20 juillet 2008
Nom de code : La Murène
Jean-Christophe Notin
Murène : poisson prédateur aux dents effilées, d'allure menaçante et à la réputation terrifiante.

4ème de couverture : Victor, un jeune historien fauché et désorienté, se voit confier par un éditeur sans scrupule une tâche qu’il estime sans gloire : rédiger un portrait assassin du général de Gaulle, un pamphlet destiné à contrebalancer les innombrables hagiographies qui trônent en librairie.
Accablé, Victor accepte à contrecœur. Au fil de son enquête, il est amené à fréquenter toute une série de personnages nauséabonds et douteux, jusqu’à ce que surgisse du passé, et parachuté par Londres, un commando appelé La Murène. Sa mission : supprimer Jean Moulin. Ordre du général…
Grâce à la SNCF et aux vacances, j'ai pu lire ce roman d'une seule traite, et rarement trajet en train ne m'a paru si rapide, ni si agréable !
Je me suis littéralement plongée dans l'histoire de cette période de résistance qui pourtant en général ne me passionne pas outre mesure, tellement le sujet a été rabattu. Ce policier historique m'a captivée de bout en bout, même si je n'ai pas trouvé le personnage de Victor très sympathique : obsédé par sa quête, il en néglige son couple, et est parfois saisi par le découragement ou la peur quand les évènements du passé ressurgissent devant lui ; parfois faible, agissant d'autres fois bêtement sous le coup d'une impulsion, il reste cependant tenace dans sa recherche, et son profil d'historien le pousse à chercher toujours plus loin ou plus enfoui le détail important, ce qui fait qu'il découvre des faits jusqu'alors inconnus, incroyables... et vrais ?
Roman ? On peut se poser la question au vu de la biographie de l'auteur, qui connaît son sujet et mélange Histoire et invention. Si le style n'est pas vraiment littéraire, mais plutôt journalistique, il se lit facilement, et convient malgré tout fort bien à cette histoire haletante aux multiples rebondissements.
Je ne peux que vous conseiller ce livre qui nous offre une version originale et vraiment nouvelle de la grande Histoire, même si je ne vous en dis pas plus... ce serait dommage de vous priver du suspense présent tout au long du roman et de gâcher votre lecture !
Merci à Babelio, sans lequel je n'aurais jamais eu l'idée de lire ce livre...

11 juin 2008
Une exécution ordinaire
Marc DUGAIN
Le pays où une vie ne vaut pas cher...

En août 2000, le sous-marin Koursk, l'un des fleurons de la flotte russe, coule en mer de Barents. Aucun secours efficace ne sera tenté à temps et il n'y a aucun survivant.
Marc DUGAIN, en partant de cette tragédie bien réelle, nous propose un roman sur les gens ordinaires de la Russie post-soviétique, ainsi que leurs réflexions sur la politique du pays, son déclin, l'emprise de ces transformations sur le peuple russe, et leurs conditions de vie misérables et incertaines. Aux cotés des personnages issus de son imagination, on retrouve les personnalités historiques, Staline, les officiers des services secrets, des capitalistes...
Les chapitres présentent des personnages différents, dont au comprend au fil de la lecture, qu'ils sont tous liés les uns aux autres, sur trois générations. Au début du roman, la mère du narrateur est appelée auprès de Staline pour le soulager de ses maux grâce à ses dons de magnétiseuse. Isolée de son mari, elle croise le cuisinier, un certain Plotov qui vient d'avoir un petit-fils Vladimir que l'on retrouvera plus tard. Elle rejoint ensuite son mari à son affectation dans une base de la marine sur le cercle polaire.
Puis, Vladimir Plotov devenu adulte, est recruté par le KGB et envoyé en RDA pour tester ses convictions et son aptitude à servir le pays.
Le narrateur, professeur d'histoire dans un lycée dans une base militaire au bord de la mer de Barentz nous parle ensuite de son couple et de ses enfants, Anna journaliste, et Vania, cadet dans la marine. Il reçoit une indemnité en "contrepartie" de la disparition de leur fils lieutenant de vaisseau. On entre alors vraiment dans le coeur du roman et on découvre le naufrage dramatique et mystérieux du sous-marin Oskar, sur lequel servaient Anton, le meilleur ami du narrateur, et son fils. Descriptions de la vie à bord, des influences politiques, de la corruption qui pourrit le pays, nous touchons au plus près la réalité de ce pays complexe, attirant et repoussant tout à la fois : sous le couvert de ses personnages, l'auteur brosse un véritable panorama de la Russie d'aujourd'hui.
J'ai bien aimé ce livre, mais j'avoue avoir eu un mal fou au début à me mettre dans le roman. Les réflexions sur le pays, sur les mentalités des gens sont passionnantes, mais j'ai mis pas mal de temps à comprendre qui était qui dans le récit et comment les personnages étaient liés les uns aux autres. A part cela, la description du pays et de ses rouages secrets est vraiment intéressante et le "fait divers" qui fait la base du récit est poignant.
Une exécution ordinaire a reçu le Grand prix RTL-Lire 2007.
Pour plus d'informations sur le sujet, vous pouvez lire le site Russie.net, très intéressant, ainsi qu'une critique approfondie sur Critiques libres.
Extraits : "Un cheval qui n'a peur de rien, il faut le tuer, car il va contre les instincts de sa race. Un cheval craintif, il faut le tuer aussi sinon un jour c'est toi qu'il tuera dans un mouvement inconsidéré pour se dégager. Il en est de même avec les hommes. La terreur requiert un dosage subtil, sinon nous sommes obligés de tuer beaucoup trop de monde, […] elle doit être perçue comme un phénomène irrationnel du point de vue de ses victimes, mais elle est un phénomène quasi scientifique du point de vue de ceux qui l'infligent, sinon c'est n'importe quoi."
"Pour moi, la terreur, c’est la certitude pour tout homme de l’Union soviétique, du plus humble au plus puissant, de l’anonyme à l’ami de Staline, que rien ne le protège d’une décision de l’exécuter qui peut tomber à chaque instant sans véritable fondement. »
« … tout est possible dans ce pays, la culture de la destruction est telle, et nous sommes capables d’y apporter un tel vice. Tout ce qui est impossible dans n’importe quel pays civilisé devient probable ici. »
"Quand la corruption devient un mode de vie, rien n’est impossible, l’improbable s’efface devant l’opportunité."
"Ces hommes devaient mourir pour que le doute puisse continuer à bénéficier au pouvoir, pour que la vérité ne puisse lui être jetée à la face. Au bout du compte, que sont ces vingt-trois vies, comparées à un secret d’Etat à naître ? Rien. Et cela n’a rien de choquant. Le contraire aurait étonné. Dans un pays où la vie en vaut rien, ou la mort a longtemps été une délivrance, peut-on concevoir qu’on échange des siècles d’exercice du pouvoir dans le secret contre les vingt-trois vies d’hommes qui ont choisi le métier des armes ? Le contraire aurait été à lui seul une révolution. Et, de révolution, dans ce pays, nous n’en n’avons jamais eu. »
15 mai 2008
Millenium 3 La reine dans le palais des courants d'air
Stieg LARSON
JE VEUX UN TOME 4 !!!
Lisbeth n'est pas morte et Mikael est toujours bien décidé à la sortir de ses problèmes. Ce troisième tome est axé sur la vie politique suédoise, et les méandres du contre-espionnage censé assurer la stabilité du gouvernement. Une fois de plus, tout et tous se liguent contre Lisbeth pour la faire à nouveau internet et imposer à jamais le silence sur l'Affaire. Mais la jeune femme compte malgré son caractère difficile quelques amis, des fidèles, qui vont braver police et malfrats pour faire enfin exploser la vérité sur son passé et les raisons de son internement.
Je ne vous en dirai pas plus... désolée, ce n'est pas de la flemme, mais sinon, pour ceux qui ne l'ont pas encore lu, il n'y aurait plus de suspense, et justement, on ne sait pas s'arrêter, on tourne une page, et puis l'autre, et une autre encore, ah, juste une petite dernière, la fin du chapitre, le suivant, juste pour voir... et il est 2 heures du matin, et on a des cernes le lendemain, et boss râle qu'on n'est pas efficace au bureau...
Donc, vous avez compris, j'ai vraiment bien aimé cette trilogie suédoise. Malgré le style qui laisse un peu à désirer, j'ai été transportée par l'histoire, vraiment bien ficelée, par la complexité des personnages principaux (Lisbeth tellement antisociale et attachante malgré tout, Mikael, bon mais si prévisible...) et j'ai surtout beaucoup aimé la peinture de la Suède que nous propose Stieg Larson. C'est assez rare qu'un polar décrive autant le contexte dans lequel il se déroule, et j'ai trouvé vraiment intéressant de découvrir certaines faces de la Suède : l'économie, la politique, le système journalistique...
Bien sûr, il y a quelques bémols ; on attend longtemps pour savoir ce que deviennent certains protagonistes de l'histoire, il y a quelques incohérences dans le récit, la fin est un peu rapide à mon goût, un peu "facile", mais je crois qu'il faut tenir compte du fait que l'auteur n'a pas eu le temps de retravailler son manuscrit puisqu'il est malheureusement décédé juste après l'avoir remis à l'éditeur, et que peut-être ces petits couacs viennent de cette parution post-mortem et du manque de relecture... Toujours est-il que Millenium est un bon polar, je vous le recommande, ça se lit vite malgré les ouvrages importants, et ça nous change des psychopathes américains (dont j'ai soupé)...
29 avril 2008
Millenium 2 La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette
Stieg LARSSON
Du feu de Dieu ! (même si Dieu n'a pas grand chose à y voir !)

Nous retrouvons nos héros du premier tome : au début du livre, Lisbeth se prélasse sous les cocotiers tandis que Mikael se prépare à lancer chez Millénium un numéro spécial sur le commerce du sexe, basé sur une enquête faite par un journaliste d'investigation et sa compagne qui prépare une thèse sur la place de la femme dans la société et plus particulièrement dans ce milieu.
On ne comprend tout d'abord pas bien le début, qui parle, où et pourquoi, ni quel lien il y a avec Lisbeth et Mikael, mais on est vite, encore plus vite que dans le premier livre, emporté dans une histoire folle, course haletante pour trouver les coupables, sauver les innocents... Lisbeth change, elle grandit, mûrit, tout en gardant sa personnalité bien particulière, et Mikael est quand à lui fidèle à l'image que l'on a de lui. Leur relation évolue, les personnages déjà rencontrés prennent encore plus de profondeur, et d'autres apparaissent...
Je ne vous en dirai pas plus !!!! Z'avez qu'à le lire !!! J'ai des cernes et un teint de navet car je me couche à 2h du mat depuis le début de la semaine à cause de ce Millenium 2 ! Malgré mes légères critiques sur le tome 1 (voir là), je suis devenue accro et je me fais violence pour ne pas sauter sur le troisième livre tout de suite (je dois me rappeler que j'ai une famille, mari, enfants, un boulot, une vie sociale... bref ! qu'il n'y a pas que la lecture d'important dans ma vie !).
Critique dithyrambique sur Evène (j'adore ce mot, dithyrambique !)
14 avril 2008
Millenium Les hommes qui n'aimaient pas les femmes
Stieg LARSSON
... auraient du être plus prudents !
4ème de couverture :
Ancien rédacteur de Millenium, revue d'investigations sociales et économiques, Mikael Blomkvist est contacté par un gros industriel pour relancer une enquête abandonnée depuis quarante ans. Dans le huis clos d'une île, la petite nièce de Henrik Vanger a disparu, probablement assassinée, et quelqu'un se fait un malin plaisir de le lui rappeler à chacun de ses anniversaires.
Secondé par Lisbeth Salander, jeune femme rebelle et perturbée, placée sous contrôle social mais fouineuse hors pair, Mikael Blomkvist, cassé par un procès en diffamation qu'il vient de perdre, se plonge sans espoir dans les documents cent fois examinés, jusqu'au jour où une intuition lui fait reprendre un dossier.
Régulièrement bousculés par de nouvelles informations, suivant les méandres des haines familiales et des scandales financiers, lancés bientôt dans le monde des tueurs psychopathes, le journaliste tenace et l'écorchée vive vont résoudre l'affaire des fleurs séchées et découvrir ce qu'il faudrait peut-être taire.
A la fin de ce volume, le lecteur se doute qu'il rencontrera à nouveau les personnages et la revue Millenium. Des fils ont été noués, des portes ouvertes. Impatient, haletant, on retrouvera Mikael et sa hargne sous une allure débonnaire, et Lisbeth avec les zones d'ombre qui l'entourent, dans : Millenium 2 - La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette ; Millenium 3 - La Reine dans le palais des courants d'air.
Je suis un peu paresseuse de vous faire le résumé de Millénium, que l'on peut déjà lire un peu partout, aussi j'ai copié la 4ème de couv... une fois n'est pas coutume !
J'ai dévoré ce tome 1 de Millénium jusqu'à des heures indues la nuit (vivent les vacances et la grasse mat le lendemain !) et j'ai vraiment beaucoup apprécié ce polar original, autant par le dépaysement géographique que par l'action qui mêle journalisme, économie, vrais méchants et héros comme je les aime, avec tout plein de défauts et une vraie "gueule". Mais.
Mais -peut-être est-ce à force d'en avoir déjà tant entendu parler ?- je n'ai pas été aussi emballée que ce à quoi je m'attendais : "le polar de la décennie" cité par Evene... J'ai trouvé le style plutôt léger (ou bien est-ce la traduction ?) : on rencontre plusieurs fautes de français, grammaire, style... J'ai également trouvé le début un peu longuet ; certes, les personnages, et c'est un aspect vraiment positif pour un roman policier, ont un caractère complexe et bien décrit, de vraies personnalités bien trempées, et le contexte économique est également dépeint de façon très intéressante, mais l'action tarde à arriver ! De plus, la fin est à mon goût un peu abrupte...
Ceci dit, je suis d'une totale mauvaise foi car j'ai prévu de bien vite commencer le tome 2... Suite, donc, au prochain numéro.


















