Où j'ai laissé mon âme - Jérôme Ferrary Lectures de Liliba

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Les lecteurs et lectrices de livre audio (comment les appelle-t-on, d’ailleurs ? des auditeurs ?) en conviendront sans doute avec moi, il est plus compliqué de pondre une chronique sur un roman écouté que lu. D’une part parce que l’attention et la mémoire ne se fixent pas de la même manière (les fameuses mémoires visuelles ou auditives suivant les personnes), et ensuite parce qu’on ne prend pas de notes, et qu'on ne peut pas truffer le livre de post-it ou d’annotations… Et bien sûr, on ne peut pas le feuilleter pour se remémorer des passages…

C’est pourquoi je vais vous en parler brièvement. Et pourtant, ce roman magnifique aurait mérité un billet fouillé qui en étudie toutes les facettes !

Nous sommes à Alger en 1957 et le capitaine Degorce retrouve le Lieutenant Andreani qu’il connait depuis de longues années puisqu’ils ont combattu ensemble et été ensuite détenus en Indochine. Mais le sort les a fait changer de position et ils sont devenus bourreaux : à eux de trouver des coupables, de les interroger et les torturer. Cependant Degorce ne peut plus supporter cette violence au quotidien qui semble sans fin et surtout vaine et en arrive à se réfugier auprès d’un nouveau prisonnier, le commandant Tahar de l’ALN. Le lecteur entre de plain-pied dans la guerre d’Algérie et en découvre les horreurs : règlements de compte, attentats, meurtres, tortures… 

Où est le bien et où est le mal ? Qui a tort et qui a raison ? Qui est le gentil et qui est le méchant ? Des questions que l’on peut bien sûr se poser pour chaque guerre, et plus encore pour les guerres fratricides.

Faut-il obéir aveuglément aux ordres pour être un bon soldat ? Tuer et torturer sans se poser de questions ? L’humanité a-t-elle le droit d’interférer dans la guerre ? Et, bien sûr, la question principale que pose ce roman, le soldat va-t-il y laisser son âme ? Quelle est la limite du suportable, de l'humain ? Pour le Lieutenant Andreani, membre de l'OAS,  pas de problème : il suit les ordres sans états d'âme, ne se pose pas de questions, reste dans l’action. Mais il en est tout autrement pour le capitaine Degorce qui est complètement rongé par la culpabilité et n’arrive plus à « gérer » ses fonctions. Pendant tout le roman, Andreani s’adresse à Degorce en un long monologue où le « mon capitaine » revient comme un leitmotiv, témoin des liens qui les unissent, mais aussi de ce qui les sépare désormais. 

Voilà un texte magistral d’une beauté incroyable, extrêmement bien servi par la voix et la diction de Pierre-François Garel, acteur et lecteur vraiment talentueux. Certes, ce n’est pas très gai, mais d’une beauté à couper le souffle, d’une force assez époustouflante, et qui reprend une phase de l’histoire qui a traumatisé plus d’une âme.

Ce livre audio est paru aux Editions Thélème et vous pouvez sur leur page écouter un extrait avec la sublime voix de Pierre-François Garel.

Ecouté par Enna et Val.

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