Et la colère monta dans un ciel rouge et noir-Hafid Aggoune-Liliba

 

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Le foot et moi, on n’est pas copains. Non pas que j’aie quelque chose à reprocher directement à ce jeu de ballon, mais c’est l’environnement footeux qui m’indispose, les supporters hystériques, la violence que cela draine, les excès, les débordements, le déchainement médiatique et surtout ce monde biaisé où l’argent n’a plus la même valeur que pour nous, pauvres mortels, qui n’arriverons pas à gagner en une vie ce que les footballeurs de haut niveau gagnent en un an…

Ajoutons à cela la coupe du monde qui se déroule actuellement au Brésil, un pays qui a investi des millions pour accueillir joueurs et public, mais qui semble avoir oublié les priorités de sa population… 

Bref, bien que je ne veuille en aucun cas suivre la coupe du monde de foot, j’ai été attirée par ce petit roman paru chez Storylab, qui est l’histoire d’un homme des favelas qui a réussi à plus ou moins s’en sortir en travaillant d’arrache-pied et en mettant sa passion du football au second plan pour se consacrer à ses études et ensuite à ses élèves puisqu’il est devenu professeur, ainsi qu’auteur reconnu.

Cet homme pourtant va basculer. Sa femme a été tuée par une balle perdue et son fils git à l’hôpital entre la vie et la mort, ayant reçu lui aussi une balle en plein dos tirée par un militaire qui « nettoyait » le quartier… Si jamais il s’en sort, l’enfant restera handicapé à vie.

Alors Henrique Da Silva veut marquer les esprits. Non pas se venger en tuant à son tour, mais faire un coup d’éclat pour que les gens prennent conscience, se révoltent, bougent au moins et cessent de subir les lubies et interdictions du pouvoir, la violence quotidienne… « Le Professeur » veut montrer sa colère à tous, mais il sera vite débordé, car son action va être récupérée par d’autres qui n’ont pas les mêmes buts pacifiques.

Ce court roman est assez poignant et les dernières pages, même si elles ne respirent pas vraiment l’espoir, sont très belles. On voudrait voir le peuple brésilien se rebeller face au pouvoir, contre les injustices, sans trop y croire pourtant, il suffit malheureusement de voir comment ont été traitées les populations qu’on a fait évacuer des points stratégiques et ce qu’il a été fait des mécontents qui ont osé braver le système…

À lire pour voir l’actualité footballistique sous un autre jour… ainsi que cet article sur la violence dans les favelas brésiliennes.

 

  

« Le Professeur se sentait impuissant face aux bulldozers et aux hélicoptères de l'armée. Tout cet argent des sponsors, des droits TV, des contrats immobiliers, amassés, brassés, circulant en si peu de temps pour un mois de compétition, tandis que des générations de Brésiliens crevaient de faim, ne pouvaient ni se loger ni se soigner, et voyaient tomber leurs enfants dans les enfers quotidiens et banalisés du deal, de la prostitution et des pires dérives humaines, sexe, pornographie, trafics d'organes et autres atrocités innommables {...}
Les médias avaient oublié les ouvriers morts dans les constructions accélérées des différents chantiers en retard et le monde détournait les yeux devant la détresse de quartiers écrasés par l'armée, nettoyés sans ménagement, repoussant la violence et les trafics plus loin, stratégiquement délocalisés pour que la fête puisse commencer. »

 

Favela de Moinho, San Paulo

Favela de Moinho, San Paulo

Pour lire le 1er chapitre et une interview de l'auteur.

Lu également par Blablamia et Alex .

Plusieurs articles intéressant ssur le sujet : Nouvel Obs - Figaro - Libre expression - RFI

 

Inégalités: Condos de luxe et piscines privées avec vue sur favela à São Paulo au Brésil.

 

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