02 décembre 2009
Cris
Laurent GAUDE
"Je meurs. Qui se souvient de moi ? Il aurait peut-être mieux valu mourir tout de suite. Je sens maintenant que le gaz a chassé tout l'air de mes poumons, je sens la mort inodore que je respire. Je ferme les yeux. Et je vois. je vois que je ne mourrai pas seul. je vois le siècle et c'est un avorton arraché du ventre de sa mère au forceps. Il est baigné de sang. Ils l'ont roué de coups. Je vois l'homme qui n'a plus de dents, plus de visage. Je vois l'homme qui pense être allé au bout de l'horreur mais qui connaîtra bientôt de nouveaux coups. Je vois le gaz qui rampe dans les campagnes. Je vois le grand siècle du progrès qui pète des nuages moutarde, je vois ce grand corps gras éructer des bombes et éventrer la terre de ses doigts. Le raz de marée qui m'emporte n'était qu'une vaguelette. Je meurs maintenant et cela me fait sourire car il m'est donné de voir, dans ces dernières hallucinations convulsées, les millions de souffrances auxquelles j'échappe."
Est-il besoin d'en dire tellement plus ? Une fois de plus, l'écriture de Laurent Gaudé m'a transportée et une fois de plus j'ai ressenti dans mes tripes ses mots, ses phrases. Dans ce petit livre, nous suivons les pas de Marius, Boris, Ripoli et quelques autres. Nous les suivons dans les tranchées, dans la boue, sous la pluie, dans le froid, avec la peur qui enserre le coeur, qui noue les boyaux, qui coupe les jambes et qui rend fou. Ce sont des poilus, des soldats de la première guerre cachés dans leur trous, à la merci des bombes de l'ennemi ou d'une attaque ordonnée par le haut commandement, mais surtout à la merci de la folie qui rode. L'horrible cri qui retentit dans la nuit dans le no man's land entre les deux fronts les glace d'effroi. Cri de "l'homme-cochon" qui résonne dans les têtes, voix des agonisants qui poursuivent même les permissionnaires, bruits de la guerre que ceux qui rentreront chez eux n'arriveront pourtant jamais à oublier...
En peu de mots, avec un style simple, presque épuré, Gaudé trace l'horreur de cette guerre d'usure, la peur, la folie. Un texte terriblement "visuel" et bouleversant.
16 novembre 2009
La chorale des maîtres bouchers
Louise ERDRICH
Quatrième de couverture
1918. De retour du front, Fidelis Waldvogel, un jeune soldat allemand, tente sa chance en Amérique. Avec pour seul bagage une valise pleine de couteaux et de saucisses, il s'arrête à Argus, dans le Dakota du Nord où, bientôt rejoint par sa femme et son fils, il décide d'ouvrir une boucherie et de fonder une chorale, en souvenir de celle des maîtres bouchers où chantait son père.
Des années 1920 aux années 1950, entre l'Europe et l'Amérique, ce roman à la fois épique et intime retrace le destin d'une famille confrontée au tumulte du monde.
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Un livre qui se lit d'une traite mais que je trouve difficile à résumer. On n'y parle pas de guerre, ou si peu, mais plutôt des marques que la guerre laissera dans les coeurs et les âmes, des gens aimés qu'elle prendra. On n'y parle pas tant que ça de chorale, mais bien du partage que des hommes trouvent dans le chant, du réconfort que leur apporte le fait d'être ensemble et de laisser s'élever leur voix. On n'y parle pas non plus énormément de boucherie, mais l'odeur du sang reste présente tout au long du livre, et la propreté qu'il faut maintenir malgré tout, ainsi que les couteaux qui servent à tuer les animaux...
Non, on y parle surtout d'amitié, et d'amour. Banal, pensez-vous ! Oui. Et non. Parce que le style est superbe et qu'on se laisse porter. Parce que l'amitié et l'amour ne sont jamais aussi simples qu'on le croit et qu'au fil du temps on découvre parfois des secrets enfouis, ou bien ce qu'on se cachait à soi-même. Parce que cela se passe en Amérique et que la famille dont il est question vient d'Allemagne. Parce que, on le découvre assez vite, ce n'est pas le boucher le héros de l'histoire, mais une femme. Parce que dans ce livre, les petites choses de la vie de tous les jours sont décrites avec minutie, et poésie tout en même temps, et qu'on comprend que ce sont dans ces détails infimes, dans ces gestes répétés, dans l'attention portée aux autres que se niche le bonheur, qu'on peut tirer de la joie. Parce qu'il ne faut pas se fier aux apparences et cataloguer les gens sur leur mauvaise mine ou leur réputation. Et pour plein d'autres raisons encore...
Alors je me tais, et vous dis simplement : lisez ce livre ! vous passerez un vraiment bon moment.
Wictoria a trouvé ce livre magnifique, Aifelle le recommande chaudement, "un grand bonheur" pour Keisha, mais Théoma n'a pas trop aimé et c'était une lecture "un peu mitigée" pour Sassenach . Sylire a trouvé que c'était une "fresque familiale passionnante", Kathel recommande ce livre "sans réserves", Papillon l'avait lu il y a 3 ans et avait beaucoup aimé ; pour Solenn, c'est "une fresque captivante" et les avis de La biblio du dolmen, Les mots de Pascale, et d'autres lecteurs chez BOB.
Un grand merci à Chez les Filles et au Livre de Poche pour cette lecture !
06 septembre 2009
Cochon d'allemand
Knud ROMER
Présentation de l'éditeur :
Que signifie être allemande dans une petite ville danoise, quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale ? Que ressent-on quand on se fait traiter de «cochon d'Allemand» à chaque récréation ? Quand on est témoin de l'ostracisme permanent à l'égard de sa mère ? Pour avoir été ce «cochon d'Allemand» à Nykobing Falster où il est né en 1960, Knud ROMER le sait. À partir de ses souvenirs, il compose un récit déchirant sur l'enfance réduite malgré elle à se fondre dans un conformisme de survie. En évoquant sa famille, l'auteur dresse une galerie de portraits pathétiques et nous fait remonter dans le temps : le roman autobiographique se transforme en une fresque historique, celle du Danemark et de l'Allemagne au cours du XXe siècle. Lauréat en 2006 de nombreux prix, Cochon d'Allemand dépeint dans un style dense et enlevé une époque teintée de rancoeur et de culpabilité.
Repéré sur les blogs des uns et des autres, ce petit livre me tentait énormément et je remercie de tout coeur
Antigone de l'avoir fait voyager jusqu'à moi (par contre, Antigone, impossible de mettre la main souris sur ton billet sur ton blog, tu pourras rajouter le lien...).
J'ai cependant été très déçue par ce roman, que j'ai trouvé un peu ennuyeux et un peu pontifiant. Je n'ai pas du tout ressenti d'émotion au cours de ma lecture et surtout, j'ai eu un mal fou à me faire au style de l'auteur. J'ai trouvé que tout était un peu en fouillis et j'aurais peut-être plus apprécié si chaque personnage (pourtant aux caractères fort intéressants) avait eu un ou plusieurs chapitres pour lui tout seul, plutôt que de passer de l'un à l'autre et de me sentir un peu perdue... Idem pour la chronologie, j'étais désemparée dans ma lecture par les aller-retours entre les dates, les périodes, les lieux... De plus, est-ce parce que je suis germaniste, mais les dialogues notés en allemand et traduits juste après en français m'ont énervée... et j'ai trouvé qu'ils alourdissaient l'ensemble. Une déception, donc, bien que je sois consciente que la vie de ce petit garçon tiraillé entre deux pays et deux modes de vie, soumis au racisme ambiant et aux fluctuations d'humeur de sa maman soit poignante et bien triste.
«Nykobing Falster est une ville si petite qu'elle se termine avant même d'avoir commencé. Quand on est dedans, on ne peut pas en sortir, et quand on est dehors, on ne peut pas y entrer. Dans les deux cas, on se retrouve du mauvais côté, et la seule preuve de son existence est l'odeur qui imprègne les vêtements : en été ça sent les engrais, en hiver la betterave à sucre. C'est à cet endroit que je naquis en 1960, et c'était la façon la plus sûre de ne pas exister du tout.»
«Nous vivions dans la solitude, séparés du monde entier, mes parents n'avaient pas d'amis, pas de connaissances, ne fréquentaient personne. [...] les autres avaient coupé la branche que nous constituions. Aussitôt je me les imaginai en train de manier la hache, je vis le sol jonché de nos corps démembrés - une cruauté qui me semblait incompréhensible. »
Beaucoup d'entre vous l'ont déjà lu, dont certains il y a fort longtemps : Bernard du Blog des livres l'a lu et est revenu "heureux d'avoir effectué la traversée", Sébastien avait également beaucoup apprécié sa lecture, IncoldblogIncoldblog aurait "aimé que le roman se concentre totalement sur Hilde", Malice trouve que c'est un "livre dur fort", Fashion pense qu'"Au final, il s'agit d'une véritable déclaration d'amour pour sa mère et sa grand-mère maternelle", Florinette qualifie ce récit d'"extrêmement touchant", Gambadou a "eu plus de mal avec le style", pour Cathulu, ce fut "un vrai coup de coeur", cette lecture a laissé à Chiffonette un "sentiment mitigé", Lily trouve que l'auteur a "beaucoup beaucoup de talent".
D'autres lecteurs sur BOB.
18 janvier 2009
Elle s'appelait Sarah
Tatiana de ROSNAY

Présentation de l'éditeur :
Paris, mai 2002. Julia Jarmond, journaliste pour un magazine américain, est chargée de couvrir la commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv. Au cours de ses recherches, elle est confrontée au silence et à la honte qui entourent le sujet. Au fil des témoignages, elle découvre, avec horreur, le calvaire des familles juives raflées, et en particulier celui de Sarah. Contre l’avis des siens, Julia décide d’enquêter sur le destin de la fillette et de son frère. Soixante ans après, cela lui coûtera ce qu’elle a de plus cher.
Paris, le 16 juillet 1942 : la rafle du Vel’ d’Hiv’. La police française fait irruption dans un appartement du Marais. Le petit Michel, paniqué, se cache dans un placard, et sa grande sœur Sarah, dix ans, l’enferme et emporte la clef en lui promettant de revenir. Mais elle est arrêtée et emmenée avec ses parents...
Un beau roman que ce livre de Tatiana de Rosnay, qui touche à un sujet tabou de l'histoire de la deuxième guerre mondiale : la participation active que le gouvernement français a prise aux rafles des juifs, et notamment à celle du Vel d'Hiv, orchestrée par la milice parisienne. Le parallèle entre les deux périodes est intéressant, et empêche le roman de sombrer dans l'horreur totale de cet épisode de l'histoire française. On souffre en même temps que la petite Sarah, et le récit de sa vie est absolument poignant ; déportée avec ses parents, cachant son frère pour le sauver, et se rendant compte qu'elle l'a en fait condamné, elle grandira ensuite avec ce poids de la culpabilité, ajouté aux traumatismes subis lors de son incarcération. L'histoire contemporaine de Julia, à la recherche des vérités de l'histoire autant que des réponses à ses propres interrogations, permet de "souffler" un peu, et de prendre du recul sur le passé, tout en étudiant et essayant de comprendre les faits.
Un livre que j'ai beaucoup aimé, donc, mais qui, peut-être, s'il faut une critique, aurait mérité plus de développement, soit dans les caractères des personnages, dans leurs pensées, leurs espoirs, soit dans la recherche historique. J'ai eu l'impression que ce livre était écrit presque en vue d'en faire un film, ou tout du moins dans le but de toucher -par les sentiments et un peu de voyeurisme- les lecteurs...
Biographie de l'auteur
Née en 1961, Tatiana de Rosnay vit depuis vingt-cinq ans à Paris. Scénariste et journaliste, elle travaille notamment pour Elle et Psychologies. " Elle s'appelait Sarah ", son neuvième roman, est le premier qu'elle écrit en anglais, sa langue maternelle. Quatorze pays en ont déjà acquis les droits.
Laure l'a lu (il y a 2 ans !) et avait beaucoup aimé. Un bel article de Belledenuit et comme toujours chez Florinette, un beau billet, avec tous les liens pour en savoir plus.
Et le blog en français de l'auteur elle-même.
Ce livre a reçu le Prix des lecteurs 2008.
10 octobre 2008
Der Junge im gestreiften Pyjama / Le garçon en pyjama rayé
John BOYNE
Wir sind in 1942. Bruno ist 9 Jahre alt, und wohnt in Berlin. Er kommt eines Tages von der Schule zurück und findet das Dientsmädchen in seinem Zimmer. Sie ist dabei in grossen Koffern und Kisten alles einzupacken, darunter auch seine sehr geheimen Sachen.
Sein vater bekam den Befehl, mit seiner Familie an einen abgelegenen sogenannten Ort " Aus-wisch" zu ziehen. Bruno weiss nichts genaues über die Tätigkeit seines Vaters. Es muss einen Zusammenhang mit einem Furor haben, der vor kurzem mit seiner Frau zum Abendessen zu Hause war. Sicher ist, dass er seine besten Freunde verlieren wird, was ihn natürlich sehr beängstigt.
Bruno hat eine drei Jahre ältere Schwester. Er beschreibt sie dauernd als ein "unhoffnungsloser" Fall, von der er leider nichts erfahren kann.
Das neues Haus und auch die Ortschaft gefallen ihm natürlich nicht. Ein hoher Zaun umringt das Haus und trennt ihn von mit gestreiften Pyjamas angezogenen seltsamen Menschen. Er sieht sie in der Ferne durch ein kleines Fenster seines Zimmers. Er fühlt sich unwohl in diesem Haus. Diese ganzen Leute, Mitarbeiter seines Vaters, alle in Uniform, die dauernd rein und rausgehen, die sogar Papas Büro betreten -ihm ist es natürlich strengtens verboten- verstärken dieses Unbehagen.
Bruno denkt aber, dass dieser abgelegene Ort mehr zu bieten haben könnte, als es scheint. Deswegen fängt er an zu forschern, was seit jeher seine Lieblingstätigkeit war. Er trifft einen Jungen hinter dem Zaun, dessen Lebensumstände mit seinen nicht zu vergleichen sind. Die beiden Jungen befreunden sich, was zu verheerenden Folgen führt.
Leider werde ich weniger erzählen als ich möchte. Die Überraschung dieser Geschichte muss bis zum Ende geheim gehalten werden. Dieses Buch habe ich sehr schnell fertig gelesen und sehr genossen, auch wenn es auf Deutsch geschrieben war (seit Jahren habe ich kein deutsches Buch gelesen, so wie keine Übung in dieser Sprache). Ich konnte trotzdem feststellen, dass nicht allzuviel von meinen ehemaligen Kenntnissen verloren gegangen waren. Diese Geschichte (die schlimmste Periode Deutschlands) beeindruckte und erschütterte mich um so mehr, weil es in Form eines Kinderbuches verfasst wurde.
Das einzige, dass mich in diesem Buch stört und dass ich mit Schwierigkeiten verstehe ist diese Naivität von Bruno, diese Unkenntnis des Krieges... Das ist für mich unfassbar. Dass Bruno nichts über die Lage Deutschlands mitbekommen hat, nichts vom Führer weiss, nichts über die Juden gehört hat und niemals Fragen gestellt hat. Es ist vermute ich die Absicht des Verfassers.
Ein Buch zu lesen !
Er wurde auf englisch geschrieben unter dem Titel „The boy in the striped pyjamas“ und auf französich „Le garçon en pyjama rayé“.
Über den Autor :
John Boyne wurde 1971 in Dublin, Irland, geboren, wo er auch heute lebt, und studierte Englische Literatur und Kreatives Schreiben in Dublin und Norwich. Er hatte schon zahlreiche Kurzgeschichten sowie drei Romane für Erwachsene veröffentlicht, als ihm mit seinem vierten Buch, »Der Junge im gestreiften Pyjama«, der internationale Durchbruch gelang.
Der Roman wurde in über 25 Sprachen übersetzt und weltweit zu einem großen Erfolg.
Eine Verfilmung ist in Vorbereitung.
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Pas d'inquiétude pour ceux qui ne parlent pas allemand, voici également un mini-commentaire en français !
Nous sommes en 1942. Bruno a 9 ans et vit à Berlin. Un jour, à son retour de l'école, il trouve la jeune aide de la maison en train d'empaqueter toutes ses affaires, vêtements, livres, et même ses trésors cachés. Bruno ne sait pas exactement quel métier excerce son papa, mais il apprend que celui-ci vient d'être enjoint de déménager, sur les ordres d'un homme nommé "Furor", venu dîner chez eux quelques temps auparavant.
La famille s'installe donc dans une nouvelle maison, qui ne plait pas du tout au petit garçon, de même que les environs, qu'on appelle "Aus-wich". De la petite fenêtre de sa nouvelle chambre, il peut apercevoir, de l'autre coté d'une immense clotûre, d'étranges enfants au loin, tous habillés en pyjamas rayés...
Bien qu'il ait un mal fou à s'habituer à ce nouvel environnement, peu aidé par sa soeur de 3 ans son ainée (et qu'il surnomme "le cas sans espoir" tant leurs relations sont difficiles !), il décide de meubler son temps libre et de partir à la découverte de ce lieu singulier, et éventuellement d'entrer en contact avec les habitants de l'étrange ville sise en face de sa maison. C'est grâce à ses recherches menées avec tout le sérieux qu'un enfant met dans les entreprises qui lui tiennent à coeur, qu'il fera la connaissance d'un jeune garçon de son âge, qui vit de l'autre coté de la cloture.
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Je ne peux malheureusement pas vous raconter beaucoup plus de cette histoire sans dévoiler la fin du livre, ce qui serait dommage ! J'ai énormément aimé ce roman qui se lit facilement et rapidement, traité de façon très originale, puisque vu par les yeux de ce petit garçon, et plein d'humour malgré le sujet terrible. Le suspence m'a tenue en haleine jusqu'à la fin : « Et c’est ainsi que se termine l’histoire de Bruno et de sa famille. Tout cela s’est passé il y a fort longtemps, bien sûr, et rien de semblable ne pourrait plus jamais arriver. Pas de nos jours. » Quoique... Ce livre, conçu un peu comme un conte, fait réfléchir autant sur l'Histoire que sur la manière qu'on les êtres de la vivre, sans le recul apporté par les années d'expériences et de réflexion.
J'ai cependant trouvé un peu invraissemblable le caractère de l'enfant : la naïveté de Bruno, qui a tout de même 9 ans, qui perçoit bien qu’il se passe des choses étranges autour de lui, sans en comprendre les enjeux est pour moi parfaitement hallucinante. On dirait qu'il n'a aucune curiosité envers le monde, ce qu'il s'y passe, alors que la période est pour le moins troublée et "riche" en évènements (c'est un euphémisme !). Il ne pose aucune question, n'a pas de recul, n'imagine rien... Mais autres temps, autres moeurs, autre éducation... Je pense surtout que la candeur de notre héros, même si elle m'a un peu énervée, ou tout du moins surprise (j'ai un zozo de 9 ans1/2 à la maison, qui ne laisse, lui, rien passer, et nous saoule de questions sur tout et n'importe quoi, est au fait de l'actualité économique, politique, culturelle...) est voulu par l'auteur.
Un coeur pur peut-il envisager autant de perversion, peut-il imaginer ce qu'est le Mal ?
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Je vous conseille ce livre, vraiment intéressant et poignant. Il est également paru en collection jeunesse, mais je pense qu'une telle lecture ne peut se faire qu'accompagnée, avec des commentaires, vu la gravité du sujet traité.
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Je remercie vivement ma petite Maman qui a bien voulu corriger mes fautes et mon style ("trop scolaire", a-t-elle dit !) de mon commentaire allemand. J'ai eu un énorme plaisir à relire dans cette langue que je ne pratique presque plus à part avec elle, à ma grande tristesse, et j'ai été également très fière de pouvoir comprendre tout sans avoir recours à mon vieux Weis-Mattutat !
Clochette l'a lu il y a très longtemps, mais avait beaucoup aimé, de même que Laure (Les jardins d'Hélène), Sylvie (Passion des livres) et Tamara. Ceux que j'ai oubliés peuvent rajouter le lien de leur billet dans les commentaires !
27 septembre 2008
La voleuse de livres


"Ecoutez la mort!
Quand la Mort vous raconte une histoire, vous avez tout intérêt à l'écouter.
Une histoire étrange et émouvante où il est question
- dune fillette ;
- de mots ;
- d'un accordéoniste ;
- d'Allemands fanatiques ;
- d'un boxeur juif ; - de vols."
L'histoire de Liesel Meminger débute en Allemagne en 1939, alors que dans un train qui les emmène vers une vie nouvelle, la Mort s'empare du petit frère de la fillette. La mère en effet ne peut plus s'occuper seule des deux enfants, alors que le père a "disparu", emporté par son adhésion au communisme, et s'est résolue à confier ses enfants à une famille d'adoption.
Liesel voit donc son petit frère emporté par cette Mort, qui est le narrateur du roman. Celle-ci remarque la fillette, et tout au long de sa vie, viendra lui "rendre visite", intriguée par le caractère fort de l'enfant, par sa farouche volonté et son envie de vivre. Pendant l'enterrement du petit garçon, Liesel ramasse dans la neige un livre, perdu par un employé du cimetière, et, alors qu'elle ne sait pas encore lire, elle pressent que ce livre deviendra son bien le plus précieux, peut-être sa protection contre le monde fou qui l'entoure, et contre la Mort qui rode autour d'elle et ne cesse d'emmener avec elle hommes, femmes, jeunes et vieux, travaillant d'arrache-pied en cette période de guerre... D'autres livres se trouveront sur le chemin de Liesel, qu'elle prendra également (volera), ressentant un appel puissant de la part de ces objets, comme s'ils voulaient lui faire partager les mots, les émotions, les expériences qu'ils contiennent. Et c'est la Mort, qui tel un ange veille sur Liesel tout au long de sa vie, qui surnomme l'enfant "la voleuse de livres".
Poussée par un incoercible besoin de comprendre ce qu'il se passe autour d'elle, Liesel, avec l'aide de Hans, son père adoptif, décide d'apprendre à lire. Le vieil homme, tout en lui enseignant la lecture, réussit à calmer Liesel, à canaliser ses angoisses, notamment nocturnes, et une complicité très forte naît rapidement entre eux deux. La petite "Saumensch", comme l'appelle sa mère adoptive, grande gueule bourrue jurant comme un charretier pour cacher sa sensibilité et sa tendresse, s'insère dans la famille et dans le quartier, où elle se fait des amis, dont Rudy, son meilleur ami, confident et complice d'aventures.
Une visite impromptue vient rompre le cours de la vie tranquille familiale (tranquille, tout en relatif : nous sommes tout de même alors en 1942 environ, la guerre bat son plein, et même les allemands en ressentent les effets). Max, jeune homme juif en fuite, est hébergé par les parents adoptifs de Liesel, et la petite fille, par sa tendresse, sa ténacité et son amour, et grâce aux livres et à leur pouvoir presque magique, arrive à le soustraire, au moins momentanément à la mort qui toujours rode autour d'eux, à la recherche de "proies".
Ainsi la mort est témoin de la folie des hommes, et c'est avec un humour aussi noir que cette triste et douloureuse période de l'histoire que l'auteur nous plonge dans le quotidien de l'Allemagne, et dans la souffrance et l'horreur que, eux aussi, ont vécu (intéressant de voir pour une fois l'autre bout de la lorgnette...). Plein d'optimisme malgré tout, le roman nous plonge avec curiosité, et délices même, dans cette guerre inhumaine, et c'est grâce à Liesel, son caractère attachant, et les protagonistes de l'histoire aux personnalités complexes et romanesques que j'ai dévoré de bout en bout cette histoire, dont la construction est pour le moins originale et surprenante.
Les premières lignes
MORT ET CHOCOLAT
D'abord les couleurs.
Ensuite les humains.
C'est comme ça que je vois les choses, d'habitude.
Ou que j'essaie, du moins.
UN DETAIL
Vous allez mourir.
En toute bonne foi, j'essaie d'aborder ce sujet avec entrain, même si la plupart des gens ont du mal à me croire, malgré mes protestations. Faites-moi confiance. Je peux vraiment être enjouée. Je peux être aimable. Affable. Agréable. Et nous n'en sommes qu'aux «A». Mais ne me demandez pas d'être gentille. La gentillesse n'a rien à voir avec moi.
RÉACTION AU DÉTAIL CI-DESSUS
Ça vous inquiète ?
Surtout, n'ayez pas peur.
Je suis quelqu'un de correct.
Une présentation s'impose. Un début.
J'allais manquer à tous mes devoirs.
Je pourrais me présenter dans les règles, mais ce n'est pas vraiment nécessaire. Vous ferez bien assez tôt ma connaissance, en fonction d'un certain nombre de paramètres. Disons simplement qu'à un moment donné, je me pencherai sur vous, avec bienveillance. Votre âme reposera entre mes bras. Une couleur sera perchée sur mon épaule. Je vous emporterai avec douceur.
À cet instant, vous serez étendu (je trouve rarement les gens debout). Vous serez pris dans la masse de votre propre corps. Peut-être vous découvrira-t-on ; un cri déchirera l'air. Ensuite, je n'entendrai plus que mon propre souffle et le bruit de l'odeur, celui de mes pas.
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Critique mitigée chez Karine et chez Clarabel Par contre, Lilly a beaucoup aimé et Clochette a mis un coeur. Coup de coeur également chez Femme Actuelle . Que ceux que j'ai sûrement oubliés notent le lien de leur billet dans les commentaires !
La Voleuse de livres de Markus Zusak a obtenu le prix Millepages Jeunesse décerné par les librairies Millepages. L'auteur a 30 ans, et a déjà écrit plusieurs livres, tous primés. Interview et biographie sur O Editions.
Le roman est aussi publié en Pocket Jeunesse à partir de 12 ans (ce que je trouve très jeune pour un tel livre, qui baigne profondément dans l'ambiance et les horreurs de la guerre - à faire lire par un enfant très mature, ou bien avec explications et commentaires du texte par un adulte).
Quelques extraits de la presse :
« Cette fable singulière envoûte par son audace et son originalité. » Questions de femmes
« La Voleuse de livres célèbre l’amour de la lecture, les liens familiaux, la solidarité humaine. De quoi attendrir la Mort elle-même. » Le Monde des livres
« La Voleuse de livres est donc d’abord un grand récit, habité par le talent narratif éblouissant de l’auteur. » France Info, Les enfants des livres, Emmanuel DavidenkoffDavidenkoff
« Un livre original et bouleversant, nimbé de poésie, et qui revisite les idées reçues sur la résistance au nazisme en Allemagne. » Phosphore
« Un livre irrigué d’humour noir et d’humanisme. (...) Au-delà de la peur et du mal, ce jeune auteur australien nous insuffle l’espoir. », Notre Temps
« Ce roman a une portée universelle. (...) L’auteur a réussi un livre très touchant et très poétique. » Livres Hebdo
19 mars 2008
4 minutes
16 mars 2008
Le rapport de Brodeck
Philippe CLAUDEL
Oublier le souvenir et perdre la mémoire
Brodeck écrit des rapports pour l'Administration : état des forêts, des routes, de la faune ou la flore, qu'il envoie régulièrement, en ne sachant plus s'ils sont bien lus, ni même reçus.
Un soir, tous les hommes du village demandent (forcent) Brodeck à écrire un rapport sur la disparition de l'Anderer (l'autre, le différent, celui qui fait peur, car il n'a pas peur, celui qui dérange les consciences et remue les souvenirs par sa seule présence silencieuse et mystérieuse), l'étranger qui s'était installé parmi eux quelques mois auparavant.
"On ne te demande pas un roman, c'est Rudi Gott, le maréchal-ferrant du village qui a parlé, tu diras les choses, c'est tout, comme pour un de tes rapports."
Brodeck se met à la tâche, il rencontre les habitants, plonge dans les mystères des uns et des autres, révèle les secrets enfouis, mais écrit également en parallèle et en grand secret son histoire : il nous rapporte sa propre vie, revit son arrivée dans le village, encore enfant, la rencontre avec sa femme à la capitale, sa déportation pendant la guerre, et son retour plus mort que vif dans le village, auprès de son épouse et de sa mère adoptive.
Tout est en finesse, pudeurs, non dits. Le style superbe de Philippe Claudel concours à une étude des coeurs et des caractères plus vraie que nature, un vrai bonheur de lecture, même si le sujet est grave et triste. Les personnages, les endroits restent vagues, mais on les sent opressants, durs, mauvais. On sent le mal roder, alors que rien n'est dit. Au fil de la lecture apparaîssent quelques pièces du puzzle. On comprend assez vite qu’on est après guerre, celle où on envoyait des gens dans des camps de concentration. Puis on découvre qu’on est dans un pays montagneux dans lequel les soldats sont venus. Un pays de dialecte germanique… On pense à l’Autriche, ou tout simplement à l'Alsace... On peut être partout autour de l'Allemagne jamais nommée.
Au fil des chapitres, la tension monte comme avant l'orage, salvateur qui lachera ses forces mais nettoiera ensuite le ciel (et les hommes) de tout ce noir accumulé. Ce roman de pure fiction arrive à nous conter des scènes de pure horreur sans toucher à cette horreur, juste en la contournant, presque seulement en y pensant.
A mon avis, un chef d'oeuvre ! Mais ne pas le lire le soir, car difficultés à trouver ensuite le sommeil...



























