Les lectures de Lili... Et un peu de ma vie aussi...

Ce que j'aime, ceux que j'aime... Un peu de tout, en vrac, et suivant mes humeurs...

24 juin 2009

Le sumo qui ne pouvait pas grossir

Eric-Emmanuel SCHMIDT

coeur

sumo

Quatrième de couverture
Dans une ville du Japon, de nos jours, un garçon de 10 ans grandit dans un orphelinat. Son père est mort de surmenage professionnel et sa mère est atteinte de cyclothymie aiguë. Comme tous les enfants de son âge, il est passionné de technologies et de jeux vidéo. Étrangement, il a attiré l’attention d’un lutteur de sumo, de passage. Ce dernier, grand maître de force et de sagesse, a repéré le »  gros »  qui se cache en lui. Il entreprend donc, alors que ce gosse garde sa corpulence normale, de lui expliquer les éléments fondamentaux et les pratiques d’un sport ancestral et d’un art martial qui touche à la plus profonde philosophie zen…

J'ai dévoré ce dernier ouvrage de EE Schmidt avec passion. J'ai eu l'impression de retrouver l'ancien Schmidt, celui de Oscar, de L'Evangile selon Pilate ou de L'enfant de Noé, celui qui à partir d'un récit simple et léger nous permet de réfléchir, de continuer à y penser une fois le livre refermé...

Au contraire de Madame Charlotte qui l'a lu et a été déçue (une lecture qu'elle qualifie d' "agréable mais superficielle" alors que l'auteur est son "chouchou"), j'ai trouvé à ce récit une vraie profondeur, cachée comme l'auteur sait si bien le faire derrière les mots et les phrases anodines. C'est un petit conte initiatique qui m'a ravie, parce que j'ai reconnu en moi la grosse qui se cache (enfin, me dit mon jean fétiche, la grosse ne se cache pas tant que ça en ce moment !), parce qu'au delà de l'histoire de ce jeune homme qui veut grossir pour devenir un vrai sumo, j'ai retrouvé une part de moi-même, toujours à la recherche d'un idéal quasi inaccessible... La question est de savoir si cet idéal forgé est vraiment bon pour moi et le but ultime de mes actions, de mes paroles et de toute ma vie...

Je vous engage donc à lire ce joli petit livre et à vous laisser rêver et réfléchir sur le sens de votre vie, sur vos buts, vos envies...

Le site de l'auteur.

19 mars 2009

Slumdog millionnaire

film de Dany BOYLE

coeurcoeurcoeur

slumdog

Jamal Malik, 18 ans, orphelin vivant dans les taudis de Mumbai, est sur le point de remporter la somme colossale de 20 millions de roupies lors de la version indienne de l’émission «Qui veut gagner des millions ?». Il n’est plus qu’à une question de la victoire lorsque la police l’arrête sur un soupçon de tricherie. Sommé de justifier ses bonnes réponses, Jamal explique d’où lui viennent ses connaissances et raconte sa vie dans la rue, ses histoires de famille et même celle de cette fille dont il est tombé amoureux et qu’il a perdue. Mais comment ce jeune homme est-il parvenu en finale d’une émission de télévision? La réponse ne fait pas partie du jeu, mais elle est passionnante.

dog3 dog2

J'ai adoré ce film ! J'avais lu le roman il y a deux ans (Les Fabuleuses Aventures d'un Indien malchanceux qui devint millionnaire de Vikas Swarup) et avais beaucoup apprécié cette lecture, le dépaysement de ce voyage à travers l'Inde, et la fraîcheur qui se dégageait du personnage de Jamal bien qu'il nous fasse partager sa vie difficile, ses déboires et les malheurs de sa famille et de son pays. Mais j'étais un peu indécise pour voir le film, car les adaptations cinématographiques de livres sont parfois décevantes, surtout quand on a pris beaucoup de plaisir à la lecture, et inconsciemment imaginé les personnages à sa sauce...

J'ai cependant été emportée de bout en bout par l'histoire bien sûr, mais également par le jeu des acteurs, la façon très originale de filmer, la musique, l'élan de ce film de toute beauté. Certes, le début est un peu violent, et je comprends qu'on peut être choqué devant quelques images (les bidonvilles, le tabassage, la dureté (que dis-je, l'horreur !) quotidienne de la vie des enfants manipulés, mais j'ai trouvé qu'il en ressortait une force de vie extraordinaire, un regard malgré tout positif sur les choses et les gens, de l'espoir, beaucoup, le tout servi avec humour - et amour.

Un très beau film, avis que semblent partager nombre d'entre vous, puisque qu'il a récolté pas moins de 8 oscars et  4 golden globe award...

dog dog4

16 octobre 2008

Qui comme Ulysse

Georges FLIPO

coe10coe10coe10

ulisse

J'ai enfin lu le dernier opus de Georges Flipo, son livre de nouvelles Qui comme Ulysse, qui a traversé notre blogosphère telle une étoile filante, laissant derrière lui de le scintillement de son sillage, et une petite lumière au fond de mon coeur, une douce chaleur, comme quand on a fait un voeux et qu'on souhaite ardemment qu'il se réalise...

Je ne vous raconterai pas ces quatorze nouvelles, sur lesquelles on a déjà beaucoup lu, mais vous livrerai juste quelques impressions...

Evasion et rêve, c'est ce qui domine, bien sûr, avec ces contrées lointaines que l'on visite au fil des pages, ces hommes et femme qui vont au bout de leurs idées, qui vivent totalement leur destin, qui le prennent même en main pour l'influer.

Poésie et humour, que l'on retrouve dans les descriptions des personnages, dans les portraits brossés avec tant de délicatesse, de précision, de finesse et parfois de dérision (j'ai vraiment ri à la lecture de "Nocturne", me retrouvant dans un voyage effectué il y a fort longtemps, face aux mêmes touristes !).

Douceur et violence. Des sentiments, des hommes, de la vie, du destin...

Nostalgie et réalisme. Comment au quotidien on peut vivre sa vie, construire ses rêves sans renier sa part d'enfance, sans se perdre, ou en se retrouvant...

Et surtout, amour. Amour de la vie, amour des hommes, amour des belles phrases et des mots qui s'enchaînent...

Un vrai bonheur que cette lecture ! avec un coup de coeur tout particulier pour la poignante "Ile Sainte Absence".

Je suis depuis toujours une fervente lectrice de nouvelles. J'aime les histoires courtes, j'aime qu'en peu de mots un auteur soit capable de me transporter dans un univers par lui imaginé, j'aime qu'en quelques lignes je puisse voyager, imaginer, rire ou pleurer, j'aime que les personnages des histoires prennent corps, que les paysages apparaissent grâce au style concis, précis, mais tout en finesse de celui ou celle qui a l'art d'écrire ainsi : tout l'art étant de poser l'histoire sans trop en dire, sans trop de mots, sans fioritures inutiles.

Et Georges, je vous admire beaucoup, vous qui maîtrisez à la perfection cet art difficile, qui le maniez avec tant de talent. J'ai aimé vos nouvelles, oui, et même celles sans chute ! Merci pour cette belle lecture !

Beaucoup d'entre vous ont déjà lu ces nouvelles, et je n'ai trouvé aucun commentaire un tant soit peu négatif... Je vous renvoie paresseusement sur le blog de Florinette qui a été plus travailleuse que moi et a répertorié ceux qui avaient lu ce livre avant nous.

Posté par liliba à 22:30 - J'ai lu, j'ai aaaadoré ! - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

09 septembre 2008

Terre des Oublis

Duong THU HUONG

Sur cette terre, je bâtirai un empire...

284805039x

Miên est une jeune femme du Hameau de la Montagne, mariée avec Hoan, un riche propriétaire terrien qu'elle aime et qui lui a donné un fils. Ils sont heureux jusqu'au jour où, rentrant de la forêt où elle est allée en compagnie des autres femmes ramasser du miel, anxieuse sans raison, comme par pressentiment, elle se retrouve face à un attroupement dans sa propre maison : Bon, l'homme qu'elle avait épousé quatorze ans auparavant, dont la mort comme héros et martyr avait été annoncée depuis longtemps déjà, est revenu de la guerre, bel et bien vivant...

Sous la pression de la communauté, des traditions séculaires, et parce que Miên est une femme d'honneur et qu'elle doit se soumettre à ce qu'elle considère comme son devoir, elle décide de retourner vivre avec Bon, abandonnant la mort dans l'âme et le coeur déchiré sa belle maison, son mari et son jeune fils. Elle tente courageusement de reprendre une vie commune qu'elle avait oubliée, et de ne plus penser à son bonheur perdu. Mais Miên parviendra-t-elle à aimer cet homme devenu un étranger, pour lequel elle ne ressent tout d'abord que pitié et dégoût ?

Miên fait montre d'un courage, d'une tenacité et d'une droiture peu communes, et l'auteur nous livre un beau portrait de femme, dans toutes ses contradictions, sa profondeur, sa force et ses faiblesses. Bon, quant à  lui, seulement obnubilé par le désir de faire un enfant à Miên, désespéré par son impuissance, hanté par des fantômes venus tout droit des champs de bombes, est tour à tour terriblement attachant (et pathétique), ou bien horripilant dans sa folie et son entêtement. Par comparaison, Hoan apparaît au début du récit bien falot, mais on s'attache à lui lorsqu'il sombre dans la déprime après le départ de Miên, et qu'on le suit dans ses aventures rocambolesques dans le monde de la prostitution, puis tout au long de sa lente remontée vers un nouvel espoir de vie heureuse.

J'ai dévoré ce livre magnifique, et me suis totalement immergée dans ce pays méconnu (le Vietnam), si bien décrit par l'auteur. J'ai été littéralement transplantée dans les montagnes rudes, subjuguée par les descriptions bucoliques, ou bien par celles terrifiantes de la guerre, omniprésente dans le récit, et que Bon, même s'il en est revenu vivant, n'a jamais vraiment quitté, puisqu'il est malade, physiquement, mais aussi psychologiquement, marqué à jamais par les horreurs vécues.

Je ne peux que vous conseiller ce livre, tout à la fois passionnant, poétique, rude, intelligent... Un vrai coup de coeur ! Et qui vient de sortir en poche.

DUONG THU HUONG est née en 1947 au Vietnam. Militante, elle n'a cessé de défendre vigoureusement ses engagements démocratiques, au point finalement d'être exclue du parti communiste en 1990, avant d'être arrêtée et emprisonnée sans procès. Aujourd'hui, elle vit en résidence surveillée à Hanoi. Son oeuvre est publiée dans le monde entier : Terre des oublis est son sixième livre traduit en français.

Posté par liliba à 18:12 - J'ai lu, j'ai aaaadoré ! - Commentaires [21] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

21 juin 2008

La princesse et le pêcheur

Minh Tran HUY

.

princesse

La narratrice est une jeune française, née de parents vietnamiens, élevée dans le culte du travail et protégée du monde extérieur et de l'histoire douloureuse de son pays d'origine par ses parents. Lorsqu'elle rencontre Nam lors d'un voyage scolaire, elle croit reconnaître en lui le prince charmant d'un conte qu'elle écoutait enfant. Les deux adolescents sympathisent et deviennent bientôt très proche, mais la jeune fille se désespère du fait que Nam la traite comme une petite soeur plutôt que comme une petite amie. Ils se confient, échangent leurs secrets, mais Nam ne parle qu'à mots couverts de son arrivée récente en France et de sa famille restée au pays. Elle entrevoit, sans comprendre vraiment, ce qu'a dû être la vie au Vietnam et les malheurs de ceux qui ont subi les violences du pouvoir, mais c'est plus tard, lors d'un voyage avec ses parents, qu'elle arrive à cerner enfin l'âme de ce pays, et à retrouver son identité profonde, ses racines.

La Princesse et le pêcheur est un roman très poétique, délicat, et j'ai aimé le fait que l'histoire soit entrecoupée par les extraits de contes vietnamiens, qui soulignent plus encore l'ambivalence de ce pays, tout à la fois magique, doux, et dans lequel tant d'horreurs et de violences se sont déroulés. Le style est précis et léger et permet aux souvenirs, aux parfums, aux odeurs, aux voix de devenir presque réels, tant on se les imagine avec facilité. 

Extraits : "Mais il n'en avait pas moins touché juste : nous nous ressemblions et ce n'était pas qu'une histoire de cheveux noirs et d'yeux bridés, d'origines communes renforcées par une certaine similitude de traits. Nam croyait que le lien était là, mais sur ce point, il se trompait. En vérité, ce qui nous rapprochait jusqu'à faire de nous des frère et soeur ne tenait ni à notre physique, ni à nos racines, mais au silence dont nous ne nous sommes jamais départis - ce même silence auquel ma grand-mère est retournée après m'avoir conté l'histoire de son alliance. Nous passions tout notre temps à discuter l'un avec l'autre, mais ce qui s'est noué entre lui et moi vient moins de ce que nous nous sommes confié que de ce que nous avons tu, tous nos secrets par omission, toutes ces souffrances dont nous n'avons pas fait mention, soit parce qu'elles n'étaient pas les nôtres, soit parce qu'elles ne l'étaient que trop."

"J'ai mis du temps à comprendre ce que signifiait cette histoire, a repris ma grand-mère de sa voix douce. Je pensais que la pierre mystérieuse cristallisait tout l'amour que le pauvre pêcheur portait à la princesse et qu'il n'avait jamais pu exprimer ; et qu'en se souvenant de lui, en faisant montre de compassion à son égard, elle lui avait rendu la paix. Mais en réalité, la chanson ne dit pas cela : "l'autre vie" dont elle parle n'est pas la mort, mais bien, précisément, une autre vie. Ce que dit la chanson, c'est que l'amour véritable est prédestiné. S'il n'a pu se réaliser dans cette existence, il a droit à une deuxième chance dans la suivante ; et le cycle se perpétuera, de réincarnation en réincarnation, jusqu'à l'union des amants."

Posté par liliba à 18:12 - J'ai lu, j'ai bien aimé - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

18 février 2008

La confession impudique

Jonichiro TANAZAKI

Jalousie... quand tu nous tiens...

2070427609Un respectable professeur d'université cinquantenaire ne parvient plus à satisfaire sa femme plus jeune, à l'appétit sexuel féroce et insatiable, si ce n'est avec l'aide de la stimulation de la jalousie. Il se sert donc de l'attraction que sont épouse exerce sur un jeune homme pour aiguilloner le désir de sa belle et le sien. Les imaginer ensemble lui rend sa puissance sexuelle, mieux que tous les traitements et, grâce à ce stratagème, la vie nocture du couple connaît une période faste.

Chacun des deux époux tient un journal, dont il pense que l'autre le lit en cachette, et qui est donc écrit en tenant compte de ce lecteur secret...  La pudeur et une sorte de fierté les empêche de discuter directement avec l'autre, mais par l'entremise de ces cahiers intimes, tout est dit, sans rien avouer... Làs ! c'est sans compter les conséquences néfastes de ces folles nuits sur leur santé à tous deux... Se laisseront-ils submerger par leur plaisir ?

Ecriture fine, et texte délicieusement érotique, tout en restant dans la pudeur et la retenue japonaise (l'hypocrisie ?). J'ai beaucoup aimé ce petit livre qui se lit très rapidement, et beaucoup ri de cette triste aventure.

Posté par liliba à 20:17 - J'ai lu, j'ai bien aimé - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
« Accueil  1