un court séjour chez nous, afin de continuer le partage, livres offerts par les éditeurs, livres gagnés au fil de concours ou de jeux, et parfois aussi livres envoyés directement par l'auteur lui-même, avec lequel on a eu quelques contacts et qui veut nous faire plaisir et nous faire découvrir son nouvel ouvrage.
Alors, bien sûr, oui, ça fait plaisir. Mais, dans le même temps, me voilà parfois toute intimidée face au livre. Autant j'arrive à donner un avis pertinent et tout à fait indépendant de diverses pressions quand il s'agit d'un ouvrage prêté ou d'un livre envoyé par un éditeur, je ne me sens pas liée à l'expéditeur par un quelconque lien et reste donc libre de faire une critique négative si je n'ai pas aimé ma lecture, autant, face à un livre envoyé par l'auteur lui-même... c'est plus délicat, j'ai peur de vexer, de faire de la peine, je me dis que c'est facile de critiquer et que moi, pour l'instant, je n'ai toujours rien publié et que je ne serais certainement pas capable de faire aussi bien, bref l'affectif entre en ligne de compte et je repousse ma lecture...
C'est ainsi que cela s'est passé pour le deuxième livre de Sophie Poirier (que vous pouvez retrouver dans la blogosphère sous le nom de Ficelle) qu'elle m'a fait parvenir par l'intermédiaire de son éditeur au début de l'été, que j'avais ouvert, feuilleté un peu, reposé, repris, re-reposé... J'avais beaucoup aimé son premier roman La libraire a aimé, que Sophie avait déjà eu la gentillesse de m'offrir et j'avais peur non seulement de ne pas aimer ce deuxième livre mais peur également, si je ne l'aimais pas, de devoir le dire, puisque que je me suis jurée d'être honnête sur ce blog et de donner réellement mon avis. Je n'avais pas envie d'être dans la position de faire de la peine à Sophie, de la critiquer... Et puis ce fameux deuxième livre, l'auteur qu'on attend au tournant... Je ne voulais pas être celle qui allait dire qu'elle était déçue... Dilemme... Le temps a donc passé... Et puis, honteuse, j'ai enfin ouvert Mon père n'est pas mort à Venise...
Et j'ai aimé ! (ouf !). Merci, donc chère Sophie pour ta confiance et surtout merci pour cette jolie histoire. J'ai beaucoup aimé suivre cette femme qui fouille dans le passé de son père, qui cherche à comprendre, à canaliser l'angoisse, à répondre aux questions non formulées. J'ai également retrouvé avec grand plaisir ton écriture fine et sensible, mais plus maîtrisée, plus construite que dans ton premier ouvrage. On sent que tu as mûri, grandi et je pourrais même dire que par ce livre, on comprend tout de suite qu'on a à faire à un vrai écrivain, et non pas à une jeune femme qui aurait juste eu le coup de bol d'être choisie pour un premier ouvrage, et qu'un seul. J'ai trouvé dans cet ouvrage un humour qui répond tout à fait à ce que j'aime, j'ai souvent souri ; j'ai aimé cette femme et les mouvements et bruits des trains, j'ai adoré le détective, et la fin est si belle...
Bref, un très beau moment de lecture ! Merci encore Sophie ! Et pour le 3ème livre que tu écriras, je n'attendrai pas 3 mois avant de l'ouvrir, promis !
Le site de l'éditeur ANA Editions. Vous y trouverez le résumé du livre (oui, cette fois-ci, je change la formule, pas de 4ème de couv. ni de résumé, ni de notes de lecture...) et quelques critiques intéressantes. Et si vous voulez rire, allez donc vous régaler de l'interview imaginaire de l'auteur sur son blog, on s'y croirait !
"Ni les barrages, ni les camouflages d'aucune sorte ne peuvent empêcher l'idée de faire son chemin. Telle La Princesse au petit pois, malgré les épaisseurs, elle sentait sur sa peau la marque se faire, à l'endroit du corps où ça gène. Minuscule excroissance qui réveille la nuit, qui envahit les rêves, qui devient une obsession.
Parce que certaines découvertes, certaines expériences, des détails parfois, s'étirent jusqu'à devenir des immensités dans la tête, indéboulonnables.
Parce qu'on ne choisit pas ce qui s'oublie".
" Son père lui avait appris qu'il fallait être libre, ne pas faire de concessions, le moins possible. Que l'égoïsme était la plus belle des qualités, que la passion valait cent fois le quotidien merdique, qu'on aimait à la folie plusieurs fois dans une vie, que la fidélité était un concept judéo-chrétien, que le nihilisme avait le mérite de rendre le présent vif et précieux, à saisir."
10 octobre 2009
Mariage à l'indienne
Présentation de l'éditeur
" A deux jours de son dixième anniversaire, ma grand-mère était déjà mariée. Ma mère, elle, avait trouvé un mari à vingt ans. J'en avais conclu que si l'on gagnait ainsi dix ans à chaque génération pour arriver à l'âge idéal du mariage, à trente ans au plus tard j'aurais dû trouver un conjoint. Mais, à trente ans, j'étais à mille lieues de convoler, d'où la consternation de chacun au mariage de ma cousine Nina. " K. D.
Née à Bombay, devenue journaliste de mode à New York, Anju est écartelée entre son envie de vivre à l'américaine, célibataire et libre, et son désir de rester fidèle à ses racines indiennes pour ne pas décevoir sa nombreuse famille.
Un livre qui peut faire partie de la Chick Litt de Calepin, mais que j'ai lu très rapidement et avec beaucoup de plaisir. L'Inde est un pays sur lequel j'ai déjà lu plusieurs ouvrages qui m'ont tous beaucoup intéressée tant ce pays est riche : culture, religion, mode de vie, traditions, tout y est si différent de chez nous et également si exacerbé, démesuré que cela me fascine. Ce roman ne prétend pas faire de vous une érudite sur l'Inde et ses traditions mais on y découvre tout de même les us et coutumes face au mariage. Certes, il n'est question ici que des traditions d'une caste en particulier, celle des privilégiés qui allient éducation, culture, ouverture d'esprit et au monde extérieur et bien sûr la réussite dans les affaires qui permet un train de vie particulièrement opulent et vous ne pourrez pas prétendre en refermant le livre tout connaître sur la façon de convoler en justes noces de ce pays, fort différente de la notre. Fort différente ? A voir...
Anju, donc, provient de ce milieu ultra privilégié. Elle a pu grandir en étant très protégée par sa famille et en recevant la meilleure éducation qu'on puisse donner à une jeune fille de bonne famille. Mais elle a pu également faire des études et surtout travailler et partir à l'étranger, ce qui est loin d'être le cas dans toutes ces familles, surtout pour une fille. Ses parents, bien que veillant sur les traditions et les suivant scrupuleusement, la laissent gagner la lointaine "Umrique", comprenant que leurs efforts pour marier leur fille continueront à s'avérer vains si elle reste à Bombay.
Car les parents de Anju n'ont qu'un but dans la vie : bien marier leurs enfants. Cela sous-entend faire un mariage arrangé par les familles respectives en ayant considéré toutes les conditions requises pour que fonctionne ensuite ce mariage : même milieu, même religion bien évidemment, même statut social et niveau de richesse. Il faut que les deux jeunes gens (les plus jeunes possible, après 20 ans, une fille est déjà presque vieille fille, et un garçon peut attendre jusqu'à 25 ans, mais pas plus !) soient bien éduqués, n'aient pas de "mauvaises habitudes", soient respectueux des traditions inculquées et surtout qu'ils acceptent, après une ou deux entrevues, d'épouser le ou la parfaite inconnue qu'on leur présentera...
"Maman, je veux simplement être heureuse. Beti, répliqua-t-elle, je ne veux pas que tu sois heureuse. Je veux que tu sois mariée."
Mais Anju semble avoir le mauvais oeil. Elle refuse les quelques demandes qu'on lui fait quand elle est encore jeune, et ensuite attend désespérément de recevoir d'autres demandes... Sa mère s'affole, cours les gourous, les devins, les recettes improbables de bonne femme pour que viennent enfin la chance, la demande salvatrice, mais rien n'y fait : Anju vieillit inexorablement et est toujours fille. Elle part donc aux Etats-Unis sous prétexte qu'elle trouvera là-bas nombre d'Indiens éduqués et ouverts d'esprit, mais néanmoins attachés à leurs traditions natales. Ce qu'est la jeune fille, et c'est cette ambivalence de son caractère qui est intéressante : elle est moderne, part seule au bout du monde dans le pays de la perdition, se lance dans des études, trouve du travail et arrive même à avoir un sacré bon job (attachée de presse dans la mode) qui la fait voyager et rencontrer moults gens célèbres, tout cela à New-York. Mais elle reste désespérément (et assez incompréhensiblement pour moi) attachée aux traditions les plus ancrées : pour elle, pas question d'imaginer un mariage autre qu'arrangé par ses parents... et dans le même temps, elle refuse les quelques rares candidats qu'on lui propose (il faut dire que ce ne sont pas les plus reluisants !).
"J'étais étrangement attirée par le système séculaire du mariage arrangé. J'y voyais une forme d'exotisme, de la noblesse, de la délicatesse - de quoi m'élever au sommet de la bonne conduite sociale : une jeune fille épouse l'homme que les membres de sa famille ont choisi pour elle. Acte de piété suprême, source d'innombrables bénédictions, si l'on en croit la tradition."
Bref, je ne vous raconte pas tout pour vous laisser un peu du plaisir de la découverte de la trépidante recherche de l'homme idéal... Ce livre m'a beaucoup amusée, d'autant plus qu'il m'a pas mal rappelé... mes jeunes années ! Non, je ne suis pas indienne et je n'ai pas effectué cette course folle au mariage sous la bienveillante attention de mes parents, mais j'ai tout de même à une certaine époque pas mal senti de pression sur ma petite personne. Les mariages des jeunes cousines furent souvent un calvaire, comme c'est le cas pour Anju, avec les inévitables questions des tantes tout sourire : "alors, ma belle, et toi, tu en es où, une belle fille intelligente comme toi, hein, il ne faudrait pas trop attendre...". Tic tac, tic tac, horloge biologique en route, famille aux aguets, présentations glauques de potentiellement possibles, espoirs déçus... bref, je ne vais pas vous faire pleurer sur ma jeunesse perdue, mais j'ai trouvé quelques similitudes (raisonnables tout de même) dans la pression qu'on peut ressentir quand on vient d'un certain milieu et qu'il est temps de "prendre homme". Eh oui, même en France il y a 10 ans... Sauf que moi je suis une rebelle et que je n'ai pas fait tout à fait ce qu'on attendait de moi (enfin, comme dit mon frère bien intentionné, j'ai fait ce que j'ai pu...). Je me suis mariée à 30 ans avec un roturier au chômage, divorcé, cuisinier de son métier, faisant des blagues à deux balles et... résidant à Roubaix (de tous les critères, je ne sais pas lequel était le pire...) ! Mon cher Papa a eu un peu de mal à s'y faire (il y a mis quelques années, même !). Maman quand à elle était ravie de me caser (enfin !) et de pouvoir parler recettes avec son futur gendre, ouf ! Et moi, douze ans plus tard, je ris toujours aux blagues de mon homme qui bosse comme un fou pour le bien-être de sa petite famille, je me suis mise à aimer le Nord (enfin, là il fait un temps vraiment dégueu, mais bon...), je suis passée du Bottin Mondain au Livre des Familles sans en faire tout un plat, et je reste très heureuse de mon choix !
"Certains disent qu'on trouve l'amour quand on arrête de le chercher. Ils disent que dès l'instant que vous vous donnez dans votre travail, que vosu avez des amis, des centres d'intérêt autres que la vie sentimentale, alors l'homme ou la femme de vos rêves entre en gambadant dans votre vie.
Pour moi, ils ont tort.
En fait, quand vous cherchez l'amour, vous ne pouvez jamais vous arrêter. La possibilité de le renconter plane sur chaque invitation à dîner, chaque cocktail, chaque avion, train ou bus. Elle est suspendue au-dessus de vous chaque fois que vous assistez à un mariage, que vous prenez un cours de langue ou que vous choisissez une table près de la fenêtre dans votre restaurant préféré. Son parfum nous appâte à chaque coin de rue. Ca pourrait arriver demain. Ca pourrait arriver aujourd'hui."
Je remercie Le livre de Poche pour m'avoir envoyé ce livre très distrayant (et instructif).
Si vous voulez, ce livre peut voyager jusqu'à chez vous, il suffit de m'envoyer un mail avec votre adresse ! ![]()
24 septembre 2009
Dis oui, Ninon
Maud LETHIELLEUX
RÉSUMÉ : » Dans ma classe, une immense dame maigre et très laide avec des cheveux courts et des gros sourcils m’a demandé de recopier le mot écrit au tableau. J’ai essayé d’imiter les traits droits comme du blé un jour sans vent, c’était très difficile, mes doigts glissaient sur la mine colorée. La dame s’est approchée et elle a dit : Mon Dieu ! J’ai dit que j’étais pas Dieu mais que si elle voulait m’appeler comme ça, pourquoi pas. Elle a répété : – Mon Dieu… Tu ne sais même pas écrire » maman » ? – Non, ça sert à rien que je l’écris puisque je dis jamais maman. – Tu… tu ne dis jamais maman ! – Non, je l’appelle Zélie parce que c’est trop mignon et en plus c’est personnel et assumé pour de vrai. La dame m’a dit de ne pas parler sur ce ton, j’ai répondu que je ne mangeais pas de poisson parce que sinon, on allait vider la mer. » Du haut de ses neuf ans, Ninon observe le monde. Un monde où les adultes ne s’aiment plus, où les mots n’ont pas de sens, où les mensonges sont rancuniers… Parce qu’elle ne le comprend pas, Ninon décide de s’en détourner et de vivre avec son père qui n’a plus rien. Rien, sauf elle. Ensemble, ils refont leur monde, construisent une maison à partir de rien, traient les chèvres, vendent sur les marchés, oublient l’école et les bonnes manières, sans se soucier des bien-pensants, ni de madame Kaffe, l’assistante sociale. Dis oui, Ninon est une histoire d’amour. Celle d’une petite fille pour son père et celle d’un homme pour la liberté.
La petite Ninon, suite à la séparation de ses parents, décide de vivre avec son papa, laissant sa petite soeur sous la bonne garde de sa maman et de l'Autre, l'ami de sa maman. Mais la vie avec le papa n'est pas très conventionnelle, c'est le moins qu'on puisse dire ! Enfant de parents trop jeunes et, on peut le dire, un brin irresponsables, la petite fille doit s'adapter comme elle le peut à une vie rude, mais dans laquelle elle réussit cependant à être heureuse.
Une vraie réussite que ce livre, et un coup de coeur pour cette petite Ninon si attachante, à l'esprit vif et à la langue bien pendue. Enormément d'émotion également au cours de cette lecture, puisque cela touche l'enfance et qu'en tant que maman moi-même, je n'ai pas pu m'empêcher de m'identifier et de comparer... Ce livre est poignant, mais réussit malgré tout à être drôle et bourré de traits d'humour (Madame Kaffe !) grâce à la fraîcheur et l'innocence de cette enfant, et au style tout en finesse de l'auteur.
Beaucoup d'interrogations suite à cette lecture sur le rôle des parents et leurs responsabilités vis à vis de leurs enfants : l'amour suffit-il pour que l'enfant soit heureux, même si les conditions matérielles sont déplorables ? Vaut-il mieux avoir une enfance traditionnelle dans une famille traditionnelle ou bien une enfance bohème dans une famille éclatée : quelles traces l'enfant devenu adulte en gardera-t-il ? Les enfants ressentent les conflits et les crises des adultes sans souvent en comprendre le sens, la portée ou la signification : ne faut-il pas leur parler plus afin, d'une part de les déculpabiliser, et d'autre part de leur expliquer ce qu'on recherche, nos buts et les moyens mis en oeuvre pour y arriver ? Eternelles questions qui je crois resteront sans réponse précise, puisque chaque cas, et chaque enfant est unique...
Un livre à lire si vous ne l'avez pas déjà fait ! Je suis impatiente de lire également un prochain ouvrage de Maud Lethielleux, dont j'ai vraiment aimé l'écriture et la sensibilité.
Les blogueurs qui en parlent sur BOB.
Un grand merci à Antigone pour avoir fait voyager ce livre jusqu'à moi.
Vous pouvez retrouver Maud sur son blog : Maud et les mots.
20 septembre 2009
Les enfants du néant
Olivier DESCOSSE
Présentation de l'éditeur
Dans une autre vie, François Marchand était psychanalyste. Un des meilleurs. Jusqu'au jour où sa femme fut étranglée par un de ses patients. Depuis, il est devenu flic, spécialisé dans l'étude des profils criminels. Aidé par le lieutenant Julia Drouot, jeune enquêtrice au caractère entier et au passé douloureux, il va être confronté à des meurtres barbares, sans logique apparente, commis aux quatre coins de la France sur des adolescents. Ensemble, les deux enquêteurs se lanceront sur la piste d'un tueur dont la folie et l'ingéniosité semblent n'avoir aucune limite. Pour le cerner, ils n'auront qu'un seul choix : percer les codes déroutants et complexes d'une génération sacrifiée.
Voilà un thriller tout à fait adapté aux lectures de vacances, que j'ai dévoré en deux jours au bord de la piscine (pas besoin de se concentrer outre mesure, on peut admirer les plongeons des enfants, boire du rosé bien frais et se tartiner de crème solaire sans que cela pâtisse vraiment à la concentration nécessaire...). Rien de transcendant donc : l'intrigue se tient et l'on a envie de découvrir le fin mot de l'histoire et ce qui est arrivé à ces adolescents (parce que ce ne sont pas des enfants, mais bien des adolescents dont il est question ici). L'histoire d'amour est cousue de fil blanc et on sait dès la rencontre entre François et Julia qu'il va se passer quelque chose. J'ai également trouvé la fin vraiment "trop" ; ce n'est pas qu'on s'y attende, mais j'y avais pensé un moment en cours de lecture, en me disant que non, cela ne serait pas possible, c'était vraiment trop gros pour que cela soit la fin inventée par l'auteur, et puis si, finalement... L'écriture est facile et n'a elle rien d'intéressant. Ca se lit vite et bien, mais ce roman ne me laissera pas un souvenir impérissable, loin de là.
Je remercie cependant les Editions Michel Lafon qui m'ont offert ce livre suite au buzz médiatique sur le web suscité par l'envoi de mails un peu douteux dont vous vous souvenez sans doute. Bref, ce livre m'a plus marquée par le battage qu'on en a fait à l'époque sur le mode de publicité employé, que par son contenu. Contrairement à ce qui avait été annoncé dans les mails reçus par nombre d'entre vous, je n'ai pas du tout trouvé que le roman pouvait se targuer d'être une mise en garde contre les dangers d'internet pour nos chères têtes blondes, il eut fallu pour cela creuser un peu plus le phénomène d'internet et user à mon goût de moins de "psychologie de bazar" que celle dont il est question dans l'histoire... Je suis tout à fait d'accord avec Miss Quoide9 et In cold blog, dont les billets sont beaucoup plus fouillés que le mien si vous voulez en savoir plus : ce n'est pas de la flemme, non, non, juste que je trouve qu'il n'y a pas grand chose à dire sur ce livre que vous n'ayez tous déjà dit !
Miss Quoide9 l'a lu et pense que "l'auteur n’échappe pas au travers du genre et ce qu’il raconte présente à peu près autant de crédibilité que Mimie Matthy en aurait en guide de haute montagne ou moi future présidente du Mozambique (quoique)." In cold blog trouve qu' "Une grande qualité de ce roman est qu’il nous embarque rapidement" mais que le roman "souffre cruellement de certaines invraisemblances dans l’intrigue et d’un style indigent" , Cathulu n'a "pas lâché ce thriller une minute !", Argantel pense que les amateurs du genre ne devraient pas être déçus, Daniel ajoute quant à lui qu' "il faut reconnaître qu'Olivier Descosse, peintre réaliste des cimetières, des squats hostiles et des immeubles glauques, fait fort", Biblioblog qualifie ce roman de "thriller sans grande prétention qui se lit bien " ... et beaucoup d'autres que j'ai du oublier... (mes excuses par avance, et n'hésitez pas à noter le lien de votre billet dans les commentaires, je le rajouterai).
Le site du livre.
16 septembre 2009
Numéro six
Véronique OLMI
Quatrième de couverture
La famille Delbast est catholique. Cinq frères et sœurs précèdent Fanny, qui est arrivée bien après les autres, sans qu’on l’attende et sans qu’on la souhaite. Petite fille solitaire, Fanny adore son père, mais il ne la voit pas. Trop de choses les séparent, trop de vie, de retenue aussi. A cinquante ans, Fanny lit les lettres envoyées du front par son père, qui lui dévoilent un jeune poilu pétri d’angoisse très différent de l’homme autoritaire qui l’a élevée. A la lumière de cette découverte, elle tente alors de trouver, auprès du veuf centenaire dont elle prend soin désormais, une place qui ne lui sera plus contestée. C’est avec une sensibilité remarquable que Véronique Olmi aborde le thème de l’amour filial comme prétexte à une critique subtile de la bourgeoisie catholique, et de l’insidieuse violence dont est capable ce monde bien-pensant
Voilà un petit livre qui ne donne pas envie d'être une dernière de famille dans ce milieu bourgeois étriqué, bien pensant et parfaitement hypocrite, renfermant bien au secret ses sentiments et ses pensées ! La petite Fanny, enfant non désirée et mal aimée ne réussit pas à trouver sa place dans la fratrie et à attirer l'attention de son père (ce père, ancien combattant, médecin réputé, catholique très pratiquant qui suscite l'admiration de tous) et l'amour de sa mère (qui, elle, ne regarde que le père). Elle grandit, solitaire avec cette souffrance qui enfle en elle, ce non-amour qu'elle ressent chaque jour un peu plus ; on se trompe même parfois de prénom quand on l'appelle ! Enfant, elle use de stratagèmes pour attirer l'attention de ce papa pour lequel elle est presque transparente, inexistante, elle va même jusqu'à vouloir se noyer, simule ensuite une maladie pendant une année entière et copie les attitudes de ses frères et soeurs en pensant que cela attirera l'amour sur sa petite personne... Mais rien n'y fait...
On ne sait pas très bien si Fanny extrapole tout ce qu'elle ressent ou s'il y a effectivement un manque d'amour vis à vis de ce dernier enfant arrivé sur le tard. Ou bien est-ce cette éducation rigide bourgeoise qui ne laisse rien passer des sentiments que l'enfant, plus sensible que ses frères et soeurs, ressent comme un manque d'amour cruel. Cette éducation qui fait qu'un père peut renier son fils si celui-ci a dérogé aux règles de bonnes conduites, et empêcher par racisme le mariage heureux d'une de ses filles ? Education qui a encore cours dans certains familles traditionnelles ou le paraître est bien plus important que l'être, où les sentiments sont honteux même s'ils sont purs, où l'on ne montre pas ce que l'on pense, où l'on fait bonne figure face à l'adversité...
Malgré toute cette souffrance accumulée, Fanny sera la seule, devenue adulte, à s'occuper de son papa, veuf et malade. Cherche-t-elleCherche-t-elle encore une reconnaissance, n'est-ce que du devoir filial ou bien veut-elle inconsciemment prendre la place de sa mère, la seule femme que cet homme ait jamais considérée ?
Voici une histoire belle et très triste. Le style de Véronique Olmi est un régal, tout en finesse, en non-dits, en retenue, et le texte en ressort avec d'autant plus de force, l'histoire est d'autant plus poignante qu'elle est sobre. C'est un cri d'amour désespéré que cette femme aura retenu toute sa vie entre ses lèvres, un cri pour remplacer les mots qui n'ont jamais été échangés entre eux, les mots d'amour jamais dits... Fanny vieillit mais s'est vouée à son père, elle est finira seule : "Je porte toujours ton nom. Tu me l'as beaucoup reproché. Je n'ai pas voulu quitter ce nom-là, emprunter celui d'un autre homme. Comment s'appelaient les autres hommes ? Je m'en souviens à peine. L'homme de ma vie, c'est toi."
Laure avait bien trouvé que "certaines pages sont d'une telle beauté qu'on les relit avec l'envie de les garder précieusement".
08 septembre 2009
Le vent de la lune
Antonio MUNOZ MOLINA
Chacun de nous et même ceux qui n'étaient pas nés à cette date, se souviennent du 20 juillet 1969, le fameux jour où l'homme marcha pour la première fois sur la Lune. Nous avons tous en tête l'image de cet astronaute posant un pied léger sur la surface de la planète grise et poussiéreuse, les phrases échangées et j'avoue que même si je n'avais que 3 ans à l'époque et que j'ai donc vu ces images beaucoup plus tard, je suis à chaque fois toujours émue, impressionnée, subjuguée même par la volonté, l'intelligence et le travail de l'homme qui ont permit cette rencontre avec l'espace, l'au-delà, l'infini...
Ce jour d'été 1969, donc, dans le village de Magina au sud de l'Andalousie écrasé de chaleur et de soleil, un jeune garçon suit avec passion chaque minute de cet évènement. Le compte à rebours commencé pour l'alunissage résonne dans sa tête d'autant plus fort que la vie dans le village semble s'être figée, qu'elle s'y écoule avec une régularité immuable, et que les changements qui pourtant apparaissent ne semblent qu'infimes à ses habitants et surtout à cet adolescent fougueux et sensible. Peu lui chaut ce qui se passe autour de lui, ni les relations avec les voisins ou la famille, ni l'entrée discrète du monde moderne (eau courante, machine à laver), si ce n'est la télévision qui va lui permettre de suivre en directe cette épopée.
La vie au collège religieux, l'apprentissage, la récolte des olives avec le père, les querelles de famille et jalousies cachées, le secret qui pèse sur les habitants du bourg depuis la fin de la guerre... Tout est décrit par l'auteur dans un style absolument superbe, une écriture fine, intelligente, racée, très lyrique et poétique malgré la précision et nous sommes transportés dans ces temps qui nous semblent terriblement reculés, à des années lumière, en marge du temps justement.
Un livre superbe, lent, beau, à savourer tranquillement et à lire absolument !
"Tu attends avec impatience et avec crainte une explosion qui aura quelque chose d'un cataclysme quand le compte à rebours arrivera au zéro et pourtant rien ne se produit. Tu attends couché sur le dos, raide, les genoux pliés à angle droit, le regard fixé devant toi, vers le haut, en direction du ciel, si tu pouvais le voir, à l'intérieur de la transparence courbe du casque qui t'a plongé dans un silence aussi définitif que celui du fond de la mer quand on a terminé de l'ajuster à la collerette rigide de la combinaison extérieure. Soudain la bouche de ceux qui étaient les plus proches bougeait sans produire de son et c'était comme se trouver déjà très loin sans que le voyage eût encore commencé. Les mains sur les cuisses, les pieds joints, à l'intérieur des grosses bottes blanches avec leurs rebords jaunes et leurs semelles très épaisses, maintenues pour le décollage par des attaches en titane, les yeux très ouverts.
Tu n'entends rien, pas même la rumeur du sang à l'intérieur des oreilles, ni les battements de ton cœur, que des capteurs fixés à ta poitrine enregistrent et transmettent, profonds, réguliers, avec une sonorité de tambour, mais beaucoup moins précis dans leur cadence que la pulsation des chronomètres. Le nombre de ses battements par minute sera enregistré, comme celui du cœur de tes compagnons, chacun d'eux aussi immobile et tendu que toi, chacun des trois cœurs battant à l'intérieur d'une poitrine sur un rythme différent, comme trois tambours non synchronisés. Tu fermeras les yeux, attendant. Les paupières sont presque la seule partie de ton corps que tu puisses bouger à ta guise et cela te rappelle ta nature physique précaire, ta nudité cachée à l'intérieur de trois combinaisons superposées, faites de nylon, de plastique, de coton, traitées avec des substances ignifuges. Chaque combinaison, en elle-même, est déjà un véhicule spatial. Il y a quelques années, pendant plus d'une heure, tu as flotté dans le vide à une distance de deux cents kilomètres au-dessus de la Terre, uniquement relié au vaisseau par un long tuyau qui te permettait de respirer: tu ne te rappelles ni peur ni vertige, rien qu'une sensation de parfaite tranquillité, te mouvant sans poids, étendant bras et jambes au milieu du néant, imperceptiblement frappé par les particules du vent solaire.
Les yeux fermés je m'imagine que je suis cet astronaute. Je ne vois pas d'étoiles, seulement une obscurité dans laquelle rien n'existe, ni haut ni bas, ni près ni loin, ni avant ni après. Je vois la courbure immense de la Terre, resplendissant bleue et blanche et bougeant très lentement, les spirales des nuages, la frontière d'ombre entre la nuit et le jour. Mais maintenant je ne veux pas flotter dans l'espace. Maintenant je ferme les yeux et j'alimente mon imagination avec de méticuleuses données pour me trouver à l'intérieur du vaisseau Apollo XI, à la seconde même du décollage. Tu contrôles partiellement le mouvement de tes paupières, membranes si fines glissant sur la courbure humide de l' œil, et les muscles qui mettent le globe oculaire en mouvement et qui, pour autant que tu les forces, ne te permettent de voir ni à droite ni à gauche. À ta droite et à ta gauche se trouvent les deux autres voyageurs, aussi raides que toi à l'intérieur de leurs combinaisons et de leurs casques, étendus dans la même position, maintenus par les mêmes sangles élastiques et les mêmes attaches de titane, enfermés avec toi dans l'espace conique d'une cabine riche en oxygène et pleine de fils, d'interrupteurs, de connexions électriques, un piège explosif qui peut se transformer en une boule de feu si jaillit l'étincelle en rien improbable d'un court-circuit.
D'autres sont morts comme cela, dans un espace aussi étroit et suffoquant que celui-ci, dans cette même position qui a par avance quelque chose de funéraire. Celui qui était le plus près de l'écoutille a essayé de débloquer le levier qui la maintenait fermée et il n'a pas réussi, puis un instant plus tard tout l'oxygène a explosé en un seul embrasement. Plaques de métal se tordant portées au rouge vif, fumée toxique d'isolants et de fibres synthétiques, plastique fondu qui adhère à la chair brûlée et qui s'y mêle. La capsule est située au sommet d'une fusée plus haute de vingt mètres que la statue de la Liberté, chargée de sept mille tonnes d'hydrogène liquide inflammable au point que sa surface extérieure est couverte de plaques de glace artificielle qui doivent la maintenir à basse température dans la chaleur humide des marais de Floride. Mais tu n'as pas de sensation de chaleur, malgré la combinaison, le casque et les trois corps allongés l'un à côté de l'autre dans l'étroitesse du cône, chacun avec sa pulsation secrète, ses battements de paupières, le sang de chacun courant avec une rapidité légèrement différente. Un réseau de tubes capillaires extrêmement fins permet à un flux constant d'eau froide de circuler dans la paroi de la combinaison spatiale et de la refroidir. De l'air frais qui sent légèrement le plastique circule avec douceur sur la peau, effleure le visage, les doigts à l'intérieur des gants, le bout des doigts qui frappent de manière instinctive, avec une impatience contrôlée, et que des capteurs enregistrent aussi. Mais ce n'est pas exactement de l'air: c'est surtout de l'oxygène, soixante pour cent, et quarante pour cent d'azote. Plus il y aura d'oxygène plus grand sera le danger d'incendie. L'air sentait le sel et peut-être les algues et la vase des marais, même au niveau de la passerelle qui conduisait à l'écoutille ouverte, à cent dix mètres au-dessus du sol. Il n'y avait pas d'endroit plus haut dans toute l'étendue des plaines et des marais qui se prolongeaient jusqu'à l'horizon de la mer."
Calou l'a lu et a trouvé ce roman "beau, drôle, touchant et pathétique".
06 septembre 2009
Cochon d'allemand
Knud ROMER
Présentation de l'éditeur :
Que signifie être allemande dans une petite ville danoise, quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale ? Que ressent-on quand on se fait traiter de «cochon d'Allemand» à chaque récréation ? Quand on est témoin de l'ostracisme permanent à l'égard de sa mère ? Pour avoir été ce «cochon d'Allemand» à Nykobing Falster où il est né en 1960, Knud ROMER le sait. À partir de ses souvenirs, il compose un récit déchirant sur l'enfance réduite malgré elle à se fondre dans un conformisme de survie. En évoquant sa famille, l'auteur dresse une galerie de portraits pathétiques et nous fait remonter dans le temps : le roman autobiographique se transforme en une fresque historique, celle du Danemark et de l'Allemagne au cours du XXe siècle. Lauréat en 2006 de nombreux prix, Cochon d'Allemand dépeint dans un style dense et enlevé une époque teintée de rancoeur et de culpabilité.
Repéré sur les blogs des uns et des autres, ce petit livre me tentait énormément et je remercie de tout coeur
Antigone de l'avoir fait voyager jusqu'à moi (par contre, Antigone, impossible de mettre la main souris sur ton billet sur ton blog, tu pourras rajouter le lien...).
J'ai cependant été très déçue par ce roman, que j'ai trouvé un peu ennuyeux et un peu pontifiant. Je n'ai pas du tout ressenti d'émotion au cours de ma lecture et surtout, j'ai eu un mal fou à me faire au style de l'auteur. J'ai trouvé que tout était un peu en fouillis et j'aurais peut-être plus apprécié si chaque personnage (pourtant aux caractères fort intéressants) avait eu un ou plusieurs chapitres pour lui tout seul, plutôt que de passer de l'un à l'autre et de me sentir un peu perdue... Idem pour la chronologie, j'étais désemparée dans ma lecture par les aller-retours entre les dates, les périodes, les lieux... De plus, est-ce parce que je suis germaniste, mais les dialogues notés en allemand et traduits juste après en français m'ont énervée... et j'ai trouvé qu'ils alourdissaient l'ensemble. Une déception, donc, bien que je sois consciente que la vie de ce petit garçon tiraillé entre deux pays et deux modes de vie, soumis au racisme ambiant et aux fluctuations d'humeur de sa maman soit poignante et bien triste.
«Nykobing Falster est une ville si petite qu'elle se termine avant même d'avoir commencé. Quand on est dedans, on ne peut pas en sortir, et quand on est dehors, on ne peut pas y entrer. Dans les deux cas, on se retrouve du mauvais côté, et la seule preuve de son existence est l'odeur qui imprègne les vêtements : en été ça sent les engrais, en hiver la betterave à sucre. C'est à cet endroit que je naquis en 1960, et c'était la façon la plus sûre de ne pas exister du tout.»
«Nous vivions dans la solitude, séparés du monde entier, mes parents n'avaient pas d'amis, pas de connaissances, ne fréquentaient personne. [...] les autres avaient coupé la branche que nous constituions. Aussitôt je me les imaginai en train de manier la hache, je vis le sol jonché de nos corps démembrés - une cruauté qui me semblait incompréhensible. »
Beaucoup d'entre vous l'ont déjà lu, dont certains il y a fort longtemps : Bernard du Blog des livres l'a lu et est revenu "heureux d'avoir effectué la traversée", Sébastien avait également beaucoup apprécié sa lecture, IncoldblogIncoldblog aurait "aimé que le roman se concentre totalement sur Hilde", Malice trouve que c'est un "livre dur fort", Fashion pense qu'"Au final, il s'agit d'une véritable déclaration d'amour pour sa mère et sa grand-mère maternelle", Florinette qualifie ce récit d'"extrêmement touchant", Gambadou a "eu plus de mal avec le style", pour Cathulu, ce fut "un vrai coup de coeur", cette lecture a laissé à Chiffonette un "sentiment mitigé", Lily trouve que l'auteur a "beaucoup beaucoup de talent".
D'autres lecteurs sur BOB.
02 septembre 2009
La grand-mère de Jade
Frédérique DEGHELT
"J'ai beaucoup lu, depuis très longtemps. Je suis une lectrice assidue, une amoureuse des livres. On pourrait le dire ainsi. Les livres furent mes amants et avec eux j'ai trompé ton grand-père qui n'en a jamais rien su pendant toute notre vie commune."
"Je suis entrée dans les livres par effraction, sans l'instruction qui donne le goût et l'aptitude à la lecture. En ouvrant des livres, j'ai choisi la pire chose qu'une femme de mon milieu puisse faire. J'ai contemplé un monde qui m'était interdit. J'avais parfaitement conscience que ce n'était pas le mien. Je l'ai contemplé longtemps. Puis j'ai refermé la porte, mais il m'était désormais impossible d'oublier ce que j'avais entrevu : un espace immense dont je ne pourrais plus me passer. Pourquoi n'ai-je pas décidé de vivre dans cet autre univers, faire des études, d'aller en ville ? Pourquoi ai-je passé ma vie à effectuer des allers-retours entre la terre sur laquelle je suis née et celle que je convoitais sans jamais la sentir mienne ? J'ai pris bien soin de refermer la porte derrière moi, de ne jamais mélanger mes deux vies : celle de la petite montagnarde et celle de la lectrice de romans."
"Quand je vivais dans la première, penser que la seconde existait me donnait de la force puis, quand je rejoignais la seconde, je ne pensais plus qu'il puisse en exister une autre."
"Pourquoi faut-il en venir à réclamer la permission d'exister à ses enfants ? Comme s'il ne suffisait pas déjà d'être griffée par le temps !"
"Elle a encore mille choses en elle que j'ignore mais qui ne pourraient pas me surprendre parce que je connais l'étendue de mon ignorance. Nous sommes aveugles et ce que nous voyons chez nos plus proches c'est ce que nous croyons savoir d'eux. Combien de fois sommes-nous trompés par ces étiquettes dont nous avons affublé nos amis ou ceux de notre famille ? Pourquoi ne voulons-nous pas tenir compte de ces mouvements et revirements qui agitent les humains et les font changer ?"
"Quand je lis, je n'ai plus d'âge, je suis à temps dans la vie des personnages, j'épouse, me sépare, je trahis aussi, ou je me trompe."
"Il s'est produit quelque chose qui a grandi, qui de livre en livre s'est mis à accaparer mes yeux, mon souvenir et toutes les parties de mon corps. Je me souviens d'avoir été fascinée par le miracle des bons livres qui arrivaient au bon moment de la vie. Ceux qui parfois tombaient des étagères pouu venir répondre à des questions que me posait l'existence. J'ai récupétré ainsi la patience à une époque où je serais partie dans l'exaspération, découvert les vertus de l'amour rêvé, abandonné le voyage à d'autres vies, rangé le meurtre au rayon de l'impossible. J'ai tout vécu, j'ai mille ans et je le dois aux livres."
Quel bonheur que ce livre ! Je suis ressortie de ma lecture toute émue et attachée à Jade et Mamoune comme si elles faisaient vraiment partie de ma vie... Frédérique DEGHELT nous offre ici une histoire toute en finesse, en douceur et l'on se prend à envier cette jeune femme et sa grand-mère et la relation étroite qu'elles ont nouée, faite d'amour, de tendresse, de respect, d'admiration. Je n'ai pas eu la chance d'avoir une grand-mère comme Mamoune et je n'ai pas connu cette complicité autour des livres (ni cette complicité tout court), mais j'espère qu'un jour, quand je serai bien vieille, je ressemblerai à cette grand-mère terriblement attachante et que ma vie aura elle aussi été bien remplie, par les livres, par l'amour et par la joie semée autour de moi.
Ma grand-mère, la seule que j'ai connue, n'avait qu'un mot à la bouche : "qui sont ces gens, socialement ?". Il y avait ceux qu'on pouvait fréquenter, les aristocrates, les biens nés, les puissants, les nantis, même dégénérés, même méchants, stupides ou illettrés, et il y avait les autres, ceux qu'on ne devait pas cotoyer... Tout était pour le paraître et rien pour le coeur, le contraire de Mamoune !
Bien sûr, parfois, au cours de la lecture, on se prend à se dire que ce n'est pas vraiment possible, cette histoire, trop beau pour être vrai, pas crédible dans la vraie vie. Qu'une jeune trentenaire recueille sa grand-mère pour lui éviter la maison de retraite, passe encore, mais que la cohabitation entre les femmes se passe avec autant de sérénité, autant de respect de l'univers de l'autre, autant de complicité, cela semble par trop improbable. Chacune a sa vie, en effet. Jade, du haut de ses 30 ans, se cherche encore, autant professionnellement que dans ses relations amoureuses. Elle a quitté son petit ami parce qu'elle voulait vivre plus, vibrer, parce qu'elle sentait un manque dans la relation qui lui semblait trop platonique, installée. Elle continue son travail de journaliste, mais sans y croire vraiment, en ayant mis de coté les idéaux développés lors de ses études, en se laissant aller à la facilité malgré quelques sursauts de révolte.
Accueillir Mamoune lui semble une évidence, mais elle ne prend pas le temps de se poser les questions que tous autour d'elle se posent pourtant : comment cohabiter harmonieusement, comment ne pas se laisser déborder par une vieille dame envahissant l'espace déjà restreint d'un appartement parisien, comment cette dame survivra-t-elle à ce déracinement, cet éloignement de la maison où elle passa toute sa vie en compagnie de son mari bien-aimé qu'elle ne peut oublier, que faire si la santé de Mamoune se déteriore, comment se sentir encore libre et indépendante en ayant quelqu'un à demeure chez soi, dont il faut prendre soin ? Autant de questions, donc, mais qui trouveront d'elles-mêmes leur réponse au fil de leur vie commune, par les discussions ouvertes, franches, par le respect de l'autre et bien sûr par l'amour immense que Jade porte à sa grand-mère, dont elle découvre au fil du temps des facettes de personnalité totalement inconnues.
Cette grand-mère qui n'était pour elle qu'une mamie-gâteau, qu'elle ne peut imaginer que vieille a donc eu une vie ? Et une vie dont la richesse est insoupconnée de tous ! Les confidences de Mamoune, suggérées par les questions discrètes de Jade, lui font découvrir une femme toute autre, une femme ont la vie intérieure est passionnante, une femme qu'elle admire énormément, même si découvrir ces pans cachés la trouble. Mamoune, elle, veut se rendre utile, elle ne sait comment faire plaisir, elle ne veut surtout pas déranger, elle cuisine, pensant faire plaisir, fait les courses ou du ménage, mais elle voudrait faire plus pour remercier sa petite fille de l'avoir prise en charge et ne sait comment exprimer sa reconnaissance. C'est alors que les mots et les livres vont les rapprocher, et faire de cette cohabitation une histoire vraiment belle, émouvante. Je ne vous en dirai pas plus... Lisez ce livre ! La fin est absolument... Enfin, je ne vous dis rien, lisez ce livre !
Je l'ai offert à ma Maman, qui a adoré et aimerait aussi être une Mamoune. Elle en prend bien le chemin, assurément, quand je la vois s'occuper si bien de mes enfants, partager avec eux, construire une vraie relation, les éveiller, les aimer avec autant d'émerveillement dans les yeux.
J'ai eu la grande joie de rencontrer Frédérique DEGHELT peu de temps après ma lecture, lors d'une interview et de signatures au Furet de Lille (LA librairie du Nord). L'auteur était aussi belle et douce, déterminée et intelligente que les personnages de son livre et l'on imagine aisément qu'elle aussi sera une vraie Mamoune pour ses enfants... Je l'ai écoutée avec un plaisir immense parler de son livre, des personnages, de la genèse du roman et de son éditeur Hubert Nyssen de Actes Sud. Une rencontre qui me donne envie de suivre les parutions de cette auteur au grand talent et à la grande humanité.
Les trois âges de la vie - Klimt
Le site de l'auteur, très beau, allez-y faire un petit tour !
Clarabel a trouvé ce roman "ensorcelant", pour Cuné ce fut un "véritable coup de coeur", Leiloona s'est "projetée dans ce roman", Martine a apprécié ce "très joli texte", Bellesahi conseille de déguster ce livre, Laure trouve à l'auteur un sacré talent, La pyrénéenne trouve que c'est "un très beau roman", A propos de livres a "passé un formidable moment de lecture"... et certainement beaucoup d'autres que j'ai oubliés... n'hésitez pas à vous manifester et à râler !
30 août 2009
Le modèle
Lars Saabye CHISTENSEN
Peter Wihl est un peintre norvégien reconnu. Il prépare sa prochaine exposition qui est prévue pour le jour même de ses cinquante ans, mais se sent stressé, harcelé presque par son agent. Il a un mal fou à peindre, ses toiles n'arrivent pas à se concrétiser comme il les voudrait, il passe de l'une à l'autre, mais les douze toiles, sur leur chevalet, restent inachevées, en attente sans qu'il lui soit possible d'y mettre la touche de pinceau finale.
C'est qu'il doit se renouveler, ce peintre, car le public et la critique l'attendent au tournant, ou tout du moins c'est ainsi qu'il le ressent. Il doit faire évoluer sa peinture tout en y laissant sa "patte" et ne peut pas se permettre de faire la même chose que les corps morcelés qui avaient fait le succès de sa première exposition (Amputations), ni bien sûr moins bien.
Dans cet état d'esprit déjà fiévreux, la mini attaque dont il est victime dans son atelier, et qui le laisse inconscient sur le sol, lui fait envisager le pire, concrétisé bientôt par un diagnostic médical implacable : il va devenir aveugle, sans aucune chance de rémission ou d'arrêt du processus. Ce verdict qui est presque comme un arrêt de mort pour le peintre va réveiller les instincts les plus bas de cet homme déjà fort peu sympathique, égocentrique, mesquin, pas gentil avec ses amis ni avec sa femme... (à tel point qu'on pourrait presque se dire que c'est bien fait pour lui, ce qui lui arrive !).
La rencontre fortuite qu'il fait d'un ancien camarade de classe (détesté à l'époque) devenu ophtalmologue va faire basculer le destin de cet homme. Thomas Hammer est un être malsain et détestable mais peut-être pourrait-il procurer à Peter une solution de rémission, voire de guérison. Les yeux du peintre lui sont vitaux et il ne peut envisager une vie d'aveugle. Étant uniquement tourné vers lui-même, ses propres besoins et désirs, il n'a aucune empathie vers le monde pour imaginer vivre sans voir, pour comprendre qu'on peut aussi ressentir les choses et les gens, les humer, les écouter... Cette terreur de la cécité qui approche à grands pas réveille donc chez cet homme déjà peu attirant des facettes de son caractère plutôt sordides. Jusqu'où ira-t-il pour retarder l'échéance, qu'est-il capable d'envisager, de faire pour changer le cours des choses ? Peter repousse sans s'en rendre vraiment compte les limites morales "normales". On suit avec une curiosité et une angoisse grandissante le destin de cet homme qui va basculer à cause de la maladie, et surtout à cause de la perception qu'il a de cette maladie, de sa lâcheté face à ce mal qu'il n'est pas plus capable d'envisager que de combattre ou d'accepter avec résignation.
Ce roman est absolument passionnant, tant la dérive de l'homme, sa chute lente vers l'horreur est peinte avec précision mais par petites touches qui distillent l'angoisse montante et l'ambiance malsaine. On imagine le dénouement avant la fin, mais ce que l'on devine est tellement énorme, horrible, incroyable, qu'on se dit "non, cela ne peut pas être ça, j'ai du mal lire, mal comprendre", mais finalement on se rend compte que oui, c'est bien ça qui se passe... Ça fait froid dans le dos.
Je remercie Le livre de Poche pour ce nouvel envoi, qui m'a beaucoup plu.
Quelques extraits :
"Six mois plus tôt, il perdait la vue.
Peter Wihl, par un après-midi d'octobre, travaillait dans son atelier, aux peintures destinées à son exposition anniversaire, douze grandes toiles. Vêtu de ses habits de travail, il était prêt pour la guerre : des pieds nus dans des sandales élimées, la longue blouse maculée, une écharpe autour du cou. Il venait de terminer la composition, le fond à proprement parler. Il ne lui restait à présent que l'art. Il se trouvait dans cet élan propice, qui surgit parfois et n'est pas sans rappeler une espèce d'effervescence dépassionnée. La main, obéissante, opérait avec des gestes sûrs. Les pensées étaient claires. Il savait où il devait aller. Il s'agissait simplement de trouver la voie. Décontracté, il évoluait de motif en motif qui, lentement mais sûrement, prenaient forme : des coupes anatomiques, des muscles, une omoplate, un tendon, une phalange. Il n'avait guère le souvenir d'avoir jamais ressenti un tel contrôle ; aujourd'hui, il maîtrisait à nouveau ses ustensiles, aujourd'hui il maîtrisait le travail, en cet instant très précis, alors que le travail était censé s'élever vers l'art, que l'ouvrage, le labeur, s'apprêtait à briller - et cela ressemblait à du bonheur, c'était le bonheur. Mais, soudain, il éprouva une violente douleur dans les yeux, comme si en eux quelque chose se brisait, se craquelait, exactement comme si ses yeux étaient remplis de parasites. Les couleurs se diluèrent les unes dans les autres, les lignes s'effacèrent, la perspective s'éclipsa, sa vue se brouilla, il fut littéralement plongé dans le noir et s'effondra sur le plancher. Cela ne dura pas. C'était déjà parti. Seul l'écho de la douleur lui parvenait, les lourds battements de son propre coeur. Peter Wihl, à genoux, garda longtemps la tête posée, reposée, entre ses mains. Il revint à lui. Tout se remit en place, aussi brusquement que tout s'était cassé en mille morceaux. Il se redressa, lentement, et lorsqu'il se tourna vers les grandes fenêtres il aperçut Hélène et Kaia au fond du jardin, enchâssées dans les encadrements et les croisillons des vitres, dans la lumière évanescente d'octobre - et ce qu'il vit le remplit d'une joie, d'un soulagement si profonds, si vastes, qu'il fut sur le point d'éclater en sanglots, lui qui avait failli franchir le seuil des ténèbres. Assise sur le banc blanc sous le pommier, Hélène, ses cheveux coupés court, ses mitaines violettes, son manteau ocre, feuilletait un texte de théâtre, jamais il ne l'avait vue avec une telle clarté, cependant que Kaia ramassait les feuilles mortes à l'aide d'un râteau beaucoup trop grand pour elle - et là, Peter Wihl songea qu'il n'avait jamais peint ces deux personnes, ni son épouse ni sa fille.
Et peut-être la raison en était-elle la suivante : elles lui étaient trop proches et il n'osait pas.
Il prit son coupe-vent et sortit les rejoindre.
Kaia ratissait toujours, le feuillage formait un cercle jaune autour d'elle.
La branche juste au-dessus de Hélène était grande, à son extrémité pendait une pomme rouge, gelée.
- Qu'est-ce que tu lis ?
- Ce que je lis ? Le Canard sauvage, bien sûr.
- Oui, bien sûr. Tout va bien ?
Hélène posa la pièce et leva les yeux sur lui.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Rien.
Elle le toisa un petit moment encore.
- Qu'est-ce qu'il y a ? répéta-t-elle.
- Je suis juste un peu fatigué.
Une rafale de vent fit voler les feuilles mortes et Kaia se retrouva au milieu d'une tempête jaune. Peter s'avança vers elle et, ensemble, ils tentèrent de récupérer les feuilles, certaines tout à fait sèches au point d'être réduites en poussière puis de disparaître quand ils les prenaient entre leurs doigts, d'autres humides, qui leur échappaient pour se poser un peu plus loin dans le jardin; comme il était impossible de toutes les ramasser, il finit par s'agenouiller devant sa fille.
Elle avait les yeux verts.
Les yeux de sa mère."
"Il lui demande : si tu pouvais choisir, tu voudrais être aveugle ou sourd ? Et au même moment, Peter se réveilla, avec la réponse du rêve sur le bout de la langue : Ceci n'est pas un choix. Ceci est une menace. Et, tout aussi brusquement, il se rappela les mots singuliers et effrayants de Kaia : tu ne te ressembles pas."
"Peter fut forcé de recourir à l'adjectif dévorant, puisque c'était dévorant, comme si le qualificatif représentait en soit le fléau dans toute sa réalité, comme s'il faisait corps avec sa signification - et Peter pensa, une pensée qu'il se formulait ces derniers temps à intervalles réguliers, que l'être humain ne s'améliore pas avec les années, l'expérience ne fournit aucune garantie, on n'apprend pas de ses erreurs, on ne monte pas d'un cran, car n'était-ce pas plutôt le contraire : à savoir que le meilleur se trouvait derrière lui, qu'il avait fait de son mieux, qu'il avait dépassé les sommets, qu'il fêtait ses cinquante ans dans trois mois et que, à partir de là, il entamait lentement une pente descendante, il dégringolait cruellement vers le bas, qu'il ne lui restait plus qu'à se peinturlurer dans la médiocrité et la nébulosité, dans du réchauffé, embarrassant et sentimental, une sauce brune et épaisse ? Ne valait-il pas mieux, dés lors, s' en dispenser, prendre un congé ad vitam aeternam, dire la vérité crue : à savoir que le meilleur se trouvait derrière lui, prenez, je vous en prie, c'est là-bas que ça a lieu, derrière moi, dans le sillage de ce qu'on appelle communément le passé, le dépassé, l'imparfait, le prétérit, le trépassé ? Oui, ça c'était préférable, ça c'était décent, et pourtant il n'y arrivait pas, il ne parvenait pas à s'en dispenser, à s'empêcher d'essayer de peindre, car chaque fois qu'il plongeait son pinceau dans la couleur et qu'il levait la main, il était un maître, incontestable et souverain, il était un rêveur, branque et concret ; sauf que, voilà, dès que les poils fins et poisseux, extraits du dos d'une martre, s'approchaient de la toile, du croquis représentant Kaia, il redevenait un bouffon, tout disparaissait, tout se désagrégeait entre ses doigts, se volatilisait dans l'air, dans le néant - et c'est là qu'une autre pensée se collait aux précédentes, à ces pensées en cascades, cette réaction en chaîne, cynique, logique et blasphématoire : à savoir que devenir aveugle serait au fond une manière héroïque de ponctuer sa carrière, une telle mort comportait de multiples dimensions, avait un goût de tragédie, et si de surcroît il portait sa destinée en gardant le dos bien droit, avec dignité et style, ces ténèbres pourraient sans nul doute jeter une nouvelle lumière quasi incommensurable sur les toiles qu'il avait eu le temps de peindre et, ce faisant, apporter un contenu à la virtuosité, une humanité à la technique, ses yeux morts posséderaient en quelque sorte une force rétroactive, ils se profileraient dans son oeuvre amputée pour ainsi la magnifier, la parfaire."







































