Les lectures de Lili... Et un peu de ma vie aussi...

Ce que j'aime, ceux que j'aime... Un peu de tout, en vrac, et suivant mes humeurs...

01 juillet 2008

Le départ

Tout d'abord, il y avait l'attente. La date avait été fixée après de nombreuses discussions familiales, avait changé plusieurs fois, et puis Papa avait tranché : ce sera le 4 ! Nous comptions les jours avec une impatience accrue, nous ne vivions plus que par anticipation du moment rêvé, attendu par toute la famille comme la finalité d'une année bien remplie, nous étions déjà en pensée là-bas...

Et puis il y avait la préparation. Ressortir les cirés et essayer les "méduses", bien sûr trop petites, compter les paires de bottes, chercher désespérément un pied droit disparu, comme par magie... Vérifier l'état des vélos, retrouver le code secret des cadenas... et finalement, après des heures de cogitation, acheter de nouveaux cadenas (dont les codes seront oubliés également l'année prochaine)...

Et enfin le grand jour. Une répartition des tâches avait été organisée ; les bagages devaient être prêts dans l'entrée, tout avait été noté, nous n'avions rien oublié cette année !

Mais chaque année, il manquait quelque chose : l'un ne retrouvait plus son pull marin, l'autre son appareil photo ("je ne partirai pas sans !"). Papa se battait avec le fixe-toit, et Maman venait de se rendre compte qu'elle avait laissé moisir le contenu du sac isotherme du dernier pique-nique... Nous étions, invariablement, une fois de plus, en retard d'une heure sur l'horaire établi... Le ton montait, ainsi que l'excitation.

Enfin nous nous retrouvions tous dans la voiture : nous faisions un dernier récapitulatif rapide : valises, vélos, chien... tout et tous étaient là !

Ca y était : moment magique : Papa démarrait la voiture ! Nous partions !

Il fallait en général faire demi-tour cinq minutes plus tard, parce que l'un de nous avait oublié quelque chose... il y avait de la tension dans l'air, quelques insultes, et puis nous repartions... pour de bon cette fois-ci.

Il nous restait à parcourir environ 700 kilomètres... Nous allions chanter dans la voiture et jouer à "ni oui-ni non" pour faire passer le temps, nous allions aussi demander sans arrêt "c'est encore loin ?", "quand est-ce qu'on arrive ?", "on est où, là ?"... Nous allions nous arrêter pour le déjeuner dans un coin sympathique, et puis reprendre la route avec des cris de joie, et imperceptiblement nous nous rapprocherions de notre destination... Il y aurait notre dernier jeu : à celui qui aperçoit la mer en premier, et puis le bateau, la mer, le vent... Ca y est, nous y étions, nous étions arrivés, les vacances pouvaient commencer.

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08 juin 2008

Nuit

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Elle n'est pas encore là, mais on la sent qui rode, qui s'approche doucement de nous, et bientôt nous encercle et nous avale tout entier. En un instant, tout est différent. L'atmosphère change, le bruissement des feuilles, le chuintement de l'air, même l'aboiement des chiens dans le lointain résonnent à nos oreilles d'une autre façon. Les bruits prennent comme de la distance, et le paysage, lui, devient plus consistant, plus dense, plus enveloppant. On ne distingue déjà plus grand chose, mais on sent la nature qui nous entoure, et on dirait que les grands arbres se penchent sur nous, que les buissons se rapprochent, qu'ils vont nous attaquer... On a même un peu peur. Oh, on sait bien que c'est idiot, mais on lève les yeux au ciel, cherchant avec avidité si les étoiles brillent déjà, pour ne pas être tout seul, pour se rassurer. On découvre alors la lune qui semble veiller sur nous, et on retrouve soudain son calme, on est tout apaisé. Il faut aller dormir maintenant. Il fera beau demain.

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05 juin 2008

Soumise

Déjà le jour se lève,

Il me faut m'en aller ;

N'était-ce donc qu'un rêve

Ou bien réalité ?

Je me sens un peu triste

De vous quitter ainsi.

Suis-je trop optimiste

D'espérer d'autres nuits ?

Je voudrais vous revoir,

Et ce, sans plus tarder.

Voyez-vous, j'ai espoir

Que l'on puisse s'aimer.

Et si vous voulez bien

Dormir une fois encore

Au chaud contre mon sein

Dans un doux corps à corps,

Si vous avez envie

De partager souvent

Votre temps, votre lit,

Devenez mon amant !

Vous userez de moi

Selon vot' bon plaisir,

Serez mon prince, mon roi,

Et pourrez m'asservir.

Je vous appartiendrais,

Je vous serais soumise ;

Je vous obéirais

Et serais très éprise.

Mais sachez néanmoins

Que je suis exigeante,

Je vous veux comme conjoint

Et non en dilettante.

Je ne suis pas volage

Et j'ai ma dignité :

Il faudra être sage

Et ne pas me tromper.

Je suis une amoureuse

Possessive, passionnée

Rendez-moi donc heureuse,

Je saurai vous aimer !

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01 juin 2008

Il y avait comme une ombre au tableau

Au grand dam de ses parents, Camille fut une adolescente quelque peu difficile. Rien ne les y avait préparé : ni l'enfance calme de la petite fille, ni son caractère alors gai et facile, et surtout pas les principes et les traditions enseignés dès leur plus jeune age aux enfants de leur milieu...

Quand, du haut de ses quinze ans, Camille commença à leur répondre avec insolence, à proférer un "non !" catégorique et péremptoire en réponse à toute question, ou suggestion de leur part, à partir bouder dans sa chambre en claquant la porte, à ne plus travailler en classe, à ne pas respecter les horaires familiaux, ni les tâches ménagères réparties entre chacun... bref, quand elle entra avec fracas dans sa crise d'adolescence, ils ne s'inquiétèrent pas trop. Elle était leur cinquième enfant, et ils en avaient vu d'autre ! Ils sauraient bien faire face et ramener au plus vite leur cadette dans le droit chemin... Malheureusement pour eux, les parents de Camille étaient beaucoup trop confiants en leurs pouvoirs parentaux, et pas assez lucides quant à la personnalité de leur fille...

Celle-ci, au fur et à mesure que les éruptions de boutons s'espaçaient, tandis que les jours où selon son bon vouloir elle daignait s'habiller et se coiffer augmentaient, celle-ci donc, tel un papillon sortant de sa chrysalide, se transformait en une très jolie, quoique pas encore très charmante jeune fille. Il manquait encore pour cela un vocabulaire approprié et quelques bonnes manières, pourtant inculquées dès le plus jeune âge, mais dont le sujet avait oublié les rudiments...

Sa personnalité pourtant, se forgeait, se précisait, et l'enfant volontaire qu'elle était devint une jeune personne impérieuse, autoritaire, voire même parfois tyrannique. Elle décida de n'être pas une femme soumise (comme sa mère), et mena donc son petit monde à la baguette, et surtout les jeunes garçons, voire les hommes moins jeunes qui croisaient son chemin. Son charme était indéniable, et mêlé à son caractère de feu, elle était la reine partout où elle allait : une reine qui commandait, se faisait obéir, ou sinon punissait et bannissait le ou la coupable.

Elle se remplit également la tête de grandes idées, se passionna pour le Portugal (mais pourquoi donc le Portugal ?), voulu s'inscrire au Parti Communiste, devenir mannequin, puis actrice de théâtre, et fut renvoyée de deux écoles pour incitation à la révolte... Elle s'enflamma ensuite pour l'humanitaire, elle qui ne supportait que le luxe dans lequel elle avait évolué depuis son plus jeune âge, et après moultes crises familiales, claqua finalement la porte de la demeure ancestrale (qui n'avait jamais vu ça !) et s'envola vers l'Afrique, où elle passa un an.

Sur cette année, les parents de Camille restent très discrets. Peut-être ne savent-ils pas exactement comment et de quoi vivait leur fille, et plus probablement désirent-ils oublier cette période sombre. Aujourd'hui encore, bien des années après, ils se souviennent de leurs angoisses, de leurs colères, des punitions infligées, et surtout de la candeur et du calme insupportables de leur fille quand ils la sermonnaient... et cela les fait maintenant sourire... Que de stress engendré par les enfants ! Mais ils refusent discrètement de répondre quand on les questionne sur l'année africaine de Camille... Ils ne veulent plus en entendre parler, car, parfois, ils se demandent s'ils ne sont pas coupables, et si tout n'est pas de leur faute... Peut-être ont-ils failli dans leur éducation, peut-être auraient-ils du être plus sévères, ou plus conciliants, ou moins... Peut-être alors ne serait-elle pas partie pour ce continent lointain...

Certes, Camille est mariée maintenant, et mère de deux gentils enfants, et elle ne leur pose plus de problèmes comme autrefois, mais, tout de même, oui, tout de même... Elle aurait bien aimé que la réalité soit un peu moins noire... Quand elle contemple la photo de famille qui trône sur la cheminée du salon, Madame de la Rigolette trouve qu'il y a comme une ombre au tableau, quelque chose qui cloche, qui choque, et qui la chagrine fortement, bien qu'elle s'en défende. Pourtant, tout le monde y est présent, souriant, l'air heureux, ses cinq enfants avec leur conjoint respectif, et tous les petits enfants, quinze cette année, oui tout le monde est là ... et c'est justement ça qui la gène. Bon, oui, elle le concède, elle fait un... comment dit-on cela dans le jargon moderne, elle fait un blocage psychologique... Elle sait que cela n'est pas bien, elle l'a même avoué à confesse, mais elle ne peut pas s'en empêcher... Elle a beau faire semblant devant ses amies, faire la fière, jouer le jeu du modernisme et de l'ouverture d'esprit, elle aurait tout de même bien aimé que sa fille, sa jolie Camille, la dernière née du Comte et de la Comtesse de la Rigolette fasse un plus beau mariage... Son époux est charmant, bien élevé, fils de diplomate, oui certes, mais décidément, elle ne s'y fait pas... Elle frémit rien qu'à l'idée que sa fille porte maintenant le nom de Madame Mamadou M'Doua...

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30 mai 2008

Quand Marc sortit son chien ce soir-là...

Quand Marc sortit son chien ce soir-là, il décida sans raison, sur un coup de tète, de changer d'itinéraire. L'air était frais, mais empli de senteurs nouvelles. Le soleil printanier avait réveillé la nature et les insectes voletaient dans la pénombre, ivres encore de l'effervescence et de la chaleur de la journée.

Donald trottait devant lui, heureux de  cette sortie nocturne. Donald ! Après toutes ces années, un four rire le prenait encore parfois ; affubler un chien d'un nom de canard, c'était d'après son épouse du dernier ridicule, mais le nom s'était imposé à son esprit quand il avait découvert le jeune chien dont le museau tout jaune avait du traîner dans quelque poubelle, l'air penaud et pataud, le regardant avec de grands yeux affectueux. Donald, qui l'avait choisi, lui. Il s'était attaché à l'animal plus qu'il ne l'aurait supposé et l'habitude de cette promenade nocturne, devenu rituel les remplissaient tous deux, l'homme et le chien, d'une allégresse non dissimulée, ce qui faisait rager sa femme.

Perdu dans ses pensées, il continuait de marcher tranquillement, tirant sur sa pipe de temps à autre, quand soudain, un grognement de Donald retint son attention : le chien s'était arrêté, tous poils dressés, et grognait sourdement, mais pas méchamment, non, on aurait dit plutôt qu'il était intrigué. Marc s'approcha du chien, posa sa main sur sa tète pour le calmer et scruta la pénombre face à lui. Ils étaient arrivés près du vieux pont, dont il discernait les parapets.

Son regard fut soudain attiré par une ombre, un mouvement. Le chien également avait flairé quelque chose car il jappa brièvement. C'est alors que marc vit ce qui avait attiré l'attention de Donald, ou que ses yeux comprirent ce qu'ils avaient enregistré. Un homme était à c califourchon sur le parapet du pont et semblait se pencher dangereusement v ers le vide. Un frisson d'effroi parcouru Marc Cet homme allait-il sauter, plonger dans l'eau glacée, se perdre dans les remous vers une mort certaine ? Cela ne pouvait pas être, non, cet homme ne devait pas mourir. Alors Mars s'avança sur le pont, son chien aux pieds, et approcha doucement de l'homme, priant seulement pour que celui-ci ne soute pas sous son nez : il serait alors obligé de lui venir en aide et de plonger à son tour dans la rivière... Non il fallait à tout prix empêcher cet homme de se jeter dans le vide, il devait l'aider. Le chien avait flairé le désespoir et la douleur. il est fascinant de constater comment les animaux sentent mieux que nous, pauvres hommes, les sentiments et les pensées des êtres qui les entourent. Il s'approchait à pas légers de l'homme, toujours à califourchon de dos et lorsqu'il arriva  à ses cotés, lui lécha la main et s'assit à ses pieds.

"Laissez-moi" Il avait parlé. Pour leur dire de partir, certes, mais il avait brisé le silence et en leur adressant la parole, entamé un échange, un dialogue. Il fallait seulement maintenant lui répondre, le faire parler encore, l'écouter. Curieusement, alors que le souvenir de cette soirée reste terriblement vivace dans la mémoire de Marc, il ne peut se remémorer le dialogue qui suivit avec cet homme, ce qu'il lui avait dit ni qu'elles avait ent été ses réponses. Il se souvient seulement que la main de l'homme caressait le chien et que Donald se laissait faire, léchant de temps à autre cette main nouvelle. Ils avaient parlé longtemps. De tout, de rien, de la vie. D'amour de mort , d'enfants de déceptions, de joies. Les mot avaient résonné dans l'aire sombre autour d'eux, s'étaient écoulés comme un fleuve, comme le flot de la rivière dans laquelle cet homme voulait mourir.

Plus tard, très tard, ils étaient partis, tout les trois, les deux hommes et le chien. Ils avaient quitté le point et marché en direction du centre. Et puis ils s'étaient séparé, juste comme cela, simplement, comme deux amis. Au revoir, porte-toi bien. Et Donald avait suivi l'homme qui s'éloignait. Le chien s'était frotté contre lui, comme pour lui dire au revoir et avait suivi cet étranger sans se retourner, le laissant seul sur la route, sa pipi froide à la main, un peu endormi, hagard, pas très sur d'avoir réellement vécu ces heures ou de les avoir rêvées. Il s'en était retourné chez lui, sa femme l'attendait, elle était inquiète, lui fit des remarques sur l'heure tardive, et ne le crut jamais complètement quand il lui raconta toute l'histoire et le départ volontaire du Donald. Elle ne savait pas quoi imaginer d'autre, mais cette aventure était cousue de fil blanc ! mais lui, Marc, savait. Ce chien qui avait un jour débarqué chez lui, qui l'avait choisi, ce chien fidèle affectueux et intelligent l'avait quitté pour donner son amour à un inconnu, qui en avait besoin. Il était triste, il n'avait plus de chien, mais il comprenait. Et il était fier. Grâce à lui et à Donald un homme désespéré avait choisi cette nuit-là de vivre plutôt que d'en finir. La vie avait gagné contre la mort.

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20 mai 2008

La folle journée de Madame Lilette

Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé, ou avec des situations ou lieux connus est purement désirée par l'auteur, qui prend ses responsabilités et tient à ce que tous sachent ce qu'est la vie, la vraie d'une femme des années 2000...

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Afin que nos lecteurs retrouvent rapidement leurs points de repère, nous nous permettons, avant d’entamer le cœur du récit, de vous rappeler quelques détails concernant Madame Lilette :

Madame Lilette est une jeune femme de 41 ans (oups, déjà passé 40, comme le temps passe, et dire qu’elle a l’impression d’avoir toujours 30 ans…), mariée à un homme charmant mais fou de boulot et souvent absent, et mère de trois jeunes enfants, drôles, vifs et intelligents (tout leur mère), mais assez désobéissants, agités et fatigants (leur père…).

Madame Lilette travaille à mi-temps pour échapper aux réunions tupperware organisées par ses copines. Elle occupe également son temps avec du menu bricolage et de la couture (quand elle en a le temps, elle crée elle-même de ses petits doigts agiles de fort jolis sacs, écharpes, accessoires pour enfants, bijoux… qu’elle vend lors de folles journées portes ouvertes avec d’autres amies bricoleuses. Notez bien qu’elle refuse encore pour l’instant de faire du macramé et de la peinture sur soie… ).

Elle fait partie de deux clubs de lecture de copines (2 heures de piapias et ½ heure de discussion sur les livres lus durant le mois écoulé), des gâteaux faits maison, du rosé ou de la bière fraiche, de quoi donner envie à toutes de lire plein de livres, et surtout l'occasion de partager un bon moment entre filles. Elle voudrait remonter un club d’écriture, et cherche des participants.

Elle s’est inscrite à un cours de gym, et essaye d’y aller deux fois par semaine (d’ailleurs, elle est très fière, car ses efforts sont récompensés, elle a déjà des abdos et son postérieur se raffermit à vue d’œil…).

Depuis peu, elle a commencé un bilan de compétences et tente donc d'y voir un peu plus clair dans sa vie professionnelle.

Elle… disons qu’elle est assez active !

Nous ne parlerons pas ici du ménage, repassage, courses, lavage, récurage, devoirs des enfants, consolage, engueulage, rangeage… qui sont bien évidemment le lot de toute mère de famille qui se respecte…

Commençons donc, après ce rappel rapide, le récit de la semaine de Madame Lilette :

Lundi

Le lundi, personne ne sait pourquoi, est toujours difficile (« ça va ? comme un lundi…"). Pas pour Madame Lilette ! Après un week-end souvent éprouvant face à ses 3 monstres (mari au boulot, elle, seule avec les enfants qu’il faut occuper, ballader, voiturer à droite et à gauche, séparer quand ils se battent…), elle se réjouit de pouvoir enfin retourner au bureau, d’être au calme, avec des gens civilisés et polis, de discuter avec des adultes, de parler sans hurler, bref de redevenir autre chose qu’une poissonnière à domicile (sans l’odeur, mais avec la voix qui va avec !).

Ce lundi matin, après avoir houspillé les enfants pour :

-          qu’ils s’habillent tout seuls

-          rangent leur chambre

-          se brossent les dents

-          ne s’arrachent pas les cheveux

-          mettent la table du petit dèj

-          ne renversent pas leur bol

-          ni ne fassent tomber leur tartine de miel (coté miel) sur le sol

-          arrêtent de crier dès le matin, c’est pas une vie des enfants qui passent leur temps à se chamailler

-          mettent leur blouson, non pas celui en coton, il fait froid en ce moment, mets celui-là, non je te dis, mais obéis bon sang, et cela ne sert à rien de pleurer, mets ton blouson ! ton blouson, tu l’as mis ? ton B-L-O-U-S-O-N !

-          mettent leurs chaussures (même cinéma que pour le blouson)

-          n’oublient pas leur cartable / sac de gym (c’est bien le moment de tout ouvrir pour vérifier si on n’a rien oublié…)

-     cessent de donner le cahier de correspondance à signer toujours le matin quand on doit partir

-          arrêtent de se battre

-          ne décrochent pas leur ceinture en voiture

-          se TAISENT…

elle les « jette » enfin à l’école. Mais ce n’est pas fini, elle ne peut pas leur faire juste un baiser tendre (et rapide, déjà 8h26 et je bosse à 8h30, moi, suis en retard tous les matins, vais finir par avoir des problèmes avec mon boss… -il faut préciser que le boss actuel de Madame Lilette est son cher et tendre et bien aimé époux – parfois moins cher et tendre après une journée de travail ;;;-), il faut encore câliner sa fille, faire des bisous au doudou du plus petit, refaire un autre bisou, et puis un autre… et elle peut enfin quitter l’école en courant, pas même le temps de discuter avec les copines…

Bon, c’est pas tout, ça mais j’ai un métier, moi ! La voilà qui slalome entre les voitures, fulmine contre tous ces peignes culs qui n’avancent pas, profite du feu rouge pour mettre son rouge à lèvres, arrive enfin, déjà épuisée par ce début de matinée. Il n’est que 8h45, et il faudra tenir toute la semaine…

Au bureau, Madame Lilette devient tout à coup très professionnelle, elle arrête de jurer comme un charretier, se tient droite, répond par phrases courtes, bien construites et intelligibles, fait ce qu’on attend d’elle et plus encore, en un mot, elle se rend indispensable, discrète et efficace (elle dirait plutôt qu’elle s’éclate, sauf que son boulot n’est plus vraiment ça, mais bon, on ne peut pas tout avoir, un emploi du temps extra souple et un boulot constructif ou l’on est reconnu…).

Enfin, elle bosse. Euh, en fait, pour être honnête, elle passe surtout pas mal de temps à écrire des mails à ses copines, à réviser ses cours d’espagnol, qui n’ont rien de professionnel… à surfer sur internet, et à faire des pauses cafés avec les collègues… mais il lui faut tout de même faire quelques horaires derrière son ordinateur pour justifier ses émoluments…

Elle fait donc tourner ses méninges jusqu’à 16h00, puis file en vitesse à l’école chercher ses enfants, rentre à la maison pour les faire goûter, avant qu’ils ne repartent toujours en vitesse au cours de judo. Là, pur instant de bonheur pendant une heure. Elle est assise sur un banc, certes inconfortable, mais peut à loisir soit se plonger dans son bouquin, soit admirer sa progéniture en train de courir sur le tatamis. Son cœur de mère fait des bons de fierté quand les petits se retournent pour lui faire coucou, et surtout quand le petit lui dit, toutes les 5 minutes : t’as vu Maman z’y arrive bien, t’as vu, hein ? Bien sûr, les siens sont les plus beaux, les plus doués, les plus agiles, les plus fins… dommage qu’ils soient aussi souvent les plus casse-pieds !

Fin de la pause bonheur, retour dans la dure réalité. Rhabillage des 2 enfants en vitesse, au pas de course vers la voiture (comme par hasard, il s’est mis à pleuvoir entre-temps), demi-tour au club, y’en a un qui a oublié son sac, voiture, course-poursuite à travers les rues de la ville pour rentrer à la maison et nourrir tout son petit monde. Cette année, Madame Lilette n’a heureusement plus d’enfant chez la nounou, femme charmante, mais qu’il fallait chouchouter car elle était indispensable au bon fonctionnement de l’organisation Lilettoise (« ah, ce temps, ah la la ça y est, c’est l’automne, hein ! »), elle gagne donc 10 minutes sur l’emploi du temps de l’année dernière, un record !!! Donc, je reprends, arrivée à la maison, bain pour les deux petits pendant que le grand prend sa douche, que les nouilles cuisent et qu’elle met la table en regardant le courrier et écoutant le répondeur. Les deux petits inondent la salle de bain, le grand inonde l’autre salle de bain, les nouilles accrochent au fond de la casserole, il n’y a que des factures ou de la pub (jamais de lettre d’amour, mais pourquoi donc personne ne m’aime ?), et sur le téléphone, 2 raccrochés (crétins).

Elle arrive enfin à mettre les 3 enfants en pyjama, à les faire asseoir à table (nous passerons sous silence le détail des 6 rappels « à table », la menace de punition, la clique à son dernier fils qui a failli renverser la casserole de nouilles, la bagarre pour les assiettes (moi je veux celle de Babar, non c’est moi, non moi ze l’avait avant, non Mamaaaaaaaannnnnn ! y m’a fait mal, y m’a pris mon assiette…). Commence le repas. Un verre de renversé, et d’un, ah non voilà le deuxième qui tombe sur le pyjama de sa fille, hurlements, il faut aller la changer d’urgence pour qu’elle se calme. Pendant ce temps, le grand a mis la moitié du beurrier dans son assiette (papa y dit que c’est bon la cuisine au beurre – Papa, pour rappel à nos amis lecteurs, est restaurateur, donc IL SAIT), le petit a fait tomber son bol sur le sol, sur son pyjama, et s’amuse à faire de la patouille avec les nouilles qui restent collées à la table (sur laquelle il se pourrait bien qu’il y ait également un reste du miel du petit déj…) (très drôle, on sent des prémisses de dons artistiques, genre poterie-modelage, ou bien de la psychologie appliquée (que sentez-vous, que pensez-vous, touillez vos nouilles et étudiez le fond de votre âme…).

Bref, après un, deux, trois hurlements supplémentaires, Madame Lilette parvient, faisant le trajet entre la cuisine et la table, éponge et torchon à la main, une forte envie de boules Quiès, un verre de rosé pour tenir le choc (elle va finir par devenir alcoolique, à force de se requinquer avec le rosé…), à faire finir le repas à ses enfants (peut-on encore appeler cela un repas ? une orgie, une débauche, rien qui ressemble à un repas chez des gens civilisés…). Puis elle envoie les cadets jouer pendant qu’elle s’attelle aux devoirs avec son aîné. Elle essaye de rester calme, se concentre, répète à son fils 50 fois de s’asseoir correctement, lui fait recommencer sa dictée, est obligée de vérifier les résultats des multiplications avec sa calculette (discrètement, elle a honte, on n’efface pas d’un coup 10 ans de scolarité avec 2 ½ de moyenne en maths…), et arrive finalement à ce que les devoirs soient faits à peu près correctement… Mais à quel prix ? Madame Lilette est maintenant épuisée… mais sa journée n’est pas terminée !

Il lui faut maintenant coucher les 3 monstres, quelques cris pour que les chambres soient rangées (ce soir, tout va bien, mais certains jours, on ne peut pas accéder à la fenêtre en traversant la pièce, tellement il y a de bazar sur le tapis…), course à la salle de bain pour se brosser les dents, vérification du brossage, re-innondation et pyjama à nouveau mouillé pour sa fille (non, non elle ne fait même pas exprès…) et au dodo les enfants, un baiser rapide, veilleuse allumée et portes enfin fermées… Contre tout grand principe d’éducation, Madame Lilette ne lit pas d’histoire à ses enfants le soir : elle prétexte qu’il est trop tard et qu’ils seront fatigués le lendemain, mais, entre vous et moi, c’est surtout parce qu’elle en a… ras-le-bol !!!

Sa soirée commence enfin… Elle peut ranger la salle à manger, la cuisine, le salon, grignoter quelque chose en allumant la télévision, l’éteindre aussitôt parce qu’aucun programme ne lui plait, remplir quelques papiers administratifs en souffrance, passer un ou deux coups de fil… et puis, épuisée, elle va se coucher. Elle lit un peu, puis s’endort en rêvant à un monde où les mamans ont des journées de 48 heures, où les frigos se remplissent tout seuls, où les enfants sont bien élevés, calmes et souriants, où les maris rentrent à 18h30 de leur travail… un monde meilleur… et surtout plus… calme !

Mardi

Même course le matin, sauf qu’en plus il ne faut pas faire de bruit, car le mari de Madame Lilette dort (son seul jour de repos de la semaine). Elle doit donc emmener les 3 enfants, voir plus haut, récit de lundi matin.

Pour le déjeuner, Madame Lilette rentre à la maison où son gentil mari lui a préparé une délicieuse salade, c’est leur déjeuner hebdomadaire en tête-à-tête, et ils en profitent pour discuter de tout et rien, des enfants, de leurs boulots respectifs, des dispositions à prendre pour la maison, ils sont contents de se retrouver, et surtout d’être sans les enfants. C’est bon, le silence.

Ensuite, pendant que Monsieur Lilette fait la sieste, parce que lui travaille, tout de même, il a bien besoin de repos, Madame Lilette s’active un peu. Elle range, nettoie, époussette, lave, étend… alors qu’elle rêve d’un bon bouquin, avachie sur le canapé, les pieds sur la table basse (strictement interdit en présence des enfants !)… la vie d’une Lilette est parfois bien dure…

Mercredi

Mercredi, chez Madame Lilette, ce n’est pas raviolis, mais taxi !

-          9h30 : cours de musique de Mlle C – fin de cours à 10h30 – pendant l’intervalle, Intermarché

-          matinée libre qu’on peut éventuellement occuper par surveillage des devoirs, enfournage de machines, nettoyage de maison, cuisinage, jardinage…

-          14h00 : musique de Mister A

-          14h30 : judo de Mister P – fin de musique de Mister A

-          15h00 : danse de Mlle C

-          15h30 : fin du judo

-          16h00 : fin de la danse

-          16h30 : musique de Mister A

-          18h30 : fin de la musique

Madame Lilette est en général sur les rotules, un peu énervée, beaucoup échevelée, quelque peu irritable, pas très femme fatale, amante torride, maîtresse avide, telle que nos hommes nous désirent (enfin, c’est ce qu’on lit dans les magasines, mais moi je veux bien donner une médaille à celle qui y arrive après une journée pareille !).

Des contraintes de temps nous obligent bien malheureusement et malgré nous à abréger le récit pourtant passionnant de la semaine de Madame Lilette. Sachez cependant en vrac et rapidement qu’elle a eu comme activités pendant ces 7 derniers jours :

Ø       RV orthophoniste pour son fils

Ø       Cours gym – baby-sitter en retard

Ø       Mairie pour travaux – passée 2 fois pour comprendre comment remplir le dossier

Ø       Dépôt vente – Madame Lilette ne veut plus d’enfants et revend tous les vêtements

Ø       RV Ostéopathe pour elle – bonheur pendant ¾ d’heures de se laisser aller sous les doigts doux de son ostéo préféré… dommage qu’il soit si moche et peu sexy…

Ø       Dîner chez des copains – 3 appels de la baby-sitter : Mister P malade a vomi partout. Retour à la maison et lavage des couettes, draps et moquette jusqu’à 2h30 du mat

Ø       Réunion d’école – préparation de la fête d’école, comme toujours les mamans présentes sont les femmes actives qui ont au moins 3 ou 4 enfants… Comme disait je ne sais plus quel chanteur pertinent : « où sont les femmes ??????? »

Ø       Rangement, rangement, rangement du bazar ambiant

Ø       Déjeuner avec une copine – enfin un bol d’air

Ø       RV banque pour l’état psychotique des comptes

Voilà donc un récit rapide… Ceci vous aura je l’espère fait sourire, mais je voudrais surtout que par ces lignes vous me pardonniez, cher lecteur, si parfois je ne vous réponds pas de suite… Je suis « un peu » speed en ce moment, comme vous avez pu vous en apercevoir ! Enfin, je suis « un peu » speed un peu tout le temps…

Cependant, Madame Lilette ne refuse pas l’idée, la caresse même, de pouvoir intégrer dans son emploi du temps quelques heures passées devant son ordinateur, à écrire tous les textes qu’elle a dans la tête, quelques autres heures à lire tous les livres qui l’attendent, et on n’en est plus à ça près, quelques heures supplémentaires pour noter tout ça sur son tout nouveau blog, son dernier bébé, son bonheur actuel, bref, toutes activités hautement intellectuelles qui lui permettraient peut-être d’affronter avec encore plus de grandeur d’âme sa pauvre condition de femme…

Mes folles journées ne m’empêchent pas d’avoir une petite pensée pour vous tous qui me lisez…

A bientôt !

Lilette, alias Liliba…

Une question : mon papa que j’aime vient de découvrir mon blog, trouve que j’écris bien, et tout et tout, et me dit « ah ma chérie, il faut absolument que tu écrives plus, tu dois t’y mettre, faire un livre ou un recueil, essayer de publier… »

Cher papa : ok, super, bonne idée, j’en rêve, d’écrire plus et de publier, mais… que dois-je faire de mes enfants, mon mari, ma maison, mon boulot, mes amis, ma vie ???????????

Il est 23h39, le salon est en vrac, chouchou d’amour dort depuis bien longtemps (« ton blog, ton amant »), je suis encore devant mon ordi, et pourrait y rester plus, si ce n’est que demain… c’est mercredi…

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12 mai 2008

A cloche pied dans la mémoire

                   A la terrasse du café

Sur la place de la Mairie

Un vieil homme est attablé

Qui boit du Génépi

Il regarde une petite fille

Qui virevolte dans la rue

Qui danse et qui sautille

Sur ses jolis pieds menus

Elle chante d'une douce voix

Se balance sur ses pieds

Ca lui rappelle autrefois

Pendant les années yé-yé

Il ne pense à rien de précis

Non, il rêve

A la vie sans soucis

Au temps de sa jeunesse trop brève

Il était grand et beau

Les filles le regardaient

Et il était macho

Et ça, elles aimaient !

Lise, Caroline, Elodie

Agathe, Rose, Emmanuelle

Toutes, elles étaient jolies

Et parfois même, belles !

Les prénoms tournent dans sa tête

Les visages lui reviennent

Julie, Charlotte, Huguette

Ah, et puis y'avait Germaine...

Sa mémoire joue à saute-mouton

Avec ses fiancées

Elle saute à cloche-pied

Au souvenir de leurs prénoms

Il se rappelle leurs parfums

La douceur de leurs cheveux

La caresse de leurs mains

Et leurs regards amoureux

Il se souvient et il sourit

Comme la vie était facile

Et maintenant il envie

Cette jeune beauté gracile

Il n'est plus qu'un pauvre vieux

Dont personne ne veut plus

D'ailleurs la fillette n'a d'yeux

Que pour un jeune moustachu !

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10 mai 2008

Pour ma Charlotte

Les jolies Charlotte

sont des p'tites rigolotes

Elles papotent,

Racontent des anecdotes…

Autour de la table, elles trottent,

Elles chantent, elles sifflotent

Mettent leur petite menotte

Devant leurs quenottes

Quand elles mijotent

Un tour qu’elles complotent.

Elles ont plus d’une blague dans leur botte,

Et ne sont pas du tout des sottes,

Quand tendrement elles nous chuchotent

Pour qu’on les dorlotent

Ah, on les aime nos petiotes !

.

P4270068

Et aussi pour la Charlotte de Bel Gazou !

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08 mai 2008

BLANC

Bruits feutrés. Sons étouffés, mats. Voix lointaines, diffuses.

Très lentement, sa conscience remonte à la surface, elle émerge à nouveau de la douceur ouatée dans laquelle elle s'était endormie, laissée couler. Elle revient tout doucement vers le monde extérieur. Des sensations diverses l'assaillent, la vie tente de reprendre ses droits sur son corps, mais pour l'instant seul son esprit est en état de marche.

Elle ne peut voir personne, car ses yeux ne lui obéissent pas, de même que son corps, inerte, qui semble flotter au-dessus d'elle, à l'extérieur, et sur lequel sa volonté n'a pas de prise. Elle ne voit pas mais elle ressent les couleurs, tels des flashes rapides dans son esprit : luminosité forte, clarté un peu agressive. Blanc.

Elle sent également les autres autour d'elle, qui s'agitent à son chevet. Elle perçoit l'angoisse, la peur, l'incompréhension dans les voix, dont certaines sont celles d'êtres aimés : ses parents sont là, sa soeur également ; entre mille, elle reconnaîtrait les intonations, le rythme, le chant de leur voix. D'autres voix, par contre, lui sont inconnues, mais elle identifie le timbre et le ton des professionnels, et elle comprend que tous sont là pour elle, à cause d'elle. Ils parlementent sans hausser le ton, mais les ordres fusent néanmoins fermes et précis. Ils ne savent pas qu'elle est revenue à une sorte de conscience, ils n'ont pas compris que sans les voir, elle peut cependant les entendre, et que les mots parviennent à son esprit, même si elle ne peut saisir le sens des phrases ; elle est si loin, tout est si confus. Quelques mots cependant reviennent souvent, et ceux-là elle les reconnaît : "pourquoi, séquelles, comprendre, grave, coma".

Elle perçoit, en bruit de fond derrière le murmure des voix, un plic ! ploc ! lancinant et régulier. Elle réalise que ce sont les gouttes de sang qui une à une descendent de l'appareil de perfusion pour se mêler à son sang à elle, pour s'insinuer dans ses veines, dans tout son corps.

Elle imagine les petites bulles dans les tuyaux, qui font de jolis dessins, des arabesques entre la poche de liquide et son bras. Rouges, les bulles, rouges comme ses yeux à force de pleurer, rouge comme le tailleur qu'elle portait le jour ou il est parti, rouge comme la passion qui la fuit depuis toujours. Elle ne peut pas bouger, mais elle voudrait arracher les aiguilles pour se libérer de ce sang qu'elle reçoit et dont elle ne veut pas. Ils la rappellent, eux, les autres, les hommes debouts, les vivants, mais elle ne veut pas, elle ne veut pas revenir à leur monde, à leurs promesses, à leurs mensonges. Elle veut partir, fuir, ne plus les voir, tous, oui, même ceux qu'elle aime, elle veut disparaître à jamais, et ne plus avoir à se battre pour survivre.

Se battre ! Encore, toujours, toute la vie, se battre ! Mais elle ne veut plus se battre, elle en a assez de cette guerre constante contre elle-même et contre le monde, à la victoire toujours incertaine, remise en cause. Se battre encore et toujours ! Elle n'en peut plus de se battre, et c'est pour cela qu'elle livre maintenant sa dernière bataille, son ultime combat. Elle affronte la vie, elle se bat non pour la vie, mais contre elle, et elle sait que cette fois-ci elle va gagner la guerre, que la mort sera sa victoire, définitive, sans appel. Sa volonté pour une fois sera plus forte que tout ; elle rassemble ses dernières forces, ses derniers éclairs de conscience pour partir, finir ce qu'elle avait commencé avec cette boite de cachets avalés, en finir une fois pour toute.

Ne plus avoir à prouver à soi-même et aux autres qu'on peut y arriver, qu'on va y arriver. Arriver à quoi ? A quoi bon de toute fa‡on ? Une phrase d'auteur lui revient en mémoire : "le démon de mon coeur se nomme à quoi bon". De qui, la phrase ? A quoi bon le savoir. Maintenant tout est fini, tout est révolu. Trop tard.

Ils lui parlent, lui racontent des histoires, lui remémorent les périodes de sa vie, souvenirs, joies, surprises, amours, pas de peines, surtout, pas de grands chagrins, de désespoir, de vide, seulement de bons sentiments, la vie est belle, allons, il suffit d'y croire ! Mais elle en a soupé de ces belles paroles sur la joie de vivre. En elle ne sont que regrets, déceptions, solitude, amertume. Elle ne veut plus se souvenir, elle veut au contraire tout oublier, ne plus voir, ne plus entendre, ne plus sentir le monde autour d'elle. Qu'on la laisse enfin en paix !

Elle se rassemble en elle-même, elle rentre dans sa coquille, elle redevient foetus, les sensations refluent au tréfond de son être, sa conscience s'éloigne. Elle se sent si légère, si libre. Elle commence à voler, elle s'éloigne des choses et des gens, la lumière faiblit, la chaleur décroît, tout devient gris, uniforme, plat. Bruits diffus de panique soudaine autour d'elle. Au lointain, très loin maintenant, elle perçoit les bips des appareils médicaux qui s'affolent. Tous s'agitent alors qu'elle aspire au calme le plus complet, au vide. Ils courent maintenant en tous sens, elle sent l'air qui se déplace et la tension qui monte dans la petite pièce. Quelle activité, tout ce stress et cette angoisse, alors qu'elle se sent enfin si calme, si sereine ! Ils n'ont rien compris ! Elle est enfin heureuse, libérée. C'est fini, elle s'en va.

Encéphalogramme plat. Silence. Noir.

Alix 15/02/95

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07 mai 2008

Fragilité

"Non !"

Un grand cri déchire l'ambiance feutrée du magasin. Un cri rauque, terrible, presque inhumain, venant du plus profond de l'être, un cri de révolte et d'horreur, de peur, de refus. Les gens se retournent, étonnés, curieux, et il est difficile de croire que ce cri a été poussé par une petite fille. La fillette est figée, les yeux écarquillés, elle serre très fort contre elle sa poupée, et tremble de la tête aux pieds. Elle regarde dans le vide, deux grosses larmes roulent sur ses joues, et elle répète maintenant comme pour elle-même "non, non, non" en dodelinant de la tête. Alors les gens se détournent, car ils ne veulent pas, ne peuvent pas affronter la détresse de ce regard d'enfant. Cette fillette qui une minute auparavant avait l'air si mignonne, si "normale". Ils ne comprennent pas le drame qui se joue sous leurs yeux, ils ne veulent pas non plus se mêler de ce qui ne les regarde pas, haussent les épaules et continuent leurs achats dans l'indifférence. Tout au plus pensent-ils que cette petite fille est bizarre ou qu'elle fait un caprice...

Ils ne remarquent pas le regard lourd du papa d'Emilie, ni ce sourire étrange qui flotte sur ses lèvres, et ne voient pas non plus comment il tient fermement sa petite fille par les épaules, et lui fait mal avec ses mains puissantes comme des serres. Ils ne savent pas que le cri d'Emilie était la réponse directe à la dernière phrase prononcée par son papa, sur le ton joyeux et protecteur de tous les papas pour leur petite fille : "Ma chérie jolie, quand Maman sera à la clinique, nous allons être tous les deux, et c'est toi qui va t'occuper de moi, et remplacer Maman. Tu seras un peu comme ma femme". Ils ne savent pas pourquoi Emilie tremble de terreur à cause de cette phrase anodine. Anodine ?

Emilie, elle, le sait. Et sa poupée aussi. Elles savent toutes les deux, la poupée de plastique et la fillette pétrifiée comme une statue de marbre ce que le papa voulait dire. Et elles ne veulent pas. Jamais, plus jamais.

Emilie regarde sa poupée. Elle pleure maintenant à gros sanglots, pendant que son père la pousse en avant vers la sortie du magasin. Elle ne veut pas rentrer, mais ne résiste pas, elle sait qu'elle n'est qu'une petite fille faible, fragile , si fragile, et qu'elle ne pourra pas s'opposer à son papa. Alors elle avance et elle serre sa poupée contre elle à la casser, à l'étouffer. Elle voudrait elle aussi étouffer et ne plus vivre, mourir, disparaître, car elle sent bien du haut de ses 8 ans qu'il n'est pas possible de revenir en arrière, qu'il est impossible d'oublier, et que jamais elle ne sera à nouveau comme avant. Avant que son papa ne commence à jouer à ces choses bizarres avec elle, avant qu'elle ne comprenne que c'était elle le jouet, et que ce jeu n'est pas normal entre un papa et sa petite fille. Elle regarde sa poupée, sa seule amie, sa seule confidente, le seul témoin des jeux de son papa. Elle ne veut plus, non ne veut plus que cela recommence.


Elle pressent dans son âme d'enfant avec un réalisme atroce qu'elle est au bord de la folie, qu'elle n'en n'est séparée que par un fil ténu, par le regard de sa poupée qui a tout vu, et tout compris. Elle ne sait pas où est la limite de ce qu'un être peut endurer, ce qu'est la fragilité d'une âme meurtrie. Elle ne sait pas encore ce qu'est le poids du destin, qu'elle ne s'en remettra pas, que sa vie toute ent