Les 10 enfants que madame Ming n'a jamais eus EE Schmitt Lectures de Liliba

Madame Ming est dame pipi dans un grand hôtel d’une ville nouvelle de Chine. Madame Ming est bavarde et aime par-dessus tout parler de ses enfants. Plusieurs enfants en Chine, malgré la politique de l’enfant unique ? Impossible ! Et pourtant, cette bientôt vieille femme se fait un plaisir de raconter au narrateur, homme d’affaires venant régulièrement dans cet hôtel pour y signer de juteux contrats, le détail de la vie de chacun de ses 10 enfants. Dix !

Bien sûr, au départ, impossible de croire cette pauvre femme et son interlocuteur est persuadé qu’elle fabule, qu’elle rêve, et que peut-être même elle est complètement mythomane. Mais elle a l’air si sûre d’elle, elle en parle avec une telle verve, de ses 10 enfants, que le doute finalement s’installe. Et s’ils existaient vraiment, les enfants de madame Ming ?

Deux choix s’offrent à vous : vous pouvez vous laisser porter par cette histoire plutôt mignonne et courte, sourire aux descriptions de madame Ming et aux caractères bien trempés de ses dix enfants, pour lesquels elle a de multiples anecdotes à raconter. Vous pouvez vous bercer des maximes de Confucius et les appliquer dans votre quotidien (pour ma part, « Choisissez un travail qui vous passionne et vous n'aurez pas travaillé un seul jour de votre vie » me convient très bien !) et vous dire que les dames pipi chinoises sont bien liantes et sympathiques, et les hommes d’affaires très ouverts et causants avec le petit personnel. Vous pourrez aussi vous réjouir de la fin de cette histoire, puisque l’auteur applique pour lui-même les belles maximes entendues. Vous vous étonnerez bien un peu que madame Ming soit si cultivée pour une dame pipi et parsème ses phrases de maximes de Confucius, mais vous vous rappellerez que c’est sans doute pour que ce récit puisse se rattacher au Cycle de l’Invisible qui tente d’évoquer l’influence des religions sur notre quotidien (ce roman en est le 6e récit). Vous pourrez trouver également très beau cette façon qu’à madame Ming de mettre en valeur une qualité chez chacun de ses enfants, et d’accepter leurs différences et même parfois leurs antagonismes, avec un amour égal pour chacun.

Vous pouvez aussi, si vous avez l’œil un peu plus critique, la dent un peu plus dure et mon mauvais caractère de râleuse jamais satisfaite, trouver cette histoire mignonne, mais un peu niaise, cette dame pipi pas qui cite Confucius à tout bout de champ pas crédible du tout, de même que l’homme d’affaires. Que les enfants de Chine ont rarement l’occasion de faire de grandes études comme ceux de madame Ming, de voyager, et de se cultiver. Vous dire que les belles maximes, c’est bien joli, mais ça sonne un peu creux, ou réaliser en fermant le livre que vous vous attendiez tout à fait à la fin qui ne vous a pas surpris une minute, et que ce petit roman est bien petit, et qu’en plus le narrateur est du genre lâche qui ne prend pas tout seul ses décisions, ce qu’ici on n’aime pas du tout, du tout… Et puis vous direz que non, ce joli monde de bisounours, tout beau tout rose n’est pas fait pour vous.

Bref, c’est selon.

Le site de EE Schmitt.

« La question me semble celle-ci : pourquoi les hommes ne supportent-ils pas la vérité ? Premièrement parce que la vérité les déçoit. Deuxièmement, parce que la vérité manque souvent d'intérêt. Troisièmemement, parce que la vérité n'a guère l'allure du vrai - la plupart des faussetés sont mieux troussées. Quatrièmement, parce que la vérité blesse. Je ne veux pas que tu mènes la guerre en croyant propager la paix. - Maman, que faire ? Mentir ? - Non, te taire. Le silence est un ami qui ne trahit jamais. »

« La vérité, c'est juste le mensonge qui nous plaît le plus, non ? »

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