Trans

 

Présentation de l'éditeur

Wu Tse ramasse des corps gelés dans les rues d’un pays indéfini et survit en mangeant des cadavres. Près de la frontière, il est embauché comme ouvrier sur un chantier où les accidents se multiplient mystérieusement à l’approche des jours de paie. Accompagné de la belle Kwan, il tue un homme riche, le vole et s’enfuie…

Pavel Hak est né en 1962 en Bohême. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont Safari, Sniper, Lutte à mort et Warax. Trans a reçu le prix Wepler en 2006.

« Trans réussit le tour de force d’être, à la fois, brûlant et glacé. »

 

 

Ce n'est pas tant le sujet, très dur pourtant, de ce roman que j'ai détesté, que le style de l'auteur et sa façon de s'exprimer, tour à tour pamphlétaire, tour à tour morbide ou ensuite tentant (vainement) l'humour... Dès les premières phrases, j'ai donc été rebutée par le style, bien avant d'être écoeurée par les scènes du début ou, pour survivre, Wu Tse dépèce et mange des cadavres...

Nous sommes dans un pays d'Asie indéterminé, à la politique totalitaire stupide et mortifère (cherchez bien, vous trouverez assez vite quels pays peuvent correspondre... et pas seulement en Asie...). Les hommes tentent de fuir le régime, certains mourront en cours de voyage, d'autres y arriveront, mais pour atteindre quel eldorado ? Le voyage de cet homme, ses rencontres, notamment celle avec la belle Kwan, sont assez poignants malgré tout, car on sent derrière le texte que tout cela pourrait être vrai, existe d'ailleurs sûrement quelque part dans le monde... Mais j'ai totalement décroché quand le jeune homme arrive sur la côte africaine, qu'il se retrouve face aux anthropophages et un centre médical plus que particulier. Là, j'ai trouvé que l'histoire devenait un grand n'importe quoi, certes reflétant la stupidité de la vie de certains, mais bon...

C'est un peu trop également à mon goût le panégyrique de l'horreur : mort bien sûr (mais finalement, la mort est loin d'être le pire qui puisse arriver à ces hommes et ces femmes...), mais aussi tyrannies, corruptions et trafics en tous genres, dont celui des corps, maladies, meurtres, violences sexuelles... Et tout ça pour ça... Pour arriver enfin dans le monde moderne dans lequel nous vivons, mais dans lequel ces pauvres êtres n'arriveront probablement jamais à se faire une place...

Déprimant de bout en bout !

 

Quelques extraits (je vous épargne les scènes gore...) :

"Une centaine de personnes embarquées ?
Une multitude d'espoir et de souvenirs ?
Soudain c'est la nuit à fond la cale. La rampe d'embarquement s'éloigne, le cargo quitte les eaux côtières, la proue fend les vagues, Wu Tse respire les relents de fioul. Combien de jours devront-ils passer dans ce sarcophage ? L'acier dégoulinant d'huile de moteur pue la prison, la prison se remplit d'excréments, les relents d'excréments empoisonnent tout le monde : un nouveau-né déjà mort (sanglotent les femmes). Et les hommes enfermés dans la cale maudissant le ciel: devront-ils tous mourir ?
Entre deux crises de claustrophobie, un vieillard raconte son histoire: la maison vendue pour une somme d'argent ridicule, le troupeau de brebis échangé contre les faux papiers, le village natal abandonné pour suivre les passeurs, les papiers d'identité confiés au chef des convoyeurs, l'interminable attente de l'embarquement dans un hangar désaffecté."

"Visages fermés. Stress & anxiété.
Freinage. Réouverture des portes.
Les passagers s'extraient du train, prennent (dressés à parcourir automatiquement leur trajet) la direction adéquate (correspondance ou sortie). Wu Tse s'élance vers l'Escalator fléché sortie. Foule de gens devant, foule de gens derrière : Wu Tse cherche à comprendre le comportement à adopter : les gens glissent leurs ticket de transport dans la fente de l'appareil, le reprennent sans s'arrêter de marcher, passent. Mais Wu Tse n'a pas de ticket de transport. Épave humaine échouée sur la rive strictement réglementée, il lance un 's' il vous plaît' sans conviction... - et la foule pressée l'écarte.
Obstacle fâcheux.
Élément étranger (aussitôt détecté)."

"Chaleur. Soif.
Spasmes musculaires.
Transformé en machine, Wu Tse fabrique une centaine de pantalons chemise vestes par jour. Production record, rendement inhumain... - mais Wu Tse ne sent aucune fatigue. Découper le tissu, assembler les morceaux, coudre : la machine Wu Tse chie une quantité de produits suffisantes pour inonder le marché mondial. Au travail à partir de 5 heures du matin, Wu Tse trime. Il n'a plus faim. Et, pour étancher sa soif, on lui donne à boire de l'huile de moteur : une machine doit être bien huilée (quand l'atelier clandestin passera à l'âge électronique on abreuvera la machine Wu Tse avec l'électricité).
Progrès technologique. Main-d'oeuvre ultramoderne.
Tubes de néon éclairant la machine Wu Tse."

Merci malgré tout, Charlotte, pour le prêt !

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