Le sel Jean Baptiste Del Amo Lectures de Liliba

J’ai découvert Jean-Baptiste Del Amo avec Une éducation libertine, un roman dont j’avais adoré autant l’écriture que le sujet, aussi ais-je tenu absolument à lire Le sel.

Ce roman est cependant bien différent du premier, à tous les points. Nous sommes ici dans une sorte de huis-clos familial, dont l’atmosphère s’alourdit au fil des pages, un huis-clos qui ne durera qu’une journée, mais qu’elle est longue ! Le père est mort il y a déjà plusieurs années, mais sa figure, son caractère hantent encore chacun des membres de la famille. Ce soir, les deux frères et la sœur doivent se retrouver avec leurs conjoints respectifs et les enfants pour dîner chez leur mère. Le roman nous présente chacun d’eux, dans l’attente de ce dîner. Tous plongent en eux-mêmes, dans leurs souvenirs, retournent dans l’enfance, cherchent les jours heureux, et retrouvent, toujours et encore ce père qui semble peser si lourd sur leur vie actuelle, même s’il n’est plus.

Tous sont tourmentés, bons à s’allonger sur le divan d’un psy, angoissés, incapables de communiquer à leurs proches leurs sentiments, incapables de stopper les non-dits, de faire face à la réalité et au passé… On parle bien ici, sous les mots, de maltraitance psychologique. Ou comment l’attitude des parents peut détruire une fratrie, et toute une famille.

Louise, la mère, a parfois l’impression que sa vie n’est qu’un échec : mariage raté, enfants mal dans leur peau… mais il lui reste cependant quelques bribes de souvenirs heureux auxquels elle s’accroche, tout en se berçant d’illusion sur le fait d’avoir fait ce qu’elle devait et comme elle le devait. Elle est néanmoins consciente qu’elle aurait dû protéger ses enfants de son mari, de sa violence, qu’elle aurait dû plus souvent s’interposer entre eux pour les protéger.

Fanny est en dépression chronique depuis la mort de sa fille, et est persuadée de ne pas avoir été aimée par sa mère, avec laquelle les relations restent difficiles. Jonas, le petit dernier, chouchou de sa mère et honte de son père quand il était enfant, assume son homosexualité depuis peu, mais reste cependant fragile. Albin, le fils ainé, que le père prit sous son aile pour en faire un marin, comme lui, pour le modeler selon son exemple, reproduit la rigidité de son père et ne laisse en aucun cas les sentiments prendre le dessus sur la morale qu’il s’impose (et impose aux autres).

Il faut dire que le père lui-même a eu une enfance pas évidente, obligé de fuir l’Italie par les montagnes, de se battre pour survivre, puis pour nourrir sa famille, et qu’il fut également lui aussi dominé par son propre père. Reproduction de schémas destructeurs assez typique des familles à problèmes…

Bref, ce n’est pas la joie, par ici… Et c’est d’ailleurs sans joie que j’ai lu ce roman. J’ai pourtant trouvé intéressant au début les descriptions des différents personnages, la plongée dans leur passé, dans les images du souvenir, puis j’ai trouvé ça lassant, et plombant. Des familles comme celles-ci, bien sûr que ça existe, et que c’est révoltant, mais ces gens ne m’ont pas émue, trop occupés qu’ils sont à se regarder le nombril, absolument pas ouverts aux autres, repliés sur leur malheur. Hop, tous chez le psy, et ça ira mieux, je vous le dis, moi !

Dommage également que l’auteur s’essaye à expliquer les raisons du mal être de chacun des membres de cette famille dans la dernière partie du roman. J’aurais préféré rester sur ce constat d’échec, avec juste les descriptions des uns et des autres, le retour sur certaines scènes, sans qu’on m’explique noir sur blanc le pourquoi du comment. Je crois que le roman en aurait été plus puissant (et moins long, également…).

J’ai de plus été extrêmement déçue par l’écriture de l’auteur. Autant j’avais été subjuguée dans son premier roman par son style, foisonnant, riche, si vivant, autant je l’ai trouvé ici ampoulé et peu naturel. On dirait qu’il a cherché dans le dictionnaire les mots ou les tournures de phrases « pour faire bien » ou cultivé. Ça ne sonne pas naturel, mais guindé, travaillé à outrance, et donc bien sûr, du coup les sentiments ne peuvent pas remonter à la surface. Certaines phrases sont complètement alambiquées et tordues, d’autres sont faites pour rire avec des allitérations dignes de Racine ! A coté de ça, l’auteur frôle parfois le vulgaire avec des mots grossiers, on est un peu perdu…

Bref, pour terminer par un jeu de mot facile, une lecture sans sel pour moi...

 

 

" Comme Louise finissait de border le lit, l’inquiétude la saisit à la gorge. Armand s’était imposé entre les enfants et elle. Bien qu’il fût aujourd’hui disparu, il était entre eux l’obstacle incontournable. Il lui était pourtant impensable de circonscrire son époux à ce rôle auquel Jonas, par exemple, condamnait le souvenir de son père. Armand était un être singulier, Louise n’avait pas la prétention de l’avoir connu. Ils avaient vécu l’un près de l’autre, ne partageant en réalité que de courts instants, des éclats fugaces qui les réunissaient. Dès lors, comment pouvait-elle prétendre savoir qui était Armand ? Louise voulait croire que l’image la plus approchante de l’homme qu’il fut était au confluent de leurs souvenirs à tous, des siens et de ceux des enfant, mais peut-être Armand leur échappait-il encore."

 

Un roman lu par Laurent, Voyelle et consonne, Stéphanie... et des avis très différents trouvés sur le net !

Challenge Petit Bac 2012