Les lectures de Lili... Et un peu de ma vie aussi...

Ce que j'aime, ceux que j'aime... Un peu de tout, en vrac, et suivant mes humeurs...

02 janvier 2010

Un couple ordinaire

Isabelle MINIERE

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"Mais quelle emmerdeuse !" Voici la réflexion que je me suis faite tout au long de ma lecture ! Béatrice est vraiment impossible à vivre, castratrice, autoritaire, égocentrique et on se demande comment le pauvre Benjamin, son mari, arrive à la supporter sans lui envoyer une bonne paire de baffes pour la faire taire (ne croyez pas que je sois pour que le mari batte sa femme, non, non, mais là, vraiment, elle dépasse les bornes des limites et ce ne serait que bien mérité s'il la remettait à sa place...). Bien sûr, Béatrice est belle, elle est intelligente, elle sait ce qu'elle veut, elle réussit dans son métier d'auteur de livres pour enfants, elle "gère" tout avec talent... justement, elle gère un peu trop, cette femme-là et aurait tendance à prendre la vie de couple pour un combat, et confond l'amour et le partage avec l'autorité et le pouvoir...

Mais il y a Marion, la jolie petite Marion, fille de ce couple improbable, tant aimée de son papa, le soleil de sa vie...  Benjamin peut tout supporter pour ne pas la perdre, et s'il n'y avait la petite fille, aurait quitté depuis longtemps cette femme à coté de laquelle il se sent étranger, vide, creux, comme un meuble, tiens, justement comme la table basse qu'ils viennent d'acheter ensemble et qui trône maintenant au milieu du salon, bien en vue des invités qui viendront l'admirer. Car bien sûr, Béatrice joue de cet amour du père pour la petite fille en agitant la menace d'un départ et d'une séparation si Benjamin "ne se reprend pas" (en gros, s'il n'obéit pas à ses ordres) et s'il ne se décide pas enfin à se prendre en main professionnellement et à acheter une officine (on ne dit pas une pharmacie, ça fait commerce, c'est d'un vulgaire !), le chantage classique des couples qui n'ont plus en commun que leur progéniture, qui focalisera donc toutes les haines et tiendra la place centrale dans le partage des biens.

Benjamin est devenu un objet, la chose de Béatrice, et on se prend à vouloir lui donner quelques coups de pieds dans les fesses pour qu'il se remue, se cabre, refuse de se faire traiter de la sorte. Même au lit, leur relation est un combat et le pauvre homme doit se forcer pour honorer son épouse qui entend l'amour comme une attaque, un assaut, une prise de position, presque d'otage... S'il essaye de résister ou d'émettre ne serait-ce qu'une réserve sur ce que dit ou ordonne sa femme (le scène du refus d'aller acheter la pizza est trop drôle !), il se fait traiter de sale macho... Bref, le couple est mal barré... Et même si cette situation devenue malheureusement assez classique dans notre société est bien triste, on rit malgré tout des mésaventures de ce couple abominable (j'ai même fait une auto-inspection de mes relations avec mon homme pour vérifier que je n'avais pas encore atteint le niveau de Béatrice et comprendre que non, malgré mon caractère bien affirmé qu'on me reproche parfois, je ne suis pas encore devenue aussi chi...te) !

Donc, pour revenir à l'histoire, la méchante Béatrice met finalement sa menace à exécution et quitte son mari, sa fille sous le bras, pour lui faire entendre raison et l'amener à de meilleurs sentiments à son égard. Pas une seconde elle ne doute de son pouvoir sur cet homme, et de la peine qu'elle va lui faire en lui enlevant l'enfant. Mais pas une seconde non plus, elle n'imagine qu'un livre de Plutarque pourra changer son mari, lui apprendre à dire non, le bouleverser et le transformer à tel point qu'il en deviendra presque un autre homme...

Voici un livre que j'ai dévoré en une soirée et qui m'a vraiment fait rire du début à la fin, tout en restant émouvant dès que l'auteur aborde l'amour du père pour sa fille ou la solitude de cet homme qui, bien qu'en couple, se sent complètement isolé et à coté de sa vie. A mon avis, une réussite d'avoir réussi à traiter un sujet universel et bien d'actualité avec autant de légèreté mais sans en faire un livre sans consistance. Cela permet de s'interroger aussi sur nos propres relations de couple, ce que nous serions prêts à sacrifier si jamais cela n'allait plus, la façon dont nous voyons notre conjoint.

Une lecture détendante ET intéressante ! Un grand merci au Livre de Poche pour l'envoi de ce livre que j'ai lu avec grand plaisir ! livre_de_poche

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Un livre que l'on pourrait ranger dans la catégorie des Chick Litt, mais alors en Chick Litt haut de gamme !

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12 décembre 2009

Vendeur de cauchemars

André BENCHETRIT

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Un thriller pour ado qui tient en haleine les mamans, c'est tout dire !

Lili et son grand-frère Elvis se gardent tout seuls à la maison en l'absence de leurs parents, qui ont rendez-vous chez un huissier suite à des dettes de jeu nombreuses et accumulées . Il y a d'ailleurs dans l'appartement familial une pièce secrète construite par le papa, cachée derrière un poster des parents, qui abrite tout ce que la famille possède d'encore un tant soit peu précieux, pour le soustraire aux huissiers : télévision, meubles, bibelots, tableaux...

On sonne à la porte, mais cette fois-ci ce n'est pas un huissier qui recherche les parents, c'est un homme à l'aspect tout à fait angoissant, qui force le passage et se retrouve dans l'appartement en face des enfants et menace de les tuer : le vendeur de cauchemars !

De longues heures terrifiantes attendent les deux enfants, qui sont très heureusement aidés par le pourtant très très énervant Roi de Trèfle. Sauf que Le Roi de Trèfle est un personnage imaginaire inventé par Lili et que la petite fille est la seule à le voir et à l'entendre, ce qui fait que tout le monde la prend pour une folle quand, trop en colère contre le lui, elle envoie des bordées d'injures dans tous les sens ! Mais cette petite créature va pourtant leur être bien utile et c'est en grande partie grâce à elle que l'histoire finira bien...

Une lecture très intéressante au delà de l'intrigue : s'y trouvent nombres de problèmes liés aux enfants ou à l'éducation : absence et irresponsabilité des parents qui laissent deux enfants jeunes seuls à la maison, enfants qui subissent les vices des parents (passion du jeu qui ruine la famille), personnage imaginaire créé par la fillette (pour s'évader d'un quotidien trop difficile ? ou parce qu'elle ne peut pas communiquer avec ses proches ?).

Un bon mélange entre le polar bien noir et le conte fantastique, j'ai juste été un peu déçue par la fin, à mon goût trop cartésienne et réaliste pour terminer en beauté cette histoire surréaliste.

Et je suis aussi en rogne contre mon crétin de fils qui n'a pas voulu le lire (si sa mère a aimé, ça doit être "trop naze", non ?)...

Laure a été déçue par la fin, pour Clarabel, c'était "purement terrifiant !", Ulaz a apprécié sa lecture, un coup de coeur pour Sylvie malgré la fin "un peu simpliste".

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04 décembre 2009

Allumer le chat

Barbara CONSTANTINE

coeur

chat

Quatrième de couverture :

Bastos, le chat philosophe et pédant, parvient à échapper au fusil de Raymond. N'empêche qu'il le nargue ce chat ! Et il faut encore s'occuper du môme, un peu nul en foot, qui n'a rien trouvé de mieux que de choper de l'eczéma sur le visage... Sans compter son imbécile de père qui se fait encastrer par un cerf de deux cents kilos. Il y a franchement de quoi devenir allumé dans cette famille !

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Un premier roman qui ne laisse pas le lecteur indifférent ! Ici, tout est loufoque et rocambolesque, tant l'histoire que les personnages, hauts en couleur et dont la verve donne un rythme soutenu au livre. Chaque chapitre permet à un des personnages de s'exprimer et de raconter les choses à sa façon. Nous avançons donc dans l'histoire en découvrant les caractères de chacun, racontés par les autres, et c'est assez rigolo ; le chat qui parle et philosophe, Raymond le septuagénaire dont la forme doit en faire rêver plus d'un, le petit Rémi et son eczéma, les femmes, avec leurs secrets... tous nous donnent leur propre version des faits, qui, bien sûr, s'avère parfois très différente de celle du voisin...

Le style est simple, c'est le langage parlé qu'employeraient les personnages si on pouvait les entendre, et on sent pendant la lecture les intonations, les soupirs, les sourires, tant ce style est imagé, et convient parfaitement aux personnages. Ce qui m'a le plus touché dans cette histoire, outre le fait que ce soit drôle et décalé, c'est l'humanité et la poésie sous-jacentes. L'histoire est à dormir debout, totalement farfelue et incroyable, tant il y a de rebondissements et de trouvailles, mais les caractères sont décrits avec finesse, et avec beaucoup d'empathie, beaucoup de tendresse. Certes, ils sont tous un peu fous, ces personnages, mais on se prend à les aimer et à ne pas vouloir les quitter.....

Un grand merci à Pascale pour ce livre voyageur !     livre_voyageur_anim_

Sylvie a beaucoup aimé. Elle recense, à son habitude, les blogueurs qui ont lu le livre avant elle, de façon très complète (merci Sylvie, tu me mâches le travail !). Pour trouver les autres, car certains l'ont lu après la parution de son billet, je vous renvoie directement sur le moteur de recherche de Calepin, car je suis en retard d'au moins 15 livres à chroniquer et je fais au plus vite !

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28 octobre 2009

Mon père n'est pas mort à Venise

Sophie POIRIER

coeur

venise

Un grand bonheur, quand on est blogueur, est de recevoir des livres dans sa boite aux lettres. Livres voyageurs dont on a entendu parler sur des blog-amis et qui viennent faire un court séjour chez nous, afin de continuer le partage, livres offerts par les éditeurs, livres gagnés au fil de concours ou de jeux, et parfois aussi livres envoyés directement par l'auteur lui-même, avec lequel on a eu quelques contacts et qui veut nous faire plaisir et nous faire découvrir son nouvel ouvrage.

Alors, bien sûr, oui, ça fait plaisir. Mais, dans le même temps, me voilà parfois toute intimidée face au livre. Autant j'arrive à donner un avis pertinent et tout à fait indépendant de diverses pressions quand il s'agit d'un ouvrage prêté ou d'un livre envoyé par un éditeur, je ne me sens pas liée à l'expéditeur par un quelconque lien et reste donc libre de faire une critique négative si je n'ai pas aimé ma lecture, autant, face à un livre envoyé par l'auteur lui-même... c'est plus délicat, j'ai peur de vexer, de faire de la peine, je me dis que c'est facile de critiquer et que moi, pour l'instant, je n'ai toujours rien publié et que je ne serais certainement pas capable de faire aussi bien, bref l'affectif entre en ligne de compte et je repousse ma lecture...

C'est ainsi que cela s'est passé pour le deuxième livre de Sophie Poirier (que vous pouvez retrouver dans la blogosphère sous le nom de Ficelle) qu'elle m'a fait parvenir par l'intermédiaire de son éditeur au début de l'été, que j'avais ouvert, feuilleté un peu, reposé, repris, re-reposé... J'avais beaucoup aimé son premier roman La libraire a aimé, que Sophie avait déjà eu la gentillesse de m'offrir et j'avais peur non seulement de ne pas aimer ce deuxième livre mais peur également, si je ne l'aimais pas, de devoir le dire, puisque que je me suis jurée d'être honnête sur ce blog et de donner réellement mon avis. Je n'avais pas envie d'être dans la position de faire de la peine à Sophie, de la critiquer... Et puis ce fameux deuxième livre, l'auteur qu'on attend au tournant... Je ne voulais pas être celle qui allait dire qu'elle était déçue... Dilemme... Le temps a donc passé... Et puis, honteuse, j'ai enfin ouvert Mon père n'est pas mort à Venise...

Et j'ai aimé ! (ouf !). Merci, donc chère Sophie pour ta confiance et surtout merci pour cette jolie histoire. J'ai beaucoup aimé suivre cette femme qui fouille dans le passé de son père, qui cherche à comprendre, à canaliser l'angoisse, à répondre aux questions non formulées. J'ai également retrouvé avec grand plaisir ton écriture fine et sensible, mais plus maîtrisée, plus construite que dans ton premier ouvrage. On sent que tu as mûri, grandi et je pourrais même dire que par ce livre, on comprend tout de suite qu'on a à faire à un vrai écrivain, et non pas à une jeune femme qui aurait juste eu le coup de bol d'être choisie pour un premier ouvrage, et qu'un seul. J'ai trouvé dans cet ouvrage un humour qui répond tout à fait à ce que j'aime, j'ai souvent souri ; j'ai aimé cette femme et les mouvements et bruits des trains, j'ai adoré le détective, et la fin est si belle...

Bref, un très beau moment de lecture ! Merci encore  Sophie ! Et pour le 3ème livre que tu écriras, je n'attendrai pas 3 mois avant de l'ouvrir, promis !

Le site de l'éditeur ANA Editions. Vous y trouverez le résumé du livre (oui, cette fois-ci, je change la formule, pas de 4ème de couv. ni de résumé, ni de notes de lecture...) et quelques critiques intéressantes. Et si vous voulez rire, allez donc vous régaler de l'interview imaginaire de l'auteur sur son blog, on s'y croirait !

"Ni les barrages, ni les camouflages d'aucune sorte ne peuvent empêcher l'idée de faire son chemin. Telle La Princesse au petit pois, malgré les épaisseurs, elle sentait sur sa peau la marque se faire, à l'endroit du corps où ça gène. Minuscule excroissance qui réveille la nuit, qui envahit les rêves, qui devient une obsession.

Parce que certaines découvertes, certaines expériences, des détails parfois, s'étirent jusqu'à devenir des immensités dans la tête, indéboulonnables.

Parce qu'on ne choisit pas ce qui s'oublie".

" Son père lui avait appris qu'il fallait être libre, ne pas faire de concessions, le moins possible. Que l'égoïsme était la plus belle des qualités, que la passion valait cent fois le quotidien merdique, qu'on aimait à la folie plusieurs fois dans une vie, que la fidélité était un concept judéo-chrétien, que le nihilisme avait le mérite de rendre le présent vif et précieux, à saisir."

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30 septembre 2009

La concierge est dans l'escalier

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J'avais 6 ans, c'était l'année du cours préparatoire. Comme je passais dans la catégorie des "grands", j'avais désormais le droit de rentrer de l'école tout seul, et je portais avec fierté la clé de l'appartement accrochée autour du cou. Pour parcourir ce trajet, on m'avait assigné la présence de Claude, qui était dans ma classe et habitait le même immeuble. Déjà furieux de ne pas pouvoir faire le trajet seul, je le fus plus encore de découvrir que Claude était... une fille !

Les premiers temps, je faisais le fier, et partait droit devant, laissant Claude trottiner derrière moi pour ne pas se laisser distancer, et arriver en même temps à la porte de l'immeuble. Puis je m'adoucis et finis par trouver à Claude quelques qualités. Bon, d'accord, c'était une fille, mais sympathique tout de même, et puis elle n'était pas peureuse comme les autres, et elle avait de jolies jambes, et puis... et puis je l'aimais bien, voilà tout !

Quand nous arrivions dans l'immeuble, nous passions chaque jour un peu de temps dans un recoin du palier du premier étage, que nous avions baptisé pompeusement notre cabane. Nous y échangions des trésors : chewing-gums, billes, bonbons divers... et nous jouions au docteur. Ah, j'aimais bien jouer au docteur, surtout quand c'est Claude qui était malade et qui devait se déshabiller pour que je l'ausculte ! Un jour que nous nous amusions à ces jeux innocents, et que j'étais, moi, très malade et en train de demander à Claude de regarder de plus près mon robinet (elle n'était pas trop d'accord...), surgit au dessus de nous une énorme masse froufroutante, noire comme l'ébène, débordante d'odeurs diverses et écoeurantes, et nous bloquant le passage vers la sortie. La concierge ! Mon Dieu, la concierge était dans l'escalier et nous ne l'avions pas entendue arriver ! Elle nous regarda de ses immenses yeux blancs qui roulaient comme des billes, évalua la situation rapidement, et nous attrapa chacun par le col. Elle me glaça de terreur lorsqu'elle ouvrit sa bouche gargantuesque, aux lèvres rouge sang prohéminentes et prononça d'une voix basse : "Petit ga'nement ! Si tu rec'ommence, je vais te le c'ouper ton 'obinet !".

Depuis ce jour, et bien que cela fasse plus de trente ans, je ne peux m'empêcher, chaque fois que j'entre dans un immeuble que je ne connais pas, de ressentir un léger frisson de peur à l'idée de croiser la concierge dans l'escalier... Mais mon robinet va bien, merci.

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24 septembre 2009

Dis oui, Ninon

Maud LETHIELLEUX

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NINON

RÉSUMÉ :  » Dans ma classe, une immense dame maigre et très laide avec des cheveux courts et des gros sourcils m’a demandé de recopier le mot écrit au tableau. J’ai essayé d’imiter les traits droits comme du blé un jour sans vent, c’était très difficile, mes doigts glissaient sur la mine colorée. La dame s’est approchée et elle a dit : Mon Dieu ! J’ai dit que j’étais pas Dieu mais que si elle voulait m’appeler comme ça, pourquoi pas. Elle a répété : – Mon Dieu… Tu ne sais même pas écrire  » maman  » ? – Non, ça sert à rien que je l’écris puisque je dis jamais maman. – Tu… tu ne dis jamais maman ! – Non, je l’appelle Zélie parce que c’est trop mignon et en plus c’est personnel et assumé pour de vrai. La dame m’a dit de ne pas parler sur ce ton, j’ai répondu que je ne mangeais pas de poisson parce que sinon, on allait vider la mer.  » Du haut de ses neuf ans, Ninon observe le monde. Un monde où les adultes ne s’aiment plus, où les mots n’ont pas de sens, où les mensonges sont rancuniers… Parce qu’elle ne le comprend pas, Ninon décide de s’en détourner et de vivre avec son père qui n’a plus rien. Rien, sauf elle. Ensemble, ils refont leur monde, construisent une maison à partir de rien, traient les chèvres, vendent sur les marchés, oublient l’école et les bonnes manières, sans se soucier des bien-pensants, ni de madame Kaffe, l’assistante sociale. Dis oui, Ninon est une histoire d’amour. Celle d’une petite fille pour son père et celle d’un homme pour la liberté.

La petite Ninon, suite à la séparation de ses parents, décide de vivre avec son papa, laissant sa petite soeur sous la bonne garde de sa maman et de l'Autre, l'ami de sa maman. Mais la vie avec le papa n'est pas très conventionnelle, c'est le moins qu'on puisse dire ! Enfant de parents trop jeunes et, on peut le dire, un brin irresponsables, la petite fille doit s'adapter comme elle le peut à une vie rude, mais dans laquelle elle réussit cependant à être heureuse.

Une vraie réussite que ce livre, et un coup de coeur pour cette petite Ninon si attachante, à l'esprit vif et à la langue bien pendue. Enormément d'émotion également au cours de cette lecture, puisque cela touche l'enfance et qu'en tant que maman moi-même, je n'ai pas pu m'empêcher de m'identifier et de comparer... Ce livre est poignant, mais réussit malgré tout à être drôle et bourré de traits d'humour (Madame Kaffe !) grâce à la fraîcheur et l'innocence de cette enfant, et au style tout en finesse de l'auteur.

Beaucoup d'interrogations suite à cette lecture sur le rôle des parents et leurs responsabilités vis à vis de leurs enfants : l'amour suffit-il pour que l'enfant soit heureux, même si les conditions matérielles sont déplorables ? Vaut-il mieux avoir une enfance traditionnelle dans une famille traditionnelle ou bien une enfance bohème dans une famille éclatée : quelles traces l'enfant devenu adulte en gardera-t-il ? Les enfants ressentent les conflits et les crises des adultes sans souvent en comprendre le sens, la portée ou la signification : ne faut-il pas leur parler plus afin, d'une part de les déculpabiliser, et d'autre part de leur expliquer ce qu'on recherche, nos buts et les moyens mis en oeuvre pour y arriver ? Eternelles questions qui je crois resteront sans réponse précise, puisque chaque cas, et chaque enfant est unique...

Un livre à lire si vous ne l'avez pas déjà fait ! Je suis impatiente de lire également un prochain ouvrage de Maud Lethielleux, dont j'ai vraiment aimé l'écriture et la sensibilité.

Les blogueurs qui en parlent sur BOB.

Un grand merci à Antigone pour avoir fait voyager ce livre jusqu'à moi.

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Vous pouvez retrouver Maud sur son blog : Maud et les mots.

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20 septembre 2009

Les enfants du néant

Olivier DESCOSSE

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Présentation de l'éditeur
Dans une autre vie, François Marchand était psychanalyste. Un des meilleurs. Jusqu'au jour où sa femme fut étranglée par un de ses patients. Depuis, il est devenu flic, spécialisé dans l'étude des profils criminels. Aidé par le lieutenant Julia Drouot, jeune enquêtrice au caractère entier et au passé douloureux, il va être confronté à des meurtres barbares, sans logique apparente, commis aux quatre coins de la France sur des adolescents. Ensemble, les deux enquêteurs se lanceront sur la piste d'un tueur dont la folie et l'ingéniosité semblent n'avoir aucune limite. Pour le cerner, ils n'auront qu'un seul choix : percer les codes déroutants et complexes d'une génération sacrifiée.

Voilà un thriller tout à fait adapté aux lectures de vacances, que j'ai dévoré en deux jours au bord de la piscine (pas besoin de se concentrer outre mesure, on peut admirer les plongeons des enfants, boire du rosé bien frais et se tartiner de crème solaire sans que cela pâtisse vraiment à la concentration nécessaire...). Rien de transcendant donc : l'intrigue se tient et l'on a envie de découvrir le fin mot de l'histoire et ce qui est arrivé à ces adolescents (parce que ce ne sont pas des enfants, mais bien des adolescents dont il est question ici). L'histoire d'amour est cousue de fil blanc et on sait dès la rencontre entre François et Julia qu'il va se passer quelque chose. J'ai également trouvé la fin vraiment "trop" ; ce n'est pas qu'on s'y attende, mais j'y avais pensé un moment en cours de lecture, en me disant que non, cela ne serait pas possible, c'était vraiment trop gros pour que cela soit la fin inventée par l'auteur, et puis si, finalement... L'écriture est facile et n'a elle rien d'intéressant. Ca se lit vite et bien, mais ce roman ne me laissera pas un souvenir impérissable, loin de là.

Je remercie cependant les Editions Michel Lafon qui m'ont offert ce livre suite au buzz médiatique sur le web suscité par l'envoi de mails un peu douteux dont vous vous souvenez sans doute. Bref, ce livre m'a plus marquée par le battage qu'on en a fait à l'époque sur le mode de publicité employé, que par son contenu. Contrairement à ce qui avait été annoncé dans les mails reçus par nombre d'entre vous, je n'ai pas du tout trouvé que le roman pouvait se targuer d'être une mise en garde contre les dangers d'internet pour nos chères têtes blondes, il eut fallu pour cela creuser un peu plus le phénomène d'internet et user à mon goût de moins de "psychologie de bazar" que celle dont il est question dans l'histoire... Je suis tout à fait d'accord avec Miss Quoide9 et In cold blog, dont les billets sont beaucoup plus fouillés que le mien si vous voulez en savoir plus : ce n'est pas de la flemme, non, non, juste que je trouve qu'il n'y a pas grand chose à dire sur ce livre que vous n'ayez tous déjà dit !

Miss Quoide9 l'a lu et pense que "l'auteur n’échappe pas au travers du genre et ce qu’il raconte présente à peu près autant de crédibilité que Mimie Matthy en aurait en guide de haute montagne ou moi future présidente du Mozambique (quoique)." In cold blog trouve qu' "Une grande qualité de ce roman est qu’il nous embarque rapidement" mais que le roman "souffre cruellement de certaines invraisemblances dans l’intrigue et d’un style indigent" , Cathulu n'a "pas lâché ce  thriller une minute  !", Argantel pense que les amateurs du genre ne devraient pas être déçus, Daniel ajoute quant à lui qu' "il faut reconnaître qu'Olivier Descosse, peintre réaliste des cimetières, des squats hostiles et des immeubles glauques, fait fort", Biblioblog qualifie ce roman de "thriller sans grande prétention qui se lit bien " ... et beaucoup d'autres que j'ai du oublier... (mes excuses par avance, et n'hésitez pas à noter le lien de votre billet dans les commentaires, je le rajouterai).

Le site du livre.

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16 septembre 2009

Numéro six

Véronique OLMI

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Quatrième de couverture
La famille Delbast est catholique. Cinq frères et sœurs précèdent Fanny, qui est arrivée bien après les autres, sans qu’on l’attende et sans qu’on la souhaite. Petite fille solitaire, Fanny adore son père, mais il ne la voit pas. Trop de choses les séparent, trop de vie, de retenue aussi. A cinquante ans, Fanny lit les lettres envoyées du front par son père, qui lui dévoilent un jeune poilu pétri d’angoisse très différent de l’homme autoritaire qui l’a élevée. A la lumière de cette découverte, elle tente alors de trouver, auprès du veuf centenaire dont elle prend soin désormais, une place qui ne lui sera plus contestée. C’est avec une sensibilité remarquable que Véronique Olmi aborde le thème de l’amour filial comme prétexte à une critique subtile de la bourgeoisie catholique, et de l’insidieuse violence dont est capable ce monde bien-pensant

Voilà un petit livre qui ne donne pas envie d'être une dernière de famille dans ce milieu bourgeois étriqué, bien pensant et parfaitement hypocrite, renfermant bien au secret ses sentiments et ses pensées ! La petite Fanny, enfant non désirée et mal aimée ne réussit pas à trouver sa place dans la fratrie et à attirer l'attention de son père (ce père, ancien combattant, médecin réputé, catholique très pratiquant qui suscite l'admiration de tous) et l'amour de sa mère (qui, elle, ne regarde que le père). Elle grandit, solitaire avec cette souffrance qui enfle en elle, ce non-amour qu'elle ressent chaque jour un peu plus ; on se trompe même parfois de prénom quand on l'appelle ! Enfant, elle use de stratagèmes pour attirer l'attention de ce papa pour lequel elle est presque transparente, inexistante, elle va même jusqu'à vouloir se noyer, simule ensuite une maladie pendant une année entière et copie les attitudes de ses frères et soeurs en pensant que cela attirera l'amour sur sa petite personne... Mais rien n'y fait...

On ne sait pas très bien si Fanny extrapole tout ce qu'elle ressent ou s'il y a effectivement un manque d'amour vis à vis de ce dernier enfant arrivé sur le tard. Ou bien est-ce cette éducation rigide bourgeoise qui ne laisse rien passer des sentiments que l'enfant, plus sensible que ses frères et soeurs, ressent comme un manque d'amour cruel. Cette éducation qui fait qu'un père peut renier son fils si celui-ci a dérogé aux règles de bonnes conduites, et empêcher par racisme le mariage heureux d'une de ses filles ? Education qui a encore cours dans certains familles traditionnelles ou le paraître est bien plus important que l'être, où les sentiments sont honteux même s'ils sont purs, où l'on ne montre pas ce que l'on pense, où l'on fait bonne figure face à l'adversité...

Malgré toute cette souffrance accumulée, Fanny sera la seule, devenue adulte, à s'occuper de son papa, veuf et malade. Cherche-t-elleCherche-t-elle encore une reconnaissance, n'est-ce que du devoir filial ou bien veut-elle inconsciemment prendre la place de sa mère, la seule femme que cet homme ait jamais considérée ?

Voici une histoire belle et très triste. Le style de Véronique Olmi est un régal, tout en finesse, en non-dits, en retenue, et le texte en ressort avec d'autant plus de force, l'histoire est d'autant plus poignante qu'elle est sobre. C'est un cri d'amour désespéré que cette femme aura retenu toute sa vie entre ses lèvres, un cri pour remplacer les mots qui n'ont jamais été échangés entre eux, les mots d'amour jamais dits... Fanny vieillit mais s'est vouée à son père, elle est finira seule : "Je porte toujours ton nom. Tu me l'as beaucoup reproché. Je n'ai pas voulu quitter ce nom-là, emprunter celui d'un autre homme. Comment s'appelaient les autres hommes ? Je m'en souviens à peine. L'homme de ma vie, c'est toi."

Laure avait bien trouvé que "certaines pages sont d'une telle beauté qu'on les relit avec l'envie de les garder précieusement".

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08 septembre 2009

Le vent de la lune

Antonio MUNOZ MOLINA

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Chacun de nous et même ceux qui n'étaient pas nés à cette date, se souviennent du 20 juillet 1969, le fameux jour où l'homme marcha pour la première fois sur la Lune. Nous avons tous en tête l'image de cet astronaute posant un pied léger sur la surface de la planète grise et poussiéreuse, les phrases échangées et j'avoue que même si je n'avais que 3 ans à l'époque et que j'ai donc vu ces images beaucoup plus tard, je suis à chaque fois toujours émue, impressionnée, subjuguée même par la volonté, l'intelligence et le travail de l'homme qui ont permit cette rencontre avec l'espace, l'au-delà, l'infini...

Ce jour d'été 1969, donc, dans le village de Magina au sud de l'Andalousie écrasé de chaleur et de soleil, un jeune garçon suit avec passion chaque minute de cet évènement. Le compte à rebours commencé pour l'alunissage résonne dans sa tête d'autant plus fort que la vie dans le village semble s'être figée, qu'elle s'y écoule avec une régularité immuable, et que les changements qui pourtant apparaissent ne semblent qu'infimes à ses habitants et surtout à cet adolescent fougueux et sensible. Peu lui chaut ce qui se passe autour de lui, ni les relations avec les voisins ou la famille, ni l'entrée discrète du monde moderne (eau courante, machine à laver), si ce n'est la télévision qui va lui permettre de suivre en directe cette épopée.

La vie au collège religieux, l'apprentissage, la récolte des olives avec le père, les querelles de famille et jalousies cachées, le secret qui pèse sur les habitants du bourg depuis la fin de la guerre... Tout est décrit par l'auteur dans un style absolument superbe, une écriture fine, intelligente, racée, très lyrique et poétique malgré la précision et nous sommes transportés dans ces temps qui nous semblent terriblement reculés, à des années lumière, en marge du temps justement.

Un livre superbe, lent, beau, à savourer tranquillement et à lire absolument !

"Tu attends avec impatience et avec crainte une explosion qui aura quelque chose d'un cataclysme quand le compte à rebours arrivera au zéro et pourtant rien ne se produit. Tu attends couché sur le dos, raide, les genoux pliés à angle droit, le regard fixé devant toi, vers le haut, en direction du ciel, si tu pouvais le voir, à l'intérieur de la transparence courbe du casque qui t'a plongé dans un silence aussi définitif que celui du fond de la mer quand on a terminé de l'ajuster à la collerette rigide de la combinaison extérieure. Soudain la bouche de ceux qui étaient les plus proches bougeait sans produire de son et c'était comme se trouver déjà très loin sans que le voyage eût encore commencé. Les mains sur les cuisses, les pieds joints, à l'intérieur des grosses bottes blanches avec leurs rebords jaunes et leurs semelles très épaisses, maintenues pour le décollage par des attaches en titane, les yeux très ouverts.

Tu n'entends rien, pas même la rumeur du sang à l'intérieur des oreilles, ni les battements de ton cœur, que des capteurs fixés à ta poitrine enregistrent et transmettent, profonds, réguliers, avec une sonorité de tambour, mais beaucoup moins précis dans leur cadence que la pulsation des chronomètres. Le nombre de ses battements par minute sera enregistré, comme celui du cœur de tes compagnons, chacun d'eux aussi immobile et tendu que toi, chacun des trois cœurs battant à l'intérieur d'une poitrine sur un rythme différent, comme trois tambours non synchronisés. Tu fermeras les yeux, attendant. Les paupières sont presque la seule partie de ton corps que tu puisses bouger à ta guise et cela te rappelle ta nature physique précaire, ta nudité cachée à l'intérieur de trois combinaisons superposées, faites de nylon, de plastique, de coton, traitées avec des substances ignifuges. Chaque combinaison, en elle-même, est déjà un véhicule spatial. Il y a quelques années, pendant plus d'une heure, tu as flotté dans le vide à une distance de deux cents kilomètres au-dessus de la Terre, uniquement relié au vaisseau par un long tuyau qui te permettait de respirer: tu ne te rappelles ni peur ni vertige, rien qu'une sensation de parfaite tranquillité, te mouvant sans poids, étendant bras et jambes au milieu du néant, imperceptiblement frappé par les particules du vent solaire.

Les yeux fermés je m'imagine que je suis cet astronaute. Je ne vois pas d'étoiles, seulement une obscurité dans laquelle rien n'existe, ni haut ni bas, ni près ni loin, ni avant ni après. Je vois la courbure immense de la Terre, resplendissant bleue et blanche et bougeant très lentement, les spirales des nuages, la frontière d'ombre entre la nuit et le jour. Mais maintenant je ne veux pas flotter dans l'espace. Maintenant je ferme les yeux et j'alimente mon imagination avec de méticuleuses données pour me trouver à l'intérieur du vaisseau Apollo XI, à la seconde même du décollage. Tu contrôles partiellement le mouvement de tes paupières, membranes si fines glissant sur la courbure humide de l' œil, et les muscles qui mettent le globe oculaire en mouvement et qui, pour autant que tu les forces, ne te permettent de voir ni à droite ni à gauche. À ta droite et à ta gauche se trouvent les deux autres voyageurs, aussi raides que toi à l'intérieur de leurs combinaisons et de leurs casques, étendus dans la même position, maintenus par les mêmes sangles élastiques et les mêmes attaches de titane, enfermés avec toi dans l'espace conique d'une cabine riche en oxygène et pleine de fils, d'interrupteurs, de connexions électriques, un piège explosif qui peut se transformer en une boule de feu si jaillit l'étincelle en rien improbable d'un court-circuit.

D'autres sont morts comme cela, dans un espace aussi étroit et suffoquant que celui-ci, dans cette même position qui a par avance quelque chose de funéraire. Celui qui était le plus près de l'écoutille a essayé de débloquer le levier qui la maintenait fermée et il n'a pas réussi, puis un instant plus tard tout l'oxygène a explosé en un seul embrasement. Plaques de métal se tordant portées au rouge vif, fumée toxique d'isolants et de fibres synthétiques, plastique fondu qui adhère à la chair brûlée et qui s'y mêle. La capsule est située au sommet d'une fusée plus haute de vingt mètres que la statue de la Liberté, chargée de sept mille tonnes d'hydrogène liquide inflammable au point que sa surface extérieure est couverte de plaques de glace artificielle qui doivent la maintenir à basse température dans la chaleur humide des marais de Floride. Mais tu n'as pas de sensation de chaleur, malgré la combinaison, le casque et les trois corps allongés l'un à côté de l'autre dans l'étroitesse du cône, chacun avec sa pulsation secrète, ses battements de paupières, le sang de chacun courant avec une rapidité légèrement différente. Un réseau de tubes capillaires extrêmement fins permet à un flux constant d'eau froide de circuler dans la paroi de la combinaison spatiale et de la refroidir. De l'air frais qui sent légèrement le plastique circule avec douceur sur la peau, effleure le visage, les doigts à l'intérieur des gants, le bout des doigts qui frappent de manière instinctive, avec une impatience contrôlée, et que des capteurs enregistrent aussi. Mais ce n'est pas exactement de l'air: c'est surtout de l'oxygène, soixante pour cent, et quarante pour cent d'azote. Plus il y aura d'oxygène plus grand sera le danger d'incendie. L'air sentait le sel et peut-être les algues et la vase des marais, même au niveau de la passerelle qui conduisait à l'écoutille ouverte, à cent dix mètres au-dessus du sol. Il n'y avait pas d'endroit plus haut dans toute l'étendue des plaines et des marais qui se prolongeaient jusqu'à l'horizon de la mer."

Calou l'a lu et a trouvé ce roman "beau, drôle, touchant et pathétique".

Un livre de ma biblio_tournante

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06 septembre 2009

Cochon d'allemand

Knud ROMER

cochon_dalle

  • Présentation de l'éditeur :

Que signifie être allemande dans une petite ville danoise, quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale ? Que ressent-on quand on se fait traiter de «cochon d'Allemand» à chaque récréation ? Quand on est témoin de l'ostracisme permanent à l'égard de sa mère ? Pour avoir été ce «cochon d'Allemand» à Nykobing Falster où il est né en 1960, Knud ROMER le sait. À partir de ses souvenirs, il compose un récit déchirant sur l'enfance réduite malgré elle à se fondre dans un conformisme de survie. En évoquant sa famille, l'auteur dresse une galerie de portraits pathétiques et nous fait remonter dans le temps : le roman autobiographique se transforme en une fresque historique, celle du Danemark et de l'Allemagne au cours du XXe siècle. Lauréat en 2006 de nombreux prix, Cochon d'Allemand dépeint dans un style dense et enlevé une époque teintée de rancoeur et de culpabilité.

Repéré sur les blogs des uns et des autres, ce petit livre me tentait énormément et je remercie de tout coeur livre_voyageur_anim_Antigone de l'avoir fait voyager jusqu'à moi (par contre, Antigone, impossible de mettre la main souris sur ton billet sur ton blog, tu pourras rajouter le lien...).

J'ai cependant été très déçue par ce roman, que j'ai trouvé un peu ennuyeux et un peu pontifiant. Je n'ai pas du tout ressenti d'émotion au cours de ma lecture et surtout, j'ai eu un mal fou à me faire au style de l'auteur. J'ai trouvé que tout était un peu en fouillis et j'aurais peut-être plus apprécié si chaque personnage (pourtant aux caractères fort intéressants) avait eu un ou plusieurs chapitres pour lui tout seul, plutôt que de passer de l'un à l'autre et de me sentir un peu perdue... Idem pour la chronologie, j'étais désemparée dans ma lecture par les aller-retours entre les dates, les périodes, les lieux... De plus, est-ce parce que je suis germaniste, mais les dialogues notés en allemand et traduits juste après en français m'ont énervée... et j'ai trouvé qu'ils alourdissaient l'ensemble. Une déception, donc, bien que je sois consciente que la vie de ce petit garçon tiraillé entre deux pays et deux modes de vie, soumis au racisme ambiant et aux fluctuations d'humeur de sa maman soit poignante et bien triste.

«Nykobing Falster est une ville si petite qu'elle se termine avant même d'avoir commencé. Quand on est dedans, on ne peut pas en sortir, et quand on est dehors, on ne peut pas y entrer. Dans les deux cas, on se retrouve du mauvais côté, et la seule preuve de son existence est l'odeur qui imprègne les vêtements : en été ça sent les engrais, en hiver la betterave à sucre. C'est à cet endroit que je naquis en 1960, et c'était la façon la plus sûre de ne pas exister du tout.»

«Nous vivions dans la solitude, séparés du monde entier, mes parents n'avaient pas d'amis, pas de connaissances, ne fréquentaient personne. [...] les autres avaient coupé la branche que nous constituions. Aussitôt je me les imaginai en train de manier la hache, je vis le sol jonché de nos corps démembrés - une cruauté qui me semblait incompréhensible. »

Beaucoup d'entre vous l'ont déjà lu, dont certains il y a fort longtemps : Bernard du Blog des livres l'a lu et est revenu "heureux d'avoir effectué la traversée", Sébastien avait également beaucoup apprécié sa lecture, IncoldblogIncoldblog aurait "aimé que le roman se concentre totalement sur Hilde", Malice trouve que c'est un "livre dur fort", Fashion pense qu'"Au final, il s'agit d'une véritable déclaration d'amour pour sa mère et sa grand-mère maternelle", Florinette qualifie ce récit d'"extrêmement touchant", Gambadou a "eu plus de mal avec le style", pour Cathulu, ce fut "un vrai coup de coeur", cette lecture a laissé à Chiffonette un "sentiment mitigé", Lily trouve que l'auteur a "beaucoup beaucoup de talent".

D'autres lecteurs sur BOB

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