L_arm_e_furieuse_Fred_Vargas_Lectures_de_Liliba0_coeur0_coeur0_coeur

 

 

Dans ce nouveau roman de Fred Vargas, ils sont presque tous là et on a l’impression de retrouver des membres de la famille… Cette association disparate de flics de la Brigade Criminelle du 13ème arrondissement est bien peu traditionnelle et parait toujours aussi étrange et improbable dans chaque nouveau roman de l’auteur, aussi bien que magique. Au fil des pages, on croise également ceux qui touchent de près ou de loin la vie du commissaire Adamsberg, amis ou famille, ou même les malfrats avec lesquels il a sympathisé… (car oui, c’est un commissaire qui sympathise aussi bien avec ses pairs qu’avec les bandits qu’il respecte).

 

Tel qu’habituellement, Adrien Danglard seconde presque aveuglément son supérieur, même s’il continue à être souvent déstabilisé, voir cette fois-ci totalement furax des initiatives peu orthodoxes et encore moins prudentes du commissaire. Sa culture encyclopédique et son esprit rationnel et méthodique s’opposent totalement à l’intuition d’Adamsberg et à ses idées bizarres. Fidèle parmi les fidèles, il continue de ronchonner et d’aller picoler en douce à la cave, mais sans que cela l’empêche d’enquêter. Dommage qu’il soit si jaloux de Veyrenc et que ça manque lui coûter la vie...

Violette est égale à elle-même : du haut de ses 1,80 m et malgré ses 110 kg, elle impressionne, mais elle est aussi belle, si on se donne la peine de la regarder. Sans peur et sans reproche, elle donnerait sa vie pour le commissaire (on se souvient qu’elle l’a déjà sauvé) et est d’une fidélité à toute épreuve. Je m’amuse assez de la voir comme « l’homme de la bande » mais ai du mal par contre à la visualiser en employée de maison d’un homme d’affaire richissime et terriblement exigeant, car elle ne fait pas une « taupe » très discrète…

Pas de belle Camille pour faire soupirer le commissaire cette fois-ci, mais coté famille, le fils d’Adamsberg prend sa place, dont on avait fait la connaissance dans Un lieu incertain. Il semble déjà avoir autant de vent dans la tête que son illustre géniteur… en tout cas en voilà un qu’on demande à rencontrer à nouveau car sa personnalité est déjà bien emberlificotée, toute « vargassienne », pleine de contradictions et de surprises… Flegme et courage, un brin de folie, décalé de la réalité, préférant nourrir les oiseaux malades que se frotter au monde, mais aussi assez intelligent pour échapper à toutes les polices d’Europe ou presque… Le fiston a de qui tenir !

C’est toujours un plaisir immense de retrouver cette clique d’originaux dont on ne sait parfois dire s’ils sont totalement demeurés ou carrément géniaux… Il faut dire que faire tourner un commissariat et même, arriver à résoudre des affaires avec type qui passe son temps à dormir, un à marcher le nez en l’air, une à manger en douce, l’autre à picoler de même, et le chat dans tout ça qui dort sur la photocopieuse, ça n’est pas gagné d’avance !

J’en viens bien sûr à notre commissaire bien-aimé, le fameux Adamsberg qui parle aux nuages, écoute le chant du vent, suit son intuition plutôt que les preuves matérielles, marche des heures le long de la Seine pour découvrir des indices dans le fil du courant… Cet homme que je suis depuis L'Homme aux cercles bleus, sa première apparition dans les romans de Fred Vargas, je l’aime ! Nonchalant et rêveur, il est pourtant tout sauf mou et peut parfois faire montre d’un sacré caractère, ou en tout cas être vraiment têtu. Il faut dire que lorsqu’une idée lui trotte dans la tête, il n’arrive pas à s’en débarrasser, comme un moustique importun, tant qu’il n’a pas trouvé la solution (ou écrasé le moustique).

Il semble détaché du monde, ne pas accorder d’importance aux autres, ne pas les écouter parfois, et pourtant c’est souvent lui qui entend le mot de trop, le petit détail qui le mènera sur une piste. Les réunions de travail l’ennuient prodigieusement et on a l’impression qu’il plane complètement, et malgré tout il saura diriger son équipe de main de fer et les faire enquêter dans les bonnes directions… C’est homme est une énigme…

D’ailleurs, dans L’armée furieuse, c’est comme à son habitude grâce à des détails insignifiants qu’il résoudra les énigmes auquel il est confronté. On a l’impression qu’il s’intéresse plus à l’oiseau blessé par un salopard qu’aux affaires en cours et n’est attiré que par les aspects étranges des faits qu’on lui présente. Ainsi cette armée furieuse, la fameuse Mesnie Hellequin qui terrorise un petit village normand et sème les morts violentes sur son passage, l’attire tel un aimant et lui permettra de faire de belles rencontres, comme celle de cette fratrie pour le moins gratinée qu’on souhaite d’hors et déjà retrouver un jour ou l’autre dans un prochain roman… (Il est sûr que Adamsberg reverrait avec grand plaisir la belle Lina et ses appâts, tout comme nous aurions plaisir à rencontrer à nouveau ses frères, même s’ils sont vraiment hors norme et originaux, et font parfois même un peu peur, oscillant entre le débile profond et le génie, eux aussi !).

Comme souvent chez Vargas, le passé et le présent se rejoignent, les légendes prennent vie, les superstitions volent de bouche en oreille et empêchent le sommeil du juste, les morts vivants viennent trucider les biens vivants, les esprits s’échauffent et on dirait que seul le commissaire est capable de faire la part des choses entre les histoires à faire peur racontées au coin du feu et les bobards destinés à égarer les curieux…

Cela ne l’empêche pourtant pas de résoudre les affaires en cours. Les lacets de Momo-mèche-courte lui indiqueront le coupable, de même que le lacet resté sur la patte du pauvre pigeon maltraité… La mie de pain accusera le meurtrier, ainsi que les emballages de sucre… Des détails qu’on aurait peine à imaginer et qui doivent faire sourire les fans d’Experts en tous genres, mais qui sous la plume de Vargas semblent vraiment évidents, et même incontournables. Pas de scène gore ici, pas de mitraillettes, de sang partout ni de violence gratuite. Et pourtant, elle rode la violence, de même que le mal, la folie des hommes, le mensonge et les turpitudes. Les tréfonds de l’âme humaine sont sondés et disséqués, les intrigues sont vraiment originales et les personnages assez impressionnants (foin des tueurs en série à la psychologie de bazar !).

Il faut également souligner le fait rare de pouvoir se régaler d’un vraiment bon polar servi par une écriture superbe, poétique et par une vraie érudition de l’auteur. Chaque roman de Vargas est un voyage à travers le temps et l’espace puisqu’on y découvre souvent une région ou un pays, et très souvent une vieille légende ou une tradition des temps anciens. C’est un envol sur une planète où les nuages parlent aux gens qui savent les écouter, et ça, ça vaut de l’or !

Chapeau bas, Madame Vargas !

Un livre à lire, et à relire puisqu’à la première lecture, on est trop pris par l’intrigue pour profiter de tous les détails et de la beauté du style.

  

Lu par A propos de livres, Brize, Leiloona, Syl...