Quand souffle le vent du nord - Daniel GLATTAUER
Vous avez la mauvaise adresse. Je suis un particulier. Mon adresse : woerter@leike.com. Celle dont vous avez besoin : woerter@like.com. Vous êtes déjà la troisième personne à m'envoyer un mail de résiliation. Le magazine doit être devenu vraiment mauvais.
Ainsi agit parfois le net... On envoie un mail et on tombe sur un message d'erreur car l'adresse n'était pas la bonne et on n'arrive pas à contacter la personne adéquate. On est pourtant persuadé de ne pas s'être trompé, on se sent dans son bon droit, mais l'informatique reste impénétrable et non corruptible et on n'a qu'à se soumettre à ses caprices...
C'est ainsi qu'Emma Rothner, en voulant résilier un abonnement, se retrouve à converser virtuellement avec un inconnu, Léo. Celui-ci lui signale tout d'abord gentiment son erreur, mais comme elle se reproduit, ils entament bientôt un véritable dialogue, qui les mènera bien plus loin que de simples mails d'excuse pour une erreur de frappe...
Au fil des mails, souvent remplis d'humour, les deux inconnus font connaissance, se livrent un peu, puis beaucoup. La distance imposée par la machine, et l'anonymat procuré par ce mode de communication permettent des échanges sans doute plus libres, plus honnêtes aussi que s'ils avaient été face à face. Ils échangent des mots, des phrases. Des mots parfois creux et des phrases pour ne rien dire, mais aussi des mots pour décrire leurs rêves, leurs espoirs, leurs regrets, leur vie. Les mots et la distanciation aident à vider son coeur, et l'humour permet de dédramatiser toute situation.
On rit donc beaucoup dans ce roman épistolaire d'un genre nouveau, puisque tout le livre est construit sous forme des messages électroniques que Emma et Léo s'envoient, parfois des dizaines chaque soir, quand ni l'un ni l'autre ne veut quitter le premier l'écran et quand chacun des deux veut avoir le mot de la fin. Au fil du temps, bien sûr, un manque se crée. Une relation virtuelle, certes, c'est sympathique, mais on espère toujours plus, et bien sûr, la fameuse rencontre... L'autre, inconnu, fascine, attire, effraie aussi un peu, parfois. On l'idéalise, on le façonne selon ses désirs, on l'invente... et on se prend à l'aimer sans l'avoir jamais vu et sans connaître de lui ou d'elle que ce qu'il a bien voulu dévoiler... Et on voudrait bien tout de même rencontrer l'être de chair et de sang...
A ce petit jeu, Léo et Emma se font prendre et se pose bien évidement un jour la question de la fameuse rencontre. Comment se reconnaître, et si on ne s'aimait pas, ces choses-là, ça ne se contrôle pas, et si ça cassait notre amitié virtuelle ? Il faut dire aussi qu'Emmi est mariée et donc pas vraiment censée écrire en cachette à un homme inconnu, et que Léo sort d'une relation amoureuse difficile qui le laisse un peu anéanti. Pourtant, au fil des mails, l'envie se fait plus forte et le rendez-vous est fixé... avec une règle : se donner rendez-vous, certes, mais devoir sans indice reconnaître l'autre et avec l'interdiction formelle de lui adresser la parole ! Tout est prévu... Mais ce qui est trop prévu est souvent sujet à changements...
Sur fond d'histoire assez banale somme toute, on se prend à dévorer ce livre (pour preuve, il a fait un tabac chez les blogueuses à sa sortie !), pour son humour, pour son originalité, et pour cette touche de fraîcheur et de spontanéité dans les dialogues. Pas de grandes phrases, on va droit aux sentiments, qui pourtant prennent tours et détours pour s'exprimer. Emmi a l'esprit particulièrment tordu et impose ses règles du jeu, elle est même parfois un peu énervante (et lui d'une patience d'ange), mais les deux ont la chance d'avoir surtout le même humour, c'est à dire qu'ils arrivent à se comprendre à travers les mots, ce qui n'est pas du tout évident quand on ne connaît pas du tout la personne. Le ton est pince sans rire et on se régale !
Un sujet intéressant également parce qu'il est vraiment d'actualité. Avec l'essor des sites de rencontres, de nombreux couples se sont rencontrés de cette manière, mais combien ont dû être déçus ? Car les mots, s'ils peuvent exprimer avec précision nos sentiments et nos désirs, peuvent tout aussi bien les masquer à la perfection et il est assez aisé pour quelqu'un maniant la plume de se faire passer pour une personne toute différente (les dangers d'internet, tout ce qu'on serine à nos ados quand ils tchattent à droite et à gauche et acceptent comme amis Facebook des inconnus...).
Un livre léger, rapide et facile à lire, qui ne laisse pas un souvenir impérissable, mais qui met terriblement de bonne humeur. Et qui a eu une suite La septième vague, dont je vous parlerai demain !
Livre voyageur de Leiloona, que je remercie beaucoup.
Lu également par Karine, Dédale de Biblioblog, Amanda, Clara, Cynthia, Kathel, Choco, Dasola, Jules, Noukette, Constance, Emeraude, Violette, Cuné, Miss Alphie, Aurore, Sandrine, Pimprenelle, Uncoindeblog, Cécile, Mango, La Lettrine, Keisha, Petite Fleur, Alex, Vilvirt, La fée bourbonnaise, Tamara, Mirontaine, Laurent, Art souilleurs, Lael, Cathulu, Brize, Fashion, Bladelor, Celsmoon, Choupynette, Aifelle, Antigone, Stephie, Tulisquoi, Lasardine, Mélusine... et certainement beaucoup d'autres que j'ai oubliés !
Peu d'hommes pour lire cette histoire d'amour...
Solenn, elle, l'a écouté en livre audio.
Commentaires sur Quand souffle le vent du nord - Daniel GLATTAUER
- @ George : c'est tout à fait un livre d'été ! (mais je croyais que tu n'achetais plus rien ???)
@ Manu, c'est romantique et un peu à l'eau de rose, mais "lache-toi", c'est aussi très mignon ! Et plein d'humour.
@ Clara, oui, j'ai vu tes billets ! le mien sur la suite parait demain...
@ Violette, c'est juste détendant, et puis voir des gens qui tombent amoureux, ça fait du bien au moral...
@ Gwénaelle : tout à fait ! - En effet tu m'as oublié mais ce n'est pas grave du tout, je te mets le lien :
http://lecturesdastrid.canalblog.com/archives/2010/05/26/18002871.html#comments
J'attends avec impatience ce livre voyageur concernant la suite.
A demain - Suite à ton commentaire sur "La septième vague" sur Artsouilleurs, je me suis précipitée sur ton blog pour lire ta critique (vu que j'avais l'impression d'être un peu seule avec mon avis mitigé) mais frustration : elle n'est pas encore en ligne. Du coup, je guetterai demain dès l'aube^^ ! Mais j'adhère en tout cas à ta vision du 1er tome : c'est un livre très prenant et qui se lit tout seul pour un agréable moment de détente.
- @ Désolée Astrid ! pour trouver les autres blogueurs, je fais les recherches avec le moteur de Calepin, peut-être n'y es-tu pas inscrite ?
@ Syl, tu as tout compris !
@ Violaine : demain 8h ! mais j'espère que tu ne te lèveras pas aussi tôt juste pour moi !
@ Mélusine, désolée, je ne t'ai pas vue non plus chez Calepin... Tu me donnes le lien ? (pas le temps d'éplucher ton blog poru chercher !)
d'autre part, je n'arrive pas à m'abonner à tes flux rss ??? - Chez Calepin, c'est bien le blog "romans et lecture"? Je m'y trouve pourtant.
Voici le lien: http://mabouquinerie.canalblog.com/archives/2011/02/19/20319016.html
Quand aux flux RSS c'est bizarre. Je vais aller voir ça. - Pour le flux rss ça a l'air de marcher, je rentre l'adresse dans mon Google Reader et ça marche... voici l'adresse: http://mabouquinerie.canalblog.com/rss.xml
- @ Keisha, tu es bien matinale !!! J'avais vraiment bien aimé ce premier pour ce qu'il est : pas un grand livre, mais un roman très amusant, original et très détendant, avec beaucoup d'humour. POur le second, ça n'a pas marché : ce sont juste les mêmes ingrédients, mais qui ne m'ont plus amusée, avec le suspence en moins puisqu'on sait tout de suite comment ça va finir...
- Très chouette critique, Liliba. Je viens de le finir et je te rejoins.
Noukette > Je crois qu'entre temps, un homme nous a livré son sentiment : http://voyelleetconsonne.blogspot.com/2011/04/vous-avez-un-message.html
Pas génialement positif
- Midinettes, midinettes... Moi je ne trouve pas que ce bouquin est creux/niais, et ça me fâche. J'ai d'ailleurs (vainement?) tenté de le défendre dans ma critique, mais j'ai l'impression que ça ne va faire que renforcer ce vice : le fait de l'apprécier ! C'est affreux ce que le fait d'aimer ce genre de lecture génère l'envie de se cacher sous une table































Dragon de papier


