Les lectures de Lili... Et un peu de ma vie aussi...

Ce que j'aime, ceux que j'aime... Un peu de tout, en vrac, et suivant mes humeurs...

02 décembre 2009

Cris

Laurent GAUDE

coeur

cris

"Je meurs. Qui se souvient de moi ? Il aurait peut-être mieux valu mourir tout de suite. Je sens maintenant que le gaz a chassé tout l'air de mes poumons, je sens la mort inodore que je respire. Je ferme les yeux. Et je vois. je vois que je ne mourrai pas seul. je vois le siècle et c'est un avorton arraché du ventre de sa mère au forceps. Il est baigné de sang. Ils l'ont roué de coups. Je vois l'homme qui n'a plus de dents, plus de visage. Je vois l'homme qui pense être allé au bout de l'horreur mais qui connaîtra bientôt de nouveaux coups. Je vois le gaz qui rampe dans les campagnes. Je vois le grand siècle du progrès qui pète des nuages moutarde, je vois ce grand corps gras éructer des bombes et éventrer la terre de ses doigts. Le raz de marée qui m'emporte n'était qu'une vaguelette. Je meurs maintenant et cela me fait sourire car il m'est donné de voir, dans ces dernières hallucinations convulsées, les millions de souffrances auxquelles j'échappe."

Est-il besoin d'en dire tellement plus ? Une fois de plus, l'écriture de Laurent Gaudé m'a transportée et une fois de plus j'ai ressenti dans mes tripes ses mots, ses phrases. Dans ce petit livre, nous suivons les pas de Marius, Boris, Ripoli et quelques autres. Nous les suivons dans les tranchées, dans la boue, sous la pluie, dans le froid, avec la peur qui enserre le coeur, qui noue les boyaux, qui coupe les jambes et qui rend fou. Ce sont des poilus, des soldats de la première guerre cachés dans leur trous, à la merci des bombes de l'ennemi ou d'une attaque ordonnée par le haut commandement, mais surtout à la merci de la folie qui rode. L'horrible cri qui retentit dans la nuit dans le no man's land entre les deux fronts les glace d'effroi. Cri de "l'homme-cochon" qui résonne dans les têtes, voix des agonisants qui poursuivent même les permissionnaires, bruits de la guerre que ceux qui rentreront chez eux n'arriveront pourtant jamais à oublier...

En peu de mots, avec un style simple, presque épuré, Gaudé trace l'horreur de cette guerre d'usure, la peur, la folie. Un texte terriblement "visuel" et bouleversant.

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12 novembre 2009

Chaleur du sang

Irène NEMIROVSKY

sang

Quatrième de couverture :

Dans un hameau du centre de la France, au début des années 1930, un vieil homme se souvient. Après avoir beaucoup voyagé dans sa jeunesse, Silvio se tient à l'écart, observant la comédie humaine des campagnes, le cours tranquille des vies paysannes brusquement secoué par la mort et les passions amoureuses.
Devant lui, François et Hélène Érard racontent leur première et fugitive rencontre, le mariage d'Hélène avec un vieux et riche propriétaire, son veuvage, son attente, leurs retrouvailles. Lorsque leur fille Colette épouse Jean Dorin, la voie d'un bonheur tranquille semble tracée. Mais quelques mois plus tard, c'est le drame. La noyade de Jean vient détruire la fausse quiétude de ce milieu provincial. L'un après l'autre, les lourds secrets qui unissent malgré eux les protagonistes de cette intrigue vont resurgir dans le récit de Silvio, jusqu'à une ultime et troublante révélation...
Situé dans le village même où Irène NémirovskyNémirovsky écrira Suite française, mais entrepris dès 1937, ce drame familial conduit comme une enquête policière raconte la tempête des pulsions dans le vase clos d'une société trop lisse. Complet et totalement inédit, ce nouveau roman d'Irène NémirovskyNémirovsky refait surface près de soixante-dix ans après sa composition.

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Curieusement, alors qu'Irène Nemirovsky est une auteur que j'ai déjà lue plusieurs fois et vraiment adorée (Une suite française, Le bal, Le vin de solitude), j'ai peu accroché à cette nouvelle lecture. Certes, le style est toujours aussi superbe, fluide, littéraire sans être lourd, agréable à lire, mais je suis moins entrée dans l'histoire et dans les âmes des personnages que d'habitude. Cela est peut-être du au fait que j'ai lu ce roman cet été au bord de la piscine et que ce n'était pas le lieu ni surtout l'ambiance idéale... Il faut que je me cantonne l'été à des lectures légères et faciles, et non à des histoires tristes ou glauques...

C'est peut-être aussi parce que le thème général, l'adultère et ses conséquences, est devenu un thème si banal de nos jours que nous sommes moins choqués, pris à partie, même si les conséquences de cet adultère en particulier s'avèrent catastrophiques. La chaleur du sang, de nos jours, n'est plus honteusement cachée, mais bien plus au grand jour. Les couples vont et viennent, se font et se défont, l'adultère n'est plus une faute si on divorce et je pense que nous n'avons plus cette maîtrise de nous-même, ce poids de la société, de la morale qui faisaient qu'autrefois le mensonge, la tromperie pesaient bien plus lourd que maintenant, et que les gens, du fait, arrivaient presque à "oublier" leurs erreurs, ou tout du moins à les occulter pour laisser croire à leur pureté... On écoute de nos jours autant son coeur que sa raison, et les frustrations sont moins grandes, puisque tout de suite compensée...

Argantel avait  beaucoup aimé, Jules également, qui souligne "un talent de raconteuse indéniable, des mots choisis et un style impeccable"  tandis qu'Amanda est restée "perplexe", qu'Alwenn a eu un coup de coeur.

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28 septembre 2009

Sexus Politicus

Christophe DELOIRE - Christophe DUBOIS

sexusPrésentation de l'éditeur
Mitterrand, entre deux dossiers, consacrait beaucoup de temps à son harem. Chirac nommait ses favorites au gouvernement. Ses disparitions nocturnes entraînaient l'inévitable question de Bernadette : "Savez-vous où est mon mari ce soir ?" C'est ainsi : en France, sexe, amour et politique sont indissociables. Au XVIIIe siècle, la Maintenon et la Pompadour ont régné sur le cœur et la politique du roi. Aujourd'hui, presque rien n'a changé : le pouvoir reste obsédé par la conquête des femmes. Epouses, elles font partie des stratégies présidentielles ; maîtresses ou courtisanes, elles font parfois trembler l'Etat. La séduction est plus que jamais au cœur du système politique et de la course à l'Elysée. Pour la première fois, d'anciens Premiers ministres, des ministres passés ou en fonction, des conseillers et des hauts fonctionnaires évoquent ce sujet délicat en toute franchise. Rien n'y manque : ballets roses, espionnage, vendettas, pièges... Quant aux services de l'Etat, ils enquêtent sur les candidats. La bataille qui mènera à l'élection présidentielle de 2007 sera impitoyable.

Ce livre est arrivé chez moi par le biais d'une de mes bibliothèques tournantes et je peux vous assurer qu'il ne va pas faire long feu sur mes étagères ! Feuilleté en dix minutes hier pour me faire une idée : je ne le lirai pas ! Autant entrer dans les coulisses d'alcôves de la grande histoire m'intéresserait, du moment où on peut également lire à la suite des anecdotes une réflexion sur éventuellement les changements politiques ou diplomatiques qui ont découlé de ces galipettes d'hommes d'état, autant savoir avec qui ont couché Messieurs Chirac, Giscard, Mitterrand ou Sarkozy, vraiment, je m'en fiche comme de l'an quarante (voir plus encore !). Je ne suis déjà pas particulièrement intéressée par la politique et la personnalité des hommes qui nous dirigent, et donc encore moins par leur vie sexuelle !

Ce livre aurait pu être intéressant (enfin, pour ceux qui aiment le genre !) s'il y avait eu, suite au déballage d'anecdotes sans intérêt (ils se sont retrouvés rue Machin, il lui a téléphoné, ils sont dîné ensemble tel jour...) une mini étude sur l'influence que ces femmes ou amantes (il est plus question d'amantes ici, parce que, bien sûr les anecdotes avec les légitimes sont beaucoup moins drôles et n'intéressent au fond personne, alors que l'adultère, ah... ça fait toujours un peu rêver dans les chaumières, hein, même si on s'en défend en prenant un air offensé, voire scandalisé !), bref, si on avait poursuivi le débat en regardant concrètement ce que ces femmes ont pu avoir comme influence, cela aurait pu avoir un brin d'intérêt... Mais là, vraiment, le grand déballage de qui couche avec qui, ce n'est pas mon truc !

Cela me fait penser au très intéressant livre Histoire des Maîtresses de Elisabeth Abbot, qui lui montre l'influence que les maîtresses d'hommes connus (pas forcément politiques) ont pu avoir sur leur époque.

Un article rigolo sur Fluctuat et un extrait pour les curieux.

Un livre de ma biblio_tournante

26 septembre 2009

Mangez-le si vous voulez

Jean TEULE

coeur

mangezPrésentation de l'éditeur
Nul n'est à l abri de l abominable. Nous sommes tous capables du pire ! Le mardi 16 août 1870, Alain de Monéys, jeune périgourdin, sort du domicile de ses parents pour se rendre à la foire de Hautefaye, le village voisin. C'est un jeune homme plaisant, aimable et intelligent. Il compte acheter une génisse pour une voisine indigente et trouver un couvreur pour réparer le toit de la grange d'un voisin sans ressources. Il veut également profiter de l'occasion pour promouvoir son projet d'assainissement des marais de la région.
Il arrive à quatorze heures à l'entrée de la foire. Deux heures plus tard, la foule devenue folle l'aura lynché, torturé, brûlé vif et même mangé. Comment une telle horreur est-elle possible ? Comment une population paisible (certes angoissée par la guerre contre l'Allemagne et sous la menace d'une sécheresse exceptionnelle) peut-elle être saisie en quelques minutes par une telle frénésie barbare ? Au prétexte d'une phrase mal comprise et d'une accusation d'espionnage totalement infondée, six cents personnes tout à fait ordinaires vont pendant deux heures se livrer aux pires atrocités. Rares sont celles qui tenteront de s'interposer. Le curé et quelques amis du jeune homme s'efforceront d'arracher la malheureuse victime des mains de ces furieux et seule Anna, une jeune fille amoureuse, risquera sa vie pour le sauver.
Incapable de condamner six cents personnes d un coup, la justice ne poursuivra qu une vingtaine de meneurs. Quatre seront condamnés à mort, les autres seront envoyés aux travaux forcés. Au lendemain de ce crime abominable, les participants hébétés n'auront qu'une seule réponse : « Je ne sais pas ce qui m'a pris. »
Avec une précision redoutable, Jean Teulé a reconstitué chaque étape de cet atroce chemin de croix qui constitue l'une des anecdotes les plus honteuses de l'Histoire du XIXe siècle en France.

Un chemin de croix, c'est bien ce que j'ai ressenti à la lecture de ce livre, fort heureusement assez court, et accentué encore par les plans du village de Hautefaye figurant en début de chaque chapitre et montrant le chemin du calvaire de Alain de Monéys. Un livre à ne pas mettre entre les mains des coeurs sensibles, car Jean Teulé, dont la verve n'est plus à démontrer, accentue encore le coté sordide et hallucinant de cette histoire vraie par son style direct et cru. Personnellement, j'adoOOOOre, mais je comprends que cela puisse en rebuter plus d'un... d'autant plus que l'auteur en rajoute un peu par des détails qui à mon avis ne font pas partie des sources historiques (d'ailleurs il ne s'en cache pas, c'est un roman qu'il nous propose et non un récit historique).

Plus que l'histoire elle-même, pourtant particulièrement ignoble et explicitée avec force descriptions et détails un peu gores, ce qui m'a marqué est le fait qu'un tel évènement pourrait très bien se dérouler aujourd'hui, ici et maintenant. Je suis agoraphobe et ne supporte pas de me retrouver perdue et coincée dans une foule, même si elle reste relativement calme, car j'ai à chaque fois comme l'impression que cette foule pourrait devenir une entité à part entière, une chose monstrueuse comme dans ce livre, capable de faire du mal, capable du pire. Dans la foule, les personnalités s'effacent au profit d'une non-reflexionnon-reflexion commune, on dirait que les gens ne raisonnent plus par eux-mêmes, chacun se laisse porter par le voisin, sans plus faire acte de discernement ni d'intelligence. Des gens normaux, comme vous et moi, des gens heureux ou tout du moins sans grands malheurs vont devenir fous sans s'en rendre compte, et plus tard, imbibés du sang de la haine qu'ils auront ressentie et du sang de l'innocent qu'ils auront torturé, ces mêmes gens ne se souviendront même pas comment tout cela a pu commencer, comment c'est arrivé, et surtout comment eux ont pu en arriver à de telles extrémités...

Beaucoup d'exemples de cette folie peuvent être trouvés dans l'histoire... Chaque foule galvanisée, chaque foule menée par un homme ou par un mouvement interne venu d'on ne sait où peut devenir une foule vengeresse et mortelle. Ça fait froid dans le dos...

Un grand merci à Leiloona pour le prêt de ce livre que je voulais dévorer en urgence (si vous me passez le jeu de mot plutôt limite vu le thème du bouquin...).

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Une vidéo de Jean Teulé interrogé par Ruquier.

Des avis d'autres lecteurs sur BOB (trop bien d'avoir tous les liens d'un coup, ce site est une merveille, bravo à la Bob Team !).

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16 septembre 2009

Numéro six

Véronique OLMI

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Quatrième de couverture
La famille Delbast est catholique. Cinq frères et sœurs précèdent Fanny, qui est arrivée bien après les autres, sans qu’on l’attende et sans qu’on la souhaite. Petite fille solitaire, Fanny adore son père, mais il ne la voit pas. Trop de choses les séparent, trop de vie, de retenue aussi. A cinquante ans, Fanny lit les lettres envoyées du front par son père, qui lui dévoilent un jeune poilu pétri d’angoisse très différent de l’homme autoritaire qui l’a élevée. A la lumière de cette découverte, elle tente alors de trouver, auprès du veuf centenaire dont elle prend soin désormais, une place qui ne lui sera plus contestée. C’est avec une sensibilité remarquable que Véronique Olmi aborde le thème de l’amour filial comme prétexte à une critique subtile de la bourgeoisie catholique, et de l’insidieuse violence dont est capable ce monde bien-pensant

Voilà un petit livre qui ne donne pas envie d'être une dernière de famille dans ce milieu bourgeois étriqué, bien pensant et parfaitement hypocrite, renfermant bien au secret ses sentiments et ses pensées ! La petite Fanny, enfant non désirée et mal aimée ne réussit pas à trouver sa place dans la fratrie et à attirer l'attention de son père (ce père, ancien combattant, médecin réputé, catholique très pratiquant qui suscite l'admiration de tous) et l'amour de sa mère (qui, elle, ne regarde que le père). Elle grandit, solitaire avec cette souffrance qui enfle en elle, ce non-amour qu'elle ressent chaque jour un peu plus ; on se trompe même parfois de prénom quand on l'appelle ! Enfant, elle use de stratagèmes pour attirer l'attention de ce papa pour lequel elle est presque transparente, inexistante, elle va même jusqu'à vouloir se noyer, simule ensuite une maladie pendant une année entière et copie les attitudes de ses frères et soeurs en pensant que cela attirera l'amour sur sa petite personne... Mais rien n'y fait...

On ne sait pas très bien si Fanny extrapole tout ce qu'elle ressent ou s'il y a effectivement un manque d'amour vis à vis de ce dernier enfant arrivé sur le tard. Ou bien est-ce cette éducation rigide bourgeoise qui ne laisse rien passer des sentiments que l'enfant, plus sensible que ses frères et soeurs, ressent comme un manque d'amour cruel. Cette éducation qui fait qu'un père peut renier son fils si celui-ci a dérogé aux règles de bonnes conduites, et empêcher par racisme le mariage heureux d'une de ses filles ? Education qui a encore cours dans certains familles traditionnelles ou le paraître est bien plus important que l'être, où les sentiments sont honteux même s'ils sont purs, où l'on ne montre pas ce que l'on pense, où l'on fait bonne figure face à l'adversité...

Malgré toute cette souffrance accumulée, Fanny sera la seule, devenue adulte, à s'occuper de son papa, veuf et malade. Cherche-t-elleCherche-t-elle encore une reconnaissance, n'est-ce que du devoir filial ou bien veut-elle inconsciemment prendre la place de sa mère, la seule femme que cet homme ait jamais considérée ?

Voici une histoire belle et très triste. Le style de Véronique Olmi est un régal, tout en finesse, en non-dits, en retenue, et le texte en ressort avec d'autant plus de force, l'histoire est d'autant plus poignante qu'elle est sobre. C'est un cri d'amour désespéré que cette femme aura retenu toute sa vie entre ses lèvres, un cri pour remplacer les mots qui n'ont jamais été échangés entre eux, les mots d'amour jamais dits... Fanny vieillit mais s'est vouée à son père, elle est finira seule : "Je porte toujours ton nom. Tu me l'as beaucoup reproché. Je n'ai pas voulu quitter ce nom-là, emprunter celui d'un autre homme. Comment s'appelaient les autres hommes ? Je m'en souviens à peine. L'homme de ma vie, c'est toi."

Laure avait bien trouvé que "certaines pages sont d'une telle beauté qu'on les relit avec l'envie de les garder précieusement".

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04 septembre 2009

L'Europe de A à Z - Abécédaire illustré

Claire A. POINSIGNON - Frédérique BERTRAND

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Présentation de l'éditeur
Consommer des produits répondant aux normes CE, partir étudier une année à Barcelone grâce au programme Erasmus, voir le film " La Vie des autres " de Florian Henckel von Donnersmarck... autant de situations qui nous ancrent dans l'espace européen. Rédigé par Claire A. Poinsignon, spécialiste et passionnée de l'Europe, et illustré par Frédérique Bertrand, cet abécédaire met en lumière la dimension européenne de notre vie quotidienne. Développement durable, frontières, styles de vie... A travers vingt-six lettres et autant de thèmes, il combine informations concrètes, réflexions contradictoires, rappels historiques, et rend accessibles à tous les diverses facettes de la société européenne et les débats qui l'animent. De l'Europe des géographes à celle des historiens, de l'Union européenne à l'Europe des citoyens, de l'Europe politique à l'Europe culturelle, une formidable invitation à se sentir européen.

Je remercie Babelio babelio_g_n_ral et les Editions du Rouergue et Arte  (où vous pourrez admirer les illustrations de l'ouvrage) pour ce livre fort intéressant et très joli. J'ai beaucoup aimé les illustrations de chaque lettre de cet alphabet européen et appris une foule de choses. J'ai cependant pris conscience au fil de ma lecture que je ne me sens pas spécialement européenne, tout du moins pas de l'Europe actuelle. Mon petit coté chauvin me fait préférer sur plusieurs sujets les spécificité françaises ou l'Europe des 5 du début et j'ai encore parfois du mal à croire à une Europe forte et unie tant les différences entre les pays sont flagrantes et parfois insurmontables. Mais je suis bien consciente que de la diversité provient la richesse des échanges et que cette Europe dans laquelle nous vivons sans y attacher grande importance représente une entité politique, économique et sociale non contournable.

Je suis juste étonnée que ce livre soit paru dans la collection jeunesse et j'imagine mal un ado s'y plonger... Le texte en est pourtant simple et à chaque page, une réflexion sur la lettre et le thème choisis permettent d'en savoir un peu plus. Les encarts "à lire, à voir ou à consulter" proposent au lecteur intéressé d'approfondir le sujet, il n'y a pas de parti-pris ni de critiques sur quoi que ce soit se rapportant à l'Europe, juste des informations présentées de la plus agréable façon.

Une lecture pour une fois un peu plus sérieuse, mais qui m'a beaucoup plu.

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02 septembre 2009

La grand-mère de Jade

Frédérique DEGHELT

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"J'ai beaucoup lu, depuis très longtemps. Je suis une lectrice assidue, une amoureuse des livres. On pourrait le dire ainsi. Les livres furent mes amants et avec eux j'ai trompé ton grand-père qui n'en a jamais rien su pendant toute notre vie commune."

"Je suis entrée dans les livres par effraction, sans l'instruction qui donne le goût et l'aptitude à la lecture. En ouvrant des livres, j'ai choisi la pire chose qu'une femme de mon milieu puisse faire. J'ai contemplé un monde qui m'était interdit. J'avais parfaitement conscience que ce n'était pas le mien. Je l'ai contemplé longtemps. Puis j'ai refermé la porte, mais il m'était désormais impossible d'oublier ce que j'avais entrevu : un espace immense dont je ne  pourrais plus me passer. Pourquoi n'ai-je pas décidé de vivre dans cet autre univers, faire des études, d'aller en ville ? Pourquoi ai-je passé ma vie à effectuer des allers-retours entre la terre sur laquelle je suis née et celle que je convoitais sans jamais la sentir mienne ? J'ai pris bien soin de refermer la porte derrière moi, de ne jamais mélanger mes deux vies : celle de la petite montagnarde et celle de la lectrice de romans."

"Quand je vivais dans la première, penser que la seconde existait me donnait de la force puis, quand je rejoignais la seconde, je ne pensais plus qu'il puisse en exister une autre."

"Pourquoi faut-il en venir à réclamer la permission d'exister à ses enfants ? Comme s'il ne suffisait pas déjà d'être griffée par le temps !"

"Elle a encore mille choses en elle que j'ignore mais qui ne pourraient pas me surprendre parce que je connais l'étendue de mon ignorance. Nous sommes aveugles et ce que nous voyons chez nos plus proches c'est ce que nous croyons savoir d'eux. Combien de fois sommes-nous trompés par ces étiquettes dont nous avons affublé nos amis ou ceux de notre famille ? Pourquoi ne voulons-nous pas tenir compte de ces mouvements et revirements qui agitent les humains et les font changer ?"

"Quand je lis, je n'ai plus d'âge, je suis à temps dans la vie des personnages, j'épouse, me sépare, je trahis aussi, ou je me trompe."

"Il s'est produit quelque chose qui a grandi, qui de livre en livre s'est mis à accaparer mes yeux, mon souvenir et toutes les parties de mon corps. Je me souviens d'avoir été fascinée par le miracle des bons livres qui arrivaient au bon moment de la vie. Ceux qui parfois tombaient des étagères pouu venir répondre à des questions que me posait l'existence. J'ai récupétré ainsi la patience à une époque où je serais partie dans l'exaspération, découvert les vertus de l'amour rêvé, abandonné le voyage à d'autres vies, rangé le meurtre au rayon de l'impossible. J'ai tout vécu, j'ai mille ans et je le dois aux livres."

Quel bonheur que ce livre ! Je suis ressortie de ma lecture toute émue et attachée à Jade et Mamoune comme si elles faisaient vraiment partie de ma vie... Frédérique DEGHELT nous offre ici une histoire toute en finesse, en douceur et l'on se prend à envier cette jeune femme et sa grand-mère et la relation étroite qu'elles ont nouée, faite d'amour, de tendresse, de respect, d'admiration. Je n'ai pas eu la chance d'avoir une grand-mère comme Mamoune et je n'ai pas connu cette complicité autour des livres (ni cette complicité tout court), mais j'espère qu'un jour, quand je serai bien vieille, je ressemblerai à cette grand-mère terriblement attachante et que ma vie aura elle aussi été bien remplie, par les livres, par l'amour et par la joie semée autour de moi.

Ma grand-mère, la seule que j'ai connue, n'avait qu'un mot à la bouche : "qui sont ces gens, socialement ?". Il y avait ceux qu'on pouvait fréquenter, les aristocrates, les biens nés, les puissants, les nantis, même dégénérés, même méchants, stupides ou illettrés, et il y avait les autres, ceux qu'on ne devait pas cotoyer... Tout était pour le paraître et rien pour le coeur, le contraire de Mamoune !

Bien sûr, parfois, au cours de la lecture, on se prend à se dire que ce n'est pas vraiment possible, cette histoire, trop beau pour être vrai, pas crédible dans la vraie vie. Qu'une jeune trentenaire recueille sa grand-mère pour lui éviter la maison de retraite, passe encore, mais que la cohabitation entre les femmes se passe avec autant de sérénité, autant de respect de l'univers de l'autre, autant de complicité, cela semble par trop improbable. Chacune a sa vie, en effet. Jade, du haut de ses 30 ans, se cherche encore, autant professionnellement que dans ses relations amoureuses. Elle a quitté son petit ami parce qu'elle voulait vivre plus, vibrer, parce qu'elle sentait un manque dans la relation qui lui semblait trop platonique, installée. Elle continue son travail de journaliste, mais sans y croire vraiment, en ayant mis de coté les idéaux développés lors de ses études, en se laissant aller à la facilité malgré quelques sursauts de révolte.

Accueillir Mamoune lui semble une évidence, mais elle ne prend pas le temps de se poser les questions que tous autour d'elle se posent pourtant : comment cohabiter harmonieusement, comment ne pas se laisser déborder par une vieille dame envahissant l'espace déjà restreint d'un appartement parisien, comment cette dame survivra-t-elle à ce déracinement, cet éloignement de la maison où elle passa toute sa vie en compagnie de son mari bien-aimé qu'elle ne peut oublier, que faire si la santé de Mamoune se déteriore, comment se sentir encore libre et indépendante en ayant quelqu'un à demeure chez soi, dont il faut prendre soin ? Autant de questions, donc, mais qui trouveront d'elles-mêmes leur réponse au fil de leur vie commune, par les discussions ouvertes, franches, par le respect de l'autre et bien sûr par l'amour immense que Jade porte à sa grand-mère, dont elle découvre au fil du temps des facettes de personnalité totalement inconnues.

Cette grand-mère qui n'était pour elle qu'une mamie-gâteau, qu'elle ne peut imaginer que vieille a donc eu une vie ? Et une vie dont la richesse est insoupconnée de tous ! Les confidences de Mamoune, suggérées par les questions discrètes de Jade, lui font découvrir une femme toute autre, une femme ont la vie intérieure est passionnante, une femme qu'elle admire énormément, même si découvrir ces pans cachés la trouble. Mamoune, elle, veut se rendre utile, elle ne sait comment faire plaisir, elle ne veut surtout pas déranger, elle cuisine, pensant faire plaisir, fait les courses ou du ménage, mais elle voudrait faire plus pour remercier sa petite fille de l'avoir prise en charge et ne sait comment exprimer sa reconnaissance. C'est alors que les mots et les livres vont les rapprocher, et faire de cette cohabitation une histoire vraiment belle, émouvante. Je ne vous en dirai pas plus... Lisez ce livre ! La fin est absolument... Enfin, je ne vous dis rien, lisez ce livre !

Je l'ai offert à ma Maman, qui a adoré et aimerait aussi être une Mamoune. Elle en prend bien le chemin, assurément, quand je la vois s'occuper si bien de mes enfants, partager avec eux, construire une vraie relation, les éveiller, les aimer avec autant d'émerveillement dans les yeux.

J'ai eu la grande joie de rencontrer Frédérique DEGHELT peu de temps après ma lecture, lors d'une interview et de signatures au Furet de Lille (LA librairie du Nord). L'auteur était aussi belle et douce, déterminée et intelligente que les personnages de son livre et l'on imagine aisément qu'elle aussi sera une vraie Mamoune pour ses enfants... Je l'ai écoutée avec un plaisir immense parler de son livre, des personnages, de la genèse du roman et de son éditeur Hubert Nyssen de Actes Sud. Une rencontre qui me donne envie de suivre les parutions de cette auteur au grand talent et à la grande humanité.

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Les trois âges de la vie - Klimt

Le site de l'auteur, très beau, allez-y faire un petit tour !

Clarabel a trouvé ce roman "ensorcelant", pour Cuné ce fut un "véritable coup de coeur", Leiloona s'est "projetée dans ce roman", Martine a apprécié ce "très joli texte", Bellesahi conseille de déguster ce livre, Laure trouve à l'auteur un sacré talent, La pyrénéenne trouve que c'est "un très beau roman", A propos de livres a "passé un formidable moment de lecture"... et certainement beaucoup d'autres que j'ai oubliés... n'hésitez pas à vous manifester et à râler !

GrandMere

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30 mai 2009

Les cinq quartiers de l'orange

Joanne HARRIS

coeur

coeur

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Quatrième de couverture
Lorsque Framboise Simon revient dans le village de son enfance au bord de la Loire, personne ne reconnaît la scandaleuse Mirabelle Dartigen, tenue pour responsable de l'exécution de onze villageois pendant l'occupation allemande, cinquante ans auparavant. Framboise ouvre une auberge qui, grâce aux délicieuses recettes de sa mère, retient l'attention des critiques, mais suscite les jalousies de sa famille. Le carnet de recettes de Mirabelle recèle des secrets qui donneront à Framboise la clé de ces années sombres. Peu à peu, elle découvrira la véritable personnalité de sa mère, parfois si tendre, maternelle et sensuelle, subitement cruelle et tourmentée. En temps de guerre, les jeux d'enfants et les histoires d'amour ne sont pas toujours innocents. Leurs conséquences peuvent même être tragiques.

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Voilà un livre bien prenant, que j'ai beaucoup, beaucoup aimé. Mais que je ne veux pas vous résumer plus que ce qu'en dit la quatrième de couverture pour vous obliger à vous y plonger et à vous laisser bercer par cette belle histoire...

On y trouve de la poésie, de l'humour, des secrets, des intrigues et du suspense, de vieilles haines qui ressurgissent, du courage, de la volonté, du désespoir, de l'amour, des rires d'enfants, des odeurs de campagne et la sensation du vent dans les cheveux, des effluves de nourriture qui font saliver... L'intrigue se déroule avec art, et j'ai été tenue en haleine jusqu'au bout pour découvrir le secret de Framboise et de cette famille pour le moins originale. Le style est une pure merveille, on rit, on sourit, on a peur, on se remémore son enfance, des sensations reviennent qu'on croyait enfouies, bref, on se régale !

Laissez-vous tenter par cette orange et dévorez-la vite !



Clochette l'a lu et a beaucoup aimé, de même que Lily (qui a écrit un billet superbe avec plein d'extraits) et Katell .

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02 avril 2009

Miserere

Jean-Christophe GRANGE

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"Ce sont des enfants.
Ils ont la pureté des diamants les plus parfaits.
Aucune ombre. Aucune inclusion. Aucune faille.
Mais leur pureté est celle du Mal."

Dans ce roman de Jean-ChristopheJean-Christophe Grangé, il faut ouvrir grand ses oreilles, il faut écouter les sons, les pas, les chants, les voix.

Le mystère plane cette fois-ci sur Paris ou un chef de chorale d'origine chilienne vient d'être assassiné dans l'église arménienne. Plusieurs meurtres suivent, sans lien apparent, à part le modus operandi (perforation inexplicable des tympans des victimes), des inscriptions du Miserere d'Allegri sur les lieux des crimes et de mystérieuses traces en taille 36 qui pourraient appartenir à un enfant...

L'enquête est cette fois-ci menée par deux flics comme les aime l'auteur : un peu à part, avec leurs problèmes, névroses et angoisses. Kasdan est à la retraite, mais ne peut pas vraiment décrocher, poursuivi par les démons qui le hantent, et Volo est un jeune flic toxico, rongé par son enfance sans qu'il comprenne vraiment pourquoi. Les deux compères vont mener une enquête tambour battant, dénouer les mobiles des meurtres et celui des disparitions d'enfants et le suspense vous tient à chaque page, distillé avec art par l'auteur. Un zeste de violence, des personnages tourmentés, une histoire abracadabrante mais - et à mon avis, là est tout l'art de cet auteur - dont on se demande toujours "et si c'était possible ?", un fil de l'action qui jamais ne se détend...

Miserere n'est pas à mon goût le meilleur roman de Grangé, plutôt loin derrière Le vol des cigognes (mon préféré), du fait de la fin qui m'a parut vraiment trop improbable (un état indépendant et intouchable au sein même de l'état français ?) et trop cliché (la cavalerie arrive pour sauver les deux héros bien mal en point...), mais c'est une lecture détendante, prenante qui fait passer un bon moment.

Site perso de l'auteur

Argantel  a regretté la fin, mais bien aimé l'ensemble.

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20 mars 2009

Le portrait

Pierre ASSOULINE

assouline_portrait

Si les tableaux pouvaient parler, s'ils avaient une âme, une vie propre, nous pourrions grâce à leur témoignage, leurs confidences découvrir ce que fut leur vie et celle de leur époque, vivre en même temps qu'eux certains passages de l'histoire, connaître leurs secrets...

C'est que qu'a imaginé Pierre Assouline dans cette biographie originale et passionnante. Le tableau superbe de la baronne Betty de Rothschild, peint par Ingres en 1848 nous emmène, par les souvenirs du modèle, à travers Paris et même dans le monde entier : au château de Ferrières, au château de Neuschwanstein où Hitler entrepose les tableaux pillés par Goering pour son futur musée, aux cimaises de New York et de Londres où il sera exposé... Nous découvrons donc à travers les yeux de Betty l'histoire de cette famille peu commune, ainsi que l'histoire du tableau et ses vicissitudes.

Betty de Rothschild fut le pilier de l’une des familles les plus illustres en Europe depuis le XIXe siècle, par sa puissance financière ainsi que par sa passion des arts. Elle tint salon, reçu à sa table Chopin, Heine, Rossini, Balzac et bien d'autres encore, organisa les bals les plus courus de la capitale et tint son rang dans les milieux des Lettres, de l'art et de la politique, bien qu'elle fut souvent critiquée, jalousée, insultée par une partie de la noblesse ou de la bourgeoisie de l'époque, par antisémitisme, méchanceté ou bêtise.

La forme originale de cette biographie permet une lecture fluide et maintient un intérêt constant du lecteur, doublement intéressé par le sort du modèle et celui du tableau. Nous rentrons dans les pensées, dans le coeur de Betty de Rothschild et ce qui aurait pu être une leçon d'histoire barbante devient un roman passionnant de bout en bout (mis à part vers le milieu un chapitre traitant de la dynastie financière, dans lequel abondent les noms des personnes gravitant autour de cette famille, les chiffres, les possessions).

Une lecture intéressante !

ingres37

Allez sur le site de Betty de RothschildRothschild, vous y trouverez de très nombreuses photos, des explications, des détails, des extraits du livre...

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