Gen d'Hiroshima Keiji Nakazawa Lectures de Liliba

C’est la guerre. Gen Nakaoka et sa famille survivent tant bien que mal. La faim les tenaille, et la peur les entoure chaque jour et chaque nuit. Le père n’arrive plus à vendre les sandales qu’il fabrique, la mère, enceinte, est fatiguée. Et surtout, les voisins, les professeurs, les camarades de travail, tous se liguent contre eux parce que le père de Gen ose dire tout haut ce qu’il pense de la guerre, clame son pacifisme et sa répugnance de ce monde violent et stupide, et de l’endoctrinement anti-américain qu’ils subissent de la part des autorités, brutales et bornées, qui mettent en avant la fierté et l’honneur du peuple japonais, à savoir : mourir pour l’empereur.

 

Les persécutions contre les membres de la famille de Gen s’accentuent. Le frère ainé s’engage pour redorer l’honneur de la famille et ne plus se faire traiter de lâche, sa sœur doit ravaler sa honte de se faire traiter de voleuse juste par vengeance, son petit frère crève de faim et tous se battent pour une pauvre patate crue ou un grain de riz. Cette guerre pourtant semble être sur le point d’agoniser, même si les bombardements des villes voisines s’intensifient, épargnant par miracle l’endroit où ils se trouvent.

 

Un matin, c’est au dessus de la ville de Gen qu’une bombe est lâchée. Nous sommes le 6 août 1945, à Hiroshima.

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J’ai donc découvert, moi qui ne lis jamais de BD « moderne » et encore moins de mangas, ce fameux Gen dont mon amie Emilie avait tant parlé… J’avoue que j’ai détesté cet album du début à la fin, et que rien n’a eu grâce à mes yeux…

J’ai absolument horreur de ces dessins – tout d’abord de ce noir et blanc peu esthétique, des traits grossiers, des visages des personnages aux yeux exorbités, à la bouche toujours hurlante, béante, dont on voit la glotte… J’ai détesté ces hommes et femmes, enfants comme adultes qui passent leur temps à hurler, crier, ou pleurer, comme le petit frère de Gen, un sale gosse qui braille sans discontinuer et qu’on a envie de gifler au bout de deux pages. J’ai détesté les grosses larmes qui barbouillent les visages (et n’arrangent pas la qualité des dessins), bref je suis totalement hermétique à l’art de la BD nipponne.

Et surtout j’ai trouvé la violence insupportable. Pas tant celle des scènes finales (pourtant assez atroces), mais la violence constante au sein de la famille de Gen et entre tous les protagonistes de l’histoire : bagarres des enfants, coups des parents et notamment du père qui, s’il prône le pacifisme vis-à-vis des autorités fait montre d’une violence assez hallucinante face à ses enfants. La mère aussi d’ailleurs, a la baffe facile (le père, ce sont des coups de poing). Violence des autorités qui font passer leur message en tabassant. Violence des professeurs vis-à-vis des élèves. Violence des enfants dans la rue, des voisins, et même violence de la part de Gen et son frère qui attaquent un voisin et lui mangent les doigts (oui, vous avez bien lu, ils ne le mordent pas, ils le mangent…).

J’ai lu dans l’introduction que les baffes et coups que le père colle à ses enfants sont là des « marques d’affection » (eh oui ! il n’y a pas à dire, nous n’avons pas la même culture)… Bien sûr, face à l’horreur que la bombe va engendrer, cette violence quotidienne est somme toute dérisoire… Mais je suis sans doute trop sensible, et à coup sûr pas du tout au fait de la bande dessinée japonaise, j’ai eu du mal à m’y faire. Je sais que les artistes de ce pays aiment revenir sur leur passé et montrer : peindre, écrire ou sculpter sur ce que leurs parents et grands-parents ont vécu, sur l’innommable, l’indicible, le pire qu’on puisse imaginer, et qui est même pire que cela, mais honnêtement, je n’en vois pas l’intérêt.

Certaines scènes du quotidien sont d’une violence inouïe, et seul Gen semble sortir du lot et ne jamais être « mauvais »… Brave petit gars qui aide tout le monde sans jamais se venger des méchants et tente d’atténuer la souffrance de ceux qu’il aime… sauf que plusieurs scènes familiales m’ont semblé totalement gnangnan et à l’eau de rose, alors qu’à la page précédente tout n’était que pleurs et cris.

Je sais que dans les tomes suivant, Gen va devoir se débrouiller (à la fin de cet album, il abandonne son père, sa sœur et son frère, coincés sous la maison écroulée, entourée par les flammes, pour pouvoir sauver sa mère). Il va errer dans un monde de mourants, de zombies défigurés, dégoulinants, brûles ou handicapés, touchés à jamais par les radiations. Il va découvrir les dessous de son pays, et bien sûr pas les plus beaux cotés, et il incarne le Japon survivant malgré la défaite. Et comme dans toutes les situations extrêmes, l’âme des hommes se dévoile et l’on découvre les mauvais penchants, qui ont tendance à ressortir plus vite que les qualités…

J’ai fait quelques recherches sur ce Gen, qui semble être un phénomène, et appris que cette bande dessinée était censée montrer l’espérance du peuple japonais malgré ce qu’ils ont vécu, mais pour l’instant, je ne vois pas d’espérance… et s’il faut que je lise les 10 tomes, cela risque de me sembler long, mais peut-être le ferais-je, juste par curiosité. Il y a bien le message d’espoir du père : « sois comme le blé, il repousse et il est fort même si il se fait piétiner », et je pense que cela sera la devise du jeune garçon tout au long de ses aventures, mais j’aimerais me dire qu’à cette série, il y a une morale, un but pédagogique, une raison, autre que celle de montrer (une fois de plus) l’horreur qu’on vécue ces pauvres gens.

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Biographie de l'auteur

Keiji Nakazawa est un mangaka né à Hiroshima en 1939. Quatrième d'une famille de six enfants, il perd son père, sa sœur et son frère cadet, lors du bombardement atomique le 6 août 1945. À 22 ans, il monte à Tokyo où il débute une carrière de dessinateur professionnel. On remarque ses premières apparitions dans le mensuel « Shônen Gaho » à partir de 1963. Ce n'est qu'en 1968 qu'il exprime pour la première fois ses souvenirs de la tragédie d'Hiroshima avec " Kuroi ame ni utarete ", (Sous la pluie noire) dont il sortira une nouvelle version deux ans plus tard sous le titre de « Aru hi totsuzen » (Soudain un jour). Avec « Ore wa mita » (Je l'ai vu) paru en 1972, il livre un court récit de sa propre expérience pendant et après La Bombe. Néanmoins, ce n'est que l'année suivante qu'il débute « Hadashi no Gen », (Gen aux pieds nus), une longue série quasi-autobiographique, publiée dans l'hebdomadaire « Shûkan Shônen Jump ».

Traduit dans plusieurs langues dont l'anglais, l'allemand, l'indonésien et adapté notamment au théâtre, ou encore en film d'animation, ce manga demeure jusqu'à aujourd'hui son œuvre la plus marquante.

 

 

Lu par Emmyne et Angua

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Challenge Petit Bac 2012

Catégorie géographie