14 novembre 2009
La muette
Chahdortt DJAVANN
" J'ai quinze ans, je m'appelle Fatemeh mais je n'aime pas mon prénom.
Je vais être pendue bientôt... "
Présentation de l'éditeur
L'amour fusionnel d'une adolescente pour sa tante muette, l'amour passionné de celle-ci pour un homme tournent au carnage dans l'Iran des mollahs. Chahdortt Djavann fait un récit court, incisif et dénué de tout artifice. Écrite dans un cahier, par une adolescente de 15 ans en prison, La Muette est une histoire qu on n'oublie pas.
Voici un petit livre effectivement poignant où l'on est confronté à l'horreur et à la violence et surtout au courage des femmes iraniennes face à la démence de l'intégrisme dans leur pays. A lire comme un témoignage (on peut se demander quelle est la part du roman et du vécu dans l'ouvrage) et à savourer tant l'écriture est délicate malgré la dureté du thème.
"J'ai quinze ans, je m'appelle Fatemeh, et je n'aime pas mon prénom. Dans notre quartier, tout le monde avait un surnom, le mien était «la nièce de la muette». La muette était ma tante paternelle. Je vais être pendue bientôt ; ma mère m'avait nommée Fatemeh parce que j'étais née le jour de la naissance de Mahomet, et comme j'étais une fille, elle m'avait donné le prénom de la fille du Prophète. Elle ne pensait pas qu'un jour je serais pendue ; moi non plus. J'ai supplié le jeune gardien de la prison pour qu'il m'apporte un cahier et un stylo, il a eu pitié de moi et exaucé le dernier souhait d'une condamnée. Je ne sais par où commencer. J'ai lu plusieurs fois le petit dictionnaire abandonné sur la corniche de la chambre où j'ai vécu plus d'un an. J'aimais apprendre ce que les mots signifiaient ; mais ne me rappelle pas tous les mots et leur sens. Je n'ai jamais rien écrit, à part quelques poèmes, une vingtaine, mais personne ne les a jamais lus. J'étais très bonne à l'école, mais j'ai dû la quitter à treize ans ; j'aurais bien aimé continuer et aller à l'université. Personne dans ma famille, ni d'ailleurs dans notre quartier, n'avait jamais mis les pieds dans une université. Où j'ai grandi, il n'y avait que la misère et la drogue, aucun destin n'échappait au malheur ; dans ce monde-là, la pauvreté écrase les hommes et les femmes, les rend misérables, méchants et laids : trop de misère fait que les gens ne sont même plus capables de rêver. Mon oncle, le frère de ma mère, était drôle, drogué et beau, il avait vingt-deux ans et rêvait encore, un peu trop peut-être. La muette aussi était belle, elle avait de grands yeux brillants et un visage rassurant pour une muette. Moi, je ne suis pas belle, mais je ne suis pas laide non plus ; maintenant, dans cette cellule, je dois l'être. Les trois premiers jours de mon interrogatoire furent les plus lents dans l'histoire de l'humanité, soixante-douze heures sans sommeil sous les coups de matraque. Brûlures indescriptibles. J'ai plusieurs dents brisées, le visage tuméfié, des côtes cassées et, lorsque je respire, mon corps me fait mal. Je prends seulement maintenant conscience que je vais être pendue ; attendre jour et nuit la mort dans cette cellule étroite et entièrement vide est au-dessus de mes forces. Penser à la muette, l'imaginer à mes côtés, m'aide à ne pas devenir folle, à supporter la douleur, la peur. J'écris pour que quelqu'un se souvienne de la muette et de moi, parce que mourir comme ça, sans rien, m'effrayait. Peut-être qu'un jour quelqu'un lira ce cahier. Peut-être qu'un jour quelqu'un me comprendra. Je ne demande pas à être approuvée, seulement comprise."
Amanda a moyennement aimé. Un bel article de Léthée dans Le Magazine des livres, Leiloona se demande "comment rester insensible face à une telle oeuvre", Roudoudou a aimé sa lecture.
28 mai 2009
Persepolis
Marjane SATRAPI
Beaucoup d'entre vous ont déjà lu cette bande dessinée, ou vu le film du même nom, mon résumé sera donc succinct !
Marjane, l'auteur, puisque cette histoire est totalement autobiographique, est née en Iran en 1970. Elle a grandi sous le régime du Chah, puis connu avec ses parents la révolution islamique, de même que les répressions politiques, culturelles et religieuses. Fort heureusement pour elle, ses parents sont issus d'un milieu aisé et surtout cultivé et ouvert au monde extérieur et, dès son plus jeune âge, Marjane a pu, tout en devant supporter le poids quotidien de la vie dans ce pays ravagé par la guerre et par la stupidité de la loi islamique, grandir en s'ouvrant l'esprit, en gardant une autonomie de pensée, du recul sur les évènements et en ayant la capacité de détourner le drame de chaque jour avec humour (et rébellion tout de même !).
Elle aura la chance d'émigrer en Autriche, y vivra des galères, avant de revenir au pays puis d'en repartir définitivement pour vivre enfin une vie libre.
J'avais absolument adoré le film, de toute beauté à tous les niveaux, drôle, émouvant, poignant, faisant réfléchir... J'ai eu plus de mal avec la BD, non pas sur le fond, qui est le même et reste vraiment passionnant, mais sur le graphisme et l'écriture que j'ai trouvé très fatiguants à lire. Cela reste malgré tout une belle lecture, que je vous conseille si vous ne vous y êtes pas encore plongé.
Quand au film, si vous ne l'avez pas vu, éteignez tout de suite votre ordinateur et courrez vite au vidéo club le plus proche pour le louer, c'est une petite merveille !
Voir sur Allociné la page du film.
18 avril 2009
Valse avec Bachir
Film de Ari FOLMAN
Ce film très original est le récit autobiographique d'une partie de la vie de Ari Folman, un metteur en scène israélien. Ari subit des cauchemars récurrents, dans lesquels il se retrouve pourchassé par une meute de 26 chiens, soit le nombre exact qu'il a dû tuer au cours de la guerre du Liban. Il en parle à un ami, et le lendemain, pour la première fois depuis la fin de la guerre, il retrouve un souvenir de cette sombre période de sa vie, mais une seule image qui ne le laissera pas en paix tant qu'il n'arrivera pas à faire le lien avec ce qu'il s'est réellement passé. Sur le conseil de son ami, il va donc partir à la recherche de son passé, entrer au dedans de lui-même pour y creuser ses souvenirs, et recontrer un à un ses anciens camarades de combat, mener une enquête sur les derniers mois puis les derniers jours et instants qui précèdent le massacre de Sabra et Shatila.
Je ne suis pas fan en général de films sur la guerre, quelle qu'elle soit, et mon avis n'est pas différent pour ce film-ci. Par contre, c'est malgré tout un film à voir absolument pour plusieurs raisons.
Valse avec bachir est tout d'abord un film très intéressant en tant que témoignage d'une époque épouvantable dans l'histoire du Liban et d'Israël. Nous sommes entre le documentaire et la fiction, mais un documentaire vu par ceux qui ont vécu l'évènement, donc avec les peurs, les passions, l'innocence et l'insouciance parfois de ces jeunes soldats qu'on envoyait à la guerre sans qu'ils comprennent grand chose au sens de cette guerre et à ce qu'on leur demandait de faire.
Le fait que ce soit un film d'animation permet de garder une distance avec l'horreur de la guerre, et on aurait tendance à croire que ce film n'est qu'une histoire de plus, inventée et bien racontée avec talent, jusqu'aux dernières images du film où la réalité sordide de la vie et de la mort nous rattrappe de plein fouet...
Les dessins sont assez simples mais les couleurs sont absolument somptueuses, et la musique superbe met en valeur les teintes qui sont de toute beauté.
Vous pourrez également visionner les bonus qui expliquent la genèse du film et cette période de la guerre du Liban.
Témoignage de Ari Folman
"J'ai réalisé Valse avec Bachir du point de vue d'un soldat quelconque, et la conclusion est que la guerre est si incroyablement inutile ! Ca n'a rien à voir avec les films américains. Rien de glamour ou de glorieux. Juste des hommes très jeunes, n'allant nulle part, tirant sur des inconnus, se faisant tirer dessus par des inconnus, qui rentrent chez eux et tentent d'oublier. Parfois ils y arrivent. La plupart du temps, ils n'y arrivent pas."
"Cette histoire est mon histoire personnelle. Le film retrace ce qui s'est passé en moi à partir du jour où j'ai réalisé que certaines parties de ma vie s'étaient complètement effacées de ma mémoire.Les quatre années pendant lesquelles j'ai travaillé sur Valse avec Bachir ont provoqué en moi un violent bouleversement psychologique. J'ai découvert des choses très dures dans mon passé (...)"
Stephie n'a pas aimé le graphisme ni le style documentaire, bien qu'elle ait été touchée par l'histoire. Aifelle a trouvé ce film très intéressant.
Je remercie Chez les Filles pour m'avoir fait découvrir cette oeuvre, qui a récolté nombre de prix, fort mérités. Pour une raison obscure, je n'arrive pas à insérer de photos dans mon billet, je vous invite donc à aller faire un tour sur le Site officiel du film ainsi que sur Allociné où vous trouverez photos et vidéos.
24 septembre 2008
De Niro's Game
Rawi HAGE
Une fois de plus gâtée par Chez les Filles et les Editions Denoël, j'ai eu la chance de recevoir le livre de Rawi HAGE, De Niro's Game. Lorsque Violaine m'a contactée par mail, je n'ai même pas lu le résumé du livre qu'elle me proposait, et accepté de suite car, vous commencez à me connaître, je suis définitivement livromaniaque et je ne peux jamais dire non si on me suggère de lire un ouvrage dont je n'ai pas encore entendu parler (d'où des PAL et LAL monstrueuses...).
De plus, j'ai la satisfaction de pouvoir me faire (un peu) mousser dans les dîners : "Comment ? Tu n'as pas encore entendu parler de ce livre ? L'éditeur me l'a envoyé, il faut absoooolumentabsoooolument le lire quand il sortira ! Oui... grâce à mon blog, je reçois des livres en avant première, ainsi que quelques autres blogueurs triés sur le volet, et, en contrepartie de ce livre offert, nous devons publier un billet sur nos blogs, même négatif si le livre ne nous a pas plu..." Ainsi qu'on l'entend partout, ÇA LE FAIT !!! et si cette expression est à mon goût parfaitement abominablement plouc, elle est, en l'occurrence, tout à fait appropriée !
Bref, mon égo réconforté par le fait d'avoir été à nouveau une des heureuses élues, j'ai abordé cette lecture d'une humeur guillerette, toute ravie d'échapper aux plâtres et poussières de ma maison en chambardement...
Et je suis tombée sur les gravas et cendres de Beyrouth, soulevés par les bombes écrasant la ville...
Et je suis tombée littéralement sous le charme de ce livre que j'ai dévoré en trois nuits à peine...
Liban, début des années 1980. Campé dans un Beyrouth dévasté par les bombes, De Niro's Game est une odyssée chaotique, écorchée et haletante, une plongée vertigineuse au cœur de la guerre civile et de ses folies.
À Beyrouth-OuestBeyrouth-Ouest, Bassam et Georges, deux amis d'enfance, tuent leur ennui et leur mal de vivre à coups de petits boulots minables, de maigres larcins et de soirées trop arrosées. Les jours se suivent et avec eux les alertes, les morts, les immeubles en ruine. Les filles sont inaccessibles, muselées par les traditions et les couvre-feux. Entre deux visites aux copains de lycée engagés dans la milice, les deux jeunes gens s'imaginent coulant des jours meilleurs : Bassam rêve de fuir à l'étranger, et Georges, lui, se sent de plus en plus attiré par les discours belliqueux de la milice chrétienne.
Dans un ultime défi, les deux amis décident de détourner la recette de la salle de jeu où Georges travaille. Mais l'argent seul suffira-t-il à les éloigner de la guerre et à sauver leur amitié ?
Porté par une écriture sans concessions, le premier roman de Rawi Hage annonce, au-delà de la puissance du récit, l'avènement d'une nouvelle voix.
Le style de l'auteur, effectivement, martèle le récit comme les bombes rythment la vie de Beyrouth en cette époque de guerre civile. Les phrases sont incisives, les mots lancés tels des obus, directs, coupants, nets et atteignant leur cible : celle de nous faire vivre par la lecture la terrible période de destruction de cette ville, autrefois pôle de culture et d'ouverture au monde extérieur, celle aussi de nous faire entrer de plein fouet dans le quotidien des gens simples, des gens qui tentent tout simplement de vivre, de survivre au milieu des bombardements, des décombres, de la violence, de la haine et la bêtise humaine, attisés par la peur de mourir ou de tout perdre en une seconde.
Les quelques premières pages, fortes en images et couleurs, odeurs et bruits (on se croirait presque au cinéma) m'ont pourtant un peu destabilisée, tant la force qui s'en dégage est dérangeante, impressionnante. Cependant, l'auteur, avec un art immense, réussit le tour de force de ne pas tomber dans le voyeurisme, ni dans un pathos sentimental tant rebattu dans certaines littératures sur ce pays ou ses voisins. Sur fond de guerre, certes omniprésente dans le récit, le lecteur arrive à s'attacher aux personnages, à Bassam, tenaillé par le désir inextinguible de partir (Rome, la France !) qui a compris que nul avenir ne l'attend plus dans son propre pays, et à son ami Georges, qui lui au contraire est attiré par les discours véhéments de la milice, par la force qu'elle déploie et le pouvoir qu'elle donne à ceux qui adhèrent à sa loi. Bravant l'ennui et la conscience du "non-avenir" qui les attend dans cette ville sinistrée, cherchant dans l'alcool et la drogue une évasion factice, pariant sur leur chance à rester vivants comme on joue à la roulette russe, les jeunes gens vivent au jour le jour, cherchant par tous les moyens et combines à gagner un peu d'argent, à séduire des filles, à s'amuser, bref à avoir malgré tout un semblant de vie normale. Et même quand les deux amis prennent des chemins divergents, qui deviendront opposés, et on les suit avec toute la tendresse qu'on a pour eux, comme une mère pour ses enfants, en les excusant par avance de leurs vilenie, de leur erreurs, en les aimant et en ayant envie de les protéger : surtout qu'il ne leur arrive rien ! Mais nous ne décidons pas de leur sort, nous ne sommes que des lecteurs, et l'auteur nous emmène, ainsi peut-être qu'il a du le faire lors de son propre exode hors de son pays, sur les pas de Bassam qui, peut-être, parviendra à atteindre son rêve...
S'il faut une critique à ce roman, je trouve que la troisième partie n'est pas aussi puissante, moins intéressante que les deux premières parties (haletantes, passionnantes, on est entre le roman d'aventure, le polar et le documentaire) car contenant moins d'action. Mais j'ai lu ce livre avec passion, et ne saurais trop vous le recommander : du bel ouvrage ! Voilà un auteur prometteur et je ne manquerai pas de lire ses prochains écrits.
Rawi Hage est né à Beyrouth en 1964, et il quitte le Liban après la guerre civile, en 1992. Il vit depuis à Montréal. Conservateur, il partage ses activités entre les arts visuels et l'écriture. De Niro's Game, son premier roman, écrit en anglais (sa troisième langue après l'arabe et le français) a obtenu de nombreuses récompenses au Canada, dont le prix des Libraires de Québec et le Prix Impact ainsi que le prestigieux Impac Dublin Literary Award.
Quelques blogueurs l'ont déjà lu (dont les Canadiens il y a quelques temps déjà), et je n'ai trouvé aucune critique négative. L'avis de Thom, de Kathel, celui de Caro(line), de Tamara , de Brize et celui de Karine. Jules l'a lu il y a quelques mois sous le titre "Parfum de poussière".
J'ai comme toujours sûrement oublié beaucoup d'entre vous... Veuillez m'excuser et me laisser un petit comm, je vous rajouterai à la liste des liens !
Extraits :
"Les bombes tombaient comme la mousson sur l'Inde lointaine. J'étais agité, prêt à tout, j'avais besoin d'argent, d'un meilleur boulot. Je travaillais au port. Opérateur de treuil. On déchargeait des navires remplis d'armes qui portaient des numéros de série hébreux, anglais ou arabes. Des fois, c'était une cargaison de pétrole qu'il fallait transvaser à l'aide de gros tuyaux dans des camions-citernes. Les fruits venaient de Turquie. Les moutons morveux qui poussaient des bêlements inquiets aussi. Nous, on vidait tout. Quand il s'agissait d'une livraison d'armes, toute la zone était cernée par les jeeps de la milice. On déchargeait toujours la nuit. Aucun éclairage n'était permis, même pas la lueur d'une cigarette. Après le quart de nuit, je rentrais chez moi et je dormais toute la journée. Ma mère faisait la cuisine en maugréant. Les rares fois où je travaillais au port ne suffisaient pas pour les cigarettes, pour faire taire ma mère, pour acheter à manger. Où aller, qui voler, escroquer, supplier, séduire, déshabiller, palper ? Assis dans ma chambre, je contemplais le mur couvert d'images étrangères : posters fanés d'idoles prépubères, de blondes aux dents blanches éclatantes, de footballeurs italiens. Je me disais que Rome avait l'air d'un bon endroit où se promener librement. Les pigeons, sur les places, avaient l'air heureux. Bien nourris."
"Dix mille cigarettes avaient roulé entre mes lèvres, un million de gorgées de café truc m'avaient brûlé le gosier. Je pensais à Nabila, aux machines à poker, à Rome. Je pensais à quitter cet endroit. J'ai allumé la dernière bougie, bu au seau d'eau, ouvert et refermé le frigo. Il était vide et ça fondait à l 'intérieur. Pas un bruit dans la cuisine : la radio que ma mère avait descendue avec elle dans l'abri antibombes jouait désormais pour les rats et les familles entassées les unes sur les autres. Quand les bombes pleuvaient, l'abri se faisait maison, palais de sucre, camp de jeu pour les enfants, cuisine et café, lieu saint, lieu sombre, lieu sûr avec un poêle, des matelas de mousse et des jeux de société. Mais ça sentait le renfermé et j'aimais mieux mourir en plein air".
"Debout au milieu de la chaussée, je me suis roulé une cigarette. J'ai inhalé, expiré : la fumée qui sortait de ma bouche s'étalait comme un bouclier. Les bombes tirées vers moi ricochaient dessus et repartaient d'un bond jusqu'au ciel, vers de lointaines planètes."
Un grand Merci
13 juin 2008
Mille Soleils Splendides
Khaled HOSSEINI
La lumière du soleil n'est pas la même pour tous...
Nous sommes en Afghanistan en 1959. A la mort de sa mère, Mariam, jeune harami (bâtarde) de 15 ans, est forcée par son père d'épouser un homme de trente ans son aîné, afin de sauver l'honneur de la famille de ce père qu'elle vénérait, mais qui ne veut pas l'accueillir sous son toit avec ses femmes et ses enfants officiels.
Si les débuts du mariage se passent à peu près bien tant que Mariam obéit à son mari, qu'elle suit ses directives et exigences, qu'elle le sert, tant pour la nourriture que pour ses besoins sexuels, qu'elle porte la burqa pour sortir de chez elle (pour la protéger du regard concupiscent des autres hommes...), Rachid subit bientôt une transformation totale de son caractère (ou laisse plutôt ressurgir cette personnalité peu attrayante qu'il avait dissimulée) dès que Mariam fait une fausse couche et perd son premier bébé. Les espoirs de maternité envolés, Mariam va vivre pendant des années sous le joug de cet homme, sans amour, sans liberté, sans joie, comme un fantôme d'elle-même.
Dix-huit ans après son mariage, sa vie est bouleversée par l'arrivée dans la maison de la jeune Laila, sa petite voisine de quatorze ans. Laila a grandi dans la même ruelle, cadette d'une famille dont les ainés sont morts à la guerre, adorée et éduquée par son père professeur, cultivé et moderniste, et mal-aimée par sa mère, en pleine dépression depuis la disparition des deux garçons. Laila a grandi aux cotés de Tarik, un petit voisin, qu'elle a d'abord considéré comme un frère, mais qui s'est avéré au fil du temps être bien plus qu'un ami. Les deux jeunes gens s'avouent leur amour, sous les rafales de mitraillettes et les bombes qui commencent à pleuvoir sur Kaboul. Nous sommes en 1992, et devant la montée de la violence dans tout le pays, Tarik décide de partir à l'étranger avec ses parents. Laila ne peut l'accompagner sans abandonner les siens et se résoud donc à rester, mais elle va bientôt se retrouver orpheline, et sera recueillie par son voisin Rachid.
Commence alors une période ou la jalousie, la haine même grandissent dans le coeur de Mariam. Rachid a décidé d'épouser Laila, et celle-ci étant enceinte accepte, afin de procurer au bébé de Tarik confort et sécurité, car elle a appris d'un émissaire sa mort dans un hopital pakistanais. Laila met au monde une petite fille, Aziza et par sa douceur et sa discrétion va finir par trouver une alliée en Mariam. Laila donne ensuite à Rachid un fils, dont il fait un petit dieu, au grand dam de sa mère, qui n'a malheureusement rien à dire quand à son éducation...
Toutes deux sont victimes de la violence de Rachid, qui va grandissant dans la même mesure où ses affaires périclitent, et où la guerre détruit la ville, avec la fureur, la terreur et la folie meurtrière que les talibans amènent avec eux. Elles s'unissent pour tenter de fuir l'Afghanistan, et leur ville, Kaboul, qui dissimulait autrefois derrière ses murs "mille soleils splendides", mais n'est plus qu'un tas de gravas, décombres, où l'on meurt chaque jour, d'une balle, de faim ou de peur, et où la vie devient plus hasardeuse, dangereuse, terrifiante... Parviendront-elles à quitter le pays ? Et quel sera le prix de ce voyage vers un monde nouveau ?
J'ai beaucoup aimé ce livre, lu très rapidement, bien que je trouve que ce soit un peu trop romanesque à mon goût (ils s'aiment, ils se quittent, vont-ils se retrouver...). L'histoire est cependant intéressante et se dévore littéralement, on veut à tout prix savoir ce qui va arriver aux personnages et comment ils se sortiront de ces aventures. Mais ce qui m'a le plus passionné sont les relations hommes-femmes et la condition de la femme que dépeint avec beaucoup de précision, de retenue et, comment dire, en quelque sorte de respect, Khaled Hosseini, de même que toutes les explications qu'il donne sur la vie politique du pays, les pourquoi et comment de la guerre, les retournements d'amitiés, les trahisons, les prises de pouvoir...
Poignant tant l'histoire de ce pays est triste et lourde, alors que l'Afghanistan était autrefois un fleuron de la culture musulmane dans toute sa beauté, sa finesse, sa poésie....
Terrifiant tant l'espoir est mince que les conditions de vie des afghans s'arrangent un jour... Quand à celle des afghanes...
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A lire, donc, même si je dois tout de même préciser pour être honnête que j'avais préféré Les Cerfs Volants de Kaboul.
Le site de l'auteur, à visiter, ainsi qu'un article sur Passion du Livre
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Extraits : "Elle ignorait alors que harami signifiait bâtarde. De même, elle était encore trop petite pour éprouver l'injustice d'une telle injure et pour objecter que ce sont les parents d'une enfant illégitime qui sont à blâmer, et non l'enfant lui-même -lui dont le seul tort est d'être né. Pour autant, elle devina sans peine qu'une harami était quelque chose de répugnant, de laid. Un peu à l'image des cafards que sa mère jetait sans cesse hors de la kolba en pestant.
Ce n'est que plus tard, lorsqu'elle fut devenue grande, que Mariam comprit. La manière dont Nana lui crachait parfois cette insulte à la figure lui en faisait ressentir toute la cruauté, et elle finit par saisir qu'une harami était quelqu'un de non désiré, qui n'aurait jamais droit comme les autres à une famille, une maison, et à l'amour et à l'approhation des gens."
"Elle avait du mal à accepter qu'il lui parle sur ce ton, qu'il la traite avec mépris, qu'il la ridiculise, qu'il l'insulte, qu'il passe devant elle comme si elle n'était qu'un animal domestique. Mais, après quatre ans de mariage, elle savait ce qu'une femme était capable d'endurer sous l'emprise de la peur. Et le fait est qu'elle avait peut. Elle vivait dans la crainte continuelle des sautes d'humeur de Rachid et des moments où même les conversations les plus anodines devenaient pour lui prétexte à un affrontement, qu'il ponctuait à l'occasion de gifles ou de coups de poing et de pied. Parfois, il tentait de se faire pardonner à grand renfort d'excuses fallacieuses - parfois non."
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Et le passage le plus terrifiant, parce que VRAI :
"Notre watan s'appelle désormais l'Emirat islamique d'Afghanistan. Voici les lois que nous allons faire appliquer et auxquelles vous obéirez :
Tous les citoyens doivent prier cinq fois par jour. Quiconque sera surpris à faire autre chose au moment de la prière sera abattu.
Tous les hommes doivent se laisser pousser la barbe. La longueur correcte est d'au moins un poing en dessous du menton. Quiconque refusera de respecter cette règle sera batttu.
Tous les garçons doivent porter un turban - noir pour ceux scolairsés en primaire, et blanc pour ceux des classes supérieures - ainsi que des habits islamiques. Les cols de chemise seront boutonnés.
Il est interdit de chanter.
Il est interdit de danser.
Il est interdit de parler et de jouer aux cartes, aux échecs et aux cerfs-volants.
Il est interdit d'écrire des livres, de regarder des films et de peindre des tableaux.
Quiconque gardera des perruches chez soi sera battu et ses oiseaux tués.
Quiconque se rendra coupable de vol aura la main coupée. Et s'il recommence, il aura le pied coupé.
Il est interdit à tout non musulman de pratiquer son culte en un lieu où il pourrait être vu par des musulmans, au risque d'être battu et emprisonné. Quiconque sera surpris à essayer de convertir un musulman à sa religion sera exécuté.
A l'attention des femmes :
Vous ne quitterez plus votre maison. Il est inconvenant pour une femme de se promener dehors sans but précis. Pour sortir, vous devrez être accompagéne par un mahram, un homme de votre famille. Si vous être surprise seule dans la rue, vous serez battue et renvoyée chez vous.
En aucun cas vous ne dévoilerez votre visage. Vous porterez une burqa à l'extérieur de votre maison. Sinon, vous serez sévèrement battue.
Il vous est interdit de vous maquiller.
Il vous est interdit d'arborer des bijoux.
Vous ne vous afficherez pas avec des vêtements aguichants.
Vous ne parlerez que lorsqu'on vous adressera la parole.
Vous ne regarderez aucun homme droit dans les yeux.
Vous ne rirez pas en public. Sinon, vous serez battue.
Vous ne vous vernirez pas les ongles. Sinon, vous serez amputée d'un doigt.
Il vous est interdit d'aller à l'école. Toutes les écoles pour filles seront fermées.
Il vous est interdit de travailler.
Si vous êtes reconnue coupable d'adultère vous serez lapidée.
Ecoutez bien et obéissez. Allah-u-akbar.
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Je crois que ça se passe de commentaires...



























