Réédition d'un billet paru le 08 juillet 2010

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Livre lu dans le cadre de l'opération

Rentrée littéraire Libfly / Furet du Nord.

 

 

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Corrag est une sorcière. Elle va être brûlée en place publique dès que la neige aura fondu. Elle pourra ainsi expier tous ses pêchés, le diable qui l'habite sera détruit, et surtout les hommes qui regarderont son supplice auront ainsi bonne conscience, le feu les absoudra également.

Mais avant de mourir, Corrag va raconter son histoire, sa vie, tous les chemins parcourus qui l'ont menée dans ce sombre cachot, après avoir traversé sur le dos de sa jument une partie de l'Angleterre et de l'Ecosse pour rejoindre le Nord du pays, la contrée sauvage des Highlands.

Au révérend Charles Leslie, qui a fait le voyage depuis l'Irlande pour chercher du soutien pour la cause du roi Jacques exilé en France depuis que Guillaume d'Orange lui a pris le pouvoir, et qui voudrait recueillir des informations sur les événements barbares, la tuerie survenue à Glencoe, Corrag va parler.

Et lui va écouter ce petit bout de femme, sale, bardée de cicatrices, aux cheveux emmêlés, qui tout d'abord le répugne, le révulse même tant il est conditionné par son statut d'ecclésiastique et la petitesse, l'étroitesse d'esprit, le manque de réflexion qui souvent caractérisent ces hommes (à cette époque tout du moins !). Pendant plusieurs jours, la voix fluette de Corrag va s'élever le long des murs du cachot sordide et glacial et va faire revivre la forêt, les lochs, les rivières, les arbres, la jument blanche, le cerf sauvage, le ciel, le vent, les poules, les rires des hommes du clan Mac Donald, les insultes à son encontre, les mossmen, les soldats... Corrag raconte les légendes sur les sorcières, elle raconte sa mère et sa grand-mère, tuées elles aussi sauvagement par la justice des hommes à qui elles faisaient peur du fait de leur différence, de leur indépendance d'esprit. Elle raconte la nature, elle raconte les hommes, leur bêtise, leur méchanceté mais aussi leur douceur, leur générosité, leur altruisme.

Elle va raconter sa vie entière sans rien cacher, sans rien omettre et lui va l'écouter pour avoir enfin les informations tant attendues. Elle va parler de sa rencontre avec le clan MacDonald, ces brigands sanguinaires à la terrible réputation, elle va dévoiler son amour, ses certitudes, ses peurs. Et elle va, sans oublier un détail, revivre pour le révérend cette fameuse nuit de terreur et de meurtre, cette nuit de sang qui la menée dans cette prison. Le soir, malgré son épuisement, le révérend écrit de longues lettres à sa femme très aimée et lui confie ses soucis, ses attentes, mais aussi ses interrogations et au fil du temps ses doutes quant à la culpabilité de la jeune femme. Car les mots de Corrag vont bientôt le toucher au plus profond de son être, l'émouvoir, le bouleverser même. La sorcière, la gueuse comme on l'appelle rayonne de bonté, de douceur, il émane d'elle une grâce, une aura qui va transformer cet homme pourtant bien raide et confit dans ses certitudes. Il partage dans ses longues missives à son épouse cette lente transformation de son coeur, cette douce ouverture de son âme et est assez intelligent pour en reconnaître la responsabilité et en remercier la sorcière. Son regard sur elle a bien changé, et il ne peut se résoudre, après l'avoir écoutée pendant tant d'heures, à l'imaginer périr dans d'horribles souffrances sur son bûcher, sous les quolibets et les insultes de la foule.

Un livre absolument magnifique, mon coup de coeur de l'année 2010 pour l'instant ! L'écriture de Susan Fletcher est superbe, poétique ; on sent au fil des pages le vent du nord dans les cheveux, l'odeur de la tourbe, les secousses du cheval au galop. On lit à la vitesse de la fuite de Corrag et on veut avec désespoir connaître la fin de cette histoire si poignante. Les lettres du révérend à sa femme permettent de reprendre souffle, de se poser un peu tout en observant comme cet homme change, avant de suivre à nouveau la sorcière dans les chemins, la neige et le brouillard. J'ai souri souvent, j'ai été émue, touchée, j'ai pleuré aussi, j'ai adoré ce livre qui parle d'une façon si poétique de la nature, des animaux, des petites choses qu'on ne remarque pas mais qui peuvent faire la beauté d'une journée ou même d'une vie. Corrag est non seulement un bel exemple de courage et de volonté, mais aussi de bonté, de douceur, de respect de son environnement. Elle sait s'émerveiller sur un ciel, sur une araignée, sur la couleur de l'herbe et respecte animaux et hommes plus que tous. Et les hommes, quant à eux, sont comme à leur habitude capables du pire comme du meilleur...

Un livre sur lequel vous précipiter !

 

Je vais quant à moi me procurer au plus vite d'autres romans de cette auteur que je ne connaissais pas et dont j'ai tant aimé l'écriture.

 

 

Un grand merci à Libfly et au Furet du Nord pour l'envoi de ce livre !

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