Une faiblesse de Carlotta Delmont - Fanny Chiarello Lectures de Liliba

 

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Carlotta Delmont est cantatrice, une sorte de Callas, adulée par les fans de musique classique, et même par un public plus profane. Nous sommes en avril 1927 et à 30 ans à peine, la jeune femme vient de remporter un nouveau triomphe dans le rôle de Norma sur la scène parisienne du Palais Garnier. Après le concert, elle se repose dans sa suite du Ritz, et… disparait.

Son impresario Gabriel, qui est aussi l’homme avec lequel elle vit, sa gouvernante Ida et son partenaire de scène Anselmo la défendent, mais s’inquiètent en secret et bientôt la police et tout le monde se met à sa recherche, mais malgré les moyens mis en oeuvre, elle reste invisible. Impossible de savoir si la cantatrice a tout simplement fugué, ou bien si elle a eu un accident, s’est suicidée ou a été enlevée… mais aucune rançon n’est demandée et on ne trouve aucune trace d’elle. La presse en fait ses choux gras, et plus encore lorsqu’elle réapparait soudainement au bout de deux semaines. Mais où était-elle ? Que s’est-il passé ? Que cache-t-elle ? Est-ce un canular monté par le théâtre pour faire monter encore sa notoriété ? Ou bien la sensibilité exacerbée de cette artiste américaine lui a-t-elle fait franchir des frontières non marquées, mais bien existantes dans l’esprit des gens, entre ce qui se fait, ce qui est convenable, et ce qui est inacceptable ? Nous sommes au début du siècle, rappelez-vous…

Voilà ce qui arrive parfois aux personnages célèbres : tout le monde les épie, les surveille et bientôt leur image, leur vie même ne leur appartient plus. Carlotta ne veut pas s’expliquer sur sa disparition, mais de ce fait change le regard qui était porté sur elle. D’ailleurs, quand elle réapparait, la jeune femme s’est fait couper les cheveux (un geste extrêmement moderne à l’époque), elle ne dit pas un mot sur son aventure, ce qui est presque pris comme du mépris par tous ceux qui l’entourent et qui se sont inquiétés, aussi bien que par le public. Ses proches eux se sentent trahis, notamment Anselmo qui est son amant et qui a été soupçonné par la police et son compagnon qui veut faire croire qu'elle n'a plus vraiment toute sa tête. Seule Ida lui reste fidèle.

Ce roman est découpé en cinq parties très différentes les unes des autres. Au début du roman, l’auteur compile des lettres d’amants de la chanteuse, puis des articles de presse relatant sa disparition mystérieuse, des extraits de télégrammes, des titres de journaux. C’est une vraie intrigue qui se monte et le lecteur est accroché et n’a qu’une envie, comme le grand public, en savoir enfin plus sur cette femme.

On en apprendra plus ensuite en abordant la partie réservée au journal intime de Carlotta, dans lequel elle livre son coeur, ses doutes, ses peurs. Le dénouement quant à lui est raconté sous une forme théâtrale, mais c’est un dénouement en demi-teinte, qui laisse non pas sur sa faim, mais permet au lecteur d'imaginer d’autres pistes. Carlotta est-elle au final un personnage de fiction ou une femme réelle ? Ce sera à chacun d’apprécier selon sa sensibilité…

Ce roman est délicat, très subtil, extrêmement bien écrit et très original par sa construction. Il évoque bien évidemment la position des femmes de l’époque, leur liberté (ou non-liberté) par rapport à la société menée par les hommes. On comprend vite que les deux semaines de liberté secrète que s’est octroyée cette femme pèseront à présent sur toute sa vie, comme si elle avait une dette à rembourser pour avoir osé disparaître ainsi. Une très belle histoire !

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