La_roulotte_de_Syl

Il y a quelques mois est apparue sur la blogosphère littéraire une petite nouvelle, mais qui déjà a laissé sa trace et des petits paquets d'amitié un peu partout... Elle a proposé une écriture commune d'une histoire, avec les thèmes de l'horreur, de l'amour et de l'aventure. Chaque semaine, une participante continue le récit et y ajoute sa petite touche personnelle, une ligne ou vingt pages, en prenant cependant soin d'intégrer les mots imposés par la blogueuse précédente.

Tout le détail de l'aventure chez Syl ! Je vous invite à monter avec moi dans la roulotte... Si vous avez envie de prendre le relai et de participer à une chapitre, il suffit de vous inscrire sur son blog !

Les participantes et les épisodes, à retrouver sur les blogs de chacune ou sur celui de Syl :   

Episode 1 - Syl

Episode 2 - Sandy

Episode 3 - Hérisson

Episode 4 - Sabbio

Episode 5 - Vilvirt

Episode 6 - Sharron

Episode 7 - Somaja

Episode 8 - Liliba

Suivront Bladelor, Syl et vous, si vous voulez !

Somaja m'a demandé d'intégrer dans mon récit les mots suivants : sens, crème, araignée, calendrier.

En avant, marche !

« Trop, c’est trop, même pour un cerveau de reine, et très certainement pour celui d’un papillon, continua-t-elle. Vous me devez quelques explications sur la personne que je suis censée être, sur vos malheurs, sur ce peuple… Je veux bien vous croire, mais enfin, comprenez-moi, votre histoire est tout de même plutôt hallucinante et j’ai pour l’instant plus l’impression d’être chez les fous, accoquinés avec des illusionnistes, que chez le peuple des Lepidopteranus, encore faudrait-il que celui-ci existe ! Je ne m’engagerai à rien tant que vous ne m’aurez pas donné d’explications claires, précises et logiques ! »

Un soupir dans le fond de la salle accompagna la remarque suivante : « S’il nous restait un dernier doute quant à son identité, celui-ci est balayé ! Un tel caractère ! On dirait sa mère, Dieu ait son âme… »

Cathy était elle-même étonnée de la fermeté de sa voix et du long monologue qu’elle venait de débiter sans bafouiller ni trembler… Ainsi elle prenait de l’assurance, elle en était tout ragaillardie ! Elle chercha des yeux un siège pour s’installer à son aise afin d’écouter le récit qu’on lui ferait et n’eut même pas le temps de finaliser sa pensée qu’un fauteuil ancien et superbe, presque un trône, fut amené derrière elle et que Dominique, tout sourire, lui priait de prendre place. Elle décida de chercher plus tard à comprendre comment il avait pu deviner sa pensée, comment un déplacement aussi rapide et aussi silencieux était humainement possible, et surtout pourquoi ce sourire et ce regard la faisaient fondre ainsi… Ce n’était pourtant pas son genre de craquer sur le premier venu… oui, mais il fallait avouer aussi que sa vie amoureuse était aussi terne que sa vie sociale ou professionnelle, et que c’était la première fois qu’on la regardait avec des yeux aussi… hum ! Cathy se reprit, et dit d’une voix claire : « Je vous écoute ».

L’homme qui semblait être le chef de la bande s’éclaircit la voix et commença :

« En effet, nous vous devons quelques explications car vous ne savez pas encore qui vous êtes et nous sommes trop impatients d’avoir enfin votre présence à nos côtés pour comprendre vos interrogations.

Alors voilà… L’histoire débute il y a plus de 1500 ans, dans ce qui est actuellement la région des Cévennes françaises. Une petite comète s’écrasa dans la campagne, et étrangement, peu de temps après apparurent des papillons, des papillons par centaine, par milliers.

On ne sait pas très bien comment cela avait pu se produire. Certes, les papillons n’étaient pas enfermés dans la comète et n’ont pas été libérés quand celle-ci s’est écrasée sur le sol de la terre, mais on pense que des larves, ou de l’ADN de papillon était contenu dans cette comète et, qu’au contact de l’air, ou bien de papillons existants, ces papillons extra-terrestres se sont développés…

Ces papillons étaient superbes et on n’en n’avait jamais vu de tels dans le coin. Ils émerveillaient les rares habitants, mais leur faisait un peu peur aussi. Et comme pour tout ce qui attire et repousse, les hommes d’alors voulurent posséder quelques uns de ces papillons, pour les exposer comme des trophées de chasse. Ainsi commença la chasse des premiers spécimens, et il s’en fallut de peu que nous ne soyons exterminés si peu de temps après notre apparition sur la terre.

Un jour en effet, un homme ramena chez lui une très belle récolte de papillons, car ceux-ci se monnayaient bien et permettaient d’agrémenter d’un peu de lard la soupe du soir. C’était une famille modeste à laquelle un petit extra ne déplairait pas, c’est tout du moins ce que se disait le père, heureux et fier de ce que contenait son grand filet. C’était sans compter sa fille. La petite Rose, qui venait d’avoir 4 ans, se précipita selon son habitude dans les bras de son père pour l’embrasser. Mais elle se retint soudainement dans son élan, s’arrêta même, et tendit le bras en montrant le grand sac : « Papa, ils sont mes frères, tu ne dois pas les tuer ». C’était la première fois qu’elle parlait, car cette enfant était auparavant muette. Le père et la mère, et les frères et sœurs se regardèrent, tétanisés, aussi apeurés qu’heureux d’avoir entendu la voix de la cadette et décidèrent de concert d’obéir à cette nouvelle voix dans la famille et d’accéder au désir de la fillette afin de fêter la bonne nouvelle.

L’enfant demanda à son père d’installer une cage dans la maison pour y installer les papillons et passa ensuite son temps à leur parler, à les caresser, les nourrir… Mais assez vite, elle se rendit compte que bien que la cage soit assez spacieuse, les animaux ne pouvaient pas vraiment voler comme ils le désiraient, et surtout qu’ils commençaient à perdre leurs couleurs, à se ternir… Alors un matin au lever du soleil, en larmes, elle leur parla tout bas, les caressa, les remercia, et ouvrit tout grand la cage pour leur permettre de regagner la nature et d’être ce que doit être tout papillon : libre. »

Le vieil homme continua, voyant que Cathy était totalement concentrée sur son récit :

« Mais ces papillons venus du ciel étaient magiques, et pour remercier Rose de leur avoir rendu leur liberté, ils en firent leur reine. La fillette grandit donc comme une fillette normale, mais ses proches s’étonnaient toujours de sa beauté, de la brillance de ses cheveux, de l’éclat de ses yeux et surtout de la légèreté qu’elle avait pour se mouvoir, comme si au lieu de marcher elle volait…

C’est ainsi qu’est né le peuple des Lepidopteranus. Pendant des centaines d’années, les hommes et les papillons arrivèrent à vivre en bonne intelligence. La dynastie des papillons se prolongea et chaque reine fut baptisée Rose, en souvenir de la première petite fille qui avait sauvé les papillons, avec pour nom de famille Plessis, qui était tout simplement le lieu-dit d’où venait la première reine. Ainsi, depuis des générations, toutes nos reines s’appellent Rose du Plessis. Et chacune de vous descend en ligne directe de la première Rose : chaque fille ainée de la reine deviendra à la mort de sa mère reine à son tour.

Au fil des ans, certains d’entre nous ont pris forme humaine et nous sommes même maintenant parfaitement insérés dans la population, sans que les humains ne puissent nous reconnaître. Les papillons sont magiques, comme vous devez l’avoir compris. Ils sont capables, une fois sortis de leur chrysalide en ayant abandonné leur aspect de chenille, de prendre forme humaine,  et de ressembler en tout point aux hommes et aux femmes qui les entourent. Mais leur esprit garde cependant la légèreté du vol de leur congénères, leurs pensées ondoient et sont capables de passer de l’un à l’autre, d’où notre capacité à entrer dans les pensées des gens et à lire en eux. Nous avons aussi la possibilité de nous déplacer sans que l’on nous remarque, nous pouvons de fait nous rendre presque transparent pour traverser une pièce. Cependant, nous sommes parfois trahis par notre regard argenté ou doré, par notre teint diaphane et nacré, irisé, ou par des réactions typiques à notre race dont je vous parlerai plus tard.

Mais il en est toujours ainsi : quand tout va trop bien, il faut qu’un malheur s’abatte… C’est ainsi qu’il y a plus de 40 ans, alors que votre mère, Rose, était encore une jeune fille, mais déjà belle comme le jour et avec un caractère on ne peut plus déterminé, on vit apparaître une race nouvelle d’araignées. Les plus grands spécialistes du monde étaient partagés : venait-elle des régions tropicales ou bien était-ce une nouvelle race, mutante ? Personne ne savait vraiment, mais les débats allaient bon train. Ce dont personne ne se rendit compte, c’est que ces araignées devenaient chaque jour plus nombreuses, et surtout, surtout, qu’elles ne se nourrissaient que de papillons… »

Le vieil homme stoppa un instant son long monologue et le silence s’abattit dans la salle. Cathy se mit à trembler. Les mots qu’elles venaient d’entendre résonnaient encore en elle, s’engouffraient au plus profond de son cerveau, de son âme. Elle semblait connaître la suite de l’histoire, elle avait l’impression étrange que d’un coup tout prenait sens, que la suite qu’elle n’allait pas tarder à entendre était tout à fait logique… Elle avait peur pourtant, peur d’entendre la fin de cette histoire qu’elle n’osait même plus juger abracadabrante…

Le narrateur se secoua un peu, soupira et reprit son récit :

« Bref, je vais écourter un peu le récit, car le temps nous est compté et il va nous falloir prendre rapidement les décisions qui s’imposent. Le peuple des papillons, notre peuple, s’est très vite rendu compte que ces araignée n’étaient pas des araignées normales, mais des êtres magiques, eux aussi, et au contraire de notre peuple, totalement maléfiques. Une guerre éclata entre nos deux peuples dont les humains n’eurent même pas conscience et les pertes furent innombrables de part et d’autre, mais au fil du temps, surtout pour ceux de notre camp. Les araignées pouvaient, comme nous, prendre forme humaine et se mêler à la population des hommes. Ils investissaient les postes à responsabilité, prenaient la place des puissants et si nous n’avions pas décidé de réagir en tentant le tout pour le tout, auraient bientôt éradiqué non seulement notre race, mais celle des hommes.

C’est alors qu’un groupuscule se monta, sous l’égide de Rose, votre mère. Des hommes et des femmes triés sur le volet, ayant reçu un entrainement sévère, tant sur le plan psychologique que physique. De vrais agents secrets, de vrais guerriers, sans peurs ni états d’âme. La crème des crèmes, les plus valeureux, inconscients parfois, mais les plus motivés à maintenir un univers de paix dans le monde, et notamment entre notre peuple et les hommes. Par divers moyens que je vous conterai une autre fois, ils arrivèrent à infiltrer les Arachnéens. Ils établirent un plan d’attaque, une sorte de calendrier prévisionnel des actions à tenter, toutes enchaînées les unes aux autres et destinées à fragiliser puis détruire ces araignées qui continuaient à disséminer les nôtres. Ce que nous n’avions pas prévu, c’est que votre mère tomberait amoureuse d’un des guerriers de son escouade, et qu’elle tomberait bientôt enceinte… de vous. Elle dû se cacher pour protéger sa grossesse et le bébé à venir et… »

A cet instant, retentit un énorme vacarme à l’extérieur de la pièce. Tous sursautèrent mais Dominique et Sylphide furent les plus rapides (rapides comme un vol de papillons magiques) et arrivèrent en même temps à la porte qui s’ouvrit à la volée.

Hop ! terminé pour moi !!!

J’ai hâte de lire la suite !

Les mots à intégrer :

cataclysme, parachute, chaos, incontrôlable.

Bonne chance, Bladelor ! J'espère que tu t'amuseras autant que moi !