04 janvier 2010
Contretemps
Charles MARIE
« Assis par terre dans sa chambre devant le thé au goût de vieille terre moite qu’il affectionnait, il méditait sur la meilleure façon de retrouver le disparu. Ce qu’il lui fallait, c’était une méthode. Une méthode de recherche. Comme il n’avait jamais cherché à retrouver personne auparavant, il prit pour point de départ l’agonie familière que lui infligeait la disparition quotidienne de ses clés, évaporées. Il retournait alors chaque objet de son appartement, soupçonnant des pires conspirations des recoins où il n’était pourtant jamais allé, en découvrant ainsi beaucoup de nouveaux, les retrouvant finalement, le plus souvent dans sa poche, parfois sur la porte, du coté extérieur. Il décidait alors, épuisé, de remettre ses projets à plus tard et de demeurer à l’intérieur pour le moment. Il était le genre d’homme à qui l’expérience n’apprend jamais rien. Ce qu’il savait, il le savait d’instinct ou du fait de ses lectures, mais ce que le monde tentait de lui enseigner par les événements, il l’oubliait toujours. »
Melvin Epineuse est un homme solitaire, un peu étrange, vivant dans ses souvenirs et on ne sait pas trop bien de quoi. Il reçoit un jour un appel téléphonique lui proposant une forte somme pour se mettre à la recherche d'un homme. Il part donc, sans but, en sachant que c'est en ne cherchant pas qu'on trouve le mieux et fera au hasard de ses pérégrinations moultes rencontres improbables. Des soirées dans les catacombles, des méchants armés de mitraillettes, d'une femme qui le séduit, d'une autre qu'il ne peut oublier, d'un mari jaloux, d'un homme à abattre... il est question de tout cela dans ce petit livre vraiment original. Je ne peux pas dire que j'ai vraiment aimé cette lecture, car c'est un peu trop fouilli et l'intrigue part à mon goût dans tous les sens, tout est trop hallucinant, et totalement dingue. Mais l'écriture est superbe, poétique, très fluide et mon avis reste donc mitigé. Un livre à découvrir par vous-même...
Papillon a abandonné en cours de route, trouvant l'intrigue trop complexe, pour Levraoueg, "c’est un roman original et léger", Bluegrey a un avis assez mitigé, de même que Bouh ; Un coin de blog est "dubitative", pour Keisha, c'est un "roman fort original et déroutant", A girl from earth a bien aimé sa lecture, Praline a tout d'abord été septique, puis intriguée et a finalement bien aimé et Pascale expose dans un très beau billet les raisons qui font qu'elle a beaucoup aimé et d'autres lectrices chez BOB.
Un grand merci à Levraoueg pour le prêt de ce livre. Une découverte, assurément ! ![]()
Le site de l'auteur.
02 janvier 2010
Un couple ordinaire
Isabelle MINIERE
"Mais quelle emmerdeuse !" Voici la réflexion que je me suis faite tout au long de ma lecture ! Béatrice est vraiment impossible à vivre, castratrice, autoritaire, égocentrique et on se demande comment le pauvre Benjamin, son mari, arrive à la supporter sans lui envoyer une bonne paire de baffes pour la faire taire (ne croyez pas que je sois pour que le mari batte sa femme, non, non, mais là, vraiment, elle dépasse les bornes des limites et ce ne serait que bien mérité s'il la remettait à sa place...). Bien sûr, Béatrice est belle, elle est intelligente, elle sait ce qu'elle veut, elle réussit dans son métier d'auteur de livres pour enfants, elle "gère" tout avec talent... justement, elle gère un peu trop, cette femme-là et aurait tendance à prendre la vie de couple pour un combat, et confond l'amour et le partage avec l'autorité et le pouvoir...
Mais il y a Marion, la jolie petite Marion, fille de ce couple improbable, tant aimée de son papa, le soleil de sa vie... Benjamin peut tout supporter pour ne pas la perdre, et s'il n'y avait la petite fille, aurait quitté depuis longtemps cette femme à coté de laquelle il se sent étranger, vide, creux, comme un meuble, tiens, justement comme la table basse qu'ils viennent d'acheter ensemble et qui trône maintenant au milieu du salon, bien en vue des invités qui viendront l'admirer. Car bien sûr, Béatrice joue de cet amour du père pour la petite fille en agitant la menace d'un départ et d'une séparation si Benjamin "ne se reprend pas" (en gros, s'il n'obéit pas à ses ordres) et s'il ne se décide pas enfin à se prendre en main professionnellement et à acheter une officine (on ne dit pas une pharmacie, ça fait commerce, c'est d'un vulgaire !), le chantage classique des couples qui n'ont plus en commun que leur progéniture, qui focalisera donc toutes les haines et tiendra la place centrale dans le partage des biens.
Benjamin est devenu un objet, la chose de Béatrice, et on se prend à vouloir lui donner quelques coups de pieds dans les fesses pour qu'il se remue, se cabre, refuse de se faire traiter de la sorte. Même au lit, leur relation est un combat et le pauvre homme doit se forcer pour honorer son épouse qui entend l'amour comme une attaque, un assaut, une prise de position, presque d'otage... S'il essaye de résister ou d'émettre ne serait-ce qu'une réserve sur ce que dit ou ordonne sa femme (le scène du refus d'aller acheter la pizza est trop drôle !), il se fait traiter de sale macho... Bref, le couple est mal barré... Et même si cette situation devenue malheureusement assez classique dans notre société est bien triste, on rit malgré tout des mésaventures de ce couple abominable (j'ai même fait une auto-inspection de mes relations avec mon homme pour vérifier que je n'avais pas encore atteint le niveau de Béatrice et comprendre que non, malgré mon caractère bien affirmé qu'on me reproche parfois, je ne suis pas encore devenue aussi chi...te) !
Donc, pour revenir à l'histoire, la méchante Béatrice met finalement sa menace à exécution et quitte son mari, sa fille sous le bras, pour lui faire entendre raison et l'amener à de meilleurs sentiments à son égard. Pas une seconde elle ne doute de son pouvoir sur cet homme, et de la peine qu'elle va lui faire en lui enlevant l'enfant. Mais pas une seconde non plus, elle n'imagine qu'un livre de Plutarque pourra changer son mari, lui apprendre à dire non, le bouleverser et le transformer à tel point qu'il en deviendra presque un autre homme...
Voici un livre que j'ai dévoré en une soirée et qui m'a vraiment fait rire du début à la fin, tout en restant émouvant dès que l'auteur aborde l'amour du père pour sa fille ou la solitude de cet homme qui, bien qu'en couple, se sent complètement isolé et à coté de sa vie. A mon avis, une réussite d'avoir réussi à traiter un sujet universel et bien d'actualité avec autant de légèreté mais sans en faire un livre sans consistance. Cela permet de s'interroger aussi sur nos propres relations de couple, ce que nous serions prêts à sacrifier si jamais cela n'allait plus, la façon dont nous voyons notre conjoint.
Une lecture détendante ET intéressante ! Un grand merci au Livre de Poche pour l'envoi de ce livre que j'ai lu avec grand plaisir ! 
Un livre que l'on pourrait ranger dans la catégorie des Chick Litt, mais alors en Chick Litt haut de gamme !
06 décembre 2009
Robe de marié
Pierre LEMAITRE
Quatrième de couverture
Il n'y a qu'une seule maladie mentale : la famille.
Évidemment, je m'y attendais puisque j'en suis l'auteur mais... à ce point-là ! Quelle vision, c'est à peine croyable...
Son mari n'est plus que l'ombre de lui-même. Les vertèbres ont dû être salement touchées. Il doit maintenant peser dans les quarante-cinq kilos. Il est tassé dans son fauteuil, sa tête est maintenue à peu près droite par une minerve. Son regard est vitreux, son teint jaune comme un coing. Et il est tout à fait conscient. Pour un intellectuel, ça doit être terrible.
Quand on pense que ce type n'a pas trente ans, on est effaré... Quant à elle, elle pousse le fauteuil avec une abnégation admirable. Elle est calme, son regard est droit. Je trouve sa démarche un peu mécanique mais il faut comprendre : cette fille a de gros soucis...
En tout cas, elle ne tombe pas dans la vulgarité : pas d'attitude de bonne soeur ou d'infirmière martyre. Elle serre les dents et pousse le fauteuil, voilà tout. Elle doit pourtant réfléchir et se demander ce qu'elle va faire de ce légume.
Moi aussi d'ailleurs.
Prévoyez un week-end calme pour ouvrir ce livre. Envoyez vos enfants chez votre mère et votre homme à une compèt de rugby avec ses copains. Enfermez-vous chez vous, toute seule. Achetez-vous de la tisane et du chocolat. Gardez éventuellement le chat.
Et lisez ! Et flippez ! Car vous allez stresser, oui, avec ce thriller psychologique qui va vous tenir en haleine du début à la fin... Le titre déjà, pourquoi ce marié sans e, en robe, qu'on ne comprend qu'en cours de lecture et qui m'a donné envie d'ouvrir ce roman ?
Alors voilà, quelques mots, mais pas trop car je ne voudrais pas gâcher votre plaisir de lecture. Sophie est folle. Cest une jeune femme d'un milieu bourgeois, jolie, intelligente. Mais elle est folle. Elle a des absences, des oublis, des crises. Et quand elle se réveille, les cadavres autour d'elle baignent dans leur sang. Elle tue, mais sans en être consciente. Les morts s'accumulent dans son sillage -vous êtes toujours là ?-, sa belle-mère, son mari, l'enfant dont elle avait la garde...
Mais si Sophie est folle, elle a aussi en elle une force de vie incroyable qui va la pousser à se battre, à comprendre ce qu'il lui arrive, à tenter d'endiguer le flot de ces décès qu'elle ne maîtrise pas. Alors elle va fuir, mais aussi se mettre en danger, et avec le peu de lucidité qu'il lui reste, tenter de recoller un par un les morceaux de ses crises d'absence.
Un long chemin l'attend, semé de terreurs et d'embûches, que je vous laisse parcourir avec elle...
Cuné le qualifie de "délicieuse torture que l'on dévore en apnée", Ys termine son billet par ces mots "amateurs de terreur psychologique, ce roman est fait pour vous", pour Stephie, "une grande baffe de lecture", mais Cathulu n'a pas aimé du tout...
Le site de l'auteur.
04 décembre 2009
Allumer le chat
Barbara CONSTANTINE
Quatrième de couverture :
Bastos, le chat philosophe et pédant, parvient à échapper au fusil de Raymond. N'empêche qu'il le nargue ce chat ! Et il faut encore s'occuper du môme, un peu nul en foot, qui n'a rien trouvé de mieux que de choper de l'eczéma sur le visage... Sans compter son imbécile de père qui se fait encastrer par un cerf de deux cents kilos. Il y a franchement de quoi devenir allumé dans cette famille !
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Un premier roman qui ne laisse pas le lecteur indifférent ! Ici, tout est loufoque et rocambolesque, tant l'histoire que les personnages, hauts en couleur et dont la verve donne un rythme soutenu au livre. Chaque chapitre permet à un des personnages de s'exprimer et de raconter les choses à sa façon. Nous avançons donc dans l'histoire en découvrant les caractères de chacun, racontés par les autres, et c'est assez rigolo ; le chat qui parle et philosophe, Raymond le septuagénaire dont la forme doit en faire rêver plus d'un, le petit Rémi et son eczéma, les femmes, avec leurs secrets... tous nous donnent leur propre version des faits, qui, bien sûr, s'avère parfois très différente de celle du voisin...
Le style est simple, c'est le langage parlé qu'employeraient les personnages si on pouvait les entendre, et on sent pendant la lecture les intonations, les soupirs, les sourires, tant ce style est imagé, et convient parfaitement aux personnages. Ce qui m'a le plus touché dans cette histoire, outre le fait que ce soit drôle et décalé, c'est l'humanité et la poésie sous-jacentes. L'histoire est à dormir debout, totalement farfelue et incroyable, tant il y a de rebondissements et de trouvailles, mais les caractères sont décrits avec finesse, et avec beaucoup d'empathie, beaucoup de tendresse. Certes, ils sont tous un peu fous, ces personnages, mais on se prend à les aimer et à ne pas vouloir les quitter.....
Un grand merci à Pascale pour ce livre voyageur ! ![]()
Sylvie a beaucoup aimé. Elle recense, à son habitude, les blogueurs qui ont lu le livre avant elle, de façon très complète (merci Sylvie, tu me mâches le travail !). Pour trouver les autres, car certains l'ont lu après la parution de son billet, je vous renvoie directement sur le moteur de recherche de Calepin, car je suis en retard d'au moins 15 livres à chroniquer et je fais au plus vite !
16 novembre 2009
La chorale des maîtres bouchers
Louise ERDRICH
Quatrième de couverture
1918. De retour du front, Fidelis Waldvogel, un jeune soldat allemand, tente sa chance en Amérique. Avec pour seul bagage une valise pleine de couteaux et de saucisses, il s'arrête à Argus, dans le Dakota du Nord où, bientôt rejoint par sa femme et son fils, il décide d'ouvrir une boucherie et de fonder une chorale, en souvenir de celle des maîtres bouchers où chantait son père.
Des années 1920 aux années 1950, entre l'Europe et l'Amérique, ce roman à la fois épique et intime retrace le destin d'une famille confrontée au tumulte du monde.
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Un livre qui se lit d'une traite mais que je trouve difficile à résumer. On n'y parle pas de guerre, ou si peu, mais plutôt des marques que la guerre laissera dans les coeurs et les âmes, des gens aimés qu'elle prendra. On n'y parle pas tant que ça de chorale, mais bien du partage que des hommes trouvent dans le chant, du réconfort que leur apporte le fait d'être ensemble et de laisser s'élever leur voix. On n'y parle pas non plus énormément de boucherie, mais l'odeur du sang reste présente tout au long du livre, et la propreté qu'il faut maintenir malgré tout, ainsi que les couteaux qui servent à tuer les animaux...
Non, on y parle surtout d'amitié, et d'amour. Banal, pensez-vous ! Oui. Et non. Parce que le style est superbe et qu'on se laisse porter. Parce que l'amitié et l'amour ne sont jamais aussi simples qu'on le croit et qu'au fil du temps on découvre parfois des secrets enfouis, ou bien ce qu'on se cachait à soi-même. Parce que cela se passe en Amérique et que la famille dont il est question vient d'Allemagne. Parce que, on le découvre assez vite, ce n'est pas le boucher le héros de l'histoire, mais une femme. Parce que dans ce livre, les petites choses de la vie de tous les jours sont décrites avec minutie, et poésie tout en même temps, et qu'on comprend que ce sont dans ces détails infimes, dans ces gestes répétés, dans l'attention portée aux autres que se niche le bonheur, qu'on peut tirer de la joie. Parce qu'il ne faut pas se fier aux apparences et cataloguer les gens sur leur mauvaise mine ou leur réputation. Et pour plein d'autres raisons encore...
Alors je me tais, et vous dis simplement : lisez ce livre ! vous passerez un vraiment bon moment.
Wictoria a trouvé ce livre magnifique, Aifelle le recommande chaudement, "un grand bonheur" pour Keisha, mais Théoma n'a pas trop aimé et c'était une lecture "un peu mitigée" pour Sassenach . Sylire a trouvé que c'était une "fresque familiale passionnante", Kathel recommande ce livre "sans réserves", Papillon l'avait lu il y a 3 ans et avait beaucoup aimé ; pour Solenn, c'est "une fresque captivante" et les avis de La biblio du dolmen, Les mots de Pascale, et d'autres lecteurs chez BOB.
Un grand merci à Chez les Filles et au Livre de Poche pour cette lecture !
12 novembre 2009
Chaleur du sang
Irène NEMIROVSKY
Quatrième de couverture :
Dans un hameau du centre de la France, au début des années 1930, un vieil homme se souvient. Après avoir beaucoup voyagé dans sa jeunesse, Silvio se tient à l'écart, observant la comédie humaine des campagnes, le cours tranquille des vies paysannes brusquement secoué par la mort et les passions amoureuses.
Devant lui, François et Hélène Érard racontent leur première et fugitive rencontre, le mariage d'Hélène avec un vieux et riche propriétaire, son veuvage, son attente, leurs retrouvailles. Lorsque leur fille Colette épouse Jean Dorin, la voie d'un bonheur tranquille semble tracée. Mais quelques mois plus tard, c'est le drame. La noyade de Jean vient détruire la fausse quiétude de ce milieu provincial. L'un après l'autre, les lourds secrets qui unissent malgré eux les protagonistes de cette intrigue vont resurgir dans le récit de Silvio, jusqu'à une ultime et troublante révélation...
Situé dans le village même où Irène NémirovskyNémirovsky écrira Suite française, mais entrepris dès 1937, ce drame familial conduit comme une enquête policière raconte la tempête des pulsions dans le vase clos d'une société trop lisse. Complet et totalement inédit, ce nouveau roman d'Irène NémirovskyNémirovsky refait surface près de soixante-dix ans après sa composition.
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Curieusement, alors qu'Irène Nemirovsky est une auteur que j'ai déjà lue plusieurs fois et vraiment adorée (Une suite française, Le bal, Le vin de solitude), j'ai peu accroché à cette nouvelle lecture. Certes, le style est toujours aussi superbe, fluide, littéraire sans être lourd, agréable à lire, mais je suis moins entrée dans l'histoire et dans les âmes des personnages que d'habitude. Cela est peut-être du au fait que j'ai lu ce roman cet été au bord de la piscine et que ce n'était pas le lieu ni surtout l'ambiance idéale... Il faut que je me cantonne l'été à des lectures légères et faciles, et non à des histoires tristes ou glauques...
C'est peut-être aussi parce que le thème général, l'adultère et ses conséquences, est devenu un thème si banal de nos jours que nous sommes moins choqués, pris à partie, même si les conséquences de cet adultère en particulier s'avèrent catastrophiques. La chaleur du sang, de nos jours, n'est plus honteusement cachée, mais bien plus au grand jour. Les couples vont et viennent, se font et se défont, l'adultère n'est plus une faute si on divorce et je pense que nous n'avons plus cette maîtrise de nous-même, ce poids de la société, de la morale qui faisaient qu'autrefois le mensonge, la tromperie pesaient bien plus lourd que maintenant, et que les gens, du fait, arrivaient presque à "oublier" leurs erreurs, ou tout du moins à les occulter pour laisser croire à leur pureté... On écoute de nos jours autant son coeur que sa raison, et les frustrations sont moins grandes, puisque tout de suite compensée...
Argantel avait beaucoup aimé, Jules également, qui souligne "un talent de raconteuse indéniable, des mots choisis et un style impeccable" tandis qu'Amanda est restée "perplexe", qu'Alwenn a eu un coup de coeur.
08 novembre 2009
Le chameau sauvage
Philippe JAENADA
Présentation de l'éditeur
Halvard Sanz est un gentil garçon. Signe particulier: doué pour les catastrophes en série. Il y a des gens qui n'ont pas de chance, mais qui, genoux à terre, toujours se relèvent. Halvard est de ceux-là. Quête initiatique, roman picaresque, amour allégorique, loufoques aventures servies par une verve intarissable... Mais le chameau sauvage, dans tout ça ? Quand vous en connaîtrez le principe, comme Halvard, vous verrez la vie différemment.
" Un jour, ce n'est rien mais je le raconte tout de même, un jour d'hiver je me suis mis en tête de réparer le radiateur de ma salle de bains (...). Je ne sais pas ce qui m'est passé sous le crâne ce jour-là, je me suis cru l'un de ces magiciens de la vie pour qui tout est facile. Il faut dire que jamais encore je n'avais été confronté à de réels obstacles, alors naturellement, j'étais naïf. "
Un livre qui m'a fait rire aux éclats ! Dans un univers complètement décalé, l'humour de Jaenada est un vrai délice. Ce livre regorge de trouvailles (les noms, déjà !), de clins d'oeil, d'idées originales. Les disgressions nous embarquent un peu dans tous les sens, mais l'auteur sait habilement nous ramener vers le coeur du récit et reprendre le fil jamais vraiment interrompu. C'est drôle, complètement loufoque et bizarre, vraiment original. Parfois un peu énervant parce qu'on se dit que non, trop c'est trop pour un seul homme, et qu'il fait un peu exprès, tout de même, cet Halvard, pour se fourrer dans des situations totalement improbables et dans les pires embrouilles. On a envie de lui botter les fesses, de le remettre un peu dans le droit chemin, de lui faire la morale. Et puis en même temps, on est touché par son innocence, sa candeur, sa pureté. On voudrait être une Pollux et rencontrer un homme qui nous aime à ce point-là, obstinément, farouchement...
Et puis, bien sûr, quand on arrive au passage qui explique le titre du roman, on jubile. Moi, j'ai jubilé. De comprendre. Et de me reconnaître, aussi...
Un roman à lire, qui peut-être vous dérangera parce que c'est un peu fouillis, un peu "trop", un peu fou, mais qui vaut le coup rien que pour son originalité et la verve de l'auteur !
Le site de l'auteur avec plusieurs extraits.
Cécile ne répètera jamais assez qu'elle adore ce livre ! C'est d'ailleurs elle qui me l'a offert suite à un concours très intelligent gagné (haut la main) sur son blog. De plus, elle l'a fait dédicacer par l'auteur (qui est certain que je suis une "chamelle sauvage", sans me connaître...). Je n'ai bien sûr compris la dédicace qu'après ma lecture, et je confirme, vous ne vous êtes pas trompé, Monsieur Jaenada, je suis bien moi aussi une chamelle sauvage ! Merci Miss Quoi de 9 !
Caro(line) a été emballée, Praline a été emballée également par le début et a trouvé l'ensemble "agréable à lire", Thom qualifie ce premier roman d' "imparfait mais grandiose", Tamara trouve que c'est "une histoire tirée par les cheveux" mais qui lui "a beaucoup plu" et Emma se qualifie elle-même avec humour de "la mauvaise élève" qui n'a pas aimé ce livre...
04 novembre 2009
Un peu, beaucoup, pas du tout
Alice MUNRO
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Ce sont des histoires de femmes. Des femmes comme vous et moi, avec leur vie, parfois simple, parfois gaie, parfois compliquée. Des femmes avec des maris et des enfants. Quelques femmes seules aussi. Ce sont des histoires simples, des tranches de vie, des histoires d'amour ou de trahison. Mais dans lesquelles la maladie tient une place prépondérante, dans lesquelles la mort rode...
Alors on est un peu mal à l'aise, en lisant ce livre, que j'ai pourtant bien aimé. Le style d'Alice Munro est très agréable et se lit facilement, mais le destin pèse si lourd sur les épaules de tous ses personnages que cela pèse un peu sur nous aussi.
C'est un livre intéressant, mais à ne pas lire en cas de cafard, car malgré soi, parfois, on s'identifie, on compare, et tout ça n'est pas très gai...
Un grand merci à Antigone pour ce livre voyageur. Bel Gazou
a un "petit avis froissé" et Martine n'a pas accroché non plus.
28 octobre 2009
Mon père n'est pas mort à Venise
Sophie POIRIER
Un grand bonheur, quand on est blogueur, est de recevoir des livres dans sa boite aux lettres. Livres voyageurs dont on a entendu parler sur des blog-amis et qui viennent faire un court séjour chez nous, afin de continuer le partage, livres offerts par les éditeurs, livres gagnés au fil de concours ou de jeux, et parfois aussi livres envoyés directement par l'auteur lui-même, avec lequel on a eu quelques contacts et qui veut nous faire plaisir et nous faire découvrir son nouvel ouvrage.
Alors, bien sûr, oui, ça fait plaisir. Mais, dans le même temps, me voilà parfois toute intimidée face au livre. Autant j'arrive à donner un avis pertinent et tout à fait indépendant de diverses pressions quand il s'agit d'un ouvrage prêté ou d'un livre envoyé par un éditeur, je ne me sens pas liée à l'expéditeur par un quelconque lien et reste donc libre de faire une critique négative si je n'ai pas aimé ma lecture, autant, face à un livre envoyé par l'auteur lui-même... c'est plus délicat, j'ai peur de vexer, de faire de la peine, je me dis que c'est facile de critiquer et que moi, pour l'instant, je n'ai toujours rien publié et que je ne serais certainement pas capable de faire aussi bien, bref l'affectif entre en ligne de compte et je repousse ma lecture...
C'est ainsi que cela s'est passé pour le deuxième livre de Sophie Poirier (que vous pouvez retrouver dans la blogosphère sous le nom de Ficelle) qu'elle m'a fait parvenir par l'intermédiaire de son éditeur au début de l'été, que j'avais ouvert, feuilleté un peu, reposé, repris, re-reposé... J'avais beaucoup aimé son premier roman La libraire a aimé, que Sophie avait déjà eu la gentillesse de m'offrir et j'avais peur non seulement de ne pas aimer ce deuxième livre mais peur également, si je ne l'aimais pas, de devoir le dire, puisque que je me suis jurée d'être honnête sur ce blog et de donner réellement mon avis. Je n'avais pas envie d'être dans la position de faire de la peine à Sophie, de la critiquer... Et puis ce fameux deuxième livre, l'auteur qu'on attend au tournant... Je ne voulais pas être celle qui allait dire qu'elle était déçue... Dilemme... Le temps a donc passé... Et puis, honteuse, j'ai enfin ouvert Mon père n'est pas mort à Venise...
Et j'ai aimé ! (ouf !). Merci, donc chère Sophie pour ta confiance et surtout merci pour cette jolie histoire. J'ai beaucoup aimé suivre cette femme qui fouille dans le passé de son père, qui cherche à comprendre, à canaliser l'angoisse, à répondre aux questions non formulées. J'ai également retrouvé avec grand plaisir ton écriture fine et sensible, mais plus maîtrisée, plus construite que dans ton premier ouvrage. On sent que tu as mûri, grandi et je pourrais même dire que par ce livre, on comprend tout de suite qu'on a à faire à un vrai écrivain, et non pas à une jeune femme qui aurait juste eu le coup de bol d'être choisie pour un premier ouvrage, et qu'un seul. J'ai trouvé dans cet ouvrage un humour qui répond tout à fait à ce que j'aime, j'ai souvent souri ; j'ai aimé cette femme et les mouvements et bruits des trains, j'ai adoré le détective, et la fin est si belle...
Bref, un très beau moment de lecture ! Merci encore Sophie ! Et pour le 3ème livre que tu écriras, je n'attendrai pas 3 mois avant de l'ouvrir, promis !
Le site de l'éditeur ANA Editions. Vous y trouverez le résumé du livre (oui, cette fois-ci, je change la formule, pas de 4ème de couv. ni de résumé, ni de notes de lecture...) et quelques critiques intéressantes. Et si vous voulez rire, allez donc vous régaler de l'interview imaginaire de l'auteur sur son blog, on s'y croirait !
"Ni les barrages, ni les camouflages d'aucune sorte ne peuvent empêcher l'idée de faire son chemin. Telle La Princesse au petit pois, malgré les épaisseurs, elle sentait sur sa peau la marque se faire, à l'endroit du corps où ça gène. Minuscule excroissance qui réveille la nuit, qui envahit les rêves, qui devient une obsession.
Parce que certaines découvertes, certaines expériences, des détails parfois, s'étirent jusqu'à devenir des immensités dans la tête, indéboulonnables.
Parce qu'on ne choisit pas ce qui s'oublie".
" Son père lui avait appris qu'il fallait être libre, ne pas faire de concessions, le moins possible. Que l'égoïsme était la plus belle des qualités, que la passion valait cent fois le quotidien merdique, qu'on aimait à la folie plusieurs fois dans une vie, que la fidélité était un concept judéo-chrétien, que le nihilisme avait le mérite de rendre le présent vif et précieux, à saisir."
24 octobre 2009
Corps étranger
Didier van CAUWELAERT
Quatrième de couverture
Peut-on changer de vie par amour, devenir quelqu'un de neuf sous une autre identité, sans sacrifier pour autant son existence habituelle ? C'est ce que va oser Frédéric. A dix-huit ans, il avait publié sous le nom de Richard Glen un roman passé inaperçu, puis il avait renoncé à l'écriture ; il avait conquis Paris d'une autre manière... Mais, un jour, une jeune étudiante de Bruges envoie une lettre à ce pseudonyme oublié, à cette part de lui-même en sommeil depuis plus de vingt ans. De tentations inconnues en bonheurs d'imposture. il va s'inventer dans les yeux de Karine un autre passé, un autre présent, rendre Richard Glen de plus en plus réel, de plus en plus vivant... Mais combien de temps deux personnalités peuvent-elles se partager un corps ? Avec son humour et sa tendresse implacable, le romancier d'Un aller simple, prix Goncourt 1994, nous entraîne dans un récit poignant qui explore le rêve secret de beaucoup d'entre nous.
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Un coup de coeur pour ce livre dévoré d'une traite, que j'ai trouvé tout à la fois plein d'humour, très poétique, triste et qui m'a beaucoup émue... Rêves, destin, espoirs, désespoir aussi, tout est là, dans une belle écriture fluide que l'on lit avec plaisir... L'amour pour la femme aimée défunte entraîne le narrateur à changer de vie, ou plutôt à reprendre cette part de lui-même qu'il avait au fil des ans laissée s'étioler jusqu'à la faire disparaître, jusqu'à devenir étranger à lui-même. Le hasard d'une lettre d'admiratrice reçue le fait se retourner sur ce qu'il a construit, sur ce qu'il est devenu, sur ce qu'il a fait de ses années passées et comprendre enfin à quel point il a changé et pourquoi il a de ce fait perdu la femme de sa vie avant qu'elle ne meure réellement. Un personnage attachant bien que tourmenté et compliqué, qui essaye de se dissocier de lui-même pour mieux se retrouver et arrivera ainsi à renouer avec son âme et retrouver l'amour.
C'est une bien jolie histoire, avec une bien horrible fin, que je ne vous raconte pas, évidemment ! J'ai été fâchée contre l'auteur aux dernières pages... Tout de même, Monsieur Van Cauwelaert, vous êtes dur avec vos personnages et Frédéric ne me semble pas mériter ce que vous lui faites subir ! Mais peut-être en est-il ainsi de la vie et cela devrait nous pousser tous à savourer chaque moment de notre existence de notre mieux, en restant fidèle à nous-mêmes, à nos idéaux, à nos aspirations de jeunesse...
Une belle lecture !


















































