La cote 400 Sophie Divry Lectures de Liliba

« … une énorme erreur, c’est d’avoir déplacé les langues de la classe 400 à la classe 800. Et qu’a-t-on mis à leur place ? Qu’a-t-on mis ? Rien. Ce qui fait que la classe 400, en ce moment, est inoccupée, vide. Vous êtes d’accord, c’est une ineptie. Moi, cela me donne le vertige, cette cote vacante. »

Ce roman est un long monologue d’une bibliothécaire plus toute jeune à un homme qu’elle retrouve dans le sous-sol de sa librairie, où il a passé la nuit, s’étant fait enfermer par mégarde. Elle aime son métier et va lui en parler avec verve et passion, abordant les points positifs mais aussi l’envers du décor, ce que l’on ne sait pas quand on ne connaît pas les dessous d’une bibliothèque et son organisation.

Ce texte est passionnant, et tout à la fois drôle, car cette personne est souvent contradictoire et reprend quelques pages plus loin une argumentation qu’elle venait de développer, en sens totalement inverse. C’est le coup du verre à moitié plein et à moitié vide, et comme de nombreux aspects de la vie, nous nous rendons compte que c’est surtout notre perception des choses qui compte et que notre avis est donc totalement subjectif.

Etre bibliothécaire n’a rien de valorisant, je vous le dis : c’est proche de la condition d’ouvrier. Moi, je suis une taylorisée de la culture.

Travailler dans une bibliothèque : le bonheur ! Pas tant que ça pourtant, parce que cette femme aurait aimé être prof et a raté son examen. Et puis parce qu’elle se retrouve au sous-sol du bâtiment, reléguée en 910, un rayon pas vraiment excitant (la géographie), ou tout du moins peu fréquenté par le public de la bibliothèque, sauf un certain Martin qui vient y travailler régulièrement et sur lequel elle focalise nombre de ses fantasmes.

Elle exprime ses doutes sur l’ouverture des bibliothèques aux nouveaux médias : dévédés et musique n’ont pour elle pas de place au milieu des livres. Elle râle sur la rentrée littéraire, sur ceux qui veulent à tout prix faire lire des classiques, sur le classement parfois vraiment bizarre et pas pratique du tout pour s’y repérer, sur un peu tout, en fait ! Et on sent dès le départ le gouffre entre le rayon littérature et son rayon à elle, délaissé… et la jalousie qui pointe quand elle parle des « duchesses » du haut, celles que le public aborde pour demander des conseils et qui se permettent de donner leur avis. Cette femme qui parait au départ plutôt antipathique (caricature du vieux rat de bibliothèque, sèche et revêche) devient donc au fil du temps vraiment attachante du fait de ses contradictions. 

« Quand je vois à la rentrée tous ces livres niaiseux qui envahissent les librairies alors qu'ils ne sont, quelques mois plus tard, plus bon qu'à se vendre au kilo.[...] Le pire ce sont les livres-express, les livres d'actualité : sitôt commandés, sitôt écrits, sitôt imprimés, sitôt télévisés, sitôt achetés, sitôt retirés, sitôt pilonnés. Les éditeurs devraient inscrire à côté du prix la date de péremption, puisque, ce sont des produits de consommation. »

Ce petit roman est un cri d’amour aux lecteurs qui fréquentent les bibliothèques, mais surtout à ceux dont le métier est de nous faire découvrir, à nous les curieux et dévoreurs de mots, de nouvelles pépites, des lectures qui nous combleront. Il est bourré d’humour et se lit comme de rien. Mon seul bémol : l’absence de paragraphes. Certes, cela correspond bien à cette femme qui raconte sans s’arrêter sa vie, son métier et tout ce qu’elle a sur le cœur, mais le lecteur a l’impression parfois d’être essoufflé, et surtout c’est très casse-pied quand on doit s’arrêter !

Merci Cynthia pour le prêt ! De nombreux lecteurs à retrouver sur Babelio.