26 novembre 2009
Nouveaux indiens
Jocelyn BONNERAVE
Présentation de l'éditeur
Nouveaux Indiens est une enquête qui change d'objet en cours de route. Sur fond de campagne présidentielle, un anthropologue français venu aux Etats-Unis étudier la vie de quelques musiciens est conduit à sortir de sa réserve scientifique lorsqu'il met au jour les turpitudes d'une drôle de bande : de jeunes artistes, des intellectuels bien en place, un chirurgien, et une clocharde qui porte au cou de jolies pierres d'ambre. On croisera aussi une violoncelliste un peu magicienne, un vieux bouddhiste irrépressiblement gourmand. Le Nouveau Monde a-t-il tant changé depuis les sauvages de la Renaissance ?
Ce livre me laisse perplexe et je suis incapable à ce jour de vous dire si je l'ai aimé ou pas, c'est un comble ! Je l'ai trouvé intéressant, innovant, dérangeant, questionnant... mais je n'ai pas accroché malgré tout. Pas de sympathie pour A., l'anthropologue que j'ai trouvé bien mou et se plaignant sans cesse (le jet lag a bon dos, à mon avis !). Pas non plus d'atomes crochus avec les autres personnages, et pas même de compassion pour cette Mary disparue qui va devenir le véritable sujet de recherche de A., un sujet qui le passionne bien plus que la musique expérimentale qu'il est censé étudier. J'ai trouvé le dénouement tiré par les cheveux et je n'ai pas du tout compris le lien de l'histoire avec les élections en toile de fond, bref, je l'ai lu sans déplaisir et mon esprit a été intéressé, mais mon coeur n'a pas aimé... La formule n'est pas du plus grand chic mais reflète pourtant bien ce que j'ai ressenti.
Les avis sont assez partagés également dans la blogosphère : Stephie n'a pas réussi à le terminer, Wictoria a été "dérangée par certains passages" mais a trouvé le roman intéressant, pour Papillon, c'est "un roman dense et surprenant pour lecteurs curieux", Sylire était "assez perplexe et pas vraiment convaincue" en refermant le livre, pour Lael "Nouveaux Indiens, est indéniablement le roman qui conjugue avec brio le romanesque et cette passionnante discipline qu'est l'anthropologie..." , Cathulu termine son billet par ces mots : "Un livre original et intelligent, sans être pédant" , Sassenach n'a pas aimé du tout, Lou a "trouvé ce roman intéressant et globalement agréable à lire", Thais n'a pas aimé et Levraoueg l'a lu "d’une traite et avec le sourire".
D'autres encore, surement, que je n'ai pas notés...
Un grand merci à Babelio et aux Editions du Seuil pour cet envoi.
16 novembre 2009
La chorale des maîtres bouchers
Louise ERDRICH
Quatrième de couverture
1918. De retour du front, Fidelis Waldvogel, un jeune soldat allemand, tente sa chance en Amérique. Avec pour seul bagage une valise pleine de couteaux et de saucisses, il s'arrête à Argus, dans le Dakota du Nord où, bientôt rejoint par sa femme et son fils, il décide d'ouvrir une boucherie et de fonder une chorale, en souvenir de celle des maîtres bouchers où chantait son père.
Des années 1920 aux années 1950, entre l'Europe et l'Amérique, ce roman à la fois épique et intime retrace le destin d'une famille confrontée au tumulte du monde.
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Un livre qui se lit d'une traite mais que je trouve difficile à résumer. On n'y parle pas de guerre, ou si peu, mais plutôt des marques que la guerre laissera dans les coeurs et les âmes, des gens aimés qu'elle prendra. On n'y parle pas tant que ça de chorale, mais bien du partage que des hommes trouvent dans le chant, du réconfort que leur apporte le fait d'être ensemble et de laisser s'élever leur voix. On n'y parle pas non plus énormément de boucherie, mais l'odeur du sang reste présente tout au long du livre, et la propreté qu'il faut maintenir malgré tout, ainsi que les couteaux qui servent à tuer les animaux...
Non, on y parle surtout d'amitié, et d'amour. Banal, pensez-vous ! Oui. Et non. Parce que le style est superbe et qu'on se laisse porter. Parce que l'amitié et l'amour ne sont jamais aussi simples qu'on le croit et qu'au fil du temps on découvre parfois des secrets enfouis, ou bien ce qu'on se cachait à soi-même. Parce que cela se passe en Amérique et que la famille dont il est question vient d'Allemagne. Parce que, on le découvre assez vite, ce n'est pas le boucher le héros de l'histoire, mais une femme. Parce que dans ce livre, les petites choses de la vie de tous les jours sont décrites avec minutie, et poésie tout en même temps, et qu'on comprend que ce sont dans ces détails infimes, dans ces gestes répétés, dans l'attention portée aux autres que se niche le bonheur, qu'on peut tirer de la joie. Parce qu'il ne faut pas se fier aux apparences et cataloguer les gens sur leur mauvaise mine ou leur réputation. Et pour plein d'autres raisons encore...
Alors je me tais, et vous dis simplement : lisez ce livre ! vous passerez un vraiment bon moment.
Wictoria a trouvé ce livre magnifique, Aifelle le recommande chaudement, "un grand bonheur" pour Keisha, mais Théoma n'a pas trop aimé et c'était une lecture "un peu mitigée" pour Sassenach . Sylire a trouvé que c'était une "fresque familiale passionnante", Kathel recommande ce livre "sans réserves", Papillon l'avait lu il y a 3 ans et avait beaucoup aimé ; pour Solenn, c'est "une fresque captivante" et les avis de La biblio du dolmen, Les mots de Pascale, et d'autres lecteurs chez BOB.
Un grand merci à Chez les Filles et au Livre de Poche pour cette lecture !
04 novembre 2009
Un peu, beaucoup, pas du tout
Alice MUNRO
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Ce sont des histoires de femmes. Des femmes comme vous et moi, avec leur vie, parfois simple, parfois gaie, parfois compliquée. Des femmes avec des maris et des enfants. Quelques femmes seules aussi. Ce sont des histoires simples, des tranches de vie, des histoires d'amour ou de trahison. Mais dans lesquelles la maladie tient une place prépondérante, dans lesquelles la mort rode...
Alors on est un peu mal à l'aise, en lisant ce livre, que j'ai pourtant bien aimé. Le style d'Alice Munro est très agréable et se lit facilement, mais le destin pèse si lourd sur les épaules de tous ses personnages que cela pèse un peu sur nous aussi.
C'est un livre intéressant, mais à ne pas lire en cas de cafard, car malgré soi, parfois, on s'identifie, on compare, et tout ça n'est pas très gai...
Un grand merci à Antigone pour ce livre voyageur. Bel Gazou
a un "petit avis froissé" et Martine n'a pas accroché non plus.
26 octobre 2009
Le passage
Louis SACHAR
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Quatrième de couverture
Méfiez-vous.
Ce livre va vous donner envie de croquer des oignons crus.
De creuser des trous de 1 mètre 50 de diamètre et de profondeur.
D'escalader une montagne.
De respirer vos vieilles baskets.
De mettre du rouge à lèvres avant de partir à la poursuite de vos ennemis.
De tout savoir sur l'existence oubliée de votre arrière-arrière-arrière-grand-mèrearrière-arrière-arrière-grand-mère.
Et ce, même si vous haïssez les liliacées, même si vous détestez l'alpinisme et les travaux forcés, même si vous avez les cosmétiques en horreur autant que les odeurs de pieds, et même si la généalogie et les histoires de famille vous indiffèrent profondément.
Maintenant, pour échapper à tout cela, c'est simple. Il vous suffit de ne pas imiter les centaines de milliers d'adolescents américains qui ont déjà plébiscité ce livre, et de ne jamais ouvrir ce livre.
Ainsi que le souligne Bladelor, difficile de ne pas avoir envie de se précipiter sur ce livre en lisant une telle quatrième de couverture... Je me suis donc précipitée, et n'ai pas regretté un seul instant !
Un peu entre le roman initiatique et le conte, ce livre destiné aux adolescents contient tous les ingrédients pour accrocher le lecteur : une bonne dose d'humour, du suspense, un cadre pour le moins original, une malédiction qui pèse sur les épaules du héros et une faute pour laquelle il doit payer sa dette...
Stanley Yelnats se retrouve donc en plein désert américain dans un camp de redressement, Le Camp du Lac vert, après avoir été accusé à tord du vol d'une paire de baskets. Il devra rester dans cet endroit du bout du monde pendant 18 mois et va passer son temps à creuser des trous. Mais Stanley qui est un garçon intelligent se rend vite compte que le travail de forçat qu'on leur fait accomplir a une raison cachée, autre que celle de leur forger le caractère. Maudissant son "horrible-vaurien-d’arrière-arrière-grand-père-voleur-de-cochon" qui fait peser sur la famille une lourde malédiction, il va, avec tout son courage, sa volonté, son obstination et sa force en la vie, sauver un camarade, déjouer les plans de méchants, casser la malédiction familiale, retrouver un trésor et ressortira de cette aventure plus fort qu'avant, en ayant mûri et compris beaucoup de choses sur sa vie et ce qu'il voulait faire de son avenir. Il va découvrir l'amitié, la solidarité, la franchise, et l'honneur personnel, celui qui fait qu'on devient -ou non- quelqu'un de bien.
Un bien joli livre ! Mon seul regret : mon andouille de fils pré-ado n'a pas voulu le lire ("si ma mère aime, ça doit être ringard"...).
Emmyne a tant aimé ce roman qu'elle en a fait un livre voyageur, et je l'en remercie vivement !
Karine n'avait pas du tout aimé et s'était ennuyée, mais Bladelor a elle aussi beaucoup aimé, de même que Sylvie (qui l'a lu sous le titre La morsure du lézard, titre sous lequel il a été a adapté au cinéma par Disney). Sexaoul a trouvé que le roman n'était pas à la hauteur de la 4ème de couv et les souffrances de Stanley l'ont "laissée assez mal à l'aise".
04 octobre 2009
Twilight
Stephenie MEYER
Isabella Swan, 17 ans, déménage à Forks, petite ville pluvieuse dans l'état de Washington, pour vivre avec son père. Elle s'attend à ce que sa nouvelle vie soit aussi ennuyeuse que la ville elle-même. Or, au lycée, elle est terriblement intriguée par le comportement d'une étrange fratrie, deux filles et trois garçons. Bella tombe follement amoureuse de l'un d'eux, Edward Cullen. Ce garçon beau comme un dieu et qui lui sauve la vie plusieurs fois a selon les Indiens le sang froid... Une relation sensuelle et dangereuse commence alors entre les deux jeunes gens : quand Isabella admet que Edward est un vampire, il est déjà trop tard.
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Bella fête ses 18 ans. La soirée d’anniversaire que lui organisent les Cullen tourne mal : la jeune fille se blesse et la vue de son sang provoque des réactions diverses chez les vampires. Trois jours plus tard, Edward lui annonce qu’il ne l’aime plus et que sa famille déménage. Bella ne comprend pas ce brusque retournement et sombre dans la dépression. Elle reprend le dessus peu à peu et s’aperçoit qu’en courant de graves dangers elle peut entendre la voix d’Edward. Elle décide alors de s’exposer régulièrement. Dans ce but, elle restaure de vieilles motos avec Jacob, le fils de Billy. Une amitié amoureuse se noue entre eux. Mais le retour soudain de Victoria et Laurent jette le trouble à Forks. Bella se retrouve traquée. Elle est sauvée in extremis par le clan indien des Protecteurs, qui ne sont autres que des loups-garous, ennemis héréditaires des vampires...
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Bella est perdue. Déchirée entre les deux hommes qu'elle aime, elle choisit finalement d'épouser Edward. Mais lorsqu'elle revoit Jacob, elle n'est plus sûre de rien : souhaite-t-elle vraiment qu'Edward la transforme en vampire après leur mariage? Mais surtout, doit-elle ensevelir le sentiment d'amour qui la submerge lorsqu'elle est face à Jacob ? La confusion règne dans son esprit déjà perturbé par les Volturi et Victoria, qui la menacent toujours...
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Bella a fait son choix : elle s'apprête à épouser Edward. Mais le jeune homme honorera-t-il sa part du marché? Acceptera-t-il de la transformer en vampire et d'accepter de la voir renoncer à sa vie humaine ?
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Tentation, Fascination, Hésitation, Révélation, tout un programme ! Je ne vais cependant pas m'étendre sur ces livres puisque vous les avez toutes lus, ou presque ! Depuis le temps que je voyais des billets sur vos blogs, j'attendais le moment heureux ou ces pavés arriveraient chez moi. Eh bien, du moment où je les ai eu en main, je ne les ai pas lâchés tant que je n'ai pas terminé le tome 4, lisant même jusqu'à 4 heures du matin, frénétique, incapable de refermer le livre, voulant absolument savoir la suite... Bref, j'ai dévoré la série en 10 jours début juillet... bien que ce soit un truc d'ados en mal de sentiments guimauve et gnangnan à souhait !
Car oui, pourtant, c'est kitch et bêta, c'est bourré de clichés d'ados en mal d'amour, de sentiments mielleux, avec des bons et des méchants en vraies caricatures... J'ai de plus trouvé que le monde et les personnages de l'auteur n'étaient pas assez construits et de ce fait l'histoire m'est apparue pas du tout crédible...
Mais qu'on ne me dise pas que je n'aime pas les livres d'ados ! J'avais adoré Harry Potter où le monde est imaginé dans ses moindres détails par l'auteur, où chaque chose est logique parce qu'émanant de ce monde là, ou tout se tient. Je m'étais laissée embarquer totalement avec Harry et ses amis, ressentant en même temps qu'eux les frissons de l'aventure, la peur, la joie, la colère, le désir... J'ai également beaucoup aimé la série Eragon que j'ai offerte à mon filleul et que je me suis empressée de lui piquer...
Ce qui est incroyable dans les livres de Stephenie Meyer, et je pense que beaucoup d'entre vous serez du même avis que moi, c'est que malgré tous les défauts que l'on peut trouver, bien que nous ayons dépassé l'âge de la cible des lecteurs de 20 ans largement (ma bonne dame, ça ne nous rajeunit pas !), bien que le style soit vraiment indigent (dans le 1er tome, le "torse marmoréen" de Edward doit revenir à peu près à chaque page, voire plusieurs fois par page ! On se croirait presque dans un Harlequin !), eh bien malgré tous ces défauts et d'autres encore que j'oublie certainement de vous citer, on accroche ! On se laisse embarquer par la gémissante Bella (mon Dieu, qu'elle est godiche et énervante !), par le bel Edward (qu'on me présente une fille dans la vraie vie qui ait envie de se lover contre un homme, si beau soit-il, dont la peau glacée vous transperce de froid !), par un Jacob bouillonnant et instable (le personnage de l'histoire que j'ai le plus aimé, vraiment attachant) et par des personnages secondaires dont la psychologie n'a pas été plus poussée que celle des postulants à la Police Nationale... (c'est tout dire).
Je ne sais pas quelle est la recette miracle du succès de cette série... J'ai juste passé un très bon moment de lecture, mais dont il ne me restera probablement rien dans quelques mois !
A girl n'a pas dépassé le tome 1, qu'elle a trouvé trop bourré de clichés, un avis mitigé pour Caro(line), mais des commentaires enthousiastes à lire en dessous (et tous les liens des blogueuses lectrices que j'ai la flemme de recopier), Enna a bien aimé et Clarabel était complètement accro !
Et un article très drôle de Karine sur le film.
14 septembre 2009
Si loin de vous
Nina REVOYR
Jun Nakamaya a maintenant soixante dix ans et vit en solitaire et sa voisine et seule amie ne soupçonne pas un instant qu'il fut au début du siècle une des grandes stars du cinéma muet d'Hollywood. Il est cependant tiré de sa retraite par un jeune scénariste passionné par cette période du cinéma, qui veut faire un article sur lui à l'occasion de l'ouverture d'un musée du cinéma muet, et voudrait également le voir jouer dans un film qu'il a écrit.
Jun n'est pas tenté au début de se replonger dans ce milieu qu'il a abandonné soudainement en 1922, au fait de sa carrière. Mais les souvenirs de sa jeunesse affluent, le passé remonte à la surface, les visages lui reviennent en mémoire, tout comme certains évènements qu'il n'a eu de cesse d'enfouir toutes ces années... Il accepte finalement de tourner un bout d'essai mais se trouve vite piégé par la curiosité du producteur du film qui fouille dans son passé.
J'ai dévoré ce roman que j'ai trouvé très intéressant de bout en bout. Je ne connais rien en effet à l'histoire du cinéma, n'étant pas du tout une cinéphile accomplie, et encore moins à cette période des débuts du cinéma muet à Hollywood. Les souvenirs de Jun nous emportent en arrière, dans cette période d'effervescence totale, de création, de passion. Les fêtes, la vie de star, les intrigues cachées derrière les caméras, les jalousies, le racisme de l'époque (Jun est le premier acteur japonais à se produire dans des films qui sont des succès malgré l'opposition très forte que les japonais rencontrent dans cette région des Etats-Unis), tout cela m'a passionnée.
De plus, j'étais tenue en haleine tout au long du livre pour découvrir enfin la cause de l'abandon de carrière de Jun, qu'on ne découvre qu'au fur et à mesure que celui-ci nous dévoile sa vie et celle de ceux et celles qui l'entouraient à l'époque. Dommage qu'il soit si prétentieux, pédant, un brin désagréable et surtout très lâche, on en vient presque à se dire qu'il l'a bien cherché... mais il se rachète fort heureusement à la fin de l'histoire, fin à laquelle je ne m'étais pas du tout attendue.
Le style est fluide et agréable à lire et j'ai beaucoup aimé passer de la période actuelle aux années 20, vaguant ainsi au grés des souvenirs du héros. Une belle lecture pour moi, donc, et je remercie vivement Chez les Filles et les Editions Phébus pour cette belle découverte !
Les avis sur ce roman sont cependant très variés : Amanda a trouvé ce roman "nostalgique parfois tout en finesse, parfois soporifique". Pour Clarabel "ce sont "375 pages dévorées avec gourmandise et reconnaissance d'un livre bien fait, bien écrit et bien fourni". Cathulu , ce fut "Un moment de lecture tout à fait charmant". Chez Sassenach, les coeurs dansent. Papillon, elle, n'en gardera "pas un souvenir impérissable…". Pour Sylire, c'est "Une belle découverte ", Leiloona pense que "c'est un roman qu'il faut apprivoiser". Lael a abandonné au bout de 50 pages, Malice n'a pas été emballée... et beaucoup d'autres encore répertoriés sur BOB et sur le moteur de recherche de Calepin (vraiment pratique, merci encore, Calepin !).
12 septembre 2009
La lamentation du prépuce
Shalom AUSLANDER
"Je crois en Dieu. Cela a toujours été un problème pour moi."
Présentation de l'éditeur
Iconoclastes et incroyablement touchants, les mémoires d'un jeune juif du New Jersey élevé dans la plus stricte tradition orthodoxe. Entre Chaïm Potok, Woody Allen et Philip Roth, un régal de drôlerie et d'émotion, un vrai morceau de bravoure contre tous les fondamentalismes religieux. Quand il était petit, le jeune Shalom croyait aveuglément la parole des adultes : s'il allumait la télé pendant Shabbat, Dieu ferait perdre les Rangers, et tous ceux qui mangeaient du porc périraient dans d'atroces souffrances. Et puis, Shalom a commencé à douter. De son père qui se saoule au vin casher et fait du Shabbat un véritable enfer. De sa mère qui le force à porter une kippa à la piscine. Et de Dieu Lui-même qui, télé ou pas, s'obstine à faire perdre les Rangers. Alors Shalom s'est rebellé. Il a mangé des hot-dogs, lu en cachette les magazines cochons de son père, convoité de plantureuses shiksées blondes, et attendu, tremblant, l'inéluctable châtiment divin...
Je me suis régalée de ce roman vraiment très original ! Déjà attirée auparavant par le titre, je me suis plongée avec délices dans les angoisses de Shalom et dans son combat quotidien contre le Dieu omniprésent, intimidant et vengeur dont on lui a rabâché les oreilles toute son enfance. Les péripéties de la vie de ce "rebelle" m'ont vraiment beaucoup fait rire, de même que la propension de cet homme à faire manifestement le contraire de ce qui est prescrit par les lois divines, parfois consciemment, parfois sans du tout se rendre compte qu'il déroge à une règle. Les anecdotes se suivent et sont souvent vraiment très drôles et l'on se prend d'amitié pour l'enfant ou l'adolescent qui tente, par ses moyens dérisoires, de tester la mansuétude ou la patience de Dieu.
Mais ce livre est plus qu'une succession d'anecdotes amusantes. En effet, Shalom teste Dieu, le met à l'épreuve pour voir s'il réagira à ses bêtises, mais il continue cependant (ou justement) à croire en ce Dieu. Même au contact de certains membres de sa famille se laissant aller à des pratiques absolument proscrites, et voyant que Dieu ne punit personne, il s'accroche tant bien que mal à sa foi et ressent toujours cette culpabilité, cette peur du jugement et de la punition, et ce même lorsqu'il devient adulte. Et cela le mine.
Présenter la religion de cette façon est certes très amusant, mais fait également réfléchir sur le poids que celle-ci peut avoir sur une vie, et notamment sur l'esprit de jeunes enfants, perméable à ce qu'on veut bien leur raconter. Je ne suis pas du tout assez connaisseuse de la religion en générale, et de la pratique de la religion juive en particulier pour me permettre de porter un jugement, juste quelques questions qui ont émaillé ma lecture : le Dieu enseigné au petit Shalom ne semble pas être un Dieu bien magnanime ni aimant, mais bien un Dieu qui surveille, qui sanctionne, qui punit... Faut-il donc apprendre à nos enfants la religion en leur faisant craindre Dieu, plutôt que de le vénérer ? Les préceptes et lois dictées sont parfois totalement stupides ou risibles, doit-on inciter cependant l'enfant à fermer les yeux et à suivre ces lois aveuglément, sans se poser de questions ? Dieu est-il juste ? Est-il bon ? Comment peut-on d'ailleurs avoir envie de croire en une entité supérieure si celle-ci n'est pas tout amour ? Les lois édictées par les religions (quelles qu'elles soient) ont-elles été écrites pour faire peur aux hommes et les forcer à croire, la peur étant considérée à l'époque comme une motivation suffisante ? Pourquoi suivre ces lois si d'autres ne les suivent pas et s'il ne leur arrive rien de particulier ? ... Bref, le dialogue est ouvert ! (oui, et moi quand on parle religion, je pars vite au créneau...)
Voici donc un livre intéressant et drôle à la fois, ce qui est plutôt rare. Une seule petite remarque, j'ai trouvé le début absolument passionnant, mais il y a ensuite quelques longueurs, et étant moi-même une rebelle dans l'âme depuis ma plus tendre enfance, Shalom a parfois eu une très nette tendance à m'énerver par sa crédulité et sa soumission à ce Dieu qui ne fait pourtant vraiment pas envie...,
"Quand j'étais petit, mes parents et mes maîtres me parlaient d'un homme qui était très fort. Ils disaient qu'il était capable de détruire le monde entier. Ils disaient qu'il pouvait soulever les montagnes. Ils disaient qu'il pouvait ouvrir la mer en deux. Il était très important de ne pas le contrarier. Lorsque nous obéissions à ce qu'il avait édicté, cet homme nous aimait bien. Il nous aimait tellement qu'il tuait tous ceux qui ne nous aimaient pas. Mais si nous n'obéissions pas, alors il ne nous aimait pas. Il nous détestait. Parfois, il nous haïssait tellement qu'il nous tuait ; parfois, il laissait d'autres gens nous tuer. C'est ce que nous appelons les jours de fête : à Pourim, nous nous souvenons de la fois où les Perses ont essayé de nous tuer ; à Pessah, nous nous souvenons de la fois où les Égyptiens ont essayé de nous tuer ; à Hanoukka, nous nous souvenons de la fois où les Grecs ont essayé de nous tuer.
«Béni soit-Il», disions-nous dans nos prières.
Aussi terribles que pouvaient être ces punitions elles n'étaient rien à côté de celles que cet homme pouvait nous infliger lui-même. Et allons-y avec la famine, et allons-y avec les déluges, et allons-y avec la fureur vengeresse. Hitler avait pu exterminer les juifs mais cet homme, lui, avait noyé la planète. Nous avions une ritournelle à son sujet, au jardin d'enfants :
Dieu est ici,
Dieu est là,
Dieu est partout,
Un point c'est tout.
Ensuite, petit goûter et sieste agitée.
J'ai été élevé tel un veau dans la petite ville orthodoxe juive de Monsey, État de New York, où il était interdit de consommer du veau avec des produits lactés. Si on avait mangé du veau, il était interdit de manger des produits lactés pendant les six heures suivantes ; si on avait mangé des produits lactés, il était interdit de manger du veau pendant les trois heures suivantes. Il était interdit de manger du porc à jamais, ou en tout cas jusqu'à l'arrivée du Messie car c'est alors, nous avait appris Rabbi Napier en cours moyen deuxième année, que les méchants seraient punis, que les morts ressusciteraient et que les cochons deviendraient cachère."
Site de l'auteur (en anglais). Et le billet de Emmyne, pas du tout du tout de mon avis ! |
18 juin 2009
Rêves de garçons
Laura KASISCHKE
« J’ai compris à cet instant que ce qu’on dit est vrai - on peut vraiment sentir le regard d’un garçon posé sur soi. »
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Présentation de l'éditeur
A la fin des années 1970, trois pom-pom girls quittent leur camp de vacances à bord d'une Mustang décapotable dans l'espoir de se baigner dans le mystérieux Lac des Amants. Dans leur insouciance, elles sourient à deux garçons croisés en chemin. Mauvais choix au mauvais moment. Soudain, cette journée idyllique tourne au cauchemar. Rêves de garçons est une plongée au coeur d'un univers adolescent dépeint avec une justesse sans égale. Une fois de plus, Laura Kasischke s'attache à détourner avec beaucoup de férocité certains clichés de l'Amérique contemporaine et nous laisse, jusqu'à la révélation finale, dans l'imminence de la catastrophe.
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Je ne connaissais pas du tout cette auteur lorsque Le livre de Poche m'a proposé de m'envoyer Rêves de garçons et j'ai donc répondu un peu au hasard, en me disant que ce serait une lecture facile et détendante juste avant l'été. C'est effectivement une lecture agréable, mais j'étais bien loin de m'attendre à me retrouver attirée et littéralement accrochée par le style de l'auteur et l'atmosphère dégagée par ce petit roman (petit par la taille et non par le contenu).
Bien sûr, dès le départ, nous sommes plongés dans cette ambiance de mélodrame et nous nous attendons donc à chaque page à avoir peur ou à voir couler le sang. Des pom-pom girls campant dans une forêt sauvage, c'est évidement la porte ouverte à tous les sadiques, violeurs ou étrangleurs croisant dans les environs... Et si les jeunes filles se racontent le soir à la veillée des histoires à faire peur, c'est parce qu'elles savent pertinemment bien que certaines de ces histoires sont pure fiction mais d'autres bien réelles...
Il fait chaud, donc, très chaud dans ces bois et la chaleur pèse sur les hommes comme sur les animaux, elle les anéantit mais les excite en même temps, elle fait monter leur tension et baisser leur vigilance, elle éveille certains sens et en endort d'autres. La tension dans l'air est palpable dès les premières pages, les premières phrases et j'ai été vraiment impressionnée par le style de l'auteur qui réussit à nous transmettre ce vrombissement de l'air, cette moiteur, cette sorte de suffocation, cette électricité d'avant orage, ou d'avant horreur. Bref, on sent, on sait qu'il va se passer quelque chose, on tourne les pages, mais il faut patienter car nous revenons en arrière pour nous pencher sur des épisodes de la vie de Kristy, l'héroïne, nous revivons avec elle quelques évènements de son enfance, les relations avec ses parents, avec ses camarades d'école, et surtout l'amitié qui la lie depuis toujours à Desiree.
Elle sont belles, ces filles et elles le savent. Elle sont jeunes, sportives, désirables. Elles sont issues d'un milieu privilégié, ont toujours eu ce qu'elles désiraient. Elles ont la vie devant elles, elle croient en leur bonne étoile, elle croient au pouvoir de leur sourire, de leur volonté. Elle sont 17 ans et pensent être au centre du monde, de leur monde, sans imaginer plus loin que le bout de leur joli nez que le monde ne se limite pas seulement au cercle restreint habituel, mais qu'il est vaste et inconnu - et dangereux.
Ainsi dans cette forêt vivent des animaux inconnus. Les arbres bruissent, les feuilles crissent, on entend des sifflements, des grincements, peut-être même des cris ? Les garçons croisés sur la route ont-ils suivi ces trois jolies filles, croyant à une invite du fait de leur attitude ? Ou bien a-t-on trop raconté d'histoires horribles à la dernière veillée ? On ne sait plus très bien si les bruits sont réels ou issus de l'imagination des filles, on frissonne malgré la chaleur, on se retourne "il y a quelqu'un ?", non, il n'y a personne, on a cru rêver, ou bien peut-être que si, finalement, c'était bien une personne, ou bien un fantôme ? N'étaient-ce pas des bruits étouffés de pas, de rires ? Ainsi on chemine dans le noir et la peur dès que la nuit est tombée, ou sous le soleil accablant de la journée. On chemine jusqu'au dénouement, qui est ...
Non, non, non, ne me suppliez pas, je ne vous dirai pas un mot de plus sur ce livre ! Lisez-le !
Ys a beaucoup aimé cette lecture et qualifie le ton de l'auteur de "imparable, méticuleux, et toujours aussi glaçant".
Merci au Livre de Poche pour m'avoir fait découvrir cet auteur. Je veux bien lire aussi ses autres romans !
04 avril 2009
Notre petite vie cernée de rêves
Barbara WERSBA
Albert est adolescent. Il vit avec ses parents dans une banlieue triste, est solitaire, sensible, traversé parfois d'idées suicidaires ; il collectionne les citations de grands auteurs et est à la recherche de réponses sur le sens de la vie, réponses que ne peuvent lui donner ses parents. Sa mère rêve d’Hollywood et d’appareils électroménagers, mais ne fait pas grand chose de ses journées à part se maquiller, faire quelques courses et se plaindre de sa vie et de son bon-à-rien de mari ; son père est courtier en assurances, à défaut de piloter des avions comme il le rêvait dans ses jeunes années.
Le temps semble ne pas s'écouler, l'avenir qui s'offre à Albert lui paraît bouché et morne, sans intérêt, jusqu'à ce qu'il fasse la connaissance de Madame Woodfin, vieille voisine excentrique, qui s'avère être fort sympathique et intéressante : ancienne comédienne célèbre, férue de littérature, ayant voyagé, aimé, bref ayant eu une vie riche et passionnante, la vieille dame va tenter de donner à Albert le goût des choses, et surtout l'envie de vivre sa vie plutôt que de la subir.
L'amitié naît entre les deux, et chacun apporte à l'autre, qui sa présence et son attention, qui des leçons de confiance en soi et d'espoir. Ils ont des conversations passionnantes sur l'art, la littérature, l'écriture, la vie... Albert commence à avoir envie de vivre ses rêves, tout devient possible grâce à la force que lui insuffle la vieille comédienne. Il prend conscience que les possessions matérielles ne sont pas le moteur d'une vie réussie, et qu'avec rien, on peut avoir une vie riche et bien remplie. Il va aussi devoir faire la part des choses entre rêves, illusions et réalité.
J'ai trouvé la lecture de ce roman très agréable et intéressante, bien qu'à mon goût on s'attende un peu trop au dénouement. Je trouve de plus que les relations entre cette charmante vieille dame et le jeune garçon ne sont pas assez approfondies, elles restent un peu superficielles. Mais cette amitié improbable est attachante et l'on comprend très bien qu'Albert reprenne goût à la vie grâce à l'énergie de cette vieille femme vibrante de passion. A faire lire aux jeunes qui tournent en rond et ne cessent de regarder dans le jardin d'à coté -où bien sûr l'herbe est bien plus verte et fournie- pour qu'ils prennent conscience que la richesse de leur vie est principalement en eux...
Extraits :
"Si un homme marche à un autre pas que ses camarades, c’est peut-être qu’il entend le son d’un autre tambour. Laissons-le suivre la musique qu’il entend, quelle qu’en soit la cadence."
"Si ta vie quotidienne te semble pauvre, ne l'accuse pas, accuse-toi plutôt ; dis-toi que tu n'es pas assez poète pour en convoquer les richesses..." Rilke
Je remercie Lilly pour se livre voyageur. Beaucoup d'entre vous l'avaient lu avant moi : Leiloona est "restée de glace" et Cathulu n'a pas aimé du tout, mais Gawou a beaucoup aimé et elle reprend plusieurs citations d'Albert, Karine a mis deux coeurs, Gambadou a bien aimé également, de même que Lou et Clarabel. Ceux ou celles que j'ai oublié de citer, n'hésitez pas à vous manifester !
13 mars 2009
L'étrange histoire de Benjamin Button
Film de David FINCHER
"Curieux destin que le mien..."
Situé à La Nouvelle-Orléans et adapté d'une nouvelle de F. Scott Fitzgerald, le film suit les tribulations de Benjamin Button de 1918 à nos jours. Brad Pitt, qui incarne Benjamin Button, est également le narrateur de sa propre histoire. Benjamin est né le 11 novembre 1918 - le dernier jour de la Première Guerre Mondiale, à l'instant même où l'horloge de la gare centrale vient d'être mise en marche, mais à l'envers. Son constructeur voudrait en effet par ce geste pouvoir revenir en arrière dans le temps, et ne pas avoir perdu son fils unique à la guerre... La mère de l'enfant meurt en couches, et le médecin présent annonce au père désespéré que l'étrange (et affreuse) petite créature qui vient de voir le jour a toutes les caractéristiques, non pas d'un nouveau né, mais d'un homme de 80 ans prêt à passer de l'autre côté. Le père craignant d'avoir engendré un monstre abandonne alors le bébé sur le seuil d'une maison.
Cependant, Benjamin ne meurt pas, au contraire, il rajeunit. Elevé avec amour par Queenie, l'intendante de la demeure familiale qui l'a recueilli, il grandit, entouré par les personnes âgées auxquelles il ressemble physiquement. A sept ans, il a l'apparence d'un vieil homme dans un fauteuil roulant, percevant le monde au travers des épais carreaux de ses lunettes. Il reste un enfant malgré tout, apprend à jouer du piano et rencontre Daisy, une petite fille venue rendre visite à sa grand-mère, qui sera l'amour de sa vie.
A l'adolescence, alors qu'il a l'apparence d'un homme de 60 ans, il décide de partir travailler sur un bateau et apprend tout sur l'alcool et le sexe. Il vit sa première relation avec une jeune femme, et rajeunit toujours. Quand il revient à la maison, à l'aube de ses 40 ans, il a enfin l'âge de son corps (et il est beau, Brad, sans son maquillage !). Il retrouve Daisy (incarnée par Cate Blanchett, superbe) qu'il n'avait jamais pu oublier. Les deux amants sont heureux pendant quelques temps, mais c'est sans compter l'horloge biologique : celle qui fait vieillir Daisy, pendant que lui continue sa remontée dans le temps inexorable.
L'amour peut-il tout supporter ? L'emprise du temps est-elle surmontable ? Peut-on lutter contre son âge, celui qu'on a dans la tête et celui qu'on ressent dans son corps ? De ce film superbe, très long, mais jamais ennuyeux découlent plusieurs questions fondamentales sur la fuite du temps, et surtout la manière que nous avons, les uns et les autres, d'appréhender le temps, de le soumettre à notre volonté, ou de nous laisser submerger par lui. Un magnifique moment de cinéma, avec de très bons acteurs, des prouesses de maquillage, de la passion, de l'émotion, de l'amour... Est-il besoin de souligner que j'ai (oui, ne riez pas, une fois de plus !) sangloté à la fin...
Un article intéressant de l'Express et le site officiel du film.
L'Étrange histoire de Benjamin Button
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